DE BROSSE
bre 1545 à l'abbaye de Forestmoustiers par Abbeville d'une pleurésie sans avoir esté marié et qui avec de grands establissements, une grande volonté et le comandement des armées où il s'estoit acquis de la réputation, s'estoit attaché des créatures et a voit donné de la jalousie à son frère. Charles V a voit pénétré en France en 1544 et s'y estoit engagé si avant que son armée périssoit faute de vivres. 11 eut recours à sa ruse ordinaire pour se retirer d'un si mauvais pas, et proposa sa fille ou celle de son frère, avec le Duché de Milan pour le duc d'Orléans.
Le Dauphin qui le costoyoit la Marne entre deux, et qui comptoit bien qu'il ne luy eschapperoit pas et qu'il se vengeroit enfin de Pavie et de ses suittes, craignoit sur touttes choses le trompeur appast d'un traitté qui luy arrachoit sa proye et qui au mieux aller, s'il eust esté fidèle, donnoit à son frère le Milanois à ses despends. Ce
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DUCHÉS YÉUIFIES ESTELNTS.
avec ses chimères de prétentions. Qui n'auroit cru ce seigneur plus que réconcilié avec la fortune dans cette inespérable splendeur? Il n'en estoit pourtant que plus misérable. Il ne possédoil rien que de nom et ne servoit que de tiltre à sa femme qui le traittoit indignement et qui Taccabloit de sa toutte puissance en mesme temps que ce mariage honteux l'accabloit de mespris. La haine extresme qui estoit entre les deux maistresses du père et du fils avoit jette le duc d'Estampes au Dauphin depuis Henry II pour y chercher protection contre sa femme.
La preuve de touttes ces choses est fournie par un trait si singulier qu'on ne peut obmettre icy cette curiosité unique.
La duchesse d'Estampes avoit une sœur favoritte entre les autres qu'elle avoit mariée en présence de toutte la Cour à Moulins, 1537, à François baron d'Avaugour.
fut aussy ces mesmes raisons qui engagèrent la duchesse d'Estampes de s'y intéresser jusque là que de craindre assez la gloire du Dauphin pour faire avertir les Impériaux qu'il y avoit un grand dépost de vivres à Espernay et un autre à Chasteauthierry et des moyens de s'en emparer. Longueval son confident et sa créature leur donna cet avis, et empescha de plus que les ordres du Dauphin ne fussent exécutés qui avoit commandé d'emporter tout ce qui pourroit l'estre d'Espernay et de jetter tout le reste dans la rivière. De manière que les Impériaux s'emparèrent de ces deux places et de tout ce qui estoit dedans, raffraischirent leur armée qui esloil sans cela perdue sans ressource, saccagèrent Meaux et tous ces pais là, et mirent par l'efTroy la dernière confusion dans Paris où le cardinal de Meudon oncle de Madame d'Estampes fut envoyé gouverneur* La paix de
11 estoit fils aisné d'autre François et d'une Astarac, et petit fils d'autre François encore bastard du duc de Bretagne ^ François II et d'Antoine de Maignelets vefve d'un Villequier. Lequel bastard estoit frère de la duchesse Anne héritière de Bretagne, deux fois Reine de France et mère de la mère d'Henry IL Ce mesme bastard de Bretagne avoit espousé Magdeleine de Brosse vefve de Jean de Savqye comte de Genève, sœur du père du duc d'Estampes, laquelle estoit grand'mère du baron d'Avaugour qui avoit espousé la sœur de la duchesse d'Estampes. Celle cy pour l'amour de sa sœur prenoit fort hautement le party du baron d'Avaugour sur ce qu'il prétendoit des biens de sa grand'mère contre le duc d'Estampes lequel fut obligé d'en passer par tout ce qu'elle voulut. Mais après la mort de François I, Henry II auquel estant Dauphin il avoit toujours eu re- |
Crespy en Valois termina ou plustost suspendit bientost après cette guerre.
La duchesse d'Estampes éleva tant qu'elle put sa famille. Trois de ses frères eurent les éveschés de Condom, d'Amiens et de Pamiers et de belles abbayes ; deux de ses sœurs en eurent aussy.
Trois autres espousèrent MM. de Cani Barbançon, Jarnac-Chabotetd'Avaugour. Ce baron de Jamac est le mesme qui se rendit célèbre par son fameux duel contre François de Vivonne seigneur de la Chastaigneraye, 10 juillet 1547, en présence d'Henry II et detoutte sa cour, et où la victoire luy demeura par ce coup de Jarnac dont la mémoire a passé d'aage en aage jusqu'à nous. Il estoit chevalier de l'Ordre, gouverneur de la Rochelle, du pais d'Aulnis, du chasteau du Ha et maire perpétuel de Bordeaux, et premier gentilhomme de la Chambre de Charles IX. H estoit fils du frère aisné de l'amiral Chabot
DICHÉS VÉRIFIES ESTELNTS.
cours, luy accorda, 3 juin 1556, une révision, et luy fit de plus la grâce inouïe de consentir tout Roy qu'il estoit à estre luy mesme juridiquement interrogé sur faits et articles concernant celte affaire. Il le subit le 12 du mesme mois de juin mesme année, à Paris dans ce qui s'appelloit alors la maison Maigret qu'il donna depuis au Conncstable Anne et qui est devenue enfin la maison de Messieurs de Mesmes rue Sainte-Avoye,quele premier président de Mesme a vendue. De cet interrogatoire qui fut long, voicy ce qu'il contient de plus curieux.
Henry II y répondit que le duc d'Estampesluyavoitsouvent dit qu'il craignoit bien que le mariage de sa belle sœur que sa femme aimoit passionément, ne se fist à ses despends. Qu'il s'est souvent plaint à luy que Longueval qui manioit touttes les affaires de sa femme, qui estoit son confident et qu'elle avoit fort avancé, luy faisoit
oudeBrion. Ce fut la cause de sa résurrection après sa condamnation estrange et son retour en autorité, en emplois, charges et crédit, et en mesme temps la ruine et la perte du chancelier Poyet le persécuteur et le juge inique de cet amiral qu'il avoit dégradé. Madame d'Estampes entreprit cette affaire pour l'amour de sa sœur et en vint à bout. Son règne dura autant que la vie de François I, mais à sa mort elle fut honteusement chassée par la maistresse d'Henry' II sa plus mortelle ennemie, et avec elle tous ses parents et clients. Longueval Bossu qui lui estoit le plus intimement attaché de tous, y auroit laissé la vie pour l'affaire d'Espernay et de Chasteauthierry sans^ le cardinal de Lorraine alors archevesque de Rheims, qui le sauva moyennant le don qu'il en prit de sa belle maison de Marchez près de Laon. La duchesse d'Estampes se retira dans une de ses maisons
faire bien des choses à son désavantage. Qu'il ne recevoit rien de ses apointeraents de gouverneur de Bretagne et que sa femme jouissoit de tout. Qu'il se plaignoit surtout de plusieurs actes et contrats que Longueval et les autres ministres de sa femme luy faisoient faire à son désavantage à luy et à sa volonté à elle, et qu'elle a voit fait esloigner de la Cour la dame de Bressuyre sa sœur. Sur quoy luy lors Dauphin lui avoit toujours dit et comandé de temporiser en ce qu'ils voudroient, qu'autrement il se ruineroit et ses amis, et qu'il en auroit meilleur moyen de faire service à luy Dauphin, qui luy avoit souvent dit que ce qu'il faisoit au désavantage de sa Maison estoitpar force et contrainte et n'entendoit qu'il eut lieu, et le Duc l'avoit prié s'en souvenir. Ajouste Henry II que la duchesse d'Estampes avoit un crédit si avant sur François I que personne n'en
mesprisée et abandonnée de tout le monde et de son mary plus que d'aucun ; elle y vescul fort obscurément dans l'exercice de la religion nouvelle et y fit une longue et dure pénitence, puisqu'elle y vivoit encore en 1575 près de trente ans depuis François I et sa fortune.
Elle fit celle du frère de sa mère le cardinal de Meudon. Sa connoissance et encore plus son extraction ne sera pas sans curiosité ; elle en excusera la disgression.
11 s'appeloit Antoine Sanguin fils d'Antoine maistre dès eaux et forests de Champagne dont il fut désappointé en 1474, et petit fils de Jean lequel estoit bastard de Guillaume Sanguin bourgeois de Paris fort riche qui fut annobli avec son frère, et leur père estoit changeur à Paris. Ce Guillaume son fils servit le duc de Bourgogne avec dix neuf escuyers dans sa compagnie et estoit son maistre d'hostel, et outre