Bouillon
Longueville,
Nemours,
Roannois,
Pont de Vaux, 5. Brancas.
Et puisque M. de Bournonville a représenté un des six anciens Pairs en ce sacre, il faut donner ceux qui estoient lors ducs non vérifiés, dits à brevet :
Le mareschal de la Mothe,
M. de Damville,
Le mareschal de Villeroy,
M. de Verneuil,
M. de Créquy,
Le mareschal d'Estrées, Le mareschal de Gramont, M. de Tresmes, M. de Mortemart,
Ces quatre derrière les crochets et les trois cy dessus furent faits, enregistrés et receus ducs et pairs en lit de justice, décembre 1663.
204 DUCHÉS VÉRIFIÉS ESTEINTS.
Le chancelier Séguier,
M. de Noirmouslier,
M. de Vitry,
MM. de la Vieuville père et fils,
MM. de Navailles père et fils,
M. d'Arpajon,
M. de Bournonville,
Le mareschal de THospilaly
M. de Roquelaure père, 19. M. d'Orval.
Il faut se rappeler la situation de la Cour d'alors et des troubles qui avoient causé la guerre civile, et le combat que M. le Prince avoit donné contre les troupes du Roy et sous ses yeux à la porte et dans le fauxbourg Saint-Antoine le 2 juillet 1652, d'où il se retira peu après en Flandres, ne se trouvant pas assés fort depuis que Monsieur Gaston eut fait son acommodement qui rendit le cardinal Mazzarin le maistre, après lequel Gaston demeura confiné le reste de ses jours à Blois, sans aucune sorte de considération. Gaston estoit donc à Blois lors du sacre. M. le Prince, qui estoit grand Maistre de France et Monsieur son fils en Flandres les armes à la main conjointement avec les Espagnols, ayant M. de Turenne en teste qui le 15 aoust de cette mesme année 1654, deux mois après le sacre, força les lignes d'Arras, en fit lever le siège par cette grande action, et ne laissa pas d'envier à M. le Prince la gloire de sa sçavante retraitte. M. le prince de Conti son frère, lassé de la domination que M. le Prince et Madame de Longueville exerçoient sur luy et du peu de figure qu'il avoit toujours faitte dans leur parly, désireux de gloire et ennuyé de ses bénéfices qui l'en esloignoient, s'estoit laissé aller aux négotiations et aux promesses du Cardinal , venoit d'es-
ROANNOIS. CLAUDE GOUFFIER. 203
pouser sa nicpce Marti nozzi le 22 février précédent, et se trouvoit à la teste de Tarmée de Catalogne.
M. de Guise, à qui son expédition manquée de Naples avoit cousté une longue prison en Espagne et à qui cette prison n'avoil pas fait perdre le désir ny l'espérance d'y réussir une autre fois, \enoit de partir pour monter une flolte que le Cardinal fit armer en Provence et avec laquelle M. de Guise se présenta inutilement devant Naples. M. de Joyeuse son frère estoit grand chambellan et en servit, puis alla faire sa charge de colonel général de la cavalerie ; et mourut au mois de septembre d'une blesseure qu'il réceut auprès d'Arras.
; M. de Yendosme, battu des tempestes publiques et de celles de sa famille, avoit depuis longtemps abandonné M. de Beaufort son second fils au gré des vents et des orages et perdu les grandes espérances qu'il avoit d'abord conceues de sa grande faveur auprès de la Reine, puis de celle du peuple et de la Fronde, et avoit consenti au mariage du duc de Mercœur son fils aisné avec l'aisnée des Mancini niepces du Cardinal. M. de Mercœur gémissoit sous le poids ^e la figure que la Fronde faisoit faire à son frère et presta l'oreille aux désirs du Cardinal de s'appuyer de son père et de luy. Son père fatigué des hauts et bas périlleux de sa vie, y entra d'autant plus volontiers qu'en habile homme il reconnut que le Roy deviendroit enfin le maistre, que la Reine sa mère demeuf croit en pleine autorité sur luy et le Cardinal sur tous les deux. Le mariage s'csloit donc fait avec d'autant plus de joye du Cardinal, que se trouvant fort avancé lorsque l'orage le fit sortir une seconde fois du Royaume en 1651, le père et le fils en saisirent la conjoncture pour se le dévouer à jamais en accomplissant ce mariage pendant cet esloignement, et
206 DUCHÉS YÉHIFIÉS ESTEINTS.
réussirent. Le Cardinal ne l'oublia jamais, et ils en tirèrent depuis touttes sortes d'avantages. C'est ce qui fit donner à M. de Yéndosme la représentation du duc de Normandie au sacre, et à M. d'Elbœuf qui avoit espousé sa sœur celle du duc de Guyenne. Par là M. de Vcndosme, moins ancien que M. d'Elbœuf, le précédoit, et quoyque le choix soit libre pour cette représentation, sans égard à l'ancienneté des Pairs, il est néantmoins vray qu'entre ceux qui repi'ésenlent, ils doivent et ont toujours représenté par ancienneté entre eux. Ainsy ce fut un grand avantage à M. de Vendosme sur son beau frère. M. d'Elbœuf battu de l'oiseau, dont tout rattachement estoit à Gaston qu'il avoit toujours suivi, le voyoit irréconciliable avec le Cardinal qu'il avoit voulu perdre, et confiné à Blois sans retour. 11 voyoit aussy par la raison contraire M. de Vendosme et M. de Mercœur sur le pinacle, et M. de Beaufort sans ressource que la leur. Cette considération luy fit passer carrière pour se sauver par M. de Vendosme et le rang qu'il luy sacrifioit ; on le flatta de le luy faire retrouver par sa préférence sur M. d'Uzès, que sa vieillesse confinoit en Languedoc depuis bien des années, et qui en mourut trois ans après, dans cette province d'où il ne sortit plus. C'est luy dont la fille avoit espousé en premières nopees le marquis de Portes-Budos frère de la Conneslable de Montmorency, et en secondes nopees le marquis de Saint- Simon frère du Duc. Mais ce qui flatta le plus M. d'Elbœuf fut de précéder M. d'Espernon son ancien qui fut choisi pour représenter le comte de Tolose.
M. d'Espernon estoit intimement avec le Cardinal : les premières guerres de Bordeaux en sont une preuve éclatantte que l'histoire n'a eu garde d'oublier, puisqu'elles n'eurent d'autre cause que le désespoir de la dureté et de la fierté
UOANNOIS. CLAUDE GOIIFFIER. *207
personnelle de ce Gouverneur de Guyenne, de ses entreprises, de sa conduitte avec les Bourdclois sans nul trait au service du Roy et sans égard encore aux avertissemens de la Cour ny au soulèvement du Conseil et au cry public contre luy. Il compta entièrement sur le Cardinal, qui fut le seul qui le soutint, et il entreprit celle guerre dont Madame la Princesse profita pour se jetter après dans Bordeaux pendant la prison de M. le Prince ; et le Cardinal poussa celte proteclion au point qu'on ne put jamais obtenir de faire changer de gouvernement à M. d'Espernon qui eut Topiniastreté de n'y vouloir point consentir, quoyqu*il y fallust bien venir enfin dans les suittes, et de n'accorder paix et amnistie qu'en maintenant M. d'Espernon jusque dans ses plus petitles prétentions, et le vengeant par l'exil de ceux qui luy avoient le plus résisté. Le Cardinal crut donc qu'en reconnoissance M. d'Espernon ne luy refuseroit pas de céder à M. d'Elbœuf oncle de Madame de Mercœur sa niepce, et de luy donner lieu de faire un double plaisir à M. de Vendosme à qui il esloit si redevable et si lié, et qui voulant contre tout droit tirer sur le temps pour précéder son beau frère, luy en vouloit à- toutle force adoucir l'amertume aux despends d'autruy. Mais cet aulruy se IrouYoit le fils de ce grand et si fier duc d'Espernon qui, quoyque fort dissemblable à luy, ne put se résoudre à tasier de cette bassesse. Sa résistance causa un grand embarras, d'où le Cardinal sortit avec un de ses expédients qui ne luy manquoient guères. M. d'Espernon, du vivant de son père et de son frère aisné, avoit esté fait duc et pair de la Valette, et son enregistrement et sa réception s'estoient failtes en cette qualité en 1653. Par la mort de ce frère aisné sans postérité, il esloit devenu duc d'Espernon à la mort de son père qui n'arriva qu'après, comme tout cela
208 DUCHÉS VÉRIFIÉS ESTEINTS.
se voit tiltre à'Espernon, en avoit pris le tiltre et quitté celuy de duc de la Valette. Il esloit ainsy deux fois duc et pair, de 1653 de la Valette érigé pour luy, et de 1581 d*Espernon par la mort de son père. Il avoit cédé à son fils unique son duché pairie de la Valette par démission du 5 novembre 1649; lequel en conséquence s'esloit fait recevoir au Parlement en cette dignité en 1651 à vingt quatre ans, et avoit pris le nom de duc de Caudale au lieu de celuy de comte de Caudale qu'il portoit avant la démission de son père. C'est ce brillant M. de Caudale, la fleur de la Cour et du monde, si galant et si aimable, et qui mourut sans avoir esté marié en 1658, commandant déjà en chef les armées et ayant toutles les survivances de son père. Cet éclat esloit relevé par les alliances que luy donnoit sa mère bastarde d'Henry IV et de la marquise de Verneuil, qui le lioit de si près avec toutte la bastardise. M. de Verneuil estoit frère de sa mère, M. de Vendosme Testoit aUssy, et le vieux M. d'Angoulesme baslard de Charles IX père de M. d'Angoulesme d'alors, estoit frère de la marquise de Verneuil, grand'mère de M. de Caudale. On prit donc l'expédient qu'il représenter oit le comte de Tolose au lieu de son père, que cela ne blessoit plus, puisque M. de Candale, dont la date d'ancienneté n'estoit que de d635, ne pouvoit rien disputer à MM. d'Eibœuf et de Vendosme ses oncles ; mais aussy pour leur conserver autant qu'il estoit possible l'avantage qu'ils avoient espéré prendre sur M. d'Espernon, il fut convenu que le fils seroit censé tenir le rang de son père. M. de Vendosme avoit évité la concurrence de M. de Guise par son entreprise seconde sur Naples, et on avoit aisément persuadé M. de Joyeuse qui estoit le meilleur homme du monde de se contenter de faire son propre office de grand chambellan. L'aage et la
ROANNOIS. CLAUDE GOUFFIER. 209
retraitle de M. d'Uzès en Languedoc avoit débarrassé de luy. M', de Luxembourg qui avoit vingt deux ans, estoitun imbécille déjà interdit et confiné à Saint-Lazare, où on le fit diacre, [voirie tiltre de Piney, tome V, page 396,] M^ de Retz s'estoit démis à son gendre avec lettres et rang nouveau. On estoit alors aux plus fortes prises avec le cardinal de Retz, neveu de l'un, frère de l'autre. Ce fameux Cardinal, l'âme de la Fronde, avoit esté arresté au Palais Royal le 19 décembre 1652 et conduit au bois de Vincennes, et y estoit actuellement prisonnier. Son oncle, le premier archevesque de Paris, venoit de mourir. 11 estoit son coadjuteur, et tout prisonnier qu'il estoit, il faisoit rage tant par luy que par ses grands vicaires et par le reste de son party. La Cour ne vouloit pas le reconnoistre archevesque; luy ne cessoit d'en faire tous les actes et d'essayer de soulever contre la prison et l'oppression où il estoit retenu ; et les ducs de Retz, son oncle vieux et retiré en Bretagne et son frère qui y fut chassé, partageoient sa disgrâce que ces suittes avoient fort augmentée depuis le mois de mars de cette année, que l'archevesque son oncle estoit mort ; tellement que pour Tesloigner de Paris, on le transféra en aousl suivant au chasleau de Nantes d'où il se sauva en Espagne et puis à Rome.
M', de Ventadour, en qui le duché s'est esleint, estoit un enfant dont la mère avoit esté mariée en 1645, et estoit devenue vefve en 1649. M^ de Montbazon avoit quatre vingt six ans, estoit depuis longtemps retiré en sa maison de Couzières en Touraine, où il mourut en octobre de cette année. Il ne s' estoit point démis, et on verra au tiltre de Montbazon [Voir tome V, p. 419] tout ce qu'il y avoit gaigné.
M^ de Beaufort estoit second fils de M', de Vendosme, et aussy en disgrâce que son père et son frère estoient en faveur, lequel frère content du rang qu'on destinoit à son
VH 14
210 DUCHÉS VÉRIFIÉS ESTEINTS.
père pour le sacre, n'avoit garde de s'y présenter pour rien. M', de laTrémoille retiré à Thouars depuis longtemps avoit son fils engagé au service des Estais Généraux, et ce n'eust pas esté luy qu'on eust esté chercher en Poiclou. On s'adressa donc à MM. de Sully, de Luynes et de Chaulnes, qui tous trois refusèrent de représenter un Pair moins ancien que celuy que M', de Caudale devoit représenter, et tinrent ferme à ne point tasler de cette idée qu'il tiendroit le rang de M^ d'Espernon, puisque le père ne s'estoil démis que du duché pairie de la Valette et ne se vouloit point démettre de l'autre. Madame d'Aiguillon fière de ce qu'elle avoit esté et des mesnagements infinis que le Cardinal se faisoit un honneur d'avoir pour elle, ne se laissa pas entamer sur le jeune duc de Richelieu son neveu dont elle disposoit; et pour elle qui estoit femelle, on ne luy pouvoit rien proposer. MM. de Lesdiguières et de Schomberg estoient dans leurs gouvernements de Dauphiné et de Metz, où ils estoient retenus par la guerre et par tout ce qui fumoit encore au dedans de la dernière guerre civile. Celte raison arrestoit le duc de Saint-Simon dans le sien de Blaye, où il avoit rendu de si grands services qu'on l'y croyoit encore nécessaire à ne l'en pas laisser éloigner. M^ de la Rochefoucauld estoit avec M^ le Prince, M', de la Force huguenot, M^ de Monaco confiné chés luy toutte sa vie et dans un lieu de plus où il estoit cru nécessaire. Tous ceux cy, c'est à dire Retz gendre, Saint-Simon, la Rochefoucauld, la Force, Aiguillon, Monaco et Rohan. estoient moins anciens que M', de Caudale et n'auroient point eu de difficulté là dessus. On vient de voir ce qui les empescha de se trouver au sacre, excepté M', de Rohan. Celuy cy avoit obtenu en 1648 de nouvelles lettres de Duc et Pair avec rang de leur datte, en faveur de son mariage
ROANNOIS. CLAUDE GOUFFIEIt. 211
fait en 1645 avec l'héritière duchesse de Rohan. Mais elles n'avoient esté enregistrées qu'en 1652, au plus fort des troubles, malgré la Cour chassée de Paris, où Gaston et M', le Prince estoient demeurés les maistresavcc le Parlement, et qui y allèrent exprès à main forte pour cet enregistrement qu'ils firent faire, et recevoir tout de suitte M', de Rohan. M', le Prince alors estoit avec les Espagnols en Flandres, Gaston à Blois dans la plus profonde disgrâce, et M^ de Rohan rien moins que racommodé à la Cour. M^ de Bouillon en faisant son eschange en 1651, avoit esté fait Duc et Pair. Il estoit mort l'année suivante, sans que les troubles luy eussent permis de les faire enregistrer, tellement que lors du sacre elles ne Testoient pas encore, et son fils extresmement jeune.
Tels estoient tous les Ducs et Pairs alors existants, et telles les raisons pour lesquelles aucun d'eux ne servit au sacre. Il fallut donc avoir recours à ce qui en approchoit de plus près par une sorte de ressemblance. C'esloient les Ducs Vérifiés non Pairs qui alors estoient cinq. MM. deLongueville et de Nemours, jaloux de voir M^ de Vendosme représenter hors de rang sur M^ d'Elbœuf, n'auroient voulu céder ny à luy ny l'un à l'autre, du moment que la reigle estoit intervertie. Le dernier duc d'Angoulesme estoit mort Tannée précédente. Des trois restants, Roannois estoit l'ancien ; ny Pont de Vaux ny Brancas n'estoient enregistrés au Parlement de Paris, ce qui estoit alors considérable, et l'un et l'autre passoient leur vie chés eux avec une considération médiocre. Ces raisons donnèrent au duc de Roannois la représentation du comte de Flandres, et fit chercher dans un plus grand esloignement, ou plustost dans une ressemblance idéale pour la représentation du comte de Champagne. Ce fut parmy les Ducs non
212 DUCHÉS VÉRIFIÉS ESTEINTS.
Vérifiés, improprement dits à brevet, puisqu'ils ont des lettres comme tous les autres. Comme ils n'ont que des honneurs et aucun rang, ny fonction, ny succession, ils n'ont point aussy d'ancienneté parmy eux, et de ce costé là le Cardinal fut libre. Il faut seulement se souvenir en passant de toutte la prédilection d'Henry IV pour son fils César, voir tiltre de Vendosmey et que son fils de Verneuil n'en partagea rien avec luy. Celuy là estoit alors de ces ducs à brevet, voir tiltre de Verneuil, sans prétension quelconque. Le Cardinal donc parfaitement libre d'en choisir un parmy eux, et qui aimoit fort M. Foucquet ce célèbre et infortuné surintendant des finances, choisit à sa prière M', de Bournonville, son amy si intime qu'il luy valut peu après le gouvernement de Paris et la charge de chevalier d'honneur de la Reine à son mariage. Cette fortune ne dura guères. La mort du Cardinal, en 1661, fut presque , immédiatement suivie de la perte du surintendant qui entraisna celle de ses amis les plus attachés, et ir. de Bournonville fut chassé et dépouillé de son gouvernement et de sa charge. Sa disgrâce mesme fut sans retour; il maria sa fille unique à M^ de Noailles, depuis duc pair, mareschal de France, etc., se fit prestre et mourut dans une grande piété et dans une extresme retraitte. Toulesfois M', de Mortemart, duc à brevet aussy, et qui en 1663 fut fait Duc et Pair, picqué de cette préférence, ne voulut point servir au sacre de premier gentilhomme de la Chambre, quoyqu'il fust en année, et que la fonction en soit si relevée et si uniquement belle par son entière ressemblance avec les officiers de la Couronne, et il y fit servir en sa place le comte de Vivonne son fils et son survivancier, qui depuis vendit cette charge pour estre général des galères, et devint mareschal de France-
ROANNOÏS. CLAUDE GOUFFIER. 213
Ne sortons pas du sacre sans une remarque également nécessaire et icy en sa place. Peu avant le sacre du Roy fait à Rheims le 25 octobre 1722, on publia un petit in-12 du sacre de Louis XIV, dont on data la réimpression de l'année 1717, bien qu'il n'ait paru que beaucoup plus tard. On ne relèvera point icy beaucoup de choses qui le mérileroient, mais qui passeroient de trop loin les bornes qu'on s'est prescrittes dans ces courtes Nottes. On se contentera d'observer que dans le dessein formé d'intervertir tout ordre dans le sacre qu'on alloit faire, et d'y mettre tout à l'unisson, excepté les princes du Sang et les cardinaux, on en prépara la voye par une fausseté insigne et grossière, qu'on inséra comme par mégarde dans ce petit livre du sacre de Louis XIV, dont on se douta bien que chacun seroit avide, et par là persuadé d'avance. Ce fut la volontaire mesprise d'y substituer le duc de Saint-Simon au marquis son frère, pour porter à l'offrande le vin, qui est la dernière des quatre offrandes qui sont portées par quatre chevaliers de l'Ordre non ducs ny officiers de la Couronne. 11 suffiroit de prouver l'alibi du duc de Saint-Simon lors en son gouvernement de Blaye, et cette preuve seroit bien aisée outre la notoriété. Il y avoit longtemps qu'il y demeuroit ; il n'en sortit point alors, et il y demeura encore longtemps depuis. Mais la grossièreté de la malice veut estre mise dans tout son jour. Cette fonction appartient aux chevaliers de l'Ordre, et ils y marchent entre eux suivant le rang de leur réception dans rOrdre. On sçait que ceux qui sont ou qui deviennent ducs et pairs, comme M^ de Saint-Simon l'estoit dès 1635, ne marchent plus nulle part que comme ducs en leur rang d'ancienneté de ducs, et précèdent dans l'Ordre mesme et danstouttes ses cérémonies, ainsy que
214 DUCHÉS VÉRIFIÉS ESTEESTS.
dans foutte autre, les chevaliers de TOrdre non ducs, mesme leurs anciens dans TOrdre. Cela ne fut jamais douteux, et les statuts de TOrdre y sont exprès et en vigueur en ce point. Comment donc des quatre offrandes le duc de Saint-Simon auroit porté la moins honorable avec trois autres chevaliers de l'Ordre non ducs ? Ces chevaliers marqués dans ce livre . sont : pour la première offrande qui est la bourse, M', de Souvré, chevalier de rOrdre de la promotion de 1619 ; pour la seconde qui est le pain d'or, M^ de Sourdis ; pour la troisième qui est le pain d'argent, M', le duc d'Orval, qui depuis deux ans estoit duc non vérifié ou à brevet, et on sçait que ceux là n'ont ny dans l'Ordre, ny en pas une cérémonie, de rang ny de préférence sur les gens sans tiltre. Ces deux derniers estoient le 27* et le 29" de la promotion de 1633, et le duc de Saint-Simon le 30<> de la mesme promotion, n'ayant esté fait Duc et Pair que plus de dix huit mois après. A la vérité, comme il estoit rare alors de faire les deux frères en mesme promotion, ny mesme deux parents proches de mesme nom, l'un des deux avoit la queue, et c'est ce qui estoit arrivé au duc de Marigny frère du duc de Montbazon, qui fut le 55* de la promotion de 1619 et n'en eut que quatre après luy, son neveu le prince de Guemené non Duc encore, ayant eu l'Ordre en cette mesme promotion par la faveur de M', de Luynes son beau frère, le premier après les Ducs. Ainsy en celle de 1633, le marquis de Saint-Simon, quoyque l'aisné des deux frères, eut la dernière place et son cadet la 30% estant lors premier gentilhomme de la Chambre, premier escuyer et grand louvetier. Ainsy le marquis de Saint-Simon ne pouvoit qu'avoir aussy la dernière offrande avec un chevalier de l'Ordre de 1619, et deux de la sienne de 1633. Les
ROANNOIS. CLAUDE GOUFFIER. 215
mareschaux de l'Hospital, du Piessis et d'Aumont sont marqués dans ce mesme livre portant : le premier, la grande couronne de Charlemagne ; le second le sceptre , et le troisième la main de justice; et ils estoient ainsy en rang d'ancienneté entre eux, le premier estant mareschal de France du 15 avril 1645, le second de 1645, et le troisième de 1651. Mais les honneurs à porter estant fort au dessus de Toffrande , comment des mareschaux de France y auroient ils été préférés à un Duc et Pair, à qui ils ne peuvent rien contester? Outre que les mareschaux du Piessis et d'Aumont furent précédés par le mareschal de THospital leur ancien, c'est qu'ils ne furent faits Ducs et Pairs l'un et l'autre qu'en 1665. Mais en voilà trop sur une gentillesse qui a servi de fondement à faire porter une offrande au sacre du Roy, comme simple chevalier de l'Ordre, à M^ de Tallard, duc vérifié et mareschal de France, mais toutesfois la première ; aussy sçavoit on bien qu'il n'y regarderoit pas de si près. Le cardinal du Bois, tout puissant alors et dignement servi par le grand Maistre des cérémonies et par le Maistre, tous trois de mesme estoffe et alloy, en firent bien d'autres, et pour la première fois que cela fut imaginé par un prélat de la naissance, du mérite et du poids de Langue t, lors évesque de Soissons, et que sa plus qu'industrie a depuis poussé à Sens, les suffragants de Rheims non Pairs furent en tout égalés aux pairs ecclésiastiques. Mais que n'y auroit il pas à dire sur tout ce qui s'y passa de monstrueux en touttes sortes et en tout genre, et dont la nouveauté égale l'hardiesse et le désordre?
Passons maintenant à la transmission du duché de Roannois à M', de la Feuillade.
Le marquis de Boisy aisné et le comte de Gonnor cadet
216 DUCHÉS VÉRIFIÉS ESTEINTS.
estoient fils du troisième duc de Roannois. L'aisné, mort avant son père, laissa le dernier duc de Roannois etMadamc de la Feuillade ; M^ de Gonnor, un aisnè mort sans enfans, et un cadet qui est le comte de Roannois lieutenant des galères, encore vivant et non marié. Tel est Testât de la famille qu'il faut se rappeler. Par cet estât, il est visible que si le comte de Roannois eust pu recueillir par voye de succession le duché de Roannois, il auroit en mesmc temps recueilli la Dignité, puisqu'il y estoit appelé le plus proche des appelés , cousin germain du dernier duc et petit fils du troisième. Mais Madame de la Feuillade et ses enfans après elle, comme plus proches, elle sœur, son fils neveu du dernier duc, excluoient le cousin germain de l'héritage du duché, conséquemment de la Dignité, puisqu'on ne peut estre duc qu'estant possesseur héritier nécessaire de la terre érigée. Tel fut le cas de Retz, tiltrc du dernier Retz, que le duc de Roannois eust bien fait d'imiter en donnant sa sœur à son cousin germain, comme fit le duc de Retz pour sa fille aisnée. Mais ne l'ayant pas fait, ce cousin germain, tout appelé qu'il est par les lettres, n'en a pu profiter faute d' estre l'héritier de la terre érigée, et s'il est à plaindre de ce malheur, on ne peut en accuser l'injustice. La sœur, héritière naturelle et nécessaire, a porté la terre à un mary estranger, et par là en a esteint le tiltre, parce que son sexe en estoit incapable d'une part, et que de l'autre ce mary estranger à sa famille n'y estoit point appelé. Que cela se soit fait en avancement d'hoirie par la démission et la donation du frère dernier duc, ne change rien au droit qui eust esté le mesme à sa mort sans enfans ; cela n'a fait qu'en avancer l'effet. Qu'alors le Roy, par érection nouvelle de ce duché dont M', de Roannois s'est démis et despouillé en
ROANNOIS. CLAUDE GOUFFIER. 217
faveur de sa sœur, le mary de cette sœur devienne duc de Roannois avec rang nouveau de Tenregistrement de ces nouvelles lettres, c'est grâce du Roy, comme quand il fait toutf e autre nouvelle érection ; c'est bonheur au beau frère de M', de Roannois qui profite de sa bonne volonté et de celle du Roy qui concourent à l'élever de la sorte ; c'est juste et grande douleur au comte de Roannois d'une préférence du frère et de la sœur d'un estranger à luy, mais ce n'est injustice ny dans celuy qui se dépouille et donne, ny dans celuy qui reçoit le don, ny dans le Roy qui le décore d'une nouvelle érection; par conséquent, pas la moindre matière à prélension ny à procès. C'estoit 24 [ans] avant l'édit de 1711, qui a si sagement pourveu pour les suittes à ce terrible inconvénient des femelles héritières en faveur des masles appelés. Ce qui est dit icy sur le comte de Roannois, le plus proche des appelés, est la mesme chose luy manquant pour tous les autres qui sont par les mesmes raisons hors de toute sorte, mesme d'apparence de droit, et totalement exclus.
On vient de voir que la quatriesme femme du premier duc de Roannois estoit Beaune-Semblançay, qui n'en eut point d'enfans. Ce nom donnera lieu icy à une curiosité d'histoire, qui bien que fort connue, monstre tellement comment, pourquoy , et jusque par qui les Rois sont cruellement trompés, et quelques fois avec quelles vastes suittes, que ce terrible trait trouvera bien sa place icy. On ne rappellera point les causes de la guerre d'Italie en 1521 ; ce morceau d'histoire mèneroit trop loin. Lautrec, connu icy, tiltre de Nemours [tome V, p. 17] et de Randan [tome V, p. 180], avoit le gouvernement de Milanois et commandoit en chef les armes françoises de delà les monts, où François I, trop occupé de ses plaisirs, avoit laissé dépérir
218 DUCHÉS VÉRIFIÉS ESTEINTS.
les trouppes et les places. Louise de Savoye, sa mère et qui avoit un grand pouvoir sur son esprit et conséquemment dans la Cour et dans les affaires, ne pouvoit souffrir Lautrec trop fier à son grë et qui ne se rangeoit pas à touttes ses volontés. Picquée de le voir dans un si grand em ploy et poussée d'ambition pour le comte de Tende son frère bastard, qu'elle venoit de faire grand Maistre par la mort de M. de Boisy, dont le contrepoids Tavoit souvent arrestée, elle résolut de perdre Lautrec, mesme aux despends de l'Estat, et de faire mettre le comte de Tende en sa place. Pour y réussir elle fit en sorte que Lautrec ne receust aucune sorte de secours ; mais celuy cy cria si haut et représenta si souvent Textrémité des affaires, que François I luy destina trois cent mil escus qu'il défendit bien expressément à Semblançay de destourner à aucun usage. Celuy cy estoit surintendant des finances et les exerçoit avec la satisfaction publique et une probité reconnue. Le Roy Taimoit et Testimoit tellement qu'il Tappelloit toujours son père par bonté et familiarité. Louise informée du besoin et de l'ordre en profita. Elle voulut mettre la main sur cette somme, et voyant qu'elle n'en pouvoit venir à bout, elle prit son temps d'une absence du Roy son fils, alla chez Semblançay elle mesme, et de force se la fit compter. Semblançay eut beau luy représenter le besoin extresme de l'Italie, les ordres précis du Roy, tout fut inutile, jusqu'à ses larmes. Il se rabattit du moins à un ordre par escrit qui pust luy servir de descharge; mais cette furieuse femme luy refusa. Semblançay luy représenta encore l'ordre du Roy, qu'il avoit receu en sa présence à elle ce matin là mesme avant que le Roy partist, et qu'il y alloit de sa teste. Elle le menaça de le perdre, et ajousta qu'elle avoit assés de crédit pour le tirer
ROANNOIS. CLAUDE GOUFFIER. 219
d'affaire, et qu'il n'auroit qu'à répondre qu'il luy avoit remis cette somme par son ordre. Le succès fut tel que Louise se Testoit proposé sur Lautrec, mais non pour le comte de Tende. Lautrec destitué de tout manqua Milan qu'il estoit sur le point de prendre à la fin de 1521, et ne put soustenir le siège de Pavie qu'il avoit formé depuis, parce qu'il ne fut pas assés fort pour empescher un grand secours d'y entrer, ny en espérance après de prendre la place. Il se retira donc comme il put de poste en poste comme le plus feible, mais en lieux propres à recevoir les secours qu'il attendoit toujours de France, et d'en profiter dès qu'il les auroit receus,et qui enfin avoient esté pettitement refaits et arrivés presque à portée de luy. Prosper Colonne croyant que les François vouloient gaigner Milan, s'en mit à une lieue, dans une vaste métairie d'un gen* tilhomme à tenir 20,000 hommes, bien fossoyée et pleine de ces canaux factices pour abreuver les terres, si communs en Lombardie, qu'ils appellent des naviglio. Faute de vivres, il n'y pouvoit durer longtemps, et de l'y attaquer c'estoit folie. Mais les Suisses de Lautrec, furieux de leurs monstres et espérant du butin, menacèrent si ferme de s'en aller si on ne les menoit au combat, qu'il n'y eut moyen aucun de les en dissuader; et Lautrec, plustost que demeurer à découvert en les perdant, attaqua ce lieu qu'on appeloit la Bicoque. Mais ces Suisses si altérés du combat laschèrent pied dans le temps qu'il passoit toutte espérance, et abandonnèrent les François avec la mesme opiniastreté qu'ils avoient voulu attaquer. La perte fut donc complète. On n'estoit qu'en avril 1522, et Lautrec fut contraint de repasser les monts.
On peut juger de la douleur de François I et du triste accueil qu'il fit à Lautrec. Enfin ils s'expliquèrent, et la
2^ DUCHÉS VERIFIES ESTEINTS.
colère du Roy fut extresme quand il apprit de luy que tous les malheurs n'estoient arrivés que faute des 300 000 escus qui luy avoientesté destiAés et jamais envoyés. François I passa chés sa mère, où il envoya quérir Semblançay qui lui conta modestement ce qui s'estoit passé. Louise avoua bien avoir pris cette somme, mais nia qu'elle eust jamais sceu que ce fussent les 500 000 escus destinés à Lautrec. Elle maintint au contraire que cet argent estoit son douaire, ses pensions, ses revenus des duchés de Valois, d'Anjou et de Touraine dont elle jouissoit ; et entra dans une telle colère qu'elle demanda justice à son iils de Semblançay qui, pour couvrir d'avoir destourné une telle somme, l'en accusoit elle et la vouloit rendre criminelle de lèse majesté. La modestie du surintendant qui né Tempescha pas d'énoncer et de soutenir hardiment à Louise tous les faits qui s'estoient passés entre elle et luy là dessus, la mirent dans une telle rage, qu'elle n'eut point de repos qu'elle n'eut obtenu que son procès luy seroit fait par des commissaires qu'elle choisit et qui firent pendre à Montfaucon ce vieillard innocent et vénérable. Tel est l'empire des femmes et le fruit des bastards et des estrangers dans un Estai. Mais ce ne fut pas tout que l'Italie perdue. Cette pernicieuse Louise estoit devenue amoureuse à son aage du Connestable de Bourbon, prince accompli, et si différent du sien. C'estoit un cadet comte de Montpensier, qui avoit recueilly tous les biens de sa Maison par son mariage avec r héritière Suzanne fille de Pierre II duc de Bourbon et de la célèbre Madame de Beaujeu fille de Louis XI et Régente pendant la minorité de Charles VIII son frèrei; et ce Pierre de Bourbon, connu sous le nom de seigneur de Beaujeu pendant la vie de son frère aisné, en avoit pareillement hérité. Pierre II estoit cousin germain des enfans des deux
ROANNOIS. CUUDE GOCFFIER. 221
frères de Gilbert comte de Montpensier, père du Connestable. Ce Connestable venoit de perdre sa femme; il en estoit tendrement affligé, et rejetta avec indignation les propositions que la mère du Roy luy fit faire de Tespouser. L'amour mesprisé se tourne en rage, et quand elle se vit hors de toutte espérance de contenter sa passion, elle ne songea qu'à en satisfaire une autre. Sa mère estoit sœur de Pierre II duc de Bourbon beau père du Connestable. Elle lui intenta un procès pour la restitution de tous les biens de Bourbon qui n'estoient pas des apanages, lesquels François I remit dans sa main. Elle gaigna son procès ; Poyct, son avocat, en fut fait dans les suittes chancelier de France ; et le Connestable, ruiné, persécuté, désespéré, se jetta a Charles Yen 1523, lequel maistre de lltalie par soy ou par ses alliés, vint faire au commencement de 1524 cette fameuse course en Provence que la sagacité d'Anne de Montmorency, lors mareschal de France, tourna à sa confusion, et qui à la fin de l'année fit repasser les monts à François I qui le paya chèrement bientost après à Pavie. Tel est Tenchaisnement des malheurs, et telle leur plus fréquente origine. Mais retournons un moment au malheureux Semblançay, qui fut plaint avec indignation et regretté de toutte la France.
Son père estoit un riche bourgeois de Tours, puissant en négoce, et qui fut argentier de Louis XI et de Charles VIII. 11 estoit mort en 1490, et avoit marié quatre filles: à Jean Queslier eschcvin de Tours, à Charles Bec de Lièvre élu de Chinon, et à deux Briconnets, dont l'un estoit général des finances,.et l'autre, après avoir perdu sa femme, devint chancelier de France, archevesque duc de Rheims, cardinal et premior ministre de Charles VIII. Le surintendant leur frère eut encore un frère trésorier de Pôictou
222 DUCHÉS VÉRIFIÉS ESTEINTS.
qui eut des enfans. Le surintendant sortit de bonne heure de son petit estât. Il fut vicomte, c'est à direjuge de Tours, puisbailly et gouverneur delà province en 1516, estant lors chambellan de François I qui luy donna Tannée suivante l'administration des finances. Il fut d'abord poursuivi civilement pour rendre compte en 1523; mais la prison du Roy ayant laissé le champ libre un ^n après à la Régente sa mère, elle mit toutte son autorité à tourner l'affaire criminellement et à le faire pendre. Il ne fut pourtant condamné que le 9 aoust, tant ses juges, tout choisis et corrompus qu'ils estoient, trouvèrent de difficulté au sacrifice de cet innocent, et le 12 suivant exécuté. Pour Lautrec,
son excuse si avérée et si nette ne luy servit de rien. 11 fut renvoyé dans ses maisons en Guyenne, et ne fut rappelé en 1528 que par le besoin qu'on eut de luy. Mais son sort estoit de périr faute de secours luy et les armées qu'il commandoit, et il le remplit enfin pleinement devant Naples. A l'égard du comte de Tende, son ambitieuse sœur n'eut pas le temps de pousser ce bastard plus haut; il fut tué à la bataille de Pavie, et Anne de Montmorency son gendre, déjà mareschal de France et depuis connestable^ eut son office de grand Maistre.
Le surintendant laissa deux filles et trois fils. L'aisnée des filles espousa René du Chesnel sieur d'Auge, avec la charge de bailly de Touraine, et l'autre fut mère du chancelier de Cheverny. Des fils, l'un fut archevesque de Tours, l'autre évesque de Vannes, et l'aisné sieur de Semblançay et général des finances, perdit toute sa fortune et fut banni par le mesme arrest qui condamna son malheureux père. Mais la mémoire de son père fut réhabilitée, son innocence déclarée, ses obsèques solennelles ordonnées, et ce fils aisné restabli en (ous ses biens et charges par lettres pa^
ROANNOIS. CLAUDE GOUFFIER. 223
tentes d'avril 1529, où François I regretta vainement un si bon serviteur et une si cruelle iniquité, quoyque celle qui l'avoit commise fust encore vivante, qui ne mourut que deux ans après. Ce fils aisné du surintendant estoit mort en 1554, et laissa un autre sieur de Semblançay, un autre fils qui n'eut qu'une fille mariée à un Montmorency-Thury, un troisième riche en belles abbayes et chancelier de la Reine Catherine de Médicis, le célèbre archevcsque de Bourges puis de Sens, et nostrc duchesse de Roannois vefve de Burgensis, premier médecin, laquelle fit ainsy deux mariages bien inégaux. Semblançay leur frère aisné fut honoré de l'ordre de Saint-Michel et de l'ambassade en Suisse. 11 fut aussy gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roy et chambellan de W. d'Anjou son frère. Il laissa d une Sade un fils, chambellan de M'. d'Alençon, qui tua en duel le sieur de Saint-Sulpice en 1576 et mourut sans alliance, et la célèbre Charlotte de Beaune mariée : 1" à Simon Fizes sieur de Sauves secrétaire d'Eslat ; 2° à François de la Trémoille marquis de Noirmouslier, qui gouverna la Cour de son temps et qui sous ces deux noms se mesla de touttes les intrigues et de touttes les affaires.
Son oncle, Renault de Beaune, mérite une mention particulière par sa fidélité, son attachement, ses grands services à sa patrie, et pour avoir esté un des plus doctes et des plus éloquents de son temps, avec un esprit agréable et autant fait pour le grand monde que pour les plus sérieuses estudcs. II passa avec réputation par les charges de conseiller et de président aux enquestes du Parlement et de chancelier du duc d'Alençon, dernier fils d'Henry II. 11 prit ensuitte les ordres, eut des abbayes, la nomination à Tévesché de Mandes, et fut en 1581 archevesque de Bourges. C'est en cette qualité qu'il parut avec tant d'éclat
224 DUCHÉS VÉRIFIÉS ESTEINTS.
et de succès pour Henry IV à la fameuse conférence de Suresnes en may 1593. Il eut après la principale part à la conversion d'Henry IV, et voyant la nécessité de son absolution publique pour la pacification de l'Estat, et les efforts des Espagnols et des restes mourants de la Ligue pour empescher ce dernier coup de sa ruine, et les délais dangereux et sans fin de Rome, il prit sur luy de la donner solennellement à Henry IV dans l'abbaye de Saint-Denis, et de le communier à la messe qu'il célébra pontificalement en mesme temps le dimanche 25 juillet 1595, estant depuis deux ans grand aumosnier de France. Ce service, qu'aucun autre prélat n*osa rendre, accabla la Ligue et réunit tout au Roy, surtout depuis son sacre, et mit Rome en furie comme d'une entreprise sur son autorité. Mais son intervention estoit par là devenue presque inutile ; et la tranquillité avec laquelle elle fut attendue la hasta, de peur qu*à la fin on ne vinst à s'en passer après deux ans de cérémonies qu'elle estoit plus pressée de finir qu'on ne l'estoit en France. Mais le dépit d'avoir esté prévenue empescha ce grand et digne prélat de parvenir à la pourpre qu'Henry IV lui deslinpit, lequel eut grand peine à obtenir sa translation à Sens en 1602. Il mourut à Paris quatre ans après, à soixante dix neuf ans, dans une grande distinction à la Cour et dans une considération générale. Il vivoit en grand seigneur, quoyque grand et bon évesque ; et ce qu'on a peine à comprendre d'un homme si sçavant et si appliqué à Testude toutte sa vie au milieu de la Cour et des affaires, c'estoit le plus grand mangeur de son temps. Il donnoit à disner et à souper chésluy tous les jours, déjeunoit et faisoit collation en viande et un cinquiesme repas aussy de viande sur les deux heures après minuit. Et pour ne pas manger seul, il partageoit ses gentilshommes, ses
ROANNOIS. CUUDE GOUFFIER. 225
familiers et les ccclésiasligues de sa suitle pour luy tenir compagnie tous les jours en ces trois repas qui luy estoient particuliers. Ce n'estoit pas encore qu'il mangeast peu à chacun. Le prince de Condé l'avoit souvent prié à disner; il s'estoit toujours excuse. A la fin, pressé outre mesure, il avoua qu'on pressoit trop chez luy les services, et qu'il avouoit qu'il n'y a voit pas le temps de manger à sa faim. M', le Prince luy promit qu'en ne desserviroit point que par son ordre, et sur cette parole il y alla. Mais il est temps de finir les disgressions.
DUCHES VERIFIES ESTEINTS.
Ilcnry "I.