‹ Écrits inédits de Saint-SimonChapitre 41 sur 58 · ANGOULESME. ENTRAGUES COMTE D'AUVERGNE · texte numérisé non relu

ANGOULESME. ENTRAGUES COMTE D'AUVERGNE

comme il fit en présence de Gautier secrétaire dudit sieur d*Entragues. U y en a voit de diverses sortes, mais la première liasse sur laquelle il mit la main estoit la plus importante qui contenoit cinq pièces : sçavoir, le chiffre du Roy d'Espagne ; une lettre du mesme Roy en françois adressante à M. d'Entragues signée <c Yo el Rey » ; une aulrc toutte pareille à la marquise de Yerneuil ; et une troisiesme au comte d'Auvergne. La dernière signée tout de mesme estoit une promesse de ce Roy en françois avec serment solemnel qu'en luy remettant entre les mains la personne de Monsieur de Yerneuil^ il le feroit reconnoistre pour Dauphin, vray et légitime successeur de la Couronne de France, luy donneroit cinq forteresses en Portugal avec une administration honorable et cinquante mil ducats de pension, et donneroit aussy au sieur d^Entragues et comte d'Auvergne deux places fortes et à chacun vingt mil ducats de pension, et les assisteroit de toultes ses forces quand l'occasion s'en présenteroit.

« Tout cela parafé de la main de Gautier et porté au Roy qui reconnut d'abord les chiffres d'Espagne ; il tressaillit de joye et embrassa par cinq fois le Prévost comme celuy qui luy avoit rendu le plus signalé service qu'il pouvoit souhaitter, et envoya les pièces au Procureur Général pour haster le procès. Cependant le sieur d'Entragues qui sceut que tout estoit descouvert, tomba dans le désespoir, et ayant mandé Defunctis qui y vint avec permission, il luy dit qu'il estoit perdu si le Boy ne se vouloit contenter du papier qu'il avqit eu tant d'envie de retirer de ses mains, et qu'il luy rendroit enfin sur l'asseurance de sa vie. Le Roy l'ayant pris au mot et averti du lieu où il estoit, y envoya sur le champ le sieur de Loménie secrétaire d'Estat, qui trouva la promesse de mariage dans une bouteille

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de verre sur du cotton, le tout bien bouché et muré dans une chambre de Marcoussis. Après cela ce Prince satisfait d'avoir ce qu'il demandoit et de voir à sa mercy la Marquise qu'il aimoit encore, voulut assoupir l'affaire ; et le Parlement au contraire voulant sous prétexte de punir un crime d'Estat rompre cette amitié qui se renouoit, s*opiniastra jusqu'à donner arrest de mort contre le sieur d'Entragues et ses complices, et à ordonner que la Marquise seroit rasée et confinée entre quatre murailles; mais il n'en fut autre chose, et il n'en cousta à cette dame qu'une rosée de larmes au lieu du sang de son père, qui furent bientost essuyées du soleil de la Cour, et loutte cette tragédie se termina par un incident tragi comique. » Icy finit le récit des Additions de Castelnau, où ne luy en desplaise, il n'y a rien moins que de comique à voir un Estât sur le point d'une secousse pareille par l'inconcevable facilité d'un grand Roy, l'incroyable abus qu'en tente avec succès la dernière impudence, et l'énorme fruit sur le point d'en estre tiré par la plus abominable trahison. On voit des traces de ce qui s'en préparoit dans les dépesches du cardinal d'Ossat, et combien Rome, l'Espagne, la Savoye et les restes palpittants de la Ligue toulfe écrasée qu'elle estoit se tenoient tous pour faire valoir cette promesse de mariage, monstrée sourdement à Rome par un capucin nullement désadvoué par son Ordre et dont ce cardinal eut grand'peine à se débarasser. II est tout aussy peu comique de voir ce Roy si continuellement et en tant de façons prest à estre la victime de la Ligue, en estre à peine venu comme miraculeusement à bout, qu'il s'abandonne à cet excès d'amour dans un lieu si décrié en tout genre, si dévoué à la Ligue et aux Ligueurs, découvrir par un autre miracle un complot si noir de

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