AVANT-PROPOS
Les Nattes sur les duchés vérifiés esteints forment le troisième volume de l'histoire de la Pairie, conseil souverain de nos rois dont Saint-Simon rêva la restauration, la grandeur et Tindépendance. Le désir d'atteindre un but si ardemment et si patiemment poursuivi, explique Timportance qu'il attache aux détails d'étiquette dont la vanité nous choque, mais dont la stricte observation sauvegarde les institutions qui lui sont chères. Respectueux de la tradition, il la défend envers et contre tous ; il proteste avec énergie contre toute usurpation, toute innovation qui favorise les légitimés, « les bâtards», qu'il poursuit de sa haine implacable jusque sur les marches du trône.
Non, ce ne fut pas par vain orgueil de caste que le puissant écrivain s'attarda si longtemps à celte glorieuse besogne. La pairie, forte et respectée, avait
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un rôle à jouer dans le plan de réformes dont Saint- Simon attendait impatiemment la réalisation quand la mort du duc de Bourgogne vint détruire de si belles et patriotiques espérances et prouver la vérité de ces paroles du maître, « que c'est bien peu de tt choses que de ce monde et de tout ce qu'il pré- « sente de plus flatteur, de plus élevé et de plus a éclatant, dont la jouissance est un éclair et la « durée une minute, dont rien n'est bon qu'à amuser « des lecteurs curieux; et qu'il n'y a point de livres a de piété plus moraux ni plus convaincants du a néant de cette vie et de l'importance si réelle de « la future, que les livres historiques, quand on se ce laisse moins emporter au torrent, à la multitude, a à la volubilité des événements, qu'aux réflexions « sérieuses de ce que sont devenus ces milliers a d'hommes dont la grandeur, la puissance et Tauce torité en ont conduit ou embarrassé tant d'autres, c< et comment et où ils se sont évanouis ».
Dans ce volume, comme dans ceux qui l'ont précédé, Saint-Simon ne s'est pas contenté de résumer, en les critiquant, les notes généalogiques de du Fourny, il a peint, de son magique pinceau, le portrait des personnages qu'il a rencontrés sous sa
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plume, car « chez lui, la langue est toujours au ser« a vice du sentiment ou de la pensée, il ne lui « sacrifie jamais rien, il la façonne au gré de ses « impressions comme le mouleur habile se sert de « l'argile amollie pour rendre les traits du moa dèle* ». Au premier plan de celte merveilleuse galerie paraît le héros du Pas de Suze, le vertueux roi dont Saint-Simon a si souvent chanté la gloire avec la reconnaissance louchante qu'il doit au bienfaiteur de sa maison, et il réussit à nous émouvoir, même après l'admirable récit du Parallèle*, « car il a le don de se redire et de ne se jamais répéter ». Plus loin c'est Mazarin, « ministre tout-puissant qui a pour son seul intérêt mit le dedans et le dehors en a feu par une guerre étrangère et civile presque « continuelle, qui, pour se maintenir ou rétablir, « risqua l'État bien des fois, qui, pour régner tou- « jours, tint le Roi dans la plus entière ignorance « et la plus honteuse dépendance, qui brisa les lois, « les règles, les droits, les usages les plus sacrés, « qui mit le feu dans la maison royale et entre a toutes les parties de l'État, qui persécuta toute
i. Notes manuscriles de M. Faugère.
'i.' Écrits inédits de Saint-Simon, tome I, Parallèle, page 39.