ESTEINT
Voir page 32, t. V, parmi les Duchés-Pairies esteintes où il a esté rais par erreur, n'ayant point esté Pairie, pour Jean de Médicis.
François I xNEMOURS POUR PHILIPPE DE SAVOYE
i février 1528, c'est à dire 1529 COMTE DB GENEVOIS
à la manière de compter pré- ESTEINT 1659.
sente.
On voit assés que les bornes de ces Nettes sont trop étroittes pour des dissertations historiques et pour entrer dans un champ aussy vaste que seroit celuy de Torigine, des progrès, des alliances et des principaux événements de la Maison de Savoye ; mais de ne parler aussy que des ducs de Nemours ne répondroit pas à réclaircissement et la curiosité de touttes les sortes que ces Nettes se proposent. Elles présenteront donc une généalogie depuis le comte Verd qui fonda l'Ordre du Colier devenu depuis l'Annonciade, et qui fut le grand père de celuy qui fut fait duc de Savoye et devint Antipape. Tout se verra aînsy d'un seul coup d'oeil depuis Tan 1340, sans remonter plus haut et laissant aux auteurs et aux ouvrages à instruire à fond. On se contentera d'ajeuster les éclaircissements nécessaires pour la distinction et la connoissance des personnages lorsqu'il en sera besoin et qui ne pourroient pas tenir sans trop d'embarras dans la table généalogique. (Voir le tableau généalogique II.)
La Maison de Savoye qui prétend venir de l'ancienne Maison de Saxe eut d'abord de médiocres commencements. Le Comté de Maurienne fit quelque temps tout son Estât. Elle s'accrut peu à peu dans les Alpes en profitant des diverses conjonctures, et les passa enfin du costé de lltalie où peu à peu elle se soumit le Piedmont, Sa considération
et ses alliances augmentèrent à proportion de ses Estats et de leur situation avantageuse. Amé Yl dit le Comte Verd^ de la couleur qu'il porta à un célèbre tournoy qu'il fit à Chamberry en 1547, institua l'Ordre du Colier en 1567. Humberl dernier Dauphin de Viennois, outré de la mort de son fils unique qu'il avoit laissé tomber par une fenestre en se jouant avec luy donna son Estât à Philippe de Valois, gaigné par Henry de Villars Archevesque de Lyon, quoyque Clément VI siégeant à Avignon et plus que luy encore le Conite Verd eussent fait de leur mieux pour l'obtenir. Il fit selon ses forces plusieui^s guerres avec réputation et succès, et mourut de peste à cinquante ans. Son fils Amé VII lut connu sous le nom du Comte Rouge par une raison semblable à celle qui donna le nom de Verd à son père, et ce Comte Rouge qui ne vescut pas longtemps fut père d'Amédèe VIII que l'Empereur Sigismond de Luxembourg, en passant chez luy venant en France du Concile de Constance et d'un voyage après en Catalogne, fit duc de Savoy e 19 février 1416; et c'est ce premier duc qui est si connu par sa doutteuse retraitte de Ripailles, et beaucoup plus par son faux Pontificat sous le nom de Félix V. Louis son fils fut gouverné à l'excès par un favory de peu de naissance et de mérite que ses sujets luy arrachèrent à la fin, et par sa femme Anne de Chypre de qui il laissa quantité d'enfans. Il est icy considérable comme père d'un Prince par qui le droit prétendu au Royaume de Chypre est venu dans la Maison de Savoye, comme père de ce comte de Romont si attaché au dernier duc de Bourgogne et cause de sa dernière guerre avec les Suisses, qui fut la perte de ce dernier des ducs de Bourgogne sortis de nos Rois, comme père de plusieures filles singulièrement mariées, dont Louis XI en espousa une qu'il rendit fort malheu-
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reusc quoyque mère [de tous ses enfans, et d'autant plus qu'elle ne le survescut que de deux mois. Mais il est d'autant plus à propos de s'arrester un peu sur ses enfans que leur sort à tous a esté extraordinaire, et que par l'un d'eux dont la succession au Duché la fut beaucoup, Louis duc de Savoye se trouva grand père de quatre ducs de Savoye, de nostre premier duc de Nemours leur frère, de la fameuse et funeste Régente de France la comtesse puis duchesse d'Angoulesrae mère de François I, et encore du comte de Tende si connu par luy et par sa postérité, si les bastards avoient des parens. La généalogie, qui monstre touttes les lignes d'un seul coup d'œil, me dispensera de parler du Bienheureux Amé et de sa postérité, des comtes de Genève et de Romont ses frères, sur le dernier desquels on a marqué ce qui le caractérise. Mais il faut un mot sur les autres.
Louis, second fils de Louis duc de Savoye, espousa la fille du frère de sa mère, et par elle devint Roy de Chypre de droit et d'effet. Il l'espousa déjà Reine héritière à Nicosie en Chypre en octobre 1459, la dernière Lusignan, l'un et l'autre couronnés et reconnus sans difficulté. Mais Jean ou Janus père de la Reine avoit laissé un bastard de Marie Patras nommé Jacques qu'il destina à TEglise et le nomma à l'Archevesché de Nicosie. Ce compagnon avoit tué le fils de la nourrice d'Hélène Paléologue femme du Roy Jean son père, parce qu'il en estoit absolument gouverné, et voulut après eslre le maistre. Mais la fille et le gendre de Jean Roy de Chypre, proclamés et reconnus aussytost après sa mort, estèrent toutte espérance au bastard qui se rabatit tout de bon à cstre Archevesque de Nicosie. Mais la Reine qui haïssoit ce bastard son frère n'en voulut point pour son Archevesque et Tcmpescha à Rome^ Ce bas^
tard fit du désordre en Chypre, puis fut en Egypte vers le Soudan qui ne Tauroit pas secouru sans le Grand Seigneur Mahomet qui en haine des Latins l'y engagea. Ce ne fut plus depuis en Chypre que guerres, factions, sièges et cornbats, avec des événements opiniastrement contradictoires, parmi lesquels la Reine jamais abattue et toujours pleine de ressource monstra une vertu héroïque et un courage martisil. Elle fit la guerre elle mesme, elle voyagea par toutte TEuropc pour estre secourue ; elle se tint cantonnée en Chypre, ou tout au plus près d'autres fois, toutte preste à y repasser, faisant argent et ressources de touttes choses. Le duc Louis espuisé des secours qu'il leur avoit donnés leur en procuroit d'ailleurs avec peine, et fit de soy un dernier effort moyennant un traitté fait à l'Abbaye de Saint-Maurice en Chablais 18 juin 1462, trois mois avant la mort du duc Louis, par lequel la Reine Charlotte de Chypre donnoit tous ses droits à Anne sa tante paternelle femme du duc Louis et mère de son mary et à leur postérité en cas qu'elle n'en eusl point : et c'est d'où est venu le droit sur le Royaume de Chypre à la Maison de Savoye, car cette Beine et son mary n'eurent point de postérité. Après elle retourna à Rhodes d'où elle négotia en Egypte et à Gonstantinople, et donna par les armes et par l'a* dresse bien de la peine au bastard qui cependant espousa Catherine Cornaro que la République de Venise adopla* Il ne vescut que trois ans depuis, et mourut 5 juin 1475 laissant trois bastards. Les Vénitiens furent accusés d'avoir empoisonné fort promptement le père et les enfans, et vinrent prendre la protection de leur adoptée qui n'ayant point d'enfans, transporta ses droits à la République qui sceut bien les faire valoir et s'en empara. Tel est lé droit sur Chypre de la République de Venise. Catherine
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Cornaro, après avoir servi par une idée de Régence d'entrée aux Vénitiens, se retira chez eux et alla finir ses jours au chasteau d'Azolu au Trevisan qu'ils luy donnèrent pour demeure. Ciiarlotte fit encore de vains efforts de guerre, de secours, de négotiations ; puis à bout de tout repassa la mer et se relira en Picdmont pour peu de temps, et de là à Rome où elle fut magnifiquement receue, logée et traittëe. Elle y demeura treize ans, et y mourut en 1487 après avoir très solemnellement renouvelle la susditte donation de son Royaume plus de deux ans auparavent dans TEglise de Saint-Pierre. Pour son mary il combatit quelque temps la fortune, mais ce ne fut pas avec le nerf el la persévérance de sa femme. Il estoit revenu d'assés bonne heure en Piedmont d'où il la laissoit faire, et mourut en solitude et en retraitte au prieuré de Ripailles en 1482.
L*ordre voudroit qu'on parlast maintenant du duc Philippe frère de ce malheureux Roy de Chypre, si ce n'est qu'il sera plus naturel de parler tout de suitte de ses enfans après luy. Disons donc un mot des sœurs de tous ces frères, sans nous arrester à deux Archevesques de Tarentaise et d'Ausch aussy leurs frères, qui curent bien des desmeslés pour le gouvernement de TEstat pendant la minorité de leurs neveux et petit neveu.
Ces sœurs donc sur la vie et les actions desquelles on ne s'estendra pas, mais sur leurs dattes principales pour l'ordre des temps, furent :
Margueritte qui espousa à Chamberry, 2 juillet 1454, Jean marquis de Montferrat qui mourut sans enfans en 1464. Il s'appelloit Jean Paléologue. Remariée à Pierre de Luxembourg comte de Saint-Paul fils aisné du Connestable de Saint-Paul qu'on va voir devenir son beau frère. Il mou-
rut en octobre 1482, et elle en mars 1485 à Bruges; et ne laissèrent que deux filles, Tune sans enfans de Philippe de Clèves, l'autre vefve du comte de Romont son oncle paternel, puis femme, 1487, de François de Bourbon comte de Yendosme et mère du premier duc de Vendosme et grand'mère du Roy de Navarre père d'Henry lY.
Charlotte, accordée dès longtemps au Dauphin depuis Louis XI; il l'espousa malgré le Roy son père en janvier 1457, à Namur où on la luy envoya. Quoyque mère de Charles YIII et de tous les enfans de ce prince, elle en fut fort mal traittée jusqu'à sa mort, 1483, qui ne précéda celle de Charlotte que de deux mois.
Bonne, mariée, 9 may 1468, au chasteau d'Amboise en présence du Roy Louis XI et de la Reine, à Galéas Marie Sforcc duc de Milan; morte, 1485, après avoir perdu son mary et esté Régente. Louis Sforce dit le More usurpa TËstat de Milan sur ses enfans, ses neveux.
Marie espousa, premier aoust 1466, Louis de Luxembourg comte de Saint-Paul Connestable de France, beau père de sa sœur, qui pour crime de lèse majesté eut juridiquement la teste coupée en place de grève à Paris à cinquante sept ans, 19 décembre 1475. 11 avoit plusieurs enfans de sa première femme Jeanne de Bar grande héritière. La Reine sa seconde femme et sa belle fille, qui estoient sœurs, ne le purent sauver des mains de Louis XI dont il avoit l'honneur d'estre beau frère, mais qu'il réunit avec le duc de Bourgogne, peut estre pour ce seul point de sa perte, pour les avoir trop joués tous deux l'un par l'autre. De ce second mariage il n'eut qu'un fils qui espousa la fille aisnée et Théritière de Pierre Guevarra prince d'Altamure, etc., séneschal de Sicile, dont il n'eut point d'enfans. Louis XII le fit grand chambellan, et il mourut à Lyon
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3 décembre 1502. Le premier duc de Longueville fut grand chambellan après luy. La Connestable sœur de la Reine mourut peu de mois après son mary. C'estoit Louis XI qui avoit fait ce mariage.
Agnès espousa, 2 juillet 1466, le comte de Dunois fils du célèbre bastard d'Orléans ; en eut postérité et mourut en 1508 comme on Ta veu au tiltre précédent. Venons maintenant au duc Philippe de Savoye, frère de tant de sœurs, et père du premier duc de Nemours.
Philippe duc de Savoye n'y parvint que sur la fin de sa vie. Il luy fallut couler à fonds quatre frères tous quatre mariés, et deux générations de i'aisné qui fut le Bienheureux Amé duc de Savoye. Amé eut aussy quatre fils dont deux furent Philbert I et Charles II duc de Savoye; et celuy cy en laissa encore un qui mourut duc de Savoye à sept ans. Ainsy Philippe en essuya quatre qui furent ducs de Savoye, et quatre autres qui le pouvoient devenir et laisser des masies à Tcxclurre. Il s'attacha à Louis XI, comme le comte de Romont son frère s'estoit livré au duc Charles de Bourgogne pour le malheur de l'un et de l'autre ; mais Louis XI ne put refuser à son père qui en estoit fort mécontent, de Tarrester et de le mettre au chasteau de Loches. La Reine sa femme estoit fille de l'un et sœur de l'autre qui portoit le nom de comte de Bresse, et qui fut plus de trois ans prisonnier, et tant que le duc Louis son père vescut. Louis XI se racomoda bientost avec luy, et ils avoient un penchant l'un pour l'autre qui dura toujours quoyque souvent interrompu par le duc de Bourgogne. Il fut d'abord gouverneur de Guyenne et de Limosin, puis passant au duc de Bourgogne, il en receut la Toison et le gouvernement des deux Bourgognes. La paix faitte entre Louis XI et le duc de Bourgogne»
M. de Bresse se racomoda en France par son mariage avec Margueritte de Bourbon ; le Roy luy donna son Ordre de Saint-Michel nouvellement institué, une compagnie de cent lances, de grandes terres, et son armée à mener à Perpignan. Il ne fut pas moins bien auprès de Charles YUI qui luy donna le gouvernement de Dauphiné, mais il ne fut jamais grand Maistre ny grand Chambellan de France, comme Guichenon le dit positivement et s'y trompe de mesme. Il avoit eu des démesiés avec les deux ducs de Savoye Philbert I et Charles II ses neveux. La mort de celuy cy luy donna des prétentions à la Régence de l'enfant qu'il laissoit et auquel il succéda bientost après, mais il ne réussit pas, revint en France d'où il alla ambassadeur de Charles VIII vers le Pape Alexandre VI cet infasme Borgia, ayant pour collègues Louis de Luxembourg comte de Ligny et Guillaume Briconnet le principal ministre d'alors et le principal conseiller du voyage de Naples, dont il tira le cardinalat pour soy et tout ce qu'il voulut d'ailleurs ; c'estoit pour obtenir passage pour l'armée, et ils vainquirent à Rome touttes les difficultés, et accompagna Charles VIII partout. Peu après le retour en France son petit neveu mourut et il luy succéda ayant cinquante huit ans. Mais il ne jouit qu'un an et demi de la souveraineté et mourut à Chamberry 7 novembre 1498. De la Bourbon sa première femme qu'il avoit espousée, 1471, et qu'il perdit 24 avril 1483 il eut Philbert qui luy succéda et la mère de François I. Elle estoit née en Bresse 11 septembre 1476, et ne fut que trop célèbre par les Régences funestes qu'elle exerça funestement. Elle perdit le comte d'Angoulesme son mary en 1496 après avoir esté mariée neuf ans. La première fut le 15 juillet 1515, et la seconde en i52A aux deux voyages de François I en Italie. Sa passion pour le malheureux
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Connestable de Bourbon tournée en rage contre luy, et celle de la grandeur du comte de Tende son frère bastard qu'elle voulut forcer le Roy son fils à mettre à la teste de touttes ses affaires d'Italie, en y faisant périr Lautrec faute d argent malgré les ordres }es plus précis et les plus réitérés de François I, et la violence avec laquelle elle alla prendre elle mesme Targent destiné à l'Italie chez Semblançay surintendant des finances, malgré luy et sans descharge pour s'en disculper et l'accuser après comme elle fit de l'avoir destoumé, et luy fit couper la teste^ couslèrent l'Italie et mirent la France au plus grand danger où elle se soit trouvée, et dont elle se sentira toujours par la vénalité des charges que les nécessitez introduisirent avec bien d'autres maux. Femme superbe, méchante, implacable, toujours bruslante du désir de régner et toujours régnante par l'ascendant qu'elle sceut se conserver sur le Roy son fils. Elle mourut à Grez en Gastinois, 22 septembre 1551, à cinquante cinq ans qu'elle vescut pour le malheur de la France, se faisant porter malade de Fontainebleau où on craignoit la peste, à Romorantin où elle ne put arriver. De Claude de Brosse fille de Jean comte de Penthiëvre et de N. de Bretagne d'où leurs enfans prirent le nom et les armes de Bretagne, Philippe duc de Savoye qui l'espousa en novembre 1485, en eut Charles RI duc de Savoye après son frère aisné de l'autre lit^ et nostre premier duc de Nemours, et Philberte qui espousa Julien de Médicis duc de Nemours un an, et frère de Léon X, sur lesquels voir le tiltre premier de Nemours, page 35 [tome V], qui par erreur est dans les Duchés Pairries Es teintes y quoyqu'il n'ait jamais estéPairrie, ijfour Julien de Médicis. Outre ces enfans, il eut un bastard et deux bastardes. De ces deux, l'une fut femme de Jean Grimaldi [qui] fut tué par son
frère cadel, qui non plus que luy ne prit "point le tiltre de Prince de Monaco, mais seulement de Seigneur. Ce fut son fils qui le prit le premier; et le fils de celuy là se donna à la France aux despends de sa garnison espagnole et fut le premier Duc et Pair de Valentinois. En voir le tiltre page 85 [du Tome VI]. De la bastarde de Savoye ne vint qu'une fille mariée à Renaud de Villeneuve, baron de Vins sieur de Vineul chevalier de Saint-Michel. L'autre bastarde fut première femme de Laurent de Médicis sans enfant, qui fut depuis père de Léon X et de Julien de Médicis mary de la fille légitime de ce mesme duc de Savoye dont son père avoit espousé la bastarde. A l'égard du comte de Tende bastard du duc Philippe, il devint assez considérable en trois générations que sa race dura, pour en faire une courte mention après les ducs de Nemours.
Philbert II qui succéda à Philippe son père et qui mourut à vingt quatre ans en 1504, ne peut tenir place icy que pour ne pas passer sous silence la singularité du sort de sa seconde femme. Il estoit veuf sans enfans de la fille de son cousin germain Charles II duc de Savoye et de Blanche de Montferrat, et il espousa ensuilte Margueritte d'Austriche, 26 septembre 1601. C'est cette Princesse fameuse par ses alliances manquées et qu'elle mesme rendit célèbres par son courage et sa plaisanterie dans un moment qui y est le plus opposé. Elle estoit fille de l'Empereur Maximilien I et de Marie héritière de Bourgogne, sœur de Philippe le beau, père de l'Empereur Charles V. Elle fut accordée en 1482 n'ayant que deux ans avec le Dauphin depuis Charles VIII ; eut en dot Salins, Bar sur Seine et Noyers avec les comtés d'Artois, de Bourgogne, de Charolois, d'Auxerre et de Boulogne, et fut envoyée au chasteau d'Amboise à élever avec les Enfans de France. Mais en 1494 elle fut renvoyé
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pour le mariage d'Anne Duchesse héritière de Bretagne et masculinemcnt sortie de nos Rois. La naissance estoit donc fort au dessus et la dot peut estre pareille. On a mis celle de Margueritte tant pour se souvenir de tant de beaux proches et nécessaires fleurons lors démembrés et depuis réunis, excepté la Franche Comté qui ne fut jamais de la France auparavent, que pour en mettre sous les yeux la comparaison avec la Bretagne. Margueritte fut embarquée à Flessingue pour aller espouser l'Infant d'Espagne. Dans le trajet, au plus fort d'une tempeste dont elle fut périlleusement accueillie, elle écrivit ces deux vers pour son épitaphe qu'elle s'attacha au bras dans de la toille avec des joyaux :
« Cy-gist Margot la gante demoiseUe,
« Qu'a deux maris et encor est pucelle. »
Elle aborda en Angletterre et fit après le trajet d'Espagne. Cet Infant qu'elle espousa à Burgos estoit Jean fils des Rois catholiques Ferdinand et Isabelle, qui mourut 4 octobre 1498 sans enfans, laissant sa sœur Jeanne héritière qui espousa Philippe, le beau frère de Margueritte qu'il laissoit vefve, et laquelle Jeanne mère de Charles V, etc., est connue sous le nom de Jeanne la folle parce qu'elle la devint de douleur de la mort de son mary et qu'elle ves« eut longtemps et mourut dans cet estât enfermée en Espagne.
Margueritte dit encore un bon mot qui marquoit son regret à Charles YIII. L'année de son mariage avec Anne de Bretagne les vins se trouvèrent fort verds, et un jour qu'on s'en plaignoit à la table de Margueritte, elle répondit plaisament qu'elle ne s'en estonnoit point parce que les serments ne valoient rien cette année, jouant sur le mot sarment et serment. Elle revint en Flandres d'où elle estoit
partie; puis s'alla remarier en Savoye, 1501, avec le duc Philbert dont elle n'eut point d'enfans et le perdit trois ans après. Elle se retira en Allemagne auprès de TEmpereur Maximilien I son père ; puis alla mourir Gouvernante des Paîs Bas où elle se fit adorer, et en mesme temps fort considérer en Europe. Elle fit avec la mère de François I ce célèbre traitté de Gambray en 1529, et mourut à Malines Tannée suivante.
Charles III frère de Philbert luy succéda à dix neuf ans. Il fit en 1515 ériger Turin en Métropole et Bourg en Bresse en Evesché lequel n*a pas duré. En 1518 il fit de l'Ordre du Colier celuy de l'Annonciade en y laissant et augmentant plusieures choses qui ont donné à ceux qui en sont un honneur qui n'est attaché à pas un autre, qui est d'estre les Grands du pais, trop é^roit pour en comporter d'au- . très par fief, par charges et encore moins d'héréditaires. Il espousa, 1521, Béatrix de Portugal sœur de Tlmpératrice femme de Charles t et mère de Philippe II, et la perdit à Nice 1538. Trois ans auparavent en 1 535 ilavoit veu Genève se soustraire à sa domination, chasser son Evesque, embrasser les nouvelles erreurs, et se mettre en petitte Républiqueoù elle a sceu se conserver depuis. L'année suivante François I le chassa de son Estât après avoir fait périr l'armée de Charles V en Provence que ce Prince favorisoit, et à qui François I demanda beaucoup de choses sous prétexte des droits de sa mère. Charles III dépouillé sans ressource en mourut enfin de desplaisir à Verceil, 16 septembre 1553 à soixante sept ans. Il avoit envoyé son fils aisné en Espagne qui y mourut à treize ans en 1536, et ne laissa qu'un fils unique son successeur.
Emanuel Philbert qui dès sa jeunesse ne cessa de voyager et de combattre pour restablir sa fortune, et il en vint
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à bout. II fut aimé et considéré de Charles V son oncle, et de Philippe II son cousin germain qu'il courtisa en Italie, en Espagne, en Flandres, en Allemagne et jusqu'en Angletterre au mariage de Philippe II, et eut la Toison et la Jarretière. Il servit partout sous les enseignes d'Austriche, puis les commanda avec beaucoup de réputation, et gaigna la bataille de Saint-Quentin en 1557, que Philippe U vit de dessus une hauteur avec une frayeur qui luy arracha le vœu de TEscurial qu'il accomplit depuis si superbement, et qui luy fit demander si c'estoient là les divertissements de son père. La paix funeste du CasteauCambrésis, perfide ouvrage des Guises, restablit en partie Emanuel Philbert en espousant la sœur dUIenry 11, qui périt dans le tournoy de cette réjouissance. Le Duc en retournant . chez luy receut à Marseille l'Ordre de Saint-Michel. Il bastit en 1565 la citadelle de Turin, restablit, 1 567, l'Ordre de l'Annonciade presque détruit, releva celuy de Saint-Maurice à qui il donna des galères en mémoire de la fameuse bataille de Lépante de la mesme année, où les siennes s'estoient distinguées, et fit en 1574 si bien les honneurs de chez luy qu'avec le secours de sa femme et de leurs adresses il obtint d'Henry III, revenant par Tltalie de Pologne en France, la restitution de presque tout ce que la France occupoit encore dans ses Estais, malgré les cris de tous les bons François et les protestations par écrit de Ludovic Gonzague duc de Nevers, qu'il voulut estre insérées dans les registres du Conseil. Après tant de bonheur ce Prince perdit la Duchesse sa femme 1576, et il mourut 30 aoust 1580 à cinquante deux ans, aage bien court pour une vie si pleine. Il ne laissa qu'un fils unique le célèbre Charles EmanuQl, et entre plusieurs bastards ce Don Philippin que Charles Emanuel fit tuer en duel par le mareschal de Créquy, et
ne put jamais luy pardonner cette victoire. Voir le tiltre àeLesdiguières, tome VI, page 15.
C'est ce Charles Emanuel qui égal en guerre et en paix par la valeur et le succès de ses armes et par le courage et ■ les ressources de son esprit, sa politique profonde et les avantages de ses traittés, a si longtemps estonné TEurope du pied de ses Alpes, et fait compter les plus grands Rois avec luy. Il avoit dix huit ans lorsqu'il perdit son père en 1580; et aussytost après Henry III luy envoya l'Ordre de Saint-Michel par le mareschal de Retz. Celuy du Saint- Esprit venoitd'estre institué et obscurcissoit fort l'autre, et on ne voit pas la raison qui empescha de le luy donner. Philippe II luy fit présenter la Toison d'Or par le baron de Saint-Amour la Baume Montrevel. En 1585, son mariage fut arresté avec la lille d'Espagne qu'il alla espouscr à Sarragosse où estoit Philippe II, qui luy donna Tespée que François I portoit à la bataille de Pavie et le conduisit jusqu'à Barcelonne où il s'embarqua n'estant presque point resté en Espagne, où la Ligue de France luy avoit fait donner de bonnes instructions.
Son coup d'essay fut de se saisir à main armée et en personne la veille de Saint-Michel du Marquisat de Saluées et des places fortes du païs. Il estoit en pleine paix avec la France. L'effrénée libéralité de Henry UI sans cause aucune avoit fait rendre au Duc son père tout ce que la paix de Casteau Cambrësis avoit conservé à la France de ses Estats, et Charles Emanuel prit son temps que le mesme Henry III se trouvoit le plus opprimé par la Ligue et jouoit avec elle à quitte ou à double aux derniers Estats de Blois, pour s'emparer du Marquisat sous prétexte d'empescher que les françois huguenots n'en chassassent les françois catholiques. Les Guises le luy avoient fait conseiller par leurs
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frères utérins de Nemours, par Philippe II et par le Pape duquel au moins ils estoient en estât deluy répondre ; elle duc de Mayenne qui estoit vers Lyon avec une armée que son frère luy avoitfait donner contre les huguenots de ces Provinces, n'eut garde de s'opposer à une invasion si favorable à son parti. Henry III n'estoitpas en estât de s'en revanchcr par luy mesme. Il envoya le célèbre Sancy en Suisse pour les excitler contre Charles Emanuel. Il y réussît, et de maistre des régiments devenu général d'armée il mena les Suisses avec qui il fit quelques exploits que M. de Nemours et plus encore la catastrophe des Estats de Blois arrestèrent, et qui tournèrent Sancy enfin au secours du Roy à qui il amena 6000 Suisses qui sauvèrent alors TEstat. La mort d'Henry III et tout ce qui la suivit donna lieu à Charles Emanuel d'aspirer à la Couronne comme petit fils d'Henry II, et d'en escrire au Parlement de Grenoble qui le remit à la résolution des prétendus Estats Généraux assemblés à Paris pour l'élection d'un Roy; sur quoy il se rabattit à essayer de joindre à son Estât le Dauphiné, le Lyonnois et la Provence, dont Messieurs de Montmorency et de Lesdiguiëres tous deux depuis Connestables sceurent l'empescher, luy et la Ligue, quoyque reçeu solemnellement dans Aix et ayant déjà bien comencé ses conquestes en ruse et à force ouverte; ce qui dura jus" qu'à la fin de 1694 que les affaires de la Ligue et de Charles Emanuel déclinant toujours, il y eut une trêve entre Henry IV et luy, qui luy devint encore plus nécessaire par la conversion et l'absolution du Roy à Rome. Mais il ne vouloit point rendre le Marquisat de Saluces, et ce fut la matière de beaucoup de nëgotiations où la politique de Charles Emanuel se déploya tout entière avec la mesme mauvaise foy, qui luy cousta plusieurs échecs pendant
qu'elles durèrent, et que pour les haster on laschoit de la Cour de fois à autre la liberté aux généraux françois d'agir à main armée, qui se tourna bientost après en guerre qui précéda mesme la rupture formelle de la trêve en 1597, où le Duc se signala en personne et eut la joye de se voir amener prisonnier Créquy gendre de Lesdiguières, et qui finit en plein esté de 1598 par la paix générale de Vervins dont Charles Emanuel ne fut pas bien aise. 11 ne pouvoit plus soustenir son usurpation par les secours d'Espagne, et se sentoit peu bastant pour la maintenir tout seul. Ses négotiations à la suitte de la paix ne luy donnoient point d'espérance là dessus. Tout cela luy fit prendre le parti d'aller voir Henry IV pour tascher à le surprendre à force de souplesses, de ruses et d'éloquence, et de tromper son Conseil à qui il ordonna à Roncas de dire que le Roy luy avoit asseuré en partant que si le Duc vouloit aller en France ils s'ajusteroient eux deux tous seuls ensemble sans tant de formalités. Roncas avoit esté envoyé pour sonder ce voyage, et Henry IV l'avoit chargé de dire au Duc qu'il le verroit volontiers pourveu qu'il luy voulust rendre son Marquisat. Rien n'estoit plus éloigné, mais le Duc compta sur la profondeur de sa politique, et faute d'autres ressources il résolut de tenter celle là, et obtint en attendant un séquestre et deux mois de prolongation de compromis. Il partit donc en décembre 1599 avec tout son Conseil, presque toutte sa Cour et une grande suitte, trouva le duc de Nemours à Orléans, et sur le chemin de Fontainebleau le malheureux Biron qu'il contribua tant en ce voyage à gaster et à perdre ; enfin le duc de Montpensier tout auprès de Fontainebleau où Henry IV l'attendoit et sortoit de ïa Messe. Il eut Phonneur de disner seul avec luy et d'estre servy par un maistre d'hostel. Huit jours après ils s'en allèrent à Paris
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OÙ le Duc se garda bien d'accepter le logement qui luy fui offert au Louvre et s'cstablit à- Thostel de Nemours. Test après l'affaire du Marquisat fut traittée par des Commissaires de part et d'autre où le Nonce du pape assista. Ceux du Roy furent le connestable de Montmorency, le duc de Biron, Rosny surintendant depuis duc de Sully, le chancelier de Bellièvre et Villeroy Secrétaire d'Estat. Les artifices de ceux de Savoye conduits par leur Duc furent sans nombre el sans fonds, jusqu'à ce qu'enfin le Roy s'arresta à luy donner l'option de restituer le Marquisat ou de le garder en toutte souveraineté, et luy cédant de mesme la Bresse avec Bourg, Barcelonette et son Vicariat, le val de Sture et celuy de la Pérouse avec ses dépendances, et Pignerol avec son territoire. Cela fut signé le 27 février 1600 avec la condition expresse de faire l'option dans le premier juin suivant, et le Duc outré du peu de succès de son voyage partit incontinent après. Il s'cstoit flatté de leurrer le Roy de la conqueste de Milan et de l'engager de la sorte ; il n'épargna politesses, galanteries, ny libéralités pour gaigner toutte la Cour, et ce fut où il réussit par les louanges qu'il en remporta, et Biron qu'il gaigna en luy tournant la teste sur ses grands services et par de folles espérances, comme on l'a veu au tiltre de Biron [Tome V, page 493]. Il remporta avec raison une grande réputation d'esprit qui ne le consola pas de n'avoir pu au moins destacher le Roy de la protection de Genève qu'il s'estoit flatté d'emporter. Guichenon dit ce qu'il peut pour excuser ce Prince des menées qu'il fit en ce voyage et de la liaison estroitte qui subsista depuis entre luy, le duc de Biron jusqu'à son supplice et le comte d'Auvergne jusqu'à sa prison. Ce n'est pas icy le lieu de traitter ces matières qui excëderoient la mesure de ces Net-
NEMOURS. PHIUPPE DE SAYOYE. 77
tes ; mais il est demeuré constant que Charles Emanuel qui n'avoit jamais cessé d'estre ennemi de la France et perfide, ne s'oublia pas dans un temps qui luy devint prétieux par l'occasion et par la certitude d'une rupture avec la France dont il estoit déterminé de garder le bien sans restitution et sans équivalent. Ce fut enfin ce qui luy attira sur les bras Henry FV en personne qui en aoust suivant prit Montmelliau, Chamberry et d'autres places. Le Roy allant à Lyon recevoir et espouser Marie de Médicis, où en présence du Légat Aldobrandin les négotiations se reschauffé^ rent, et qui en 1601 aboutirent enfin à une paix que Charles Emanuel désavoua, puis signa. Par cette paix il garda le Marquisat et céda la Bresse, Bugeay, Valroncey et Gex, Bourg et Chasteaudauphin avec ses dépendances, et tout le Rhosne depuis Genève jusqu'à Lyon, fit démolir Bechedauphin; et tout ce qu'il luy avoit esté pris, restitué. Outré contre l'Espagne qui avoit levé une grande armée, mais dont il se plaignoit d'avoir esté mal secouru.
L'année suivante il 'manqua une entreprise sur Genève, obtint en 1603 l'union des Ordres de Saint-Maurice et de Saint-Lazare de Savoye, et envoya ses trois fils aisués en Espagne ; transféra aux Caroaldules sur la montagne de Turin le chef lieu de l'Ordre de l'Annonciade, de la Chartreuse de Pierrechastel passée par le dernier traitté sous la domination delà France; et maria, 1608, ses deux filles aux Princes héritiers de Mantoue et de Modène. Il songea ensuitte inutilement au recouvrement du Royaume de Chypre et à une nouvelle entreprise sur Genève, l'une et l'autre sans succez, et à engager Henry IV au recouvrement du duché de Milan en mariant leurs enfans ensemble et luy rendant l'eschange du Marquisat. La mort funeste d'Henry IV interrompit toutte cette négotiation quiestoitlors
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sur le tapis* Charles Emanuel chargé d'enfans avoit voulu en envoyer un s'estabiir en France. L'immense grandeur des Guises et celle où Messieurs de Nemours tendoient Tavoient tenté, et plus encore de se donner des moyens de faire des partis et des troubles. C'est ce qu'on voit si puissament refuté dans les belles dépesches du cardinal d'Ossat et sur ce mesme exemple des Guises, et qui traitte ces cadets de Souverains de louveteaux affamés chés eux qui vont chercher pasture, toujours ennemis de ceux chez qui ils la trouvent, toujours dans les intérêts du leur, quelqu'avantages infinis qu'ils ayent acquis, et surtout toujours loups et loups cruels et dangereux. Cette porte ayant esté fermée, Charles Emanuel envoya ses enfans en Espagne, mais sans espérance d'establissement dans un pais qui ne veut de grandeur que la sienne, et qui ne souffriroit pas mesme passager en ce point, non plus que tous les autres du monde excepté la France, à qui sa propre et terrible expérience n'a pu servir de suffisante leçon.
Henry lY mort, Charles Emanuel crut l'occasion favorable d'entreprendre encore sur Genève destituée de ce protecteur. Il le tenta et en eut la honte, et se tourna aux pensées du Montferrat par la mort de son gendre le duc de Mantoue. Il seroit trop long de destailler icy les prétentions différentes auxquelles cette mort donna lieu, d'autant qu'elles se trouvent au tiltre de Nevers avec la généalogie de Gonzague page 179 [Tome Y]. Les artifices de Charles Emanuel furent incroyables pour faire valoir les siens qu'il accompagna en 1613 de ses armes, qui furent bientost interrompues par une paix où la Savoye ne gaigna rien, et où l'Empereur et l'Espagne se portèrent pour juges du fonds. Mais l'Espagne ayant prétendu se faire obéir par voye d'autorité de supérieur.
Charles Emanuel reprit les armes et renvoya l'Ordre de la Toison d'Or. Alors ce fut un meslange de négotiations et de faits d'armes où la valeur et l'artifice de Charles Emanuel se disputoient à qui le serviroit mieux, ce qui dura jusqu'au traitté d'Ast en 1615, où le Duc ne fut guères mieux traitté qu'au précédent, mais où il fallut passer par l'autorité de la France qui favorisoit Mantoue, et qui voulant le mariage d'Espagne avoit touj ours favorisé cette Ck)uronne, et de plus en plus cette mesme année qu'il s'accomplit en efTet. Mais cette paix qui n'en estoit proprement que les préparatifs ainsy que la précédente ne put guéres durer qu'une année avec divers succès, que la cessation du secours de France par l'aveuglement de la Régente pour l'Espagne rendit pesans à Charles Emanuel, dont à la fin les embarras persuadèrent la France de luy renvoyer des secours qui produisirent enfin la paix par la médiation de la France et l'intervention du Pape et de Venise en 1617, par laquelle le duc de Mantoue recouvra tout ce qu'il avoit perdu. Charles Emanuel, aussy content de la France qu'il l'estoit peu d'Espagne, songea à terminer le mariage de son fils avec la fille de France qu'Henry IV avoit approuvé peu avant sa mort. 11 ne receut aucune difficulté, et en février 1619 le prince de Piedmont arriva à Paris conduit par le prince Thomas et précédé par le Cardinal leur frère qui avoit tout conclu. Us arrivèrent le 7, et le 10 le mariage fut célébré.
La mort de l'Empereur Mathias arrivée peu après donna à Charles Emanuel des pensées de luy succéder, et à quelques Princes de l'Empire impatiens du joug de la Maison d'Austriche d'y penser pour luy. Mais il n'y eut pas seulement la moindre lutte. Ferdinand Roy d'Hongrie fut élu sans difficulté. Cependant l'Espagne n'exécutoit point la der-
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nière paix, et donnoit du secours aux huguenots en Languedoc contre Louis XIII en personne. Charles Emanuei Talla voira Avignon, et peu après avec son assistance recomcnça la guerre contre les Espagnols qui finit avec TafTaire de la Yalteline en 1625 par le trailté de Monçon, qui touttes fois ne fit pas poser les armes aux Génois et à Charles Emanuei les uns contre les autres, jusqu'à ce que la mort du duc Ferdinand de Mantoue arrivée sans enfans changea touttc la face des affaires. On verra mieux dans la généalogie de Gonzague tillre de Nevers (tome V, page 185] , les prétentions el Tordre légitime de cette succession qui eut enfin lieu par l'appuy de la France. Cet événement arriva à Noël de 1627, le lendemain du mariage de l'héritière avec le fils du duc de Nevers, qui de sa part se prétendoit Thérilier et qui par là réunissoit les deux droits, au grand dépit de Charles Emanuei ayeul maternel de la Princesse, et des Espagnols outrés de voir passer ces Estais d'Italie à ce qui se pouvoit et devoit réputer un françois, et qui le furent encore davantage d'y voir arriver quinze jours après le duc de Nevers qui se mit en possession de Mantoue et de toulte la succession. Charles Emanuei qui vouloit faire espouser cette héritière au Cardinal son fils et mal satisfait de la France dès le traitté de Monçon, saisit la conjoncture de se réunir à TEspagne aussy picquée que luy, qui fit son traitté avec luy, et tout aussytost entrèrent ensemble en action contre le nouveau duc de Mantoue avec de grands succès. Cependant Louis XIII qui le premier novembre 1628 devint maistre de la Rochelle, ne fit que retourner à Paris et revenir à Lyon affronter les Alpes au plus fort de l'hyver, après avoir dompté la mer et les rebelles. Ce fut alors que les artifices de Charles Emanuei se surpassèrent pour amuser le protecteur du duc de Mantoue. Mais ce fut inu-
ÎIEMOURS. CHARLES EMANUEL. 81
tilement. Louis XIII franchit les Alpes au milieu des frimats que son exemple fit dompter à son armée. Charles Emanuel qui Tavoit redoutté avoit sceu profitter de tous les moments pour fortifier le pasdeSuze d'une manière impénétrable, et qui embarassa tellement les chefs françois qu'ils avouèrent qu'ils ne voyoient aucun moyen de forcer ce passage. Louis XIII les écouta, examina tout par luy mesme, se rendit sourd aux impossibilités, et à touttes les mesaises d'une armée dans les Alpes et en cette saison. Il les supportoit le premier et ne cessoitde méditer et de faire découvrir des routies dans les rochers les plus inconnues, jusqu'à ce qu'enfin, contre l'opinion de tous ses généraux, il rencontra un destour qui le conduisit sur le retranchement. Il l'attaqua luy mesme en personne l'espée au poing à la teste de tout, se faisant pousser par derrière à l'escalade pour grimper, et eut cette pure gloire de ne devoir qu'à sa capacité, à sa patience, à sa valeur personnelle, d'emporter des retranchements unanimement jugez non seulement imprenables mais inattaquables, et d'estonner l'Europe parla grandeur de l'action. Elle fut telle que Charles Emanuel ne se crut en seureté nulle part, ny l'armée d'Espagne qu'il avoit là mesme et à ses ordres, et qu'il vint trouver le Roy en la clémence duquel il mit toutte sa ressource. Dès qu'il l'apperceut il mit pied à terre, courut au Roy, et mettant un genouil en terre luy embrassa la botte. Cette humiliation le sauva. La grande âme du héros fut plus sensible au plaisir du superbe laurier que sa main venoit de cueillir. II daigna en considération de sa sœur, belle fille de Charles Emanuel, couvrir sa défaitte d'un traitté dont le prince de Piedmont, beau frère du Roy, fut chargé par son père.
En vain Guichenon et ses copistes ont voulu déguiser, non la gloire de Louis XIII trop perçante pour l'oster, mais
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la honte de Charles Emanueh Toutte la Cour et une partie de Tarmée françoisc fut tesmoin de cet acte si humiliant, que je sçais d'un de ces tesmoins oculaires ; sur le récit qu'il m'a fait et répété plus d'une fois je l'écris, et ce tesmoin est le duc de Saint-Simon dont la droiture, la yérité, la probité ont constamment esté reconnues au dessus de toutte flatterie comme de tout intérest et du plus cher de tous qui est la reconnoissance pour un si grand et si accompli bienfaictcur. Mais il faut dire aussy que nos escrivains sont encore moins excusables de n'avoir pas triomphé de bien dire sur ce prodige de teste et de cœur et sur ce succès si triomphant.
Mais on sçait quel estoit l'empire du cardinal de Richelieu sur les plumes, et jusqu'où s*estendoient à cet égard ses infatigables soins. 11 estoit jaloux de son maistre ; il sentoit presque seul qu'il n'avoit que l'air de le gouverner, et que cet air mesme il ne le conservoit que par la volonté de ce maistre. L'entreprise de Suze luy avoit paru impossible, et par luy et par les chefs de l'armée il avoit tout tenté pour en dissuader le Roy, jusqu'à cabaler pour le laisser seul les soirs sous prétexte de la rudesse et de Faspreté du temps et des chemins et des difficultés de la retraitte; et c'est , pour tout circonstancier, ce qui fit la fortune deNyert qui jouoit bien du luth, qui se trouva dans Téquipage du marquis de Mortemart et que le mesme M. de Saint- Simon m'a conté qu'il s*estoit avisé de faire entendre au Roy les soirs, pour l'amuser dans la solitude d'où le Cardinal espéroit que naistroit l'ennuy qui le feroit enfin retirer et contre lequel il se roidit. Le premier ministre fut donc intérieurement outré d'un si grand succès et si complet contre son attente ; il voulut de plus en politique ne pas mettre au désespoir un Prince si capable d'y estre, en éter-
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nisanl sa honte, et le séparer de l'Espagne par ce mesnagement auquel il crut que l'alliance si proche de son fils avec le Roy pouvoit sei'vir d'excuse. Il empescha donc d'abord touttes les plumes de publier cl d'imprimer cet exploit des exploits ; il y tint la main depuis pour ne se pas démentir, et il en est arrivé dans la suitte des années un silence qui rendroit cette merveille douteuse s'il ne restoitdes hommes qui en ont veu les incorruptibles tesmoins et qui se sont fait une religion de ne laisser pas dans les ténèbres un fait d'armes qui auroit esté le plus célèbre de ces anciens capitaines grecs et romains qui font encore l'admiration de nostre siècle. L'importance d'un fait si nécessaire à constater m'a forcé à m'y estendre; revenons à ce qui en arriva. Mais n'obmettons pas la modeste indifférence de ce grand Roy insensible à ce qui ne regardoit que sa personne, et de l'opposition de cette grandeur d'âme à la futilité superbe de son successeur, et de cette foule de médailles frappées jusque sur les festes et les moindres amusements de Versailles à faute de mieux. Quelle incroyable distance! La loy fut donc imposée à Charles Emanuel et à l'Espagne; Casai prest à tomber secouru, les armes d'Espagne et de Savoyc retirées des Estats deMantoue. Ce Duc affermi et reconnu, et le passage asseuré aux trouppes françoises avec des eslapes pour passer en Italie, avec Suze et d'autres places de seureté pour en respondre. Après cela le prince de Piedmont protégé par sa femme sœur du Roy alla luy rendre grûces de celle qu'il avoit daigné faire à Charles Emanuel vaincu et aux Espagnols ses alliez, dont le fruit fut une ligue pour la protection de Mantoue entre le Pape, le Roy^ les Vénitiens et Charles Emanuel forcé delà signer et le plus ardent ennemi jusqu'alors du duc de Mantoue. Ensuitle le Duc vint voir le Roy après s'est re touttes fois
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asseuré qu*il seroit bien receu ; il le fut en effet et combla le Roy de respects» de louanges et mesme de bassesses. Le Roy vainqueur n'ayant plus rien à faire partit de Suze et retourna en France. Son exploit prodigieux ne pouvoit trouver croyance à Madrid, où on soupçonna la connivence du duc de Savoye qui en avoit esté bien éloigné, mais la vérité de la victoire en avoit surpassé la vraysemblance. Charles Emanuel poignardé de rage espéra tout de l'absence du héros et de l'arrivée de Spinola avec une nouvelle armée au Gouvernement du Milanois, et encore plus de la levée d'une armée de l'Empereur pour chasser de concert avec eux les François d'Italie. Charles Emanuel qui depuis qu'il avoit passé en personne sous le joug de Louis XIII collé à genoux à sa botte, puis envisitte de courtisan abbatu et détruit, n'avoit voulu ny sortir de sa chambre à Turin, ny y voir personne sans aucune exception que le ministre dont pour l'exécution il ne pouvoit se passer, espéra de ce grand mouvement de toutte la Maison d'Austriche de se pouvoir relever contre la France, et commença à laisser
manquer les places de Casai et autres du Montferrat qu'il devoit fournir par le traitté de Suze, et à appuyer secrettement la demande de la Maison d'Austriche que les François sortissent d'Italie, d'où suivit le siège de Mantoue, et le retour du Roy à Grenoble puis en Savoye où il méprisa la peste qui y esloit jusque dans son propre logis, plusieurs jours de suitte, avec autant de magnanimité qu'il avoit fait les armes de ses ennemis. 11 les vainquit encore, et Charles Emanuel qui les y avoit attirés et ne vivoit dans son propre pais qu'en sujet de la Maison d'Austriche qui le voyoit en proye à ses armes et à celles de la France, oulré de plus en plus de l'affront qu'il avoit subi aux barricades de Suze dont il n'avoit jamais pu se résoudre à voir depuis le soleil
qu'à grand'peinepar sa fenestre, poussé de rage et de désespoir après la figure qu'il avoit failte toutte sa vie et jusque contre Henry IV en personne, en mourut à Savillan qu'il estoit allé mettre en défense pour dernière ressource, et pour dernier et unique voyage qu'il eust fait depuis que la honte de son joug Tavoit enfermé dans sa chambre, sans vouloir voir qui que ce pust eslre à qui il n'eust pas un ordre pressant et indispensable à donner. Telle fut la (in d'un Prince que le plus grand art, un bonheur bien mesnagé, une valeur judicieuse et active avoit rendu redoutable aux plus puissants Rois, et qui n'avoit rien mesnagé de permis et de ce qui Test le moins, pour se maintenir dans cette brillante posture et pour estre également redoulté, obéi et merveilleusement bien servi dans ses propres Estais. Il avoit soixante huit ans ; avoit espousé en 1584 Catherine fille de Philippe II et d'Elizabeth de France, qu'il perdit à Turin en novembre 1597 à trente ans. Il en eut cinq fils : un aisné qui mourut en Espagne sans avoir esté marié; Victor Amé qui luy succéda et qui fut beau frère de Louis XIII ; Emanuel Philbert qui fut amiral d'Espagne, viceroy de Sicile et grand prieur de Castille, qui mourut sans avoir eu loisir de se marier, ayant durant sa courte vie continuellement servi cette Couronne; le cardinal de Savoye, et le prince Thomas de qui est sortie la branche de Carignan. Deux filles, dont Tune duchesse de Mantoue qui se retira en Piedmont après la mort de son mary, puis en Espagne, qui gouverna le Portugal et sous qui la révolution si fameuse arriva en faveur du duc de Bragance, après laquelle elle vint mourir en Espagne en 1655; et Isabelle mariée à Alphonse d'Est, et morte duchesse de Modène en 1626 dont le duc son mary se fit capucin et mourut en cet habit. Deux autres filles religieuses, et celle qui mourut
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avec la duchesse sa mère. 11 laissa encore dix bastards dont quatre ne furent pas reconnus.
Victor Amé né à Turin 8 may 1587 alla à seize ans en Espagne, où il fit un second voyage en 1613 sur les affaires de Mantoue, se trouva en diverses expéditions militaires et eut l'honneur en 1619 d'espouser en personne au Louvre la sœur de Louis XIII, 11 février, et succéda à son père en 1650 ayant déjà quarante trois ans. Ce fut pendant le fort de la guerre que la rage et la mauvaise foy de son pèi*e avoit attirée dans le milieu de ses Estats, qui finit par la paix que procura Mazzarin à la teste des armées de France et d'Espagne sur le point d'en venir aux mains devant Casai, et qui fut enfin le traitté de Quierasque en 1651 qui décida touttes les affaires d'Italie, et qui en produisit la paix glorieuse en tout à la France qui l'année suivante en eut Pignerol.
Victor Amé suivit le parti de la France qui, après la mort du Roy de Suède à la bataille de Lutzen, porta ses armes en Italie, et s'y signala fort en qualité de Généralissime de ses forces en 1655. Il mourut avec beaucoup de gloire le 7 d'octobre 1657 à cinquante ans à Verceil, n'ayant survescu son père que de sept ans. Ce fut luy qui à l'exemple de Venise ferma le premier sa Couronne, l'un et l'autre sur le tiltre de Chipre. L'occasion en fut qu'Urbain VllI Barberin ayant par un décret du 10 juin 1650 donné YEminence aux cardinaux au lieu de V Illustrissime ^ et leur ayant défendu de recevoir désormais ce dernier tiltre de qui que ce fust à l'exception des Rois, Venise et à son exemple Charles Emanuel qui vivoit encore persistèrent à V Illustrissime et se prétendirent testes couronnées, ce qui donna lieu dans la suitte au fils de ce Duc à fermer sa Couronne, et à emprunter l'Altesse Royale de sa femme et
NEMOURS. CHARLES EHANUEL. «7
de sa mère qui dans la suitte est demeurée aux ducs de Savoye. Geluy cy laissa deux fils qui l'un après l'autre luy succédèrent, quatre filles dont l'aisnée espousa le Cardinal son oncle pour pacifier TEstat, deux autres le duc de Parme et l'électeur de Bavière, celle cy ayant eu espérance d'estre Reine de France, et la dernière mourut au berceau.
François Hyacinthe, né en 1632, n'avoit que cinq ans à la mort de son père et ne le survescut guères que d'un an estant mort en octobre 1658,
Charles £ manuel II son frère luy succéda. Il estoit ne en 1634, et sa minorité fut extrêmement agitée par le dedans et par le dehors. La guerre des deux Couronnes en Italie, Tunion de la Duchesse Régente avec Louis XIII son frère, la jalousie que le cardinal Maurice et le prince Thomas ses beaux frères prirent de son autorité jusqu'à se jetter entre les bras des Espagnols, les détresses de la Régente chassée de sa capitale et ses soupçons de la France dont elle trouYoit que la protection luy estoit vendue trop chèrement furent la matière des actions, des traittés, des entreveues, du mariage du prince Maurice avec sa niepce en 1642, qui quitta son Chapeau et se reconcilia avec la Régente sa belle sœur et sa belle mère et procura sa réconciliation avec son frère le prince Thomas. C'est ce qui les occupa le reste du règne de Louis XIII. La guerre contre l'Espagne continuoit. Ainsy s'écoula la Régence parmi des traverses infinies combléesparla découverte d'une conspiration contre la vie de la Régente et punie enfin à grandes difficultés, et cette Régence finit enfin glorieusement en juin 1648 par la majorité du Duc. Cette majorité fut une nouvelle pierre d'achopement entre la mère et les oncles qui perdirent peu à peu leur autorité, tandis que la mère sous le nom de son fils majeur raffermissoit la sienne, et que la guerre
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tenoitle prince Thomas presque toujours éloigné, laquelle dura jusqu'à la paix des Pyrénées. L'année qui la précéda, la Cour de Savoye \int à Lyon fort nombreuse rendre ses respects à celle de France, dans l'espérance du mariage de Margueritte sœur du Duc avec le Roy. Mais celuy d'Espagne s'estant là mesme secreltement renoué, tout se passa en compliments qui ne consolèrent ny Margueritte ^y la duchesse sa mère, et qui ne purent retenir le Duc qui repartit fort promplement. Rien ne fut oublié pour les bien recevoir, sinon que le cardinal Mazzarin tint ferme à ne point donner la main chez soy au duc de Savoye, qui peu de mois après fit le mariage de sa sœur la princesse Margueritte avec le duc de Parme. La Duchesse leur mère ne se peut consoler d'un mariage si profondément disproportionné de ses espérances et mourut 7 décembre 1663. Dans les premiers mois de cette mesme année, M. de Savoye avoit espôusé Françoise Magdeleine fille de Gaston frère de Louis XIII, qu'il perdit en janvier suivant sans enfans, et à la fin de l'année il se remaria à la fille aisnée du duc de Nemours qui le survescut longtemps et luy donna un fils unique célèbre* par bien des endroits. Charles Emanuel avoit porté ses armes dans les vallées de son Estât contre les Vaudois qui tuoient les prestres et détruisoient les églises. La France, à qui il fut toujours attaché, l'y secourut, et enfin pacifia ces troubles dont elle fut médiatrice avec les Cantons Protestants. D'ailleurs les conjonctures le laissèrent pacifique. C'estoit un prince bien fait, très courageux, qui ne laissoit pas d'aimer les lettres et qui estoit naturellement magnifique, et bon avec de l'esprit. Il aimoit passionément la chasse et y abrégea ses jours par les fatigues qu'il y prenoit. Il luy arriva mesme une avanture estrange qui ne l'y rendit pas plus retenu.
NEMOURS. CHÂllLËS EMANUEL- 80
Courant le cerf, il tomba tout à cheval dans une espèce de puits naturel qui ne se voyoit pas, et personne de sa suitte ne se trouva dans ce moment à portée de s'apercevoir de cet accident. Ce puits qui alloit en se restrécissant arresta son cheval par le poitrail et par la croupe, en sorte qu'il y demeura suspendu. Il estoit déjà trop bas et les bords trop à pied droit et sans concavités pour que le duc de Savoye pust regaigner le haut. Dans celte extrémité il entendit le bruit d'un courant d'eau sous luy, et comme il n'espéroit plus aucun secours de ses cris qui n'estoîent entendus de personne, il prit le parti de se laisser couler entre le flanc de son cheval et le bord du puits en bas et il n'y avoit pas haut. Il se trouva dans l'eau un peu plus qu'à la cheville du pied, et il se hasta de se ranger de dessous son cheval qui faisoit de grands efforts et qu'il craignit qu'il ne vinst enfin à tomber sur luy. Cela ne se put faire qu'en se couchant à demi dans l'eau, où il observa son cours et vil un petit jour fort loin. Son courage qui luy conserva la présence d'espril luy fit juger que ce courant alloit aboutir en quelqu'endroit découvert et il se mit à le gaigner en rampant dans ce ruisseau sousterrain, tantost fort courbé, quelquefois debout, mais souvent à quatre pattes. 11 fit plus d'un quart de lieue de la sorte et on jugera aisément qu'il fut longtemps à le faire. Enfin il arriva au bout et fut bien estonné de se trouver dans un trou fort haut et à pic sur le bord du Pô où ce ruisseau se précipitoit. Il espéra qu'il se présenteroit peut estre quelque batteau qui le tireroit de là, et en effet il en parut un au bout de quelque temps, après lequel il cria et, dont il se fit entendre. Ce batteau fut bien surpris de voir en s'approchant d'où venoient ces cris et ne pouvoit comprendre qui avoit perché là cet homme qu'ils voyoient; mais ils le furent
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bien davantage quand arrivés au pied du ruisseau cet homme leur dit qui il estoit. Enfin il trouva moyen avec leur aide de sauter dans le batteau où il conta son avanture, et se fit conduire au lieu le plus proche où il pust se seicher et mander de ses nouvelles à Turin, où on ne sçavoit ce qu'il estoit devenu et d'où tout estoit en campagne pour le chercher. La joye fut grande lorsqu'on en sceut, et il ne tarda pas à s'y rendre sans estre blessé ny en avoir esté malade. L'abbé le Tellier qui a depuis esté archevesque duc de Rheims, revenant de voir Rome, passa à Turin où il fut festoyé en fils de ministre en principal crédit. Il fut convié à une chasse où il n'avoit point du tout envie d'aller estant très peureux de sa nature; mais il se rasseura sur la parole que luy donna M. de Savoye de le monter bien seurement et à son aise et des chevaux de sa personne. Voilà donc l'abbé allé sur cette confience et courant par monts et par vaux bien plus qu'il n'auroit voulu. C'estoit de ces chevaux qui aiment eux mesmes la chasse, qui y sont accoustumés et qui vont tous seuls et volent. L'abbé se repentoit bien de sa confience et mouroit de peur. Mais ce fut bien pis quand il se vit sur le bord du Pô et son cheval s'y jetter quoy qu'il pust faire pour l'en empescher, et se mettre à la nage. Aux cris horribles succéda un silence d'un homme mort de frayeur qui ne peut plus articuler ; touttes fois il se tint et arriva à l'autre bord, mais il ne s'en put remettre de toutte la journée, et promit bien de ne se jamais plus mettre en pareil hazard. Cette avanture divertit beaucoup la Cour de Savoye et celle de France ensuitte, et le feu Roy en parloit encore quelquefois avec plaisir sans qu'à chaque fois qu'il en estoit mention l' archevesque se pust empescher d'en avoir encor horreur après tant d'années.
NEMOURS. CHAULES EMANUEL. 91
Ce duc de Savoye mourut en 1675 à quarante ans, laissant la duchesse sa femme régente et son fils unique aagé de neuf ans qui s'est fait Roy de Sardaigne.
Victor Amé fut un des plus grands princes par Tcsprit, par la capacité, par Tart des ressources, par l'intrépidité du cœur et de l'âme, par la supériorité sur les événements les plus fascheux, par une suitte toujours égale et toujours cachée, par le discernement, la sagacité, et l'usage des hommes sans dépendance ny nécessité d'aucun ; par une application infatiguable et continuelle et par tirer instruction et profit de tout. D'ailleurs, méchant fils et méchant père, mauvais marj^ et mauvais maistre, terrible souverain, allié perfide, qui a porté le bonheur et le malheur à diverses reprises jusqu'au plus haut et jusqu'au plus profond, et dont l'épouvantable, la finale et l'incroyable calastrophe a vengé de luy Dieu, et les hommes sans avoir esté plaint de pas un.
U ne pardonna jamais à la duchesse sa mère d'avoir fait son mariage avec llnfante de Portugal fille de sa sœur en 1679, et d'avoir en faveur de ce mariage fait révoquer par les Ëstats de ce royaume les loix faittes à Lamego en H45, qui défendent de marier les Infantes héritières hors du Portugal et à d'autres qu'à des Portuguais sous peine de privation d'hérédité de la Couronne, qui ont toujours esté observées. Cette Infante cy est oit héritière, ses fiançailles furent faittes à Lisbonne par Procureur en i 681 , et en 1682 la flotte portuguaise vint à Nice quérir l'époux et le Roy futur. Ce prince qui n'avoit que seize ans fit le malade et eut la constance de se tenir plus de deux mois au lit, et le courage enfin de rompre et de renvoyer la flotte. Il ne voulut jamais se confiner en Portugal, et y attendre longtemps dans la contrainte de sujet un pou-
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voir que les années luy donnoient chez luy, avec rincertitude encore des événements qui l'y pourroient faire retourner sans Couronne. En effet la Reine de Portugal mourut, le Roy son mary se remaria et eut nombre de fils, et rinfante mourut sans avoir esté mariée. M. de Savoye ne doutta point que sa mère accoustumée à la Régence n'eus! eu dessein de se la prolonger pour toujours en l'envoyant en Portugal, et c'est ce qui luy donna une aversion pour elle qu'il luy fit sentir toutte sa vie : il alla jusqu'à dévoiler ses galanteries par la persécution de ceux qu'il croyoit y avoir eu part, sans se soucier de l'indécence de ces éclats ; il luy osta tout crédit et la tint dans une géhenne continuelle. Sa douleur fut qu'il ne put luy arracher le cœur de ses sujets de tous estats, qui l'avoient adorée Régente et qui l'adorèrent captive. Quelqu'aversion que l'inclination toutte françoise de sa mère luy eust donnée pour les François, il espousa en 1684 la sœur de la Reine d'Espagne fille de Philippe frère de Louis XIV et de la fîUe d'Anglelterre sa première femme, qu'il rendit assés malheureuse avec tout l'extérieur de considération qu'il rendoit aussy à sa mère, mais qui ne diminuoit rien de toutte la contrainte qu'elle supporta avec une vertu qui l'en fît aimer et estimer sans touttes fois alléger le joug. Sa Cour estoit un couvent solitaire à la minutie, tandis qu'il ne contraignoit pas ses amours les plus scandaleux; qu'il alloit seul par la ville pour découvrir ce qui se passoit, et qu'il tomboit comme une bombe et pour le mesme sujet chez jses ministres, et dans les repas chez ses principaux courtisans.
Son intérest qu'il connoissoit et suivoit mieux qu'aucun prince de l'Europe fut toujours le maistre de ses inclinations ; il n'estoit pas de rompre avec la France à la guerre
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de 1688» mais il y fut forcé par les manquements de paroles, les artifices et les insultes de M. de Louvois qui vouloit pour sa fortune particulière engager le Roy contre toiifte TEurope, et qui força M. de Savoye de se joindre à ses ennemis. Il en sortit glorieux par les restitutions qu'il obtint par sa paix particulière en 1696, où il prit Tessé pour duppe dans leur négotiation secrette qui luy valut Pignerol, et le mariage de sa fille aisnée avec Monseig' le duc de Bourgogne. L'avènement du frère cadet de ce Prince à la Couronne d'Espagne à la fin de 1700, ouvrit une nouvelle guerre dont le duc de Savoye sceut profitter pour estre Généralissime des deux Couronnes en Italie, et pour faire le mariage de sa seconde fille avec le Roy d'Espagne en 1701. La venue de ce Prince aussytost après à Naples puis en Lorabardie, ulcéra ce Prince par le refus du fauleuil qu'il prétendit devant son gendre et qu'il ne put oblenir, dont les suiltes furent grandes. Ces événements sont trop récents pour en grossir ces Nottes. Il fut le premier duc de Savoye qui obtint par touttes les Cours de l'Europe successivement les honneurs des testes couronnées pour ses ambassadeurs, et V Altesse Royale que luy donnèrent mesme les Electeurs avec la condition signée de sa main de ne leur dispuller nulle part la préséance ; et il fut aussy le premier de ces prédécesseurs qui ait refusé nettement de visiter les cardinaux passans dans ses Estais qui ne luy donnoient pas la main, de les régaler, et mesme de les voir sinon par l'escaliei' secret et teste à teste dans son cabinet sans réception, sans cérémonie et sans leur rendre la vîsitte. Ce Prince sans ressource s'il eust perdu Turin, fit la paix la plus avantageuse dont il tira la Sicile avec la qualité de Roy reconnue par loulle l'Europe. Quelque temps après il y alla faire un voyage et
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laissa la Régence à son fils aisné qui avoit seize ou dix sept ans, avec un Conseil qui eut ordre de luy communiquer tout. Le prince de Piedmont s'en acquitta avec une supériorité d'esprit qui eust fait honneur à un homme fait, et tint sa Cour avec tant de grâce, de dignité et de politesse qu'il enleva tous les cœurs et donna de soy les plus grandes espérances. Tant de réputation donna delà jalousie à ce père défiant qui n'estoit ny aimé ny aimable, et qui avoit encore longues années k vivre avant d'arriver à la vieillesse.
De retour à Turin il ne chercha qu'à malter ce fils par tant de dégousls et de traittements durs que toutte sa patience, ses grâces et ses soins ne purent vaincre, qu'il en tomba dans une maladie mortelle. Alors son père sentit réveiller sa tendresse et touttes les pointes des reproches de son estime et de sa confience, mais il estoit trop tard. Rien ne put rappeller le jeune Prince à la vie, dont la mort mit la désolation dans tous les Estats qui le regardoient. Cette époque fut fatale au père qui n'eut plus depuis un moment de satisfaction. Il perdit son espouse qui n'avoit pu se consoler du Prince, et que le Duc regretta amèrement par les complaisances, la vertu et les devoirs dont sa vie si tristement uniforme avoit esté remplie. La Duchesse mère, dont la belle fille estoit toutte la consolation, avoit précédé de quelque temps, de manière que le Roy de Sicile se trouva seul avec le seul fils qui luy restoit. Il venoit de perdre la Sicile par les convenances de plus puissants que luy, qui luy avoient seulement sauvé le vain tillre de Roy en luy donnant en eschange la stérile et malsaine Sardaigne. 11 ne s'occupoit qu'à former ce fils devenu unique qui répondoit peu à ses désirs, et à se défendre dans son petit Estât contre les
entreprises de Rome qu'il fit venir à son point sur les nominations aux bénéfices, après avoir plustost que de céder laissé mourir tous ses évesques dont il ne restoit qu'un seul, el avoir tenu ferme à résister à la fameuse constitution Unigenitus et à si bien y contenir les Jésuittes qu'on n'oseroit encore aujourd'huy luy parler de cette bulle ny de rien de ce qu'elle contient sous des peines capitales. Ces Pères, avoient éprouvé ce qu'il sçavoit faire en Sicile. Il y estoit mescontent d'eux sur les différends qu'il y trouva esmus sur le Tribunal de la Monarchie, et ne put leur persuader de se tenir en repos; tellement que sans qu'eux ny personne en eussent le moindre vent, Maffeï viceroy de Sicile les fit tous enlever jusqu'au dernier frère laïc, de touttes leurs maisons dans toutle l'isle au mesme jour et au mesme instant, les conduire à la mer la plus prochaine où il avoit eu soin de faire tenir des bastiments tout prests, et les fit transporter dans l'Estat Ecclésiastique ou au plus près qu'on put. C'est ce mesme Maffeï souvent son confident en bien des choses, que nous avons veu ambassadeur de Savoye jusqu'il y a fort peu, et qui receut à Paris l'Ordre de l'Annonciade. Ce prince si habile et si capable de régner flatta si bien cet imbécile de Benoist XIII et répandit tant d'argent aux Coscia et aux Fini qu'il en eut la nomination à tous les bénéfices de ses Estats et celle d'un chapeau comme les autres Rois. Il est vray que touttes ces grâces et surtout l'usurpation des fiefs prétendus mouvans de l'Eglise, furent révoquées sous le Pontificat suivant, et pensèrent perdre le cardinal Fini qui le méritoit d'ailleurs à un si grand tiltre; mais il est vray aussy qu'après bien du bruit il n'y eut rien de changé de tout ce qui avoit esté accordé.
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La fin d*un Prince si éclairé, si défiant, si jaloux du souverain pouvoir jusque contre ses propres ministres, ne peut estre attribuée qu'à la vengeance divine qui le frappa d'aveuglement pour en faire un exemple effrayant à la postérité. Un mariage insensé, plus follement déclaré, et une abdication sans cause, une retraitte sans soustien, un abandon général dans le plus triste lieu de ses Ëstats, et une volonté de ne cesser point de retenir par le poids des conseils paternels toutte l'autorité souveraine. Jamais il n'alla plus loin. La perte certaine des ministres que luy mesme avoit élevés de la boue et placés comme estant le plus dans sa dépendance et qui s'en estoient promptetnent tirés, devint la sienne pour leur salut dont son fils ne fut que le ministre sans en estre l'auteur ny la cause. Jamais le père ne songea à remettre la Couronne sur sa teste; jamais trace de la plus légère menée, tellement qu'après l'avoir arresté et enfermé, et en mesme temps quelques seigneurs accusés de cette intrigue, il fallut leur rendre la liberté et leurs emplois, et que le père ne demeura prisonnier que par le danger de l'en tirer après un attentat si inouï en Europe. Pas un de ses sujets ne bransla, aucun ne souhaitta sa délivrance, quoyque le baron Rebinder gouverneur de Pignerol eut seul le courage de s'opposer dans le Conseil à cette exécution contre les marquis d'Ormée et del Borga qui la procurèrent, et d'en sortir pour n y participer en rien que du secret auquel il estoit tenu, et quoyque personne ne pust que détester une conduitte aussy inouïe. Rome qui avoit esté si irritée contre la Savoye et qui l'estoit encore n'y prit aucune part, nulle puissance de l'Europe ne s'en émeut ; et ce malheureux père qui avoit si prodigieusement marié ses deux filles en France et en Espagne, et qui avoit souvent osé en dire qu'il auroil
préféré un village de plus à ces grands establissemens, eut et le malheur de les perdre et le désespoir d'en avoir usé avec les deux Couronnes avec tant d'infidélité, que ny le Roy son petit fils ny le Roy son gendre ne monstrèrent pas prendre plus de part à sa détention qu'ils eussent fait au simple exil d'un particulier de la Cour de Turin. Les barbaries que ce Prince eut à essuyer dans sa prison, le mépris et l'abandon de son fils qui mesme à la mort refusa de le voir, quoyqu'il luy mandast que c'estoit pour chose importante qu'il ne pouvoit confier qu'à luy seul et sans reproche aucun de tout ce qui s'estoit passé qu'il pardonnoit entièrement ; l'insulte des ministres qui le retenoient dans les liens, le silence morne de tout ce qui l'observoit, le refus et le manquement de presque tout, l'abandon universel, en un mot toultes ces choses réunies dans un père hiaistre et jaloux et dans un Souverain despotique ne pouvoient avoir de nom que l'entresol de l'enfer. Il y vescut près d'une année sans autre consolation que de cette femme dont mesme on Tavoit séparé d'abord. Mourant, il entendit passer sous ses fenestres tout l'appareil pompeux et joyeux de la Saint-Hubert qu'on avança pour n'estre pas troublé par sa mort ; et son corps fut receu et accompagné à la sépulture par les mesmes marquis d'Ormée et del Rorga qu'il avoit élevés de rien et qui dans la frayeur qu'il leur fit de sa relraitte brassèrent sa perle et en triomphèrent. Ce qui regarde le Roy son fils est trop de nos jours pour nous y arrester ; mais son célèbre père mérite ces courtes époques.
Victor Amé.Né 14 may 1666. Duc de Savoye 12 juin
Accordé fiancé par procureur avec l'Infante lors héritière de Portugal, sa cousine germaine, 1679 et 1681.
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Rompt luy seul ce mariage et renvoyé ]a flotte de Portugal qui le venoit prendre à Nice 1682. — Prend en mesme temps seul les resnes de son Estât.
Espouse la fille de Monsieur frère de Louis XIV et sœur de la Reine d'Espagne de père et de mère, 10 avril 1684.
Obtient successivement VÀUesse Royale et les honneurs des testes couronnées pour ses ambassadeurs dans touttes les Cours, et ne voit plus les Cardinaux.
Rompt deux fois avec la France, 1690 et 1703, avec les plus terribles revers et les plus heureuses ressources, qu'il couronne par les plus glorieuses et avantageuses paix.
Marie sa fille aisnée à monseigneur le duc de Bourgogne, 7 décembre 1697. Marie sa fille cadette à Philippe V Roy d'Espagne, 11 septembre 1701.
Perd madame la duchesse de Bourgogne, 12 février 1 712, à vingt six ans ; perd monseigneur le duc de Bourgogne, 18 février, six jours après, lors Dauphin et Dauphinc, père et mère du Roy Louis XV.
Reconnu Roy de Sicile 1713.
Perd la Reine d'Espagne 14 févrie?1714, à vingt cinq ans. Perd son fils aisné 22 mars 1715, à quinze ans.
Perd la Sicile en pleine paix par convenance de plus puissants que luy, qui luy donnent la stérile Sardaignc pour conserver son tiltre de Roy, 1718.
Perd la duchesse sa mère, 15 mars 1724, à quatre vingts ans. Perd Louis I Roy d'Espagne son petit fils, dernier aoust 1724, à dix sept ans. Perd la duchesse sa femme 26 aoust 1729, à cinquante neuf ans.
Obtient à Rome touttes les prét'ogalives royales pour la nomination des éveschéz et autres prélatures de ses Estais, pour celle à un chapeau de Cardinal et pour avoir à Rome un cardinal protecteur de ses pays et affaires.
NEMOURS. CHARLES ËMÂNUEL. 99
Abdique pleinement, 3 septembre 1730. Et eu mesmc temps déclare son mariage avec la marquise Spigno qui touttesfois demeure particulière ; se retire avec elle et peu de domestiques au chasteau de Chambéry.
Arrestéavec sa femme par ordre de son fils et gardé à veue le reste de sa vie.
Meurt à Montcalier dans la prison que luy-mesme avoit fait construire pour les prisonniers d'Estat, 29 aoust 1732, avec beaucoup de courage, de fermeté et de piété dans sa disgrâce à près de soixante six ans.
Cette marquise Spigno *
Philippe comte de Genevois, troisiesme et dernier fils de Philippe duc de Savoye et de Claude de Brosse ditle de Bretagne, comtesse de Penlhièvre, sa seconde femme. Frère de père de Philbert II duc de Savoye et de madame la Régente Louise, mère du Roy François I".
Frère de père et de mère de Charles III duc de Savoye et de Philberte femme de Julien de Médicis, frère du Pape Léon X, duc de Nemours sans enfant;
Charlotte fille du second duc de Longueville et de Jeanne héritière d'Hochberg- Baden, sœur du troisiesme, du quatriesme et du marquis de Rothelinpère du sixiesme qui obtint tant de brevets de rangs, et de la seconde femme du prince de Condé tué à Jamac, de laquelle il eut le comte de Soissons.
Charlotte fut mariée 22 décembre 1528*
Mourut à Dijon I 8 septembre 1549, à trente sept ans.
1. U suite de l'alinéa manque dans le manuscrit de Saint*Simon;
Et par bastardise du comte de Tende grand maistre de France tué à la bataille de Pavie, et de la dame de Monaco Grimaldi.
Oncle paternel d'Emanuel Philbert, duc dépouillé de Savoye, qui servit si longtemps Charles V et Philippe II, et qui fut en partie réintégré en espousant la sœur d'Henry II.
Oncle maternel de François 1", etc.
Né 1490 et destinée l'Église. La quitta et suivit Louis XII en Italie, où il combattit pour luy à la bataille d'Aignadel,
Fit pour le duc Charles III son frère Thommage à TEmpereur Charles V auquel il s'attacha, 1520.
Sa sœur, mère de François I" et toutte puissante auprès de luy, l'attira en France où il quitta le nom de comte de Genevois pour celuy de duc de Nemours, 22 décembre 1528.
Mort à Marseille 25 novembre 1533, à quarante trois ans, lors de l'entreveue de Clément VII Médicis avec François I", pour le mariage de Catherine de Médicis.
Chevalier de Jacqucs duc dcNcmours,
SaintrMichel. ^
Lyonnois, Forez, né 12 OCtobrC 1531, fut OU Beaujolois.
Mort 1585. valcur, cu adrcssc, en grâces, en galanterie, la fleur de chevalerie de son temps et celuy qui donnoit les modes; beaucoup d'esprit, de connoissancc des arts et de plusieures langues.
Beau, bien fait, libéral et civil, aimé de tout le monde.
Anne d'Est petitte fille du Roy Louis XII.
Duchesse douairière de Guise, mère des duc et cardinal de Guise tués aux derniers Estats de Blois décembre 1588. Cruelle et infatigable ligueuse qui en inspira toutte la fureur à ses enfans du second lit.
Voir tiltre de GuisCf to-
pie V, page 66, ses proches et ses grandes alliances, et ce qui la regarde.
Mariée à M. de Nemours en 1566, en présence de Leurs Majestés.
Morte à Paris 7 may 1607, à soixante seize ans.
Se distingua en touttes les guerres de son temps et en divers paîs. Commanda rinfanterie en Italie sous le duc de Guise dont il espousa la vefve ; puis à son retour la cavalerie ; servit la Cour à la conjuration d'Âmboise, puis négotia la reddition de Bourges, 1562, deux ans après. Servit fort en Lyonnois, dont en 1565 il eut le gouvernement après le mareschal de Saint-André tué à la bataille de Dreux. Et en 1567 eut grand honneur au retour de Charles IX à Paris au milieu des Suisses; à l'entreprise de Meaux 27 septembre; et le 10 novembre suivant se trouva à la bataille de Saint-Denis. Deux ans après il se brouilla avec le duc d'Aumale en s'opposant tous deux au duc des Deux Ponts en Champagne qu'il vouloit attaquer, à quoy le duc d'Aumale s'opposa. Le dépit, la jalousie, la crainte des mauvais offices le firent incontinent après retirer à Annecy, où il obtint le marquisat de Saint-Sorlin du duc de Savoye. Depuis sa retraitte il n'en sortit qu'en 1574 pour aller à Lyon saluer Henry III, et faire une course jusqu'à Paris d'où il revint aussytost à Annecy. Il fut grand nombre d'années fort tourmenté de la goutte et il en mourut enfin à Annecy, 15 juin 1585, à cinquante quatre ans.
Son combat à la lance contre le fameux marquis de Pescaire, devant Ast, est célèbre.
On verra cy après, tiltre de Loudun^ son avanture et sa promesse de mariage à mademoiselle de la Garnache fille du vicomte de Bohan, et le bastard qui en vint.
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Chevalier de Charles EmanucI duc de Nemours, né février 1567, Lyonnois, Forex, porta le tiltre de prince de Genevois du vivant de son père, ^iTim! qui le fit élever à la Cour de Savoye. Fit le voyage d'Espagne avec le duc Charles Emanuel de Savoye qui s'y maria et l'y fit chevalier de l'Annonciade. Se trouva au retour à la mort de son père qui luy recomanda aussy instamment qu'inutilement de ne se point mesler des guerres civiles de France, des auteurs desquelles il n'a voit pas bonne opinion. Mais sa mère et l'étroitte parenté avec eux l'entraisnèrent jusqu'à estre aussy désespéré ligueur qu'eux, encore qu'Henry III luy eust donné le gouvernement de son père. Arresté à Blois à la mort des Guises ses frères utérins, puis eschappé par stratagesmc, gaigna Paris tout d'une traitte. Combattit pour la Ligue aux batailles d'Ivry et d'Arqués, et obligea Henry IV de lever le siège de Paris dont ilestoit gouverneur, 1590, malgré la peste et la famine qui désoloient la ville. Il fit après la guerre en Bourgogne contre le mareschal d'Aumont, se cantonna dans son gouvernement et se saisit de Vienne et d'autres places dans le dessein d'en accroistre les Estats de Savoye ; mais ce dessein mesme le perdit. Pierre d'Espinac archevesque de Lyon, ce fameux confident des Guises, l'arresfa dans Lyon où il estoit plus maistre que luy et le mit dans Pierrencise, 1593, par ordre du duc de Mayenne tout son frère utérin qu'il estoit, et qui malgré sa mère donna le gouvernement de Lyon à l'archevesque, et pour appaiser leur mère offrit au duc de Nemours le gouvernement de Guyenne en eschange, en rendant par luy et par Saint-Sorlin son frère tout ce qu'ils occupoient en Auvergne, Masconnois et
ailleurs. Mais pendant que le duc de Mayenne traisnoit la négoliation, le duc de Nemours se sauva en valet un bassin de chaise percée à la main et se dévalla après avec des cordes, gaigna Vienne et fit la guerre qui ne luy fut pas heureuse, tellement qu'il se retira à Annecy où, tandis que sa mère négotioit son accomodement avec le Roy, il mourut à vingt huit ans sans avoir esté marié en juillet 1595. Ce fut un homme tout différent de son père, excepté en valeur. Il estoit sobre, sage, ennemi du vice et de la volupté, le cœur grand avec plus de vanité que de vertu, et un des beaux hommes de son siècle. Sa mort fut semblable à sa vie. Il perdit tout son sang par la bouche et par tous les pores de la peau.