‹ Écrits inédits de Saint-SimonChapitre 11 sur 58 · II · texte numérisé non relu

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lieues d'Amiens travestie en villageoise, et remenée et receue dans la ville sur une charrette, avec touttes les huées, touttes les indignités et tous les périls possibles ; et ceux qui l'y avoient servie partie exécutés à mort et partie mutilés. Le cardinal Cajetan, légat du Pape auprès des chefs de la Ligue, eut ordre du Pape de demander cette liberté en son nom ; mais ces princesses ne dcurent leur délivrance qu'à la décadence de la Ligue, et M. de Nevers apprit par une lettre d'Henry IV, du 23 janvier 1591, que la veille elles avoient esté délivrées. Ainsy Amiens fut funeste au nom de Longueville par une dure captivité de plus de deux ans, et par la mort de ce duc de Longueville à la première fleur d'une jeunesse d'une si belle et vaste espérance et déjà ornée de lauriers. Voyons le fils unique qu'il laissa et n'eut point de filles.

Picardie, puis Henry II duc de Longue- GénS'amée, ^^«6 cut Ic gouvcmcment dc

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Ambassadeur, naissaucc, dont Ic duc dc

Mort lees.

Fronsac son oncle paternel eut le commandement ; puis il luy fut eschangé pour celuy de Normandie. Il commanda souvent et longtemps les armées en Lorraine, en Franche-Comté, en Allemagne, en Italie, et quelquefois avec réputation. Il fut premier ambassadeur plénipo-

Espousa : l"" Louise de Bourbon, petitte fille du prince de Condé tué à Jarnac, et de la sœur du duc de Longueville grand père de celuy cy, et :

Fille de Charles de Bourbon comte de Soissons et d'Anne héritière de Montafié ;

Sœur du comte de Soissons tué, 6 juillet 1641, à la bataille de Sedan^ en qui finit cette branche ;

Et de la princesse de Ga-

tentiaire à Munster, avec de grandes distinctions sur Messieurs d'Avaux et Servieil ses collègues, pour traitter la paix générale en 1644. Son crédit et son autorité en son gouvernement de Normandie luy donnèrent beaucoup de considération et le firent fort mesnager par M. le Prince, son beau frère, qui ne mesnageoit guères personne, avec lequel et M. le prince de Conli il fut arresté, le soir du 18 janvier 1650, au Palais-Royal, et mis avec eux en liberlé au Havre de Grâce, où ils avoient esté conduits, 13 février 1651 .Touttes ces choses font si essentiellement une partie de l'histoire, qu'on se contente icy de les coter. Au fort des troubles, 1653, il obtint des lettres patentes à Paris, en avril, qui confirment celles de Charles IX cy dessus, déclarent que le Roy tient et reconnoit Henry duc de Longueville pour prince du sang, voulant que luy, ses enfans et successeurs î

rignan, grand'mère du fameux prince Eugène de Savoye, etc., morte à Paris, 13 juin 1692, à quatre vingt six ans.

Mariée à Paris, 1617.

Morte à Paris, 9 septembre 1637, à...

Dont la duchesse de Nemours seule, morte la dernière de la maison de Longueville.

2" Anne Geneviève de Bourbon, sœur unique du prince de Condé le héros et du prince de Conti.

Mariée à Paris à Thostel de Condé, 2 juin 1642;

Morte à Paris à Port-Royal, 15 aoust 1679, à près de soixante ans.

Son esprit, sa beauté, ses agrémens , sa galanterie, son crédit sur ses frères; son ascendant souvent troublé sur son mary ; sa liaison avec M. de la Rochefoucauld ; son courage, son goust et sa capacité pour les grandes intrigues, la grande part qu'elle eut aux troubles et aux guerres civiles de la

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légitimes en droite ligne fussent connus et reconnus pour tels, pour estre issus et descendus de la Maison d'Orléans, pour avoir et tenir lieu auprès de Sa Majesté après les autres princes de son sang.

On ne peut que faire les mesmes réflexions sur ces lettres patentes qui ont esté faittes sur les pareilles de Charles IX, et qui eurent aussy le mes me sort, car celles cy n'ont été enregistrées en pas une Cour, ny mesme esté présentées à aucune non plus que les précédentes.

On y ajoustera que de tels parchemins ne coustoient

minorité de Louis XIV ; sa conversion ferme, sincère, solide, éclatante; sa pénitence continuelle dans touttes les parties de sa vie et jusque dans tous les moments, qui luy faisoit trouver les jours longs et les années courtes ; ses grands exemples, ses sévères séparations, ses pratiques continuellement dures et pesantes ; son attachement pour le fameux Port-Royal des Champs ; son union et son respect de pécheresse pour la princesse de Conti sa belle sœur, enfin une vie à deux envers si celèbre, si connue, si peu reculée de nos temps, dispensera d'en dire icy davantage.

guères au cardinal Mazzarin, le maistre de tout jusque dans ses plus apparentes disgrâces, qui haïssoit les grands, les rangs ; et en ce genre le droit, l'ordre et les reigles ; qui se faisoit un jeu de les intervertir, et qui en donna le goust à la Reine Mère et au Roy son fils. Mais on verra quel cas ce Roy lui mesme fit de ces belles lettres patentes.

M. de Longueville armé de ces pièces et de tant d'autres grands avantages, mary de deux princesses du sang l'une après l'autre, beau frère d'un prince du sang^ fougueux, couvert de gloire et qui donnoit le bransle à tout, en pos-

session de la main chez les princes du sang, qu'ils ne doniioient plus aux ducs ny aux Maisons de Lorraine, de Savoye ny de \endosme, pas mesme au duc de Guise ny à César si élevé par Henry IV, M. de Longueville commença à prendre, non pas chez luy mais à la Cour, touttes les manières des princes du sang, où elles luy furent longtemps souffertes.

Allant prendre possession du gouvernement de Normandie, il affecta d'y convier beaucoup de gens de qualité et de seigneurs, et entre autres les ducs de Retz et de Brissac, ses amis et ses parents fort proches, qui voulurent bien raccompagner. La veille qu'il deust aller au Parlement prendre sa place, le procureur général vint chez luy pour achever de tout concerter. Le Parlement, qui s'estoit bien douté de l'ignorance des ducs de Retz et de Brissac, l'avoit chargé de ses ordres à cet égard, tellement qu'il demanda à M. de Longueville ce qu'il prétendoit en faire le lendemain; il répondit qu'ils iroient avec luy prendre leurs places ; et sur ce que le procureur général luy fit entendre que luy n'estant point pair, mais seulement séant et opinant par le droit de sa qualité de gouverneur de la province, ces pairs le précéderoient, M. de Longueville se récria qu'estant venus comme ses parents et ses amis, ils ne luy feroient pas cette insulte. Le procureur général répondit que s'ils entroient au Parlement, il n'esloit pas en eux de ne le pas précéder, et aussy peu du devoir et du pouvoir du Parlement de le souffrir ; tellement, qu'après quelque altercation là dessus, nécessité fut à M. de Longueville de prier franchement Messieurs de Retz et de Brissac de n'aller point au Parlement, qui n'estant venus que pour luy faire honneur et plaisir, le luy accordèrent de bonne grâce.

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Dans les derniers temps de sa vie, les mesmes raisons de tolérance ne subsistant plus, il receut plusieures mortifications auxquelles il fut fort sensible. On cessa, les dimanches, de luy présenter le pain bénit à la messe du Roy comme on fait aux princes du sang» et un carreau comme à eux, de sorte qu'il fut obligé à faire porter le sien par un de ses gens pour le luy donner, comme les ducs. Le Roy qui Ten avoit averti plus d'une fois, voyant qu'il n'en faisoit pas davantage, défendit de luy en plus donner, et un beau jour il se trouva sans carreau. C'estoit une leçon dont il devoit profiter ; sa présomption luy cousta cher. Il entroit toujours aussy dans le balustre du lit du Roy aux premières et dernières audiences de cérémonie qui s'y donnent aux ambassadeurs, et personne n'y entre que les princes du sang et les grands officiers en fonction nécessaire derrière le Roy. Le Roy luy fit dire de n'y plus entrer, et l'y voyant malgré cela toujours, il le luy dit luy mesme. M. de Longueville tint bon et se crut hors de portée d'un affront. Il le receut pourtant, et le Roy picqué enfin de cette hardiesse, le fit sortir du balustre en pleine audience. Il en fut si outré qu'il s'en trouva mal, s'en alla aussytost à Rouen, et y mourut incontinent après, à soixante sept ans, 11 may 1663. Il estoit chevalier du Saint-Esprit de 1633, le premier de la promotion comme le seul duc prince qui en fust, suivant le changement arraché des statuts originaux et du premier exemple, et qui est resté un monument de la puissance de la Ligue. M. de Longueville, qui n'eut que la dernière duchesse de Nemours de sa première femme, ne laissa que deux fils de la seconde.

Il avoit esté un moment surintendant des finances.

Jean Louis Charles duc de Longuevilie monstra de bonne heure une foiblesse d'esprit qui aisément tournée en dévotion, se laissa aller de mcsme à ce que ses parens en désirèrent. Ils renvoyèrent à Rome, et il fit un testament au profit de sa sœur en cas que son frère vinst à mourir sans enfans. Arrivé à Rome, il entra au collège chez les Jésuisles en novembre 1666, et il avoitvingt ans. Ces Pères, quoyque tesmoins de son imbécillité, et peut estre de plus, l'induisirent à se faire prestre, et à faire une démission générale de ses biens et de sa Dignité à son frère, ce qu*il exécuta ; et le Pape Clément IX Rospigliosi, ou trompé ou aveuglé, l'ordonna prestre luy mesme en 1669, à vingt trois ans. Après cette asseurance contre tout mariage, on le fit revenir en France en différentes retraittes, l'aliénation de son esprit le mettant hors d'estat de se monstrer. Il fit alors un autre testament en faveur de la branche de Conti qui annuloit le premier, après quoy il fut juridiquement interdit, et M. le Prince commis avec Madame sa mère, sœur de M. le Prince, à l'administration de sa personne et de ses biens. M. le Prince, son fils et le dernier, succéda à cette administration dans la suitte, ce qui ne fut pas sans difficulté de la part de Madame de Nemours et de quelques parents qui la soustenoient. Enfin, M. de Longuevilie fut mis dans l'abbaye de Saint-Georges de Bénédictins réformés de Saint-Maur, à quelques lieues de Rouen ; il y est demeuré plusieures années, et il y est mort le dernier de sa Maison, 4 février 1694, à quarante huit ans.

Cette mort émut un grand procès pour une succession

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si riche et si vaste. Madame de Nemours alléguoit sa qualité de sœur et le premier testament. Elle ajoustoit les raisons de démence. M. le prince de Conti sefondoit sur le second testament cl sur l'ordination failte par le Pape, pour en prouver la validité contre le reproche de démence qu'il soustenoit n'avoir pas esté dès lors. Un prince du sang, en tout le Germanicus de on siècle, et cru pauvre avec plus de 400 000 livres de rente, eut heau jeu contre une vieille vefve sans enfans et sans parens qu'éloignés, la dernière de sa race extraordinaire avec beaucoup d'esprit, et aussy riche d'elle mesme que M. le prince de Conti. Le public et les conclusions dont l'advocat général Daguesseau, longtemps depuis chancelier de France, furent en tout favorables à M. le prince de Conti. L'arrest y fut conforme sans le dégoust et les longueurs de l'appointement. Madame de Nemours cria les hauts cris, et dans sa colère dit bien des choses fortes, justes, et avec cela très plaisantes; mais la succession demeura à M. le prince de Conti. Pour Neufchastel, ses annexes et dépendances, que des arrests ne pouvoient adjuger, M. de Brandebourg, qui se déclara Roy de Prusse, l'eut par le droit du plus fort, et tant de prétendans n'eurent que la peine du voyage.

Charles Paris comte de Saint-Paul, et par la démission susditte duc de Longueville, né dans l'hostel de ville de Paris la nuit du 28 au 29 janvier, où Madame sa mèreavoit esté obligée d'aller loger au milieu des feux de la guerre civile, pour plus grande asseurance de la foy de son parti 5 celuy de la ville, qui pour marque d'attachement donna

son nom à l'enfant. Il trouva tout paisible et tout changé de face dès sa première jeunesse. II suivit Louis XIV en Flandres en 1667, et s'y trouva aux sièges de Tournay, de Douay et de Lille, et l'année suivante à la conqueste de la Franche Comté. Il fit ensuitte une compagnie de cent gentilshommes qu'il mena au secours de Candie, assiégée par les Turcs. M. le Prince son oncle s'estoit fait un plaisir de le former, et y avoit si bien réussy qu'on ne vit point d'homme si aimé, si considéré, si applaudi dans cette jeunesse, plus instruit de tout, et d'une plus grande réputation de valeur, ny d'une plus grande espérance pour touttes choses. M. le Prince qui le chérissoit tendrement, fit usage de cette réputation si heureuse et de Testât triomphant de Louis XIV, pour le porter sur le trosne de Pologne que la mort du Roy Michel Wiesnowiski venoit de laisser vacant. La tache delabastardise, qui est en Pologne d'un si odieux mépris, se trouvoit effacée par tant de solides et de brillantes grandeurs, qu'avec l'appui du Roy alors si redouté partout, et le crédit de ce mérite héroïque de M. le Prince si révéré partout, il se flattoit, non sans beaucoup d'apparence, de voir incessamment ce cher neveu couronné, quand au fameux passage du Rhin, c'est à dire du Tolhuys, M. de Longueville, sortant de l'eau des premiers, alla charger imprudemment une trouppe qui ne pensoit qu'à précipiter sa retraitte, et fut tué à vingt quatre ans, le dimanche de la Trinité, 12 juin 1672, sans alliance. Le célèbre Jean Sobieski fut élu Roy de Pologne.

Ainsys'esteignit cette race si prodigieuse en touttes sortes de fortune et de grandeur; eschantillon premier et modèle après de celles des bastards en France ; et avec elle le duché de Longueville.

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En deux cent soixante treize ans et sept générations, dont deux de Comtes, cinq de Ducs, dix ducs de Longueville et un duc pair de Fronsac, huit Duchesses. Offices, sept; provinces, sept; généraux d'armée, trois; chevaliers du Saint-Esprit, deux; surintendant des finances, un; charges, deux; emplois, plusieurs; ambassadeur, un. Brevets et patentes de princes du sang non enregistrées ; rang peu à peu monté et formé sans exemple.

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