‹ Écrits inédits de Saint-SimonChapitre 23 sur 58 · ILO · texte numérisé non relu

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pouvoit douttcr. Que le feu Roy s'estoit plusieures fois éleiré contre ledit Duc et qu'enlrautrcs il le vit estant à la Baume en Daupliiné user de menaces en parlant à M. le cardinal de Lorraine, qui le lendemain dit à luy Dauphin et audit Duc qu'il falloit qu'il regardast & contenter sa femme. Que depuis le Roy continua, en sorte que le Duc une fois à son lever luy présentant ses chausses, il luy refusa et luy fit défendre sa chambre, et le Duc se retira en sa maison de Boussac en Berry, où d'Escars et plusieurs autres de sa maison à luy Dauphin le furent trouver puis se retirèrent à Moulins.

Voilà certes un rare interrogatoire d'un Roy de France qui le preste et qui sert par une démarche si fort au dessous de luy et devant et depuis inouïe, la passion de sa maistresse contre la duchesse d'Estampes, toutte anéantie qu'estoit lors cette dernière. On y voit encore qu'a-

cela escuyer et eschansondu Roy, ce qui fait voir en passant que ces emplois estoient dès lors bien meslës. Ce Guillaume presta de grandes sommes au duc de Bourgogne. On ignore s'il fut marié, mais il est asseuré qu'il ne laissa que deux bastards, une fille qui espousa un Longueil, et un fils nommé Jean né vers 1340, légitimé 1401, annobli 1414 et qui pourtant espousa 1425 Yonne de Seurre dame de Gavre dont la mère estoit risle-Adam.

Guillaume Sanguin donna à ce bastard de quoi vivre et asseura tous ses grands biens à ses petits fils enfans de ce bastard, lesquels tous vescurent et fort riches.

L'aisné espousa une Rubempré dont il ne laissa qu'une fille qui espousa un Moy seigneur de la Mailleraye, puis un Mottier la Fayette.

Le second ne se maria pas si noblement. 11 fut gendre de Jean Hébert général des finances, et fut un des mais-

ESTAMPKS. JEAN

lors et longtemps depuis les dues présentoient le service en Tabsence des charges qui le donnent, et dont les emplois militaires privoient souvent la Cour et peut estre mesme en leur présence.

Ny M. d'Estampes ny M. d'Avaugour son beaufrère n'eurent aucuns enfans. Et lors de cet interrogatoire, ce procès estoit entre M. d'Estampes et Odet d'Avaugour qui dès 1547 avoit succédé à son frère aisné et en demandoit les droits qui luy estoient dévolus. D'une Coëme il eut un fils qui en eut un autre et une fille d'une Sainte-Amadour. La fille es^ pousa trois maris : le prince de Guemené-Rohan, M. du Bellay et M. de Sourdis-Escoubleau. Le fils fut gendre du fameux la Yarenne qui de garçon de cuisine d'Hen- 17 lY devint son portemanteau, son mercure, négotiateur d'affaires plus sérieuses, protecteur des Jésuittes qu'il fit rappeller et à qui il

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très des comptes institués en 1485; mais deux ans après il en fut chassé. Ses fils n'eurent point d'enfans, mais ses filles furent aussy bien mariées que leurs cousines. L'une espousa Louis de Melun seigneur de Normanville; l'autre Jacques de Renti seigneur de Montigny, puis Jean le Yasseur sieur de Cognée ; la troisiesme le baron d'Orbé. Cela fait bien voir et trop que les mésalliances estoient dès lors en vogue, puisque de telles Maisons espousoient les petittes filles d'un bastard dont rien u'avoit relevé le père ny le grand'père ; bastard encore d'un riche bourgeois annobli et dont le père ne fut jamais que changeur de Paris.

La Rubempré belle fille du bastard en est encore une autre preuve.

Le troisiesme se maria encore moins bien, mais il s'éleva plus que ses deux aisnés. Il espousa une Simon, fut maistre des eaux et forests de Champagne, dont il

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procura ce bel establissement de la Flèche, et qui Lieutenant de Roy du pais s'y estoit retiré et qui volant la pie mourut en deux jours de la frayeur de ce que la pie qu'il voloit cria plusieures fois maquereau, maque* reau, d'un arbre où elle s'estoit relaissée, sans qu'on pust jamais luy faire comprendre que c'estoit quelque pie domestique qui s'estoit envolée et qui sçavoit parler. 11 fut frappé de ce prétendu reproche miraculeux de son péché et de tous les biens immenses qu'il luy avoit valu, en sorte que rien ne le put sauver. M. d'Avaugour son gendre eut quantité dé filles dont une seule mariée au duc de Montbazon et est mère de M. de Soubise père du prince et du cardinal de Rohan. Des fils un seul eut postérité qui est le grand père de M. d'Avaugour et de Vertus d'aujourd'huy.

Pour revenir au duc d'Estampes, il fut moins mal-

fut désappointé en 74. 11 eut de sa femme Meudon et Angervilliers et deux (ils.

L'aisné devint maistre d'hostel du Roy et lieutenant au Gouvernement de Paris, 1534, espousa Margueritte de Sains et mourut sans enfans vers 1540. Le cadet qui hérita de tous ces biens fut nostre cardinal de Meudon. Outre ces deux fils, il y eut deux filles qui furent très différemment mariées.

L'aisnée espousa Guillaume de Lauvin sieur de Blérencourt,et la cadette Guillaume de Pisseleu seigneur d'Heilly, de qui la duchesse d'Estampes fut fille. Ce n'est pourtant pas que la Maison de Pisseleu ne fust grande par elle mesme et ne fut accoustumée aux plus grandes alliances puisque le père de Guillaume de Pisseleu ayant des enfans et ce mesme Guillaume d'une premièi^e femme espousa en secondes nopces une Dreux du sang Royal et en pleine jouissance d'en estre.

heureux depuis la mort de François I. Il fit quelques pelîttes expéditions en Bretagne et en basse Normandie, et en 1 550 Henry II le mit de son Conseil estroit. Au voyage de Bayonne où Catherine de Médicis alla voir la Reine d'Espagne sa fille il fut plus que soubçonné d'estre entré dans un parti avec le duc d*Aumale et quelques autres grands, mais cela n'eut pas de suitte. Il avoit entièrement abandonné sa femme à la mort de François! et la haine de la duchesse de Valentinois pour elle et l'intime liaison de celle cy avec les Guises l'avoit tourné de ce costé là d'où il tira toutle sa protection, mais il ne put revenir à la considération et mourut enfin à Lamballe en Bretagne sans postérité, 27 Janvier 4564.

Enfin le quatriesme espousa la fille de Jean du Fresnoy conseiller au Parlement et de Catherine Boullanger dont il eut un fils et deux filles mariées à M. de Voisins et à M. d'Avron.

Leur frère espousa Estiennette de Martineset mourut, 1545. Il laissa un fils unique muet qui demeura en perpétuelle curatelle, et deux filles. Marie aisnée espousa Jean de la Lande sieur de Montpoulain ; Catherine la cadette espousa Claude des Mazis. Le muet leur frère ne laissa pas de se marier à la fille de Jean de Corbie sieur de Jagny et d'en avoir deux fils. Mais ils moururent tout jeunes en 1590 et leurs biens passèrent à leur cousin germain Gédéon des Mazis qui prit le surnom de Sanguin.

Le fils de son fils fit con-

I noistre son mérite à la Cour dans la charge de maistre d'hostel ordinaire, où il se mesla de beaucoup de choses avec probité et capacité et se fît des amis considérables. Tellement que la charge de premier maistre d'hostel estant tombée au mai'eschai de Bellefonds déjà mareschal de France et

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qui estoit pauvre et en vouloit faire le plus d'argent qu'il pourroit, tout cela ensemble en fit donner l'agrément à Sanguin qui estoit fort riche et considéré. Cette prodigieuse fortune n'en fut que le comencement. II obtint la survivance pour Livry son fils, et avec cette survivance une fille du duc de Saint-Mignan fort laide et qui n'avoit quoy que ce fust vaillant. Cette inespérable alliance les décora et les soustint beaucoup. Le duc de Beauvilliers beau frère de Livry l'empescha tout à la fin de la vie du feu Roy de perdre sa charge pour des détails qu'on l'essassa. Le fils de Livry eut aussy la charge de premier maisire d'hostel, et plus que favory de madame de Prie qui gouvernoit tout pendant le premier Ministère de M. le Duc, elle l'obligea de le faire chevalier de l'Ordre en 1724. En voilà assez sur les Sanguins légitimes et bastards. Disons pourtant un mot de celuy qui a profité de leur fortune* . . . .

Revenons au cardinal de Meudon qui nous a mis sur ce chapitre. On a veu cy dessus qu'il estoit seigneur de ce lieu dont il commença le chasteau dans sa fortune qu'il abandonna dans sa disgrâce au cardinal de Lorraine qui l'embellit fort, que M. Servien surintendant des finances eut longtemps par acquisition de la Maison de Lorraine. Celuy cy en fit la magnifique avanicour toutte en terrasse par dessus les maisons du village, dont la hauteur et la longueur du revestement tesmoigne l'immense quantité de terres qui y ont esté raportées et par conséquent la dépense immense qui y est entrée. Longtemps après sa mort, son fils qui portoit le nom de Sablé et qui passa sa vie dans la débauche et dans le célibat vendit Meudon à M. de Lou-

* Saint-Simon avait d'abord écrit: qui nous a mis sur ce chapitre, au . lieu de : qui a profité de leur fortune. Puis Tient un blanc dans le manuscrit.

vois qui acheva de le rendre superbe et qui en fit une magnifique terre par tout ce qu'il acquit tout autour. On voit encor sur le chemin de Paris à Versailles joignant le chemin et fort au dessous des murailles de ce parc une petitte maison avec sa courte et précipitée avenue et son jardin enfermés au plus bas du vallon fort estroit et qui est sans aucun fief ny seigneurie. C'estoit la maison du père et peut-estre du ^rand père du chancelier le Tellier qui s'en défit et acquit Chaville justement au dessus. Il n'en fit point une terre et se contenta d'y ajouter quelque revenu : dans les suittes de sa fortune, il l'enferma d'un parc et se contenta de jardins et de meubles fort simples. L'acquisition de Meudon fut si peu de son goust et encore moins les trésors que son fils y despensa qu'il fut des années sans se pouvoir résoudre d'y aller quoyque si fort à sa portée. C'est ce que le premier mareschal de la Feuillade app^Uoit si librement devant le Roy la province de Meudonnois, et en effet les mouvances et les jonctions en furent estendues fort au loin par M. de Louvois à qui la mort de son père acheva d'oster toutte contrainte là dessus. Après la sienne, le Roy qui n'aimoit pas à voir Monseigneur s'esloigner tant de Versailles et qui avoitpris goust pour la belle maison de Choisy que Mademoiselle luy avoit donnée en mourant en 1693, n'eut rien de plus pressé que d'en faire l'eschange avec un grand retour dont madame de Louvois fut fort aise par le grand entretien de Meudon devenu aussy trop vaste pour elle et pour sa famille. Tirons-nous enfin de tant de disgressions où la curiosité entraisne.

Le cardinal de Meudon porté par la duchesse d'Estampes sa toutte puissante niepce eut d'abord des abbayes et la charge de maislre de la chappelle du Roy. 11 fut en 1533

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évesque d'Orléans d'où il passa à l'archevesché de Tolose. Paul m Farnëse résista tant qu'il put à luy donner la pourpre, mais forcé par François I il la luy accorda enfin en décembre 1559 et compensa ses délais par Tbonneur de luy faire donner le chapeau dans Nostre Dame de Paris le jour de la Pentecoste suivante par son neveu le cardinal Farnèse alors Légat en France. Honneur depuis longtemps retranché aux plus grands Princes et aux plus puissants Ministies qui ne peuvent plus ainsy que tous les Cardinaux, recevoir le chapeau ailleurs qu'à Rome et en personne. Incontinent après la mort du cardinal le Veneur en 1543, il fut fait grand Aumosnier, non du Roy comme estoit leur tiltre jusqu'alors ou simplement Aumosnier de France, mais grand Aumosnier de France, et depuis luy cette qualité a tellement passé à tous ceux qui ont eu cette mesme charge que par insensible transpiration ils s'en sont dits et prétendus officiers de la Couronne. Nous l'avons veu cy dessus gouverneur de Paris en récompense et à l'occasion du trouble qui avoit mis la duchesse d'Estampes par ses perfides avis aux Impériaux, et il fut après employé dans les négotiations qui suivirent. Il fut meslé dans les affaires jusqu'à la mort de François I. Mais alors les parents de la duchesse d'Estampes partagèrent sa chutte comme ils avoient partagé sa faveur. Le cardinal de Meudon fut obligé de céder sa charge dont il se démit en 1547 à Philippe de Cossé évesque de Constances, puis de s'en aller à Rome où il se trouva à l'élection de Jules III Marie del Monté 15... Il revint après en France et mourut à Paris, 22 décembre 1559, à soixante-neuf ans.

CHEVREUSE. CHARLES CARDINAL DE lORRALNE. 157

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1555. CHEVREDSE pour CHARLES, CARDINAL

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