COMTE D'AUVERGNE
1656 à soixante quatre ans.
II. Françoise, fille de Charles de Nargonne baron de Mareuil et de Léonor de la Rivière.
Mariée 25 février 1644.
Elle avoit un frère page de M'. d'Angoulesme qui estoit alors vieux et retiré dans son domestique et souvent à sa maison de Grosbois. Il vit cette fille qui estoit également bel^p et vertueuse ; il en devint amoureux, et ne pouvant satisfaire sa passion qu'en l'espousant, il en fit sa femme et mourut six ans après, sans en avoir eu d'enfans.
Il est surprenant d'estre si susceptible d'amour à soixante dix ans passés. Elle n'avoit rien vaillant et il luy donna fort peu de chose.
Sa conduitte et sa verlu l'ont fait conslamment respecter toulte sa vie, et adoucirent à la famille de M'. d'Angoulesme le dcgoust de ce mariage.
Louis XIV le choisit en 1661 pour conduire à FIo-
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goulesme, tous aussy intéressés, aussy factieux, aussy méchants, aussy débauchés de cœur, de corps et d'esprit les uns que les autres, et qui firent un merveilleux usage du duc d'Angoulesme qui ne valoit pas mieux qu'eux et qui se monstra de bonne heure fort capable des plus dangereuses faciendes.
Henry III légitima ce baslard du Roy son frère et le destina à FÉglise puis à l'Ordre de Malthe, comme jusqu'alors tous ses pareils les plus grandement traittés. Il eut des bénéfices, le surnom de Valois luy fut permis, grandeur estrange qui sans luy donner rien de réel luy enfla le courage au grand malheur de l'Estat et le destourna de la profession qu'on luy avoit fait embrasser. Il fut fait en 1587 Grand Prieur de
rcnce Madame la Grande Duchesse fille de Gaston.
Elle vescut quatre vingt douze ans et soixante trois vefve toujours fort retirée et dans une grande piété.
Un maintien doux, honneste, modeste au dernier point avec une mesure si bienséante en toutte sa conduitte, faisoit murmurer de l'indigence où on la laissa et qu'elle suporloit avec dignité et avec une extresme patience. Elle conserva de la beauté sans art jusqu'à la dernière vieillesse, el mourut, il se peut dire de faim, dans une campagne où une de ses femmes l'avoit retirée, ne pouvant plus vivre à Paris. Ce fui à Montmor en Champagne, 10 aoust 1703, sans avoir eu aucune part aux distinctions qu'elle vit donner à la duchesse de Yerrieuil.
France.
On ne sçait quelle prédileclion Henry III eut pour luy, luy qui avoit si peu aimé et esté aimé de Charles IX et qui estoit si esloigné d'avoir des bastards, et trop accusé
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de bien pis. Quoy qu'il en soit, ce Grand Prieur ne le fut pas deux ans qu'il voulut estre relevé de ses vœux et libre de se marier- Henry III et Catherine de Médicis y consentirent et l'obtinrent mesme de Sixte V le fameux Peretti. Ils y ajoustèrent des dons fonciers considérables, entrautres les comtés de Clermont, de Lauraguais et d'Auvergne ; et ce Grand Prieur défroqué prit aussytost le nom de comte d'Auvergne. Quoyque ce soit une terre en Auvergne de médiocre estendue et sans rien de différent des autres terres ordinaires, le nom le flatta et il le prit. Catherine de Médicis luy fit d'autres biens par son testament, et Henry III mourant le recommanda particulièrement à Henry IV lequel sans balancer et sans conditions il reconnut tout le premier, et qui le servit bien par tout dans ces commencements et se signala aux batailles d'Arqués, d'Ivry et de Fontaine Françoise. 11 en eut aussy le gouvernement d'Auvergne et la charge de colonel général de la cavalerie.
11 fut le premier bastard de Roy de France séculièrement establi et marié; et l'usage pernicieux qu'il en fit tant qu'il le put, n'auroit pas deu convier aux mesmes et bien plus grands establissements des autres. Son grand mariage luy donna les plus proches et les plus puissantes alliances. Le Connestable son beau père tenoit à Henry IV par les liens des plus constants et des plus signalés services, et sa sœur utérine par d'autres de cœur encore bien plus forts. Avec ces appuis il se crut en estât de tout espérer, et bicntost après de tout oser sans en craindre les suittes.
Dès avant l'amour d'Henry IV, le comte d'Auvergne estoit entré dans beaucoup de mauvaises faciendes avec sa sœur, sa mère et son beau père dont la maison estoit
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en mauvaise réputation. Henry IV les fit tous sortir do Paris comme mauvais bagage en tout genre et puis se trouva pris dans des filels qu'il sçavoit bien luy mesme n'estre pas neufs. Il luy en cousta cent mil escus d'entréo de jeu, et si n'eut rien au bout. Mademoiselle d'Entragues toujours observée par son père ou par sa mère faisoit semblant de ne s'en pouvoir dérober, et quand ils le virent bien amoureux à leur point, elle luy déclara avec tous les artilices où elle estoit maistresse passée, qu'elle ne luy pouvoit rien accorder sans avoir de luy une pro* messe de mariage par écrit. Elle ajousta que leur disproportion et sa Couronne luy faisoient sentir de reste combien peu il seroit en prise à un procès à l'Officialité à ce sujet, mais que c'estoit une folie de M', et de Madame d'Entrogues de qui elle dépendoit si fort qu'elle ne pouvoit passer outre. Henry IV la luy donna, et c'est celte promesse que nous verrons au tiltre de Sully, qui a deu rendre le premier duc de Sully si cber aux vrais François et qui l'a iUustré d'une si insigne manière, autant que par la suitte elle fit de bruit par toulte l'Europe et de honle et de mal. Celte énorme pièce toulte de la main du Roy fut conditionnée au cas qu'il en eust un fils dans un an cl le cas arriva, M^ de Verneuil estant né en octobre 1601. Tout cela se brassoit pendant la négotialion du démariage du Roy cl aussytost presque après la mort de la belle Gabrielle d'Eslrées arrivée le vendrcdy saint de 1599. Les Enlragues n'ignoroient pas qu'Henry IV en vouloit faire une Reine et de son César un Dauphin ; ils se flattèrent par cette belle pièce d'csloigner le démariage et en mesme temps le mariage du Roy, et cependant de l'embarquer si bien qu'il espousast la d'Entragues, dont la naissance ne devoit rien pour le moins à celle de Gabrielle. Toùtlcsfois