‹ Écrits inédits de Saint-SimonChapitre 38 sur 58 · ANGOULESME. ENTRAGUES COMTE D'AUVERGNE · texte numérisé non relu

ANGOULESME. ENTRAGUES COMTE D'AUVERGNE

lieu de se flatter de la révolte de beaucoup de gens considérables. Il se retrancha contre le Roy sur Finsuffisance d'un brevet à faire de telles menées, et déclara qu'il ne se raprocheroit point sans des lettres d'abolition bien enregistrées au Parlement. La dispute dura longtemps là dessus, tant qu'enfin elles luy furent accordées telles mesme qu'il les voulut. Mais quand il fut question d'enregistrement mesmes difficultés. A la fin le Roy nanti de toutles les lettres et les preuves les plus claires, craignit tout d'un plus long délay et fit arrester le comte d'Auvergne en Auvergne, par d'Escures et Nerestang qui ramenèrent à la Bastille ; et en mesme temps fit conduire Entragues à la Conciergerie et garder la marquise de Yemeuil chés elle par le chevalier du Guet. Tout cela se fit en novembre 1604. Le procès leur fut fait en plein Parlement sans aucune différence du comte d'Auvergne à M. d'Entragucs, parce qu'il n estoit ny pair, ny duc, ny officier de la Couronne; et ils furent condamnés à avoir la teste coupée. L'arrest qui est du premier février 1605 ne fut pas prononcé, par défense d'Henry lY qui commua la peine en prison perpétuelle pour le comte d'Auvergne et Entragues, leurs biens laissés, mais privés de leurs charges et de leur gouvernement; en bannissement du royaume à toujours pour Morgan ; et à l'égard de la marquise de Yerneuil qui avec un plus amplement informé du procureur général avoit esté condamnée à estre conduitte et enfermée en l'abbaye de Reaumont près Tours, elle fut envoyée chés elle à Yerneuil près Chantilly. Son père bientost après eut permission d'aller chés luy à Malesherbes pas loin de Fontainebleau et de Paris; et enfin l'un et l'autre revinrent à la Cour, enragés de leur promesse rendue et ulcérés de leur desconvenue, où ils firent du pis qu'ils purent au Roy et à ses serviteui'S

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et continuèrent dans leurs mesmes errements. Le Roy se plaignoit sans cesse de ses liaisons avec ses ennemis personnels» des appuis qu'elle cherchoit dans la Maison de Guise, des vacarmes et des querelles qu'elle excitoit dans sa Cour, de ses picotteries et de ses réserves avec luy tandis qu'elle n'avoit pas de ces scrupules avec d'autres ; des soubçons plus périlleux qu'elle luy donnoit ; et ce qui ne se peut comprendre, c'est qu'avec ces mescontentements si continuels et si sérieux l'amour du Roy et le crédit estrange de la maistresse durèrent autant que la vie de ce Prince.

La remise à Henry IV de sa promesse de mariage à la marquise de Verneuil auroit esté trop longue dans le récit de l'afTaire, et est aussy trop curieuse pour être obmise. Voicy comme les Additions si estimées aux mémoires de Casteinau la racontent. On n'a point de honte de les copier icy; de telles menées qui ne vont à rien moins qu'à se servir de deux bastards pour ruiner l'Estat et la Maison Royale veulent un appuy solide, et on n'a pas cru s'en devoir dispenser en cas si grave, quoyqu'à la quantité de choses courtes la plupart et si différentes entr'elles qui font la matière de ces Nottes, on ait cru pouvoir se dispenser des citations qui auroient presque égalé le volume du texte. Voicy donc ce qu'on lit aux pages 652, 655, 654 et 655 de ces importantes et solides Additions :

« François de Balsac, l'un des chefs du premier siège de Sancerre et connu à la Cour sous le nom de sieur d'Enlragués, n'en possédoit pourtant pas la terre qui fut portée en mariage par Jeanne de Balsac sa tante à Claude d'Urfé bailly de Forez ; mais il l'affecta en mémoire de ses ances* très qui l'avoient rendu illustre, et le préféra à celuy de Marcoussis et d'autres plus grandes seigneuries. Guillaume de Balsac son père s'estant attaché à la Maison de Lorraine

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à cause de la charge de lieutenant de la compagnie des gens d'armes de François duc de Guise, il suivit la mesmc inclination envers le duc Henry son fils, et s'y engagea d'autant plus qu'il n'estoit que d'avoir un patron de sa vigueur à la Cour, dans un temps auquel un mérite sans faction estoit sans lustre et sans estime, et que par ce moyen il parvint aux premiers honneurs, ayant esté fait chevalier du Saint-Esprit dès la première création. Estant revenu à l'obéissance du Roy Henry IV, il devint encore plus puissant et plus considéré par le moyen de la marquise de Verneuil sa fille ; mais comme il n'avoit souffert les amours du Roy avec elle que sur l'espérance d'un mariage dont il luy donna la promesse par escrit, s'en estant voulu prévaloir contre la puissance d'un Prince qui n'avoit eu d'autre intention que de flatter l'ambition du père et de favoriser la bonne foy de la fille. »

(Un mot d'interruption. Ce raisonnement n'est pas des faits comme ce qui va suivre. On voit dans les mémoires de Sully combien la fille comptoit peu cette promesse dès en la demandant, et qu'Henry IV pendant le siège de Laon avoit comandé à H. de Sully de faire sortir de Paris le comte d'Auvergne, Entragues, sa femme et ses filles, appellant cela bagage. De plus la sœur de la marquise de Verneuil avoit elle jamais eu ny demandé une semblable promesse au mareschal deBassompierre, pour avoir un enfant de luy qui a esté évesque de Saintes ; et M. d'Entragues qui avoit espousé Marie Touchet fille du lieutenant particulier d'Orléans, qui avoit eu le comte d'Auvergne de Charles IX, et ses deux filles de leur mariage, pouvoit il imaginer qu'Henry IV s'aviUst jamais jusqu'à se faire le gendre d'une telle belle mère? Disons donc avec plus de vraysemblance que ce Ligueur qui à la mort du duc et du cardinal de

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Guise, se voulut saisir d'Orléans dont il estoit gouverneur et ne vcnoit que de quitter, mesme cou vertement, la ligue par le mécontentement qu'il y avoit receu, eut des veues plus vraisemblables mais bien criminelles quand il demanda par les beaux yeux de sa tille cette promesse de mariage dont il n'espéra jamais l'accomplissement mais bien d'en tirer touttes sortes d'autres grands partis. Continuons.) « Il (M. d'Entragues) se laissa enfin persuader de faire un party dans l'Estat sous le nom du fils qu'elle avoit eu du Boy. Les avis que ce Prince en eut ne le mirent pas tant en peine que les refus desdaigneux de la Marquise, et il ne s'en servit que pour soumettre cet esprit altier par la nécessité de sauver son père et sa Maison d'une ruine inévitable. C'estoit une querelle d'amour desguisée en affaire d'Estat, et poussée de toutte l'autorité d'un Roy qui ne croyoit pas estre si heureux dans le dessein qu'il avoit de trouver quelque crime sous la poursuitte duquel il se pust faire rendre sa promesse et réduire cette famille, mais principalement la Marquise, à sa discrétion. 11 communiqua secrettement cette affaire au prévost Defunclis, avec des tcsmoignages d'une passion cstresme de pouvoir perdre le sieur d'Entragues lors retiré dans sa maison de Marcoussis où il se tenoit sur ses gardes, mais qui n'estoit pas un lieu pour estre à l'abry d'une si grande puissance, ny pour receler des trésors de l'importance de ceux qui s'y trouvèrent. Il luy offrit dans la chaleur de son dessein dix canons et cinq régiments pour emporter cette place de force ; mais le Prévost plus prudent en ce qui regardoit la fonction de sa charge, luy fit entendre qu'il falloit plus d'adresse que de force, et que croyant opprimer un coupable, il le rendroit innocent en luy donnant du temps pour prendre résolution sur le sujet du siège»

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