‹ Écrits inédits de Saint-SimonChapitre 42 sur 58 · ANGOULESMB. ENTRAGUES COMTE D'AUVERGNE · texte numérisé non relu

ANGOULESMB. ENTRAGUES COMTE D'AUVERGNE

cette cruelle maistresse et de toulte sa famille pour faire servir le fruit de son amour au renversement de TEslat et de sa Royale famille, n'avoir de plus aucun lieu d'espérer mieux d'eux à l'avenir, et continuer à vivre avec cette Yerneuil dans le mesme abandon où il avoit si bien pensé se perdre. Avant d'en revenir au comte d'Auvergne suivons encore le récit des Additions de Castelnau sur un trait de la marquise de Yerneuil d'un autre genre. 11 continue ainsy :

« Peu avant la mort du Roy la marquise de Yerneuil ayant besoin de protection contre les ressentiments de la Reine pour demeurer à la Cour en quelque considération, elle escouta les propositions de mariage que luy fit le duc de Chevreusc qui la paya de son inconstance ordinaire. Lé duc de Guise vint après, et la chose alla jusqu'au contract de mariage. Il prétendit depuis qu'il estoit faux; mais le 15 septembre 1610 elle le représenta en original chés le comte de Soissons en présence du cardinal de Joyeuse et du duc d'Espernon, signé de deux notaires, d'un prestre et des parties. Il est vray que les deux notaires estoient fort vieux soit qu'on les eust choisis à dessein ou non ; que l'un estoit mort, et que l'autre encore vivant mais moribond, désavouoit d'y avoir assisté. Quoy qu'il en soit, la Marquise réclamoit sa bonne foy, et troubloit le traitté de son mariage avec la douairière de Montpensier qu'il espousa néantmoins, après qu'on eut assoupy ce diféreiid par les remonstrances qu'on fit à cette dame de ne se point commettre à l'extrémité avec un Prince qu'elle pouvoit conserver pour d'autres intérests, et qui estoit assés puissant pour disputler ce parly contre le comte de Soissons qui s'y opposoit dans la crainte qu'il ne traversast, en faveur du comte de Yaudemont son parent, l'alliance

250 DUCHÉS VÉRIFIÉS ESTËINTS.

qu'il méditoit entre son fils et Théritière du duc de Montpensier. La Reine qui n'aimoit pas le comte de Soissons et qui apréhendoit la grandeur de sa Maison, portoit de toutte son autorité la recherche du Duc jusqu'à dire tout haut que M. le Comte avoit tort de vouloir ester à M. d'Orléans sa femme après luy avoir esté son gouvernement.

(La Reine estoit toutte Espagnole comme on le vit à l'instant de la mort d'Henry lY, et toujours depuis tant qu'elle gouverna encline aux Guises, et fit espouser Théritière de Montpensier à Gaston malgré luy, ce qui causa d'estranges avantures de Cour qui coustèrent des vies. Les Additions continuent.)

c( Pour cette raison elle menaçoit la Marquise, et elle mania tellement l'affaire par l'adresse du président Jeannin qui s'en entremit, qu'elle l'obligea de souffrir l'injure et de cesser ses instances sur un droit qu*elle ne pouvoit maintenir avec si peu de crédit. Bien en prit à M. de Guise que ce procès se vuida sous une Régence; car le Roy Henry IV n'eust pas manqué d'intérests pour rendre valide un mariage si peu avantageux pour les biens, et pour abattre par les loix la puissance d'une Maison qu'il n'avoit pu destruire par les armes, et de laquelle il avoit de fascheux souvenirs. »

Ces Additions dépeignent Marie Touchet comme une beauté et un esprit incomparables et qui en faisoit un important usage. Ils nous apprennent encore qu'elle estoit lille bastarde d'Orable Mathy Flamand de nation et médecin du Roy, qui luy donna deux mil escus en mariage, somme considérable alors. Ainsy la mère du comte d'Auvergne bastard et de la marquise de Vemeuil estoit fille d'une bastarde. Quoyque la marquise de Vemeuil fust légitime et de bonne Maison, cela auroit fait une belle alliance à Henry lY et de son bastard de Ver-

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