XII AVANT-PROPOS
« grandeur, toute vertu, tout talent, tout mérite « dans tout ce qui n'était pas ses créatures, qui ven- « dit publiquement toutes les grâces, jusqu'aux évê- (c chés, qui non content de prendre à toutes mains, « trompa encore au plus gros jeu du monde,*., qui
ce haït et méprisa la nation, qui détesta la noblesse, « qui se joua du clergé, qui eut, comme le Roi, ses « gardes, ses gendarmes, ses chevau-légers et ses a mousquetaires,... que le Roi visita bien plus souc< vent qu'il n'en fut visité, qui possédait sept ou « huit évêchés ou archevêchés sans avoir été sous- <c diacre, et douze ou quinze des plus grandes « abbayes; en un mot, qui ne gouverna que pour soi, « et qui ouvertement se moqua du Roi, de la Reinece mère, qu'il traita souvent fort mal, de l'État et de ce tout ce qui le composait, qui, décompte fait et ce prouvé, laissa plus de cinquante millions, sans ce ce qui a été ignoré,... et qui, avec une grande conce naissance des hommes, une grande profondeur de ce politique, une sagacité et une dextérité peu comce mune, une timidité qui l'a éloigné de répandre dij ce sang, a été, à tout prendre, un grand ministre, « mais le plus pernicieux que la France ait eu et ce aura jamais, et dont elle se sentira cruellement
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a tant qu'elle durera pour avoir renversé les fonde- « mehts de ses lois, de ses maximes, de son gouver- « nement, et achevé de la mettre en proie aux finance ciers et à l'autorité unique, abaissé tout ce qui « était grand et avili la majesté de la couronne.... »
Bien après ces illustres personnages, il faut placer Semblençay, l'infortuné surintendant des finances, le cardinal de Retz, Tabbé de Rancé, Roannois, Tami de Pascal, le duc de la Trémoille et le prince de Carignan, l'un sourd-muet, l'autre aveugle, remplis d'intelligence et de charme. Que de verve française dans ces pages « écrites à la diable », que de piquantes anecdotes dont Charles de Savoie, La Varenne, Marcot, l'abbé d'Oudenhove resteront les étranges et inimitables héros I
La série des femmes ne renferme pas de moins curieuses figures. Princesses, bourgeoises, courtisanes, revivent sous le pinceau du maître avec le double et puissant prestige de l'esprit et de la beauté. Le choix est difficile en si galante compagnie. Citons pourtant Marie Touchet, qui fit de sa jeunesse un important usage; Diane de Poitiers, successivement maîtresse du père et du fils; la marquise de Verneuil, l'éternelle conspiratrice, aimée du grand
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Henri, « qui ne put vivre avec elle et encore moins sans elle »; M"** de Longueville « et sa vie à deux envers » ; La Vallière « douce, respectueuse, timide, « honnête, autant que sa faiblesse le pouvait être»; Montespan « funestement féconde »; la sinistre comtesse de Soissons; M°* d'Humières, luttant contre les années « jusqu'à la fin et sans art » ; Julie, sa fiUe^ « belle comme les anges » ; M*"* de Garignan, « prodigieuse, intrigante, qui communie sans cesse et en courant la poste et qui prend tout à toutes mains »; M'^^de Verrue, « la Montespan du roi de Sardaigne »; W^de Nemours, « imposante, éloquente, retranchant franchement du Pater le pardon de ses ennemis ». Deux portraits achevés, marqués au coin du génie, ressortent puissamment d'un si bel ensemble et témoignent d'une science et d'un coloris que l'auteur a rarement atteints avec une égale perfection. L'un est celui de ce Lauzun, si prodigieux, si rusé diplomate, que M. Faugère se plaisait à le comparer à Talleyrand; l'autre, celui de M"* des Ursins, dont les séductions enthousiasment Saint-Simon lui-même. ce C'était la grâce en toutes ses manières. Une noce blesse, une politesse, une mesure dans celte poet litesse et un discernement qui charmait encore