VII. Frère
Henry duc de Nemours destiné à l'Église, eut les abbayes de Saint-Rambert en Bugey et de Saint-Rémy de Rheims, et mesme cet archevesché, au tiltre duquel il fut receu au Parlement en qualité de duc et pair quoyque sans ordres el mesme sans bulles, sur l'exemple du dernier cardinal de Guise sous Louis XIO, mais qui avoit des bulles et mesme le sous diaconat qu'il ne passa jamais. Nostre Henry durant la vie de son frère n'esloit connu que sous le nom de M. de Rheims, et présida mesme par élection du clergé à son assemblée, à la tesle de laquelle il porta la parole pour rendre à Louis XIV le premier hommage de ce premier corps de l'Estat. Il estoit doux, sage, appliqué, et eust pu devenir un bon ecclésiastique ; et il pensa estre cardinal.
Marie fille et sœur héritière des derniers ducs de Longueville et dernière de cette Maison, et de Louise de Bourbon fille et sœur des deux seuls comtes de Soissons de cette branche.
Ainsy la première et la dernière duchesse de Nemours furent touttes deux Longueville ; la première sœur du trisayeul de la dernière.
Mariéeà Trie 22 may 1657 à trente deux ans, estant née à Paris 5 mars 1625 ; et
Morte à Paris 16 juin 1707 à quatre vingt trois ans.
On vient de voir, tiltre de Longueville^ pages 57 et suiv., l'esprit, la richesse et l'orgueil de cette duchesse de Nemours, qu'elle a conservés entiers jusqu'à la fin, mais toujours avec assés foible compagnie qui ne pouvoit encore avoir pris avec elle les modernes délica-
La mort de son frère luy fît quitter ses bénéfices et prendre le nom de duc de Nemours pour se marier; mais il ne fut pas longtemps l'un et l'autre, et mourut sans postérité à Paris à trente ans sans avoir eu loisir de figurer 14 janvier 1659, et par là fut esteint le duché de Nemours et cette branche de la Maison de Savoye.
tesses sur les façons de vivre de l'ancienne grandeur, dont elle ne despouilla jamais rienentouttesses façons, pas mesme avec le Roy ny avec ses ministres. On ne pouvoit avoir plus d'esprit à fond ny en mesme temps un esprit plus plaisant, plus salé, plus fécond en cruels apophtegmes avec moins de retenue en absence et en présence quand il luy con-
venoit, et il luy convenoit souvent, car elle estoit haineuse et se picquoit de ne pardonner jamais. Elle s'estoit prise d'aversion pour tous ceux qu'elle croyoit prétendre à sa succession de droit, ou de grâce à son testament, et avoit sucé avec le lait la haine de la branche de Condé, et par la suitte de tous les Princes du sang, aux airs nouveaux desquels elle ne pouvoit s'accoustumer. On sçait les causes singulières et rares de la haine de la branche de Bourbon-Soissons pour celle de Bourbon- Condé. Le démeslé personnel qu'elle eut avec la princesse de Carignan sœur de sa mère, avec qui elle partageoit ce vaste hostel de Soissons où touttes les deux logeoient, l'outra contre les Princes du sang qui se portèrent pour offensés en la personne de cette Princesse du sang leur tante, et qui luy firent ordonner par le Roy une humiliante et publique réparation. Elle résista tant qu'elle put, et receut enfin un dernier ordre avec un papier qui contenoit les paroles de cette réparation qu'elle devoit exactement dire. Elle passa donc dans l'appartement de sa tante qui l'attendoit à heure
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prise au milieu de beaucoup de dames conviées à ce spectacle. Elle arriva vestue à son ordinaire comme une vendeuse de pommes et des accoustrements très opposés aux modes, et ses cheveux fort mal aiTangés et luy tombant sur le visage tels qu'elle les avoit toujours, son tic redoubléde colère qui estoit une espaule allant seule et en saccade, la fureur dans les yeux qui d'eux mesmes n'estoient pas bien droits ; en un mot une figure ridicule si l'esprit et encore plus la grandeur n'y eussent pas esté toujours singulièrement peints. Elle brossa à travei^ la compagnie, et abordant sa tante fit une révérence encore plus preste que de coutume son papier à la main, et sans autre prologue le lit viste en un instant, refait une révérence puis la pirouette et s'en alla. Ses révérences, pour le dire en passant, estoient un ployé rapide comme celles des bonnes femmes de village sans remuer d'ailleurs. Tout cela eut la promptitude d'un esclair qui laissa la compagnie fort estonnée et la princesse de Carignan picquée à l'excès d'une telle hauteur dont sa niepce avoit sceu noyer une action que de satisfaction elle avoit rendu une sorte d'insulte, et les choses en demeurèrent là. Les démeslés pour l'administration des biens de son frère nourrirent la haine que dès longtemps sa belle mère, la fameuse madame de Longueville sœur de M. le prince avoit excittée en elle par les leurs particuliers ; et la succession de son frère enlevée par M. le prince de Conti la combla. Mais ce qui l'outra par dessus toutte mesure fut son exil de plus d'un an en sa maison de Coulomiers qui en fut une suitte et qui ne fit pas d'honneur à M. le prince de Conti, mais qu'elle suporta dans ce grand aage avec un courage d'esprit et une hauteur que rien ne put abattre, sans s'écarter du respect qu'elle devoit au Roy, Mais sur tous ces chapitres elle es-
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toit admirable, avec une éloquence animée par la passion et soustenue de touttes sortes de faits que luy fournissoit son aage qui n'estoit en rien démenti par sa mémoire. Elle ne sortoit point de Paris, n'alloit à Versailles que dans la nécessité de parler au Roy ou d'occasions les plus rares, et ne se présentoit jamais au Roy qu*à la porte de son cabinet, qui la distinguo! t toujours avec considération. Elle ne marchoit jamais qu'en chaise à porteurs, suivie de son carrosse, et quand elle alloit à Versailles disnoit à Sève [ou Sèvre] et se faisoit suivre de sa nombreuse maison, et ce fut ainsy qu'elle alla et revint de Neufchastel, dont elle fit le voyage pour maintenir son droit où le Parlement ne pouvoit toucher et pour tascher d'y faire admettre pour son successeur l'héritier qu'elle s'estoit choisi., M. le prince de Conti, dont on a veu, page 57, le succès contr'elle, y fut aussy, les ducs de Lesdiguières et de Villeroy et le comte deMattignon y allèrent en mesme temps, et le Roy les fit tous revenir à cause de M. le prince de Conti qui n'y avançant pas ses affaires, y demeuroit peu décemment et ne vouloit pas par son retour quitter la partie aux autres. Le contraste de la lenteur de M. le prince de Conti à partir pour la Pologne, lors de son aparcnte élection, et de son empressement au retour et de sa promptitude à se rendre à Neufchastel et de sa peine d'en partir, estoit une source toujoursnouvelle dans la bouche de madame de Nemours. Ce qui estoit le plus plaisant à luy entendre raconter, si la matière n'estoit pas si sérieuse, estoient ses avanlures srvec ses confesseurs, qui ne la connoissant que par la voir arriver seule à leurs pieds et fort peu frappés de sa figure, la croyoient une folle sur ses confessions dont tant d'immenses biens et touttes les grandeurs du monde estoient la matière, et qui la renvoyoient souvent sur ce pied là sans vouloir l'écouter
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plus avant ; d'autres fois leurs propos réciproques, et leur effroy de sa manière de réciter le Pater dont elle retranchoit franchement le pardon des ennemis. Elle mourut pourtant chrestiennement et avec tous les sacrements de l'Eglise.
Le dernier comte de Soissons prince du Sang frère de sa mère, tué le dernier masle de sa branche à la bataille de Sedan, 6 juillet 1641, sans avoir esté marié, avoit laissé un bastard qu'il avoit eu à Sedan d'Elizabeth des Ilayes, vefve du ministre de ce lieu qu'on appeloit La Tour, et que la comtesse de Soissons sa mère fit légitimer au Parlement en décembre 1645. Ce bastard né en 1^40 portoit le nom de chevalier de Soissons. Il avoit des bénéfices mais un œil de moins, et mena toujours une vie fort obscure et inconnue. Ce fut luy que pour faire despit à tous ses héritiers elle choisit pour l'estre de tout ce dont elle pouvoit disposer qui estoit immense, et elle fit un testament en sa faveur si solidement construit qu'il ne put jamais recevoir d'atteinle. Elle le déclara, et le mareschal de Luxembourg au plus fort de sa gloire n'eut pas honte de le donner pour mary à sa fille, de qui à la vérité il estoit pressé de se défaire sans luy vouloir rien donner. Ce beau gendre, par ordre de sa bienfaictrice chez qui il demeura tant qu'elle vescut comme son fils, prit le nom de prince de Neufchastel ; et il ne tint pas à son beau père que le Roy ne luy accordast des distinctions qu'il refusa touttes avec une indignation qui ne luy estoit pas ordinaire pour les chimères, beaucoup moins pour les bastards^ Celuy cy mourut obscur dans ses nouvelles richesses, 8 février à Paris 1703, à soixanle trois ans et ne laissa que deux filles. L'une mourut jeune; l'autre héritière de tout^ porta tous ses grands biens au duc de Luynes qui en avoit un grand besoin^ «et qui tost après gaigna un procès
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contre le comte de Maltignon qui revendiquoit le Danois, Ëstoutteville et beaucoup d'autres biens.
Ainsy fut esteint le duché de Nemours.
En 131 ans, IV Générations, VII Ducs, IV Duchesses. Provinces 2. Emplois plusieurs. Chevalier de Saint-Michel 1. Chevaliers de TAnnonciade 3*
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François I ESTOUTTEVILLE POUR ADRIENNE, héritière
'*''Toten/^* ESTEIHT 1546. D'ESTOUTTEVILLE