A VIE SEULEMENT
POUR FRANÇOISE DE ROHAN esteiÎnt ditte mademoiselle DE LA GARNACHE
On remet au tiltre de Montbazon à parler de la Maison de Rohan.
On se contentera pour celuy cy de faire connoistre celle qui obtint cette grâce singulière, et de faire remarquer que la beauté a heureusement esté fatale à cette Maison, qu'elle en a sceu tirer les plus grands avantages, et qu il ne tint pas à elle de faire passer pour un rang et une distinction par naissance, le rang que cette fille n'obtint qu'à tiltre de Duchesse. Mais il n'est pas nouveau à ceux qui jouissent sans autre tiltre que de faveur des avantages que cette Maison s'est enfin acquis de nos jours, de chercher à confondre ce qui ne leur est pas utile qui soit éclairci, et de tirer avantage des choses mesme les moins avantageuses et de celles mesme qui ne doivent désirer que les ténèbres et le plus profond oubli.
Mademoiselle de la Garnache estoit fille de René I, vicomte de Rohan, et d'Isabelle fille de Jean d'Albret Roy de Navarre, sœur d'Henry II Roy de Navarre, lequel fut père de l'héritière Jeanne Reine de Navarre mère de nostre Roy Henry IV. Ainsy mademoiselle de la Garnache et la mère dllenry IV estoient enfans du frère et de la sœur. A l'égard de son père, c'estoit un arrière cadet de la Maison de Rohan fils du troisiesme fils du mareschal de Gié et qui espousa Théritière de Rohan. Mademoiselle de la Garnache estoit sœur d'Henry I vicomte
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de Rohan mort 1575, mary d'une Tourneminc, d'un autre frère mort aussy sans postérité, et de René II vicomte de Rohan qui d'une Parthenay laissa ce célèbre duc de Rohan, chef des Huguenots puis des armées de Louis XIII en Valteline où il mourut 1636, et dont Tunique fille héritière espousa Henry Chabot. En voilà assés pour faire connoistre mademoiselle de la Garnache, tante paternelle du grand duc de Rohan et cousine germaine de la Reine Jeanne d'Albret héritière de Navarre, mère de nostre Roy Henry IV. Elle avoit perdu son père tué près de Metz en 1552, et perdit aparament sa mère d'assés bonne heure pour estre de bonne heure sur sa bonne foy. Elle plut à Jacques de Savoye duc de Nemours et W. de Nemours luy plut. Il estoit lors la fleur de la galanterie de la Cour et de la chevalerie. Voir tiltre de Nemours, [page 101 ci-dessus]. Il luy donna une promesse de mariage et prit en attendant un pain, sur la fournée d'où vint un fils. Pressé par cette avanture d'effectuer sa promesse, l'avanture mesme l'en dégousta et il s'en alla en Piedmont où estoient lors les plus beaux faits d'armes; mais de retour, la demoiselle désespérant de l'espouser de gré luy intenta un procès. Il le tira en longueur, se défendit par qu'elle estoit huguenotte et luy catholique, et fit si bien qu'il ne fut point jugé de tout le règne d'Henry IL Les Guises après, devenus les maistres de plus en plus et qui par les intérêts de leurs vastes veùes supportoient fort M', de Nemours, à cause de M', de Savoye et qu'il estoit gendre d'Espagne, tirèrent encore l'affaire en longueur parce qu'elle ne valoit rien et que le Roy de Navarre Antoine de Rourbon protégcoit sa cousine germaine. Mais après sa mort devant Rouen 1562, M', de Nemours voulut se dèpestrer de cette fascheuse affaire. M', de Guise ayant esté assassiné par Poltrot devant Orléans, 18 février 1563,
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M', de Nemours eut encore plus d'empressement d'en sortir pour se trouver libre dans ses amours avec Madame de Guise et elle avec luy, afin de se marier ensemble avec tant de grandeur de si proches alliances royales pour M', de Nemours, et d'accomplissement de désirs de tous les deux, comme il se voit tiltre de Guise [tome V, page 75]. La Reine de Navarre estoit revenue de Guyenne accompagnant la Cour pour appuyer puissamment sa cousine, où il y alloit de lestime de son crédit et de l'honneur de tout le party huguenot. Mais ses efforts furent inutiles contre la passion de la petitte fille de Louis XII et d'Anne de Bretagne. Le Médiquin Pie IV tout à la fin de son Pontificat avoit déclaré la promesse nulle et peu de mois [après] en 1566, le Parlement ainsy que le Pape cassa ce mariage ou pluslost ce lien par la promesse, et déclara bastard le fils qui en estoit venu. La Reine de Navarre s'en retourna fort irritée en Béarn. Cependant Madame de Guise remariée, en mesme temps pour appaiser un peu la parenté et faire taire mademoiselle de la Garnache, luy fit longtemps après donner des lettres de Duchesse et procura ensuille l'enregistrement de ces lettres qui ne furent qu'à vie et sans pouvoir avoir aucun effet au delà. . Le fils '. déclaré bastard vescut et mourut obscur, et mourut sans alliance en 1596, laissant un bastard nommé le sieur de Villeman, encore plus enfoui que le père. Pour la duchesse de Loudun il ne paroist plus mention d'elle, ny mesme où elle vescut depuis, ny quand elle mourut.