‹ Écrits inédits de Saint-SimonChapitre 37 sur 58 · ANGOULESME. CHARLES COMTE D*AUVEUGNE · texte numérisé non relu

ANGOULESME. CHARLES COMTE D*AUVEUGNE

ils se trompèrent dans la folie de leurs projets. Le démariage auquel la Reine Margucritte consentit de bonne grâce dès que Gabriclle fui morte, fut prononcé; lo mariage de -Toscane conclu en avril 1600 et fait et consommé à Lyon le 27 décembre suivant. Les Entragues furent assés impudemment fous pour en estre outrés comme d'une mortelle injure, et de se conduire toujours depuis en conséquence, quoyque la d'ËnIragues demeurast toujours maistresse du Roy qui passa sa vie à estre agité de ses complots, et qui s'en tenoit quitte à bon marché quand ce n'cstoit que des brouillcries de Cour et des intrigues domestiques, sans pouvoir vivre avec elle ny moins encor sans elle. Rien n'est plus estonnant que ce peu qui s'en trouve espars dans les Mémoires de Sully. De là ses liaisons avec les ennemis personnels d'Henry IV et les railleries et les impudents propos qui s'en faisoient chez elle ; de là ses picotteries et ses artifices continuels avec luy, ses insolences sur la Reine qui ne finissoient point, et celte monstrueuse égalité qu'elle affectoit entre son bastard et le petit Dauphin tout autant qu'il luy estoil possible.

De là ses craintes de la Reine si le Roy venoit à manquer ; de là enfin ses intelligences continuelles avec les Espagnols, ses complots conlre l'Estat et contre celuy des enfans do la Reine, ses trahisons à découvrir aux Espagnols les desseins et les pensées du Roy les plus secreltes tant qu'il vescut, dont elle fut toujours soubçonnée et souvent convaincue, sans qu'Henry IV outré se pust jamais résoudre à la quitter. Mais ces dégousts el ces défiences perpétuelles la bornèrent à denaeurer la marquise de Verneuil, et entretinrent dans iç j^oy celle prédilection si marquée pour César de Vendosme, dont

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M', de Vcrneuil ne partagea jamais aucun des avantages. Autres coups de poignards pour les Entragues.

Le comte d'Auvergne leur estoit encore plus intimement uni par les mesmes inclinations que par le sang. Ces quatre lestes n'en faisoient qu'une quoyqu'il y eust souvent des brouillerics entreux. L'affaire du duc de Biron estoit commune à luy, à M^ de Bouillon et au comte d'Auvergne ; il fut arresté à Fontainebleau au mesme moment que Biron et conduits à la Bastille. M^ de Bouillon accouslumé à vivre et à s'agrandir de conspirations avoit tenu le large et se tira d'affaires en faisant bouclier des Protestants. Biron périt à force de fermeté à refuser de mériter la clémence offerte en avouant tout ce qu'on sçavoit sans luy, et le comte d'Auvergne croupier des deux autres, frère de la maistresse et gendre de ce fidelle et magnanime Conncstable qui se jetta aux pieds du Roy avec toutte sa famille, obtint grâce de la vie. Cela ne luy suffit pas. Il promit de révéler tant de choses importantes qu'on le sortit de prison, et quand ce fut à parler il n'apprit rien de considérable, mais il s'offrit à faire le pigeon privé; et quclqu'horreur qu'en conceust Henry IV, quelque convaincu qu'il fust que ce seroit à son dommage et à celuy de l'Estat, il le luy permit. Par cette adresse le comte d'Auvergne sauva tous ses establissements, sous prétexte den'estre pas en estât sans cette marque d'estre pleinement rentré en grâce et que les Espagnols et M', de Savoye fissent cas de son commerce ny de ce qu'il pourroit pour eux. Il voulut davantage, et le Roy luy fit expédier un brevet portant permission d'entretenir intelligence avec eux et de leur mander contre sa personne et son service tout ce qu'il jugeroit à propos, mesme d'envoyer vers eux des personnes à luy affidées, pourveu qu'il rendist compte de tout au Roy. II

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en arriva ce qu'il en avoit préveu, et agissoil à bon escient contre le Roy qu'il amusoit et contre l'Estat. Luy, sa sœur, Entragues et sa femme se mirent dans la tesie de passer aux Pais Bas avec le petit Verneuil, et là avec l'appuy d'Espagne et de Savoye, de mettre tout en combustion en contestant la validité du mariage du Roy et l'eslat des enfans delà Reine, au moyen de leur promesse de mariage dont ils avoient instruit Rome et toutte l'Europe. Pour cela picotleries et plaintes amères de la maislresse, insolences redoublées sur la Reine et à elle mesme pour la faire eschaper. Elle s'eschappa en effet, et dès lors ils déclarèrent au Roy que s'il venoit à manquer il n'y avoit plus de seureté pour eux après de (elles menaces. Cependant tout estoit arrangé et leur traitté fait avec l'ambassadeur d'Espagne. Taxis l'avoit dressé avec eux ; Zuniga qui le releva l'acheva. Un Anglois catholique, fugitif d'Angletterre pour la religion, ce disoitil, avoit esté l'entremetteur, et tout à la fin Entragues et le comte d'Auvergne et séparément et ensemble avoient esté à pied et inconnus chez ces ambassadeurs et y avoient passé des nuits. Le Roy harassé d'une si fascheuse maistresse et des colères continuelles de la Reine et de ses Italiens, avoit consenti à sa retraitte et de M^ et Madame d'Entragues, ne douttant pas qu'ils ne passassent en Angletterre, païs amy alors d'Henry IV, où le duc de Lenox et d'Aubigny son frère, parens d'Entragues, estoient fort en faveur. A la fin lout fut descouvert. Le comte d'Auvergne fulmina contre sa sœur et son beau père, mais se retira en Auvergne, et on eut l'œil si ouvert sur les Entragues et sur le petit Verneuil qu'ils ne purent s'évader. Il fallut encor les mesnager et ne paroislre pas trop instruit, mais leur faire assés de peur pour parvenir à faire rendre la fatale promesse. C'est ce qui demanda du manège et du

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temps et qui donna au comte d'Auvergne celuy de demeurer dans son gouvernement et d'essayer à s'y cantonner, et cependant de faire force dé rames pour eslre secouru des Espagnols et de M^ de Sàvoye où il envoya et où il escrivit des choses eslranges qu'au moyen de ce beau brevet il ne craignit point de monstrer à d'Escures qui se tcnoit auprès de luy de la part d'Henry IV pour cstre tesmoin de ses actions, et qui se récria vainement contre ses dépesches. Cependant M^ de Savoye ny les Espagnols ne branslant point ny personne dans le royaume, les Entragues eurent peur; ils espérèrent qu'on ne sçavoit pas tout, ils craignirent qu'on n'en sceust assés pour les mettre bien en peine, et le Roy qui avec raison comptoit leurs personnes et leur punition pour rien s'il ne s'asseuroit d'une si dangereuse promesse qu'il ne sçavoit où prendre et qu'ils pouvoient avoir si bien cachée qu'elle leur survescut, temporisoit et n'oublioit rien pour se la faire remettre. A la fin il y parvint, et le 2 juillet 1604 M'. d'Entragues la rendit au Roy en présence du comte de Soissons, du duc de Montpensicr, du chancelier de Bellièvre, du président Jeannin, de la Guesle procureur général au Parlement, de Villeroy et de Gesvres secrétaire d'Estat, lequel dressa un acte comme quoy c'estoit la vraye et seule promesse de mariage, avec tout ce qui falloit pour qu'on n'en pust fabriquer une autre. Cela fait, le Roy eut encore patience; et la maistressc parloit toujours de sortir de France mais vouloil un fonds de cent mil livres de rente qui la suivist. Le comte d'Auvergne continuoit toujours ses menées et le Roy ne cessoit de le presser de revenir à la Cour. Il n'avoit garde, quoyquc depuis la promesse rendue, luy et les Entragues se connussent bien déchus auprès des Espagnols et de M", de Savoye. Mais il espéroit toujours leurs secours en leur donnant

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