‹ Écrits inédits de Saint-SimonChapitre 20 sur 58 · II · texte numérisé non relu

II

i30 DUCHÉS VÉRIFIÉS ESTEINTS.

père. Bernard III fut père d'un archevesque sacré de Sens, d'Anor femme de Thibaut lY Chabot sieur de Rochecervière, et de Hugues I vicomte de Brosse. -

Celuy cy eut deux fils. La postérité de Taisné finit en sa première génération. Le second fut Roger qui de Margueritte de Deols eut une fille mariée, 1293, à Ithier sieur de Magnac en Limosin, et Pierre qui de Blanche fille de Jean I comte de Sancerre eut :

Louis de Brosse qui espousa deux femmes ; Jeanne de Saint Yerain dont il n'eut que deux filles : Margueritfc mariée, 1345, à Guillaume Compteur sieur d'Apchost, et Blanche mariée à Guy de Chauvigny fils d'André U seigneur de Ghasteauroux et de Jeanne vicomtesse de Brosse héritière de la branche aisnée que nous venons de voir s*esteindre. La seconde femme de Louis de Brosse fut Constance de la Tour en Auvergne qu'il espousa 1339, remariée depuis à Philbert de TEspinasse sieur de la Clayette. Elle mourut en 1392, et eut de Louis de Brosse son premier mary Louis mort estant chevalier, 1390, ayant laissé deux filles et un fils de Marie dllarcourt. Les filles, mariées à Ghitard de Culant sieur de Dervant, et à Godemar de Linières sieur de Meuville. Le fils fut Pierre II de Brosse qui fut chevalier, mourut en 1422 et laissa de Marguerilte de Malleval : Blanche femme de Guérin sieur de Brion chevalier, conseiller et chambellan du Roy Charles VII ; Catherine femme du sieur de Beauvoir seneschal de Bourbonnois, et :

Jean I de Brosse rendit de gi'ands services et futmareschal de Francci Charles VU le retint à la garde de sa personne avec cent hommes d'armes et cinquante de trait, et il se signala en plusieures expéditions importantes. Il fuiencore lieutenant général du mesme Roy au delà des rivières de

Seine, Marne et Somme, et il mourut en 1435. C'est le premier de cette Maison distingué par ses exploits, qui a esté moins heureuse au mariage de ses filles qu'en celuy de ses fils. Ce Jean de Brosse mareschai de France eut de Jeanne de Naillac Jean II de Brosse qui s'est tant distingué aux guerres de Bretagne et qui espousa en 1437 Nicole de Ghastillon ditte de Blois et de Bretagne, fille de Charles baron d'Avaugour et d'Isabelle de Yivonne, à condition que leur postérité porteroit le nom et les armes de Bretagne. Ils furent bisayeul et bisayeule de nostre duc d'Estampes, et nous nous arresterons icy un peu sur cette curieuse branche de celte illustre bisayeule. On reprendra après les enfans du mareschai de Brosse.

Guy I de Ghastillon comte de Blois et de Dunois, seigneur d'Avesnes, Guise, Landrecies, etc., fils d'Hugues et de Béatrix de Flandres, eut l'honneur [d'espouser] en 1310 Margueritte sœur de Philippe de Valois, qui en 1327 parvint à la Couronne après les trois Rois fils de Philippe le Bel frère aisné de son père, mort sans postérité masculine, ce qui fut la source des guerres des Anglois pour la prétension de leur Roy le fameux Edouard lîl, instituteur de la Jarretière, fils de la fille du Roy Philippe le Bel et sœur des trois derniers Rois.

De ce mariage de Guy de Ghastillon et de Margueritte Bœur de Philippe de Valois, lequel Guy mourut en 1532, vinrent une fille qui fut mariée à Raoul duc de Lorraine, puis au comte Frédéric de Linange, et deux fils. L'aisné fut Louis qui espousa Jeanne de Hainault qui luy apporta le Comté de Soissons, Avesnes, Chimay, qui avoient déjà Bsté dans la Maison de Ghastillon parce qu'elle estoit héri-^ tière. Le cadet fut le célèbre Charles de Ghastillon dit de Blois, comme toutte sa branche, qui par son mariage fut

132 DUCHÉS VÉRIFIÉS ËSTEINTS.

duc de Bretagne et dont la postérité ne fut que de trois générations après luy, et encore la troisiesme ne fut que de femelles, dont Taisnée fut femme de Jean fils du mareschal de Brosse.

Venons maintenant aux ducs de Bretagne, écartant de leur généalogie tout ce qui ne fait rien à Taisnesse, et à la dispulte célèbre de ce Duché par les armes, entre Cliarles deChastillon dit deBlois mary delà prétendue héritière, et Toncle paternel de sa femme et son cousin germain fils de cet oncle à qui le Duché demeura, et connus sous le nom de Jean IV et V ducs de Bretagne. A quoy nous joindrons la postérité de Charles de Chastillon dit de Blois jusqu'à Théritière de cette branche tombée dans la Maison de Brosse. Geoffroy duc ou comte de Bretagne espousa Havoise fille du vieil Richard duc de Normandie, et mourut, 1008, au retour de Jérusalem. Leur fils fut :

Alain duc ou comte de Bretagne, mary de Berthe fille du

comte de Chartres et de Champagne. Leur fille héritière fut :

Havoise, duchesse ou comtesse de Bretagne par la mort

sans postérité de son frère Conan 1066, espousa Alain

Caignarde de Cornouailles. Leur fils fut :

Alain Fergent, mary de la fille du comte d'Anjou. Il mourut en 1119. Leur fils fut :

Conan III le Gros, mary de Mathilde fille bastarde d'Henry I Roy d'Angletterre, mort 1148. Leur fille héritière fut :

Berthe duchesse ou comtesse de Bretagne qui espousa Eudon comte de Penthièvre, de masle en masle arrière petit fils de Geofi'roy, le premier des ducs ou comtes de Bretagne cy dessus. Leur fils fut :

Conan le Petit, mary de la fille d'Henry d'Escosse comte de Northumbre fils de David et père de Malcolme, tous deux Rois d'Escosse. Leur fille héritière fut :

Constance femme de Guy de Thouars. Leur fille héritière fut :

Alix mariée, 1215, à Pierre de Dreux dit Mauclerc, second fils de Robert de Dreux et d'Yolande de Coucy sa seconde femme, et petit fils de François comte de Dreux cinquiesme fils du Roy Louis VI le Gros. Morte en 1224.

Ce Pierre prit le nom de Bretagne et brisa Tescu de Dreux d'un canton d'hermines.

Il eut après la mort de sa femme de grands différends avec la ^Noblesse de Bretagne qu'il vainquit à Chasteaubriant.

Refusa de se trouver au sacre de Saint Louis, se ligua contre la Reine Blanche, etc., fut déclaré déchu de la Régence de Bretagne, etc., s'accomoda enfin et fit son hommage à Saint Louis.

Lorsque son fils eut vingt et un ans, luy quitta le tiltre de Bretagne, suivit Saint Louis outre mer, fut blessé et pris avec luy à la bataille de la Massoure, 1249, puis délivré, et mourut en revenant sur mer à la fin de may 1250. Il s'estoit remarié, 1235, à l'héritière de Montagu et la Garnache, dont un fils mort sans s'estre marié.

Jean I dit le Roux, comte de Bretagne du vivant de son père après la mort de sa mère, fut à Rome pour une excomunication, puis en Angletterre où le comté de Richemont luy fut restitué. Suivit Saint Louis enAffrique, revint après la mort du Roy et mourut 8 octobre 1286. Sa femme estoit Blanche fille aisnée de Thibaut VI comte de Champagne et de Brie, Roy de Navarre, et d'Agnès de Beaujeu sa seconde femme. Blanche fut mariée 16 janvier 1235, accompagna son mary en Affrique et mourut à Hedé 11 aoust

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Jean II suivit Saint Louis en Âffrique, d'où il alla en Palestine et revint par la Morée.

Espousa, 1259, Béatrix seconde fille d'Henry III Plantagenest d'Anjou Roy d'Angletterre et d'Eléonor de Provence sœur de la femme du Roy Saint Louis, qui le suivit en Affrique et en Palestine et qui mourut à Londres en mars 1277, à trente cinq ans.

Il se déclara, 1274, contre la France pour TAngletterre dont il commanda l'armée en Gascogne. Rentra en son devoir en 1297.

Fait pair de France, et déclaré en septembre mesme année par lettres patentes données à Courtray par Philippe le Bel duc de Bretagne, dont ses prédécesseurs s'estoient plus souvent appelles comtes que ducs.

Servit avec réputation en plusieures guerres, et aussy en plusieurs traittés où il fut des députés du Roy.

Mourut à Lyon, 18 novembre 1305, à soixante sept ans, de la chutte d'une muraille trop chargée de gens, arrivée le 14 précédent, comme le Pape Clément V Goth mené par Philippe le Bel passoit devant cette muraille à son entrée solemnelle, dont le frère du Pape et quantité d'autres furent escrasés.

Artus, mort au chasteau de l'Isle près la Roche Bernard, 27 aoust 1314, à quarante ans, ayant espousé deux femmes.

I. Marie fille et unique héritière de Guy FV vicomte de Limoges et de Margueritte de Bourgogne.

IL Yoland comtesse de Montfort TAmaury, vefve sans enfans d'Alexandre III Roy d'Escosse, fille de Robert IV comte de Dreux et de Béatrix comtesse de Montfort l'Amaury.

Mariée en may i 294 sans dispense, quoyque de mesme Maison et au quatriesme degré de son mary.

Pour quoy après la mort du duc Artus le duc Jean III son fils du premier lit contesta le douaire et l'estat des enfang d'Yoland, jusqu'à ce qu'une dispense du Pape Charles de Yalois frère du Roy, les accorda enfin, 1321, un an avant la mort de la duchesse Yoland.

Jean m duc de Bretagne dit le Bon assista les Rois Louis Hutin et Philippe de Valois en touttes leurs guerres, et mourut fort regreUé à Caên, 50 avril 1341, à cinquante six ans, sans aucune postérité des trois femmes, sœur de Philippe de Valois et filles de François de Castille et de Savoye ; fut tuteur de Jeanne sa niepce qu'il mariai

Jeanne fille aisnée et principale héritière d'Henry IV seigneur d'Avaugour-Goêllo et Mayenne et de Jeanne d'Harcourt dame de l'Aigle, desquels Jeanne eut touttes les terres.

Mariée 1318.

Morte avant son mary.

Guy comte de Penthièvre vicomte de Limoges mort à Nigeon près Paris, 16 mars 1331, à quarante neuf ans, ne laissant qu'une fille unique, Jeanne ditte la Boiteuse, qui fut une héroïne et qui espousa Charles de Chastillon dit de Blois et le Saint, célèbre par sa vertu et ses revers et qui par sa femme se prétendoit duc de Bretagne.

Jean IV dit de Montfort soy disant duc de Bretagne contre sa niepce.

S'empara des principales places à la mort du duc Jean III son frère, et se mit sous la protection du fameux Roy d'Ângletterre Edouard RI à qui il fit hommage de la Bretagne.

1. Rota. C'est ce qu'il suffit de remarquer icy pour conserver cette suitle qui va estre reprise et expliquée. Remarquer seulement que ce duc de Bretagne et Guy de Chastillon père de Charles de Chastillon duc de Bre. tagne, avoient espousé les deux sœurs dont le Roy PhiUppe de Valois estoit frère.

Fail aussytost après prisonnier à la prise de Nantes, puis amené à Paris au Louvre dans la tour deux ans après à Noël 1343, où il refusa la liberté pour se désister de ses prétentions à la Bretagne.

Se sauva deux ans après par le moyen d'un marchand et passa en Angletterre, et rentra avec quelque secours en Bretagne sans succès.

Mort de chagrin à Hennebon, 16 septembre delà mesme année 1345 à cinquante deux ans.

Espousa, 1329, à Chartres Jeanne fille de Louis de Flandres comte de Nevers et de Jeanne comtesse de Rhétel.

Héroïne qui soustint son mary et restabh't son âls comme il va estre courtement expliqué.

Anne duchesse héritière de Bretagne, née à Nantes 17 janvier 1476. Promise 1481 au Prince de Galles tué 1483. Reconnue légitime héritière de Bretagne par les Estais en février 1487 à Rennes, si le duc son père mouroit sans fils.

Espouse par procureur, 1490, derArchiduc d'Austriche, depuis Empereur Maximilien 1, qui espousa l'héritière de Bourgogne.

Mariée au Roy Charles VIII le mesme jour que leur contract fut dressé à Langeais, 13 décembre 1491 , qui la préféra à rhéritière de Bourgogne.

Vefve sans enfans, 7 avril 1498, le samedi de la Passion, subitement sur les onze heures du soir au chasteau d'Amboise.

Remariée au Roy Louis XII successeur, 8 janvier suivant, trois semaines après avoir fait déclarer nul son mariage fait dès 1476 avec la bienheureuse Jeanne, fille de Louis XI et sœur de Charles VIII. Alexandre VI Borgia fit tout ce qu'on voulut, moyennant le duché de Valentinois et .

la sœur du Roy Jean de Navarre donnés en mariage à son fameux bastard César Borgia» ce qui fut fait sans en avoir parlé à Alain d'Albret père du Roy Jean et de la ûlle qui en fut au désespoir.

Morte à Blois, 9 janvier 1513, à trente huit ans. Princesse de grande vertu et chasteté, pieuse et aumosnière, aimant et récompensant le mérite, mais altière et vindicative, de grand et haut courage, ayant toujours disposé de tout en Bretagne sans participation aucune des Rois ses marys et en totale indépendance.

Aimoit passionemment la Bretagne et les Bretons, avoit toujours regret de n'avoir pas espousé TEmpereur Maximilien I et vouloit donner sa fille à Charles Y, qui fut depuis simple duchesse de Ferrare. Son penchant pour la Maison d'Austriche ne se poùvoit cacher. Elle ne pouvoit souffrir ce qui restoit de la branche de Chastillon Penthièvre, et aimoit fort la Maison de Graiily Foix dont estoit sa mère. Elle ne se consola point de la perte de deux garçons qu'elle eut et qui moururent en bas aage, et ne porta plus de santé depuis sa dernière couche de cette duchesse de Ferrare. Elle eut grande répugnance au mariage de sa fille aisnée avec le comte d'Angoulesme dont elle haïssoit la célèbre mère, et on ne put de son vivant aller au delà du contract qui fut passé et signé aux Montils lez Tours 22 may 1506, à la demande des Estats Généraux du royaume qui y estoient lors assemblés ; et il fut exécuté plus d'un an après la mort de la Reine.

Mariage de Claude fille aisnée d'Anne de Bretagne et de Louis XII avec François I son successeur à Saint-Germain enLaye 18 may 1514. Elle mourut à Blois, 20 juillet 1525, et laissa Henry U et Margueritte qui en 1559 espousa

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Emanuel Philbert duc de Savoye et fut mère du fameux duc Charles Emanuel I. C'est au tournoy de ces nopees qu*Henry II fut tué en joustant avec Montgommery capitaine de ses gardes.

En 1532, le 14 aoust, François I, remarié à la sœur de Charles V à qui les deux filles d'Anne de Bretagne avoient successivement esté promises, fit couronner son fils aisné duc de Bretagne en pleins Estais du Duché, et le mcsme jour à leur réquisition réunit incommutablement la Bretagne à la Couronne par lettres patentes qui portent aussy les privilèges des Estats et des Bretons. Elles furent enregistrées au Parlement en septembre suivant, et en décembre de la mesme année au Conseil de Bretagne. Ce Dauphin fut empoisonné à Tournon, dont il mourut sans avoir esté marié, 10 aoust 1556; par quoy son frère devint Dauphin duc de Bretagne et enfin roy sous le nom d'Henry !!.• Catherine de Médicis son espouse, Charles V et surtout le comte de MontecucuUi ont esté violemment soupçonnés de ce crime.

Renée seconde fille de Louis XII et d'Anne de Bretagne, née 25 octobre 1510, accordée 1513 à Charles V, promise depuis à Joachim Électeur de Brandebourg, fut enfin mariée, 30 juillet 1527, à Hercules d'Est duc de Ferrare et de Modène. Vefve 3 octobre 1558, elle revint en France où elle avoit un grand appannage habiter en son chasteau de Montargis le reste de sa vie, et y mourut 12 juin 1575. Elle fut mère d'Alphonse II d'Est duc de Ferrare et de Modène et de la duchesse de Guise mère des duc et cardinal de Guise tués à Blois, du duc de Mayenne, etc., et du second lit du duc de Nemours et du marquis de Saint-Sorlin qui devint duc de Nemours après son frère. Alphonse III mourut sans postérité de ses trois femmes, et fit passer

après luy Modène, Reghio et ses autres biens relevans de l'Empire à César d*Est son cousin, du consentement de l'Empereur. Mais Clément VIII Adobrandin ne voulut pas accorder la mesme grâce pour Ferrare qu'il réincamera comme fief de l'Église. Alphonse III mourut, 27 octobre 1597, à soixante trois ans.

Renée sa mère aimoit passionemment la France et sa Maison, et abhorroit tellement la Ligue dont le duc de Guise son gendre avoit jette les fondements, qu'elle reconnut bientost par la pénétration de son esprit, que quoyque très bonne catholique, elle favorisa constament les Huguenots à découvert qui vivoient dans ses appannages plus en seureté que partout ailleurs. Son haut courage ne craignoit rien à dire ny à faire, comme l'esprouvoit sans cesse le duc de Guise qui, désespéré des avantages que les Huguenots tiroient de cette protection contre son parti et de quelques chefs de guerre et de consistoire réfugiés chez elle en attendant l'occasion de sortir en seureté, alla en personne avec des trouppes vers Montargis et les luy fit demander. Renée picquée de cette audace les refusa avec la dernière hauteur, et M. de Guise à son tour eschauffé fit approcher ses trouppes pour assiéger Montargis. Comme il alloit reconnoistre le chasteau. Renée parut sur le rempart, et en luy monstrant sa poictrinc, luy cria qu'il n'entreroit qu'à travers, et qu'elle demeureroit sur le rempart pour voir s'il oseroit faire tirer sur la fille de ses Rois. Cette fierté accabla M. de Guise qui tourna bride, remmena ses trouppes et ne s'en rapprocha jamais plus ; de sorte que le reste de sa vie Renée demeura en paix et en liberté. C'est d'elle qu'on appelle encore à Fontainebleau une vaste et antique maison vis à vis de la cour du Cheval Blanc, connue sous le nom du Grand Ferrare qu'elle porte

140 DUCHÉS VÉRIFIÉS ESTEINTS.

encore aujourd'huy, qu'elle y avoit faitbastir et qui est de main en main tombée à M. le duc d'Orléans.

On se contente de ce court précis de la succession des ducs de Bretagne, l'entrée de ce grand fief dans la Maison régnante, un mot de chacun de ces princes qui l'ont gouverné, l'élévation et la catastrophie, enfin l'extinction de cette fameuse branche de la Maison de Chastillon sur Marne si connue sous le nom de Penthièvre et en qui fondue, enfin la grandeur de ces restes et en mesme temps celle de la Noblesse françoise d'alors, par la grandeur et la communauté de ses alliances. Et pour ne pas mesme parler de ceux de cette mesme Noblesse qui n'ont pas deux cents ans durant imaginé autre lustre que d'en estre, et qui ont depuis trouvé moyen de se faire princes sans estre masculinement sortis de pas un souverain, on voit icy et dans les dernières duchesses de Bretagne, deux filles de Roy, l'un de Sicile duc d'Anjou, l'autre d'Escosse et Stuart, belles sœurs d'une autre duchesse qui estoit Amboise. Et dans les Penthièvres redevenus particuliers une Clisson belle fille de la fameuse Jeanne la Boiteuse, mariée comme héritière de Bretagne et qui ne cessa de l'estre que par la perte de la bataille d'Auray suivie du traitté de Guerrande, et cette mesme Clisson belle mère d'une fille de Bourgogne fille du duc Jean sœur de Philippe le Bon et en mesme temps d'une Chauvigny et d'une Vivonne. Et depuis que ces Penthièvres furent fondus dans la Maison de Brosse par l'héritière Nicole dernière de tous les Penthièvres, cette Nicole maria son fils à une Laval ; et ses filles, l'une au comte de Nevers fils du troisiesme fils de Philippe le Hardy duc de Bourgogne, et ce ne fut pas merveilles puisque ce comte de Nevers estoit veuf d'une Ailly et sans garçons; une

autre à un duc de Savoye de qui les autres ducs sont sortis ; et les deux autres à deux Paleologues, tous deux marquis de Montferrat. Touttes fois ces princesses estoient Brosse. Leurs niepces filles de leur frère descendirent. L'une espousa un puisnë de Savoye, qui se ravala après au bastard du dernier duc de Bretagne ; une autre espousa unRieux; la troisiesme le baron du Pont. Telles furent les grandes tantes et les tantes propres et touttes paternelles de nostre duc d'Estampes à qui on va retourner. Si on avoit pu donner la généalogie entière de la Maison de Bretagne et qu'on voulust esplucher les plus illustrement grandes, on y trouverroit le mesme meslange. Mais ces temps sont finis pour la Noblesse de France. Le comment et le pourquoy n'est pas ignoré, mais il n'est pas matière de ces Nottes. Reprenons les enfans du mareschal de Brosse ; on vient d'en voir la descendance femelle qu'il est inutile de répéter, voyons seulement la masculine.

Nicole, héritière et dernière des Chastillons-Bretagne- Penthièvre, espousa, 18 juin 1437, de l'avis de touttc sa famille, Jean II de Brosse fils du mareschal de Brosse et de Jeanne de Naillac parente proche des Penthièvres. Il estoit unique; son père estoit mort, et ses sœurs espousèrent ensuitte, l'une, Germain de Vivonne sieur d'Aubigny à qui elle porta la terre de la Chastaigneraye dont les Vivonnes portèrent souvent le nom dans la suitte ; l'autre, Jean de Roye sieur de Beausault chambellan de Charles YII. De ce mariage de l'héritière de Penthièvre avec Jean II de Brosse, outre les filles si grandement mariées, un fils unique : Jean II de Brosse dit de Bretagne. Le traitté de Guerrande avoit privé les Penthièvres de ce grand nom ainsy que des armes pleines. Us s'y estoient soumis solemnellement. Les Rois Jean et Charles V l'avoient ratifié, le traistreux

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attentat commis sur le duc de Bretagne Jean VI par Olivier comte de Penthiëvre et son frère Charle» sieur d'Avaogour père de l'héritière, les avoît de plus en plus privés de ce nom qui monstroit leurs prétensions toujours vivantes en eux, et les avoit de plus fait condamner à perdre la teste et despouillés de ce qui leur estoit resté de biens en Bretagne qui demeurèrent confisqués. Malgré tant de raisons accumulées, aucun des Pcnthièvres tant masles que femelles ne put se résoudre à quitter le nom et les armes pleines de Bretagne sans les mesler de rien ; et on voit icy avec quel soin Théritière les transmit à la Maison où elle entra. Il est pourtant vray qu'aucun des Brosse ne quitta son nom ny ses armes. Ils escartellèrent au deuxiesme et troisiesme de Bretagne et ne joignirent mesme qu'en second le nom de Bretagne au leur. Ce fils unique de l'héritière porta le nom de comte de Penthièvre. Il espousa, 15 may 1468, Louise fille de Guy XIII ou XIV de Laval comte de Laval et d'Isabelle fille du duc Jean VI de Bretagne et de Jeanne fille et sœur des Bois Charles VI et Charles VII. Il la perdit en 1480, et luy mourut en 1502 sans rien de marqué dans sa vie que l'inutile poursuitte de la restitution des biens maternels confisqués en Bretagne, qui ne luy valut qu'une pension de douze cents francs que Charles VIII luy donna enfin en 1492 sur son trésor. Nous avons veu ses filles. Il eut aussy un fils unique qui fut:

René de Brosse dit de Bretagne, qui poursuivit la restitution des biens confisqués en Bretagne sur les Penthièvres, avec aussy peu de succès qu'avoit fait son père. Louis XII le receut pourtant à luy en faire hommage à Lyon le 20 janvier 1505, mais il n'en obtint pas davantage. François I he le traitla pas mieux là dessus et le désespoir qu'il en

conceut le fit passer en Italie avec le malheureux Connestable de Bourbon au service de Charles Y, et il y fut tué à la bataille dePavie 24 février 1524.11 se maria deux fois. La première, 13 aoust 1504 à Jeanne fille unique du célèbre Philippe de Commines, dont le véritable nom est la Clitte, et de Hélène de Chambes-Montsoreau dont il eut un fils unique qui est nostre duc d'Estampes et trois filles : Charlotte mariée à François II de Luxembourg vicomte de Martigues qui en eut le célèbre Sébastien duc de Penthiè^ vre (Voir le tiltre de Penthièvre aux Duchés Pairies Esteints, tome y, page 227), de qui la fille unique espousa le duc de Mercœur frère de la Reine Louise et père de l'héritière qu'Henri IV fit espouser à son César duc de Vendosme. C'est par ce mariage de cette sœur du duc d'Estampes que tous les biens de sa Maison et de celle des Penlhièvres passèrent dans Luxembourg-Martigues. L'autre sœur Jeanne espousa en 1531 René de Laval seigneur de Bressuyre.

René, devenu veuf en 1513, se remaria à Jeanne de Com* peys ditte de Gruffi dont il n'eut qu'une fille qui fut mariée au Louvre, 23 décembre 1545, à Claude Gouffier duc à brevet de Roannois grand escuyer de France, veuf d'une la Trémoille et fils de M. de fioisy grand maistre de France.

Telles furent les sœurs de nostre duc d'Estampes. Il est enfin temps de venir à luy.

dier Jean IV de Brosse et de

mis, ' Bretagne né avec droit à de

"mort t^^s grands biens, s'en trou-

^^ va dépouillé par la fortune.

Ceux de Penthièvre avoient

entraisné ceux de sa Maison

dans le fisc. On vient de voir

Anne fille de GuiUaume de Pisseleu seigneur d'Heilly et d'Anne Sanguin sa seconde femme^ eut trente frères ou sœurs des tt^ois mariages de son père. Elle fut fille d'honneur dé Louise de Savoye que son père passa sa vie à la I mère de François ^ trop

DUCHÉS VÉRIFIÉS ESTEIMJS.

poursuitte de la restitution des grands biens de Théritiëre de Penthiëvre sa mère, confisqués pour le crime du père et de l'oncle de cette héritière contre le duc Jean de Bretagne, et que le fils de celuy là et père du duc d'Estampes fut plus malheureux encore que luy, puisque le désespoir de n'avoir pu retirer quoy que ce fust de ces biens de Penthièvre le précipita dans la retraitte du Connestable de Bourbon et luy cousta la vie, portant les armes pour Charles V contre François I en personne. Cette retraitte aux ennemis le fit condamner, par arrest du Parlement de Paris du 15 aoust 1522, à la confiscation de tous ses biens et à estre décapité ; et notre duc d'Estampes implora en vain le bénéfice du traitté de Madrid qui délivra François I de prison, pour rentrer dans les biens confisqués sur son père. 11 ne luy restoit presque que de passer pour estre de la Maison de

connue sous le nom de Madame la Régente, et donna de l'amour à ce Prince tout en arrivant de sa prison de Madrid à Bordeaux, qui quitta pour elle Diane de Poictiers qui fut depuis connue sous le nom de la duchesse de Valentinois, maistresse d'Henry II.

Elle espousa Jean de Brosse qu'elle fit faire duc d'Estampes par les raisons qu'on voit cy à costé, et obtint encore en 1545, un an avant la mort de François I, l'érection de Chevreuse en duché pour elle et pour son mary, mais qui ne fut point enregistrée.

La Cour de François 1 estoit partagée en deux puissantes cabales, chacune sous Tune des maistresses du Roy et du Dauphin, dont la haine l'une pour l'autre estoit extresme. La duchesse d'Estampes portoit par cette raison les intérests du duc d'Orléans, contre le Dauphin son frère qui fut depuis Henry II.

C'est ce duc d'Orléans qui mourut à 23 ans en septem-

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