ET MARQUES POUR ABRÉGER, ET SANS ÉGARD AU PARLEMENT
OU LA VÉRIFICATION S'EST FAITE, SINON DE L'INDIQUER QUAND CE N'EST PAS CELDY DE PARIS.
m m. m. LONGUEVILLE pour FRANÇOIS dit D'ORLÉANS
rleraent de Rouen.
ESTEINT 169i
Si' les temps qui ont veu sortir du plus honteux néant cette Maison de Longueville et s'élever avec rapidité au faiste de touttes sortes de grandeurs, estoient moins reculés des nostres, ils passeroient pour des temps aussy fabuleux que nous le sont les premiers aages du monde, que les poètes ont peuplés de leurs héros et de leurs demi dieux.
En effet, un Royaume conquis, un estranger couronné dans Paris avec l'attache du Roy de France, une mère dénaturée qui poursuit son fils sans autre cause que d'avoir espousé celle du meurtrier de son beau frère, et d'un beau frère qu'elle aimoit ; [la voir] pousser aux dernières extrémités de la captivité et de la misère les enfans de ce beau frère et les siens à elle mesme, dont elle se défait tant qu'elle
4 DUCHÉS VÉRIFIÉS ESTEINTS.
peut, et réduire le seul qui luy reste à fuir de retraitte en retraille, sous la puissance de l'usurpateur son beau frère* et sous celle d'une Maison dont il avoit répandu le sang en vengeance de celuy de son oncle; voir après, ces meurtriers d'Orléans devenir tout à coup libérateurs de sa race en haine du joug anglois ; l'usurpateur et son imbécille beau père mourir en mesme temps à une lieue l'un de l'autre, et tous deux en Rois de France, et le dernier laisser un fils et des frères Rois ou Régents de deux Royaumes qui leur eschappent tous deux des mains. Voir l'héritier unique du Royaume de France devenu Roy de droit par la mort de son père, n'oser presque le faire ny résister à ses ennemis qui n'a voient plus qu'un chef précaire, et cependant s'endormir dans la paresse, la fétardise et la volupté ; n'en sortir que par le courage et le mot picquant d'une maistresse plustosl faille pour le relenir dans Toisi* veté que pour en faire un conquérant, et touttesfois le devenir par la ténébreuse merveille de ce qui est encore aujourd'huy le plus illustre problème, celte Pucelle d'Orléans dont le nom et le bras en rallia tant d'autres, chassa les Anglois bien loin, restablit le vray Roy sur son trosne, et le laissa en chemin de tout reconquérir et de faire repasser la mer pour toujours à ses superbes tyrans, tandis que celte mère exécrable en crève et en meurt de rage et de désespoir. Voir enfin ces déplorables restes d'Orléans en moins de deux générations succéder à la Couronne, et y sauter par droit de branche en branche: quoy de plus approchant des fables et de plus fécond pour les poèmes, par l'intéressant et le surprenant de tant de faits si près à près, si enchaisnés et si estranges. C'est parmi eux que . cette Maison de Longueville s'est élevée par un mérite et des talents qui l'ont tirée de l'opprobre de la bastardise.
près de deux siècles avant les bastards des Rois, et qui à force de conjonctures dont leur verlu a sceu profiter, ou par eux mesraes ou par leur postérité, sonl arrivés presque dans les nues où ils ont frayé le chemin aux bastards des Rois près de cent cinquante ans après cette dernière mesure d'élévation. Mais pour la bien et nettement comprendre, il faut commencer par exposer courtcment la descendance légitime de ce duc d^Orléans dont le vaillant bastard fonda une race si brillante, en obmettant tout l'inutile qui ne seroit que confusion.
Le sage Roy Charles V mort 1580, à quarante quatre ans, trop tost pour le bonheur de son Estât et de sa famille, laissa deux fils, Charles YI et Louis duc d'Orléans. Ce prince fut assassiné dans la rue Barbette à Paris, sortant de chez la Reine Isabeau de Bavière; sa belle sœur, le mercredi 23 novembre 1407, entre huit et neuf heures du soir, par Tordre de Jean duc de Bourgogne, son cousin germain, fils des deux frères, qui avoua son crime, et le maintint avec une telle puissance qu'il empescha Charles VI d'en faire aucune justice : d'où sourdirent tous les malheurs des partis d'Orléans et de Bourgogne sous lesquels la France pensa périr, par l'usurpation des Anglois pendant une longue suit te d'années. Louis duc d'Orléans avoit espousé, 1389, Valentine de Milan fille de Jean Galéas Visconti premier duc de Milan, qui mourut de douleur a Blois, en décembre 1408, et laissa deux fils et une fille, car on obmet le comte de Vertus qui ne fut point marié. La fille la fut à Richard de Bretagne, desquels Anne de Bretagne fut petitte fille ; et les deux fils furent Charles duc d'Orléans père de Louis XII, et Jean comte d'Angoulesme père du père de François F.
Charles duc d'Orléans poursuivit le meurtre de son père
avec diverses fortunes devant un Roy trop souvent hors de son sens, et fut chef de la faction d'Orléans connue après SOUS l'odieux [nom] d'Armagnacs en haine du connestable d'Armagnac, contre celle de Bourgogne, qui tour à tour furent maistres du Roy et de l'Eslat. Et c'est, pour le dire en passant, cette subversion générale qui suivoit de la succession de ces deux factions Tune à l'autre à la souveraine puissance, qui fit enfin convenir de laisser le Parlement fixe, c'est à dire composé des mesmes membres qui s'y trouvoient alors, sans les pouvoir plus changer à chaque convocation comme il s'estoit jusqu'alors pratiqué. Et c'est ce qui fit que les nobles qui s'en trouvèrent plus lors, voyant qu'il falloit changer leur espée en escritoire, le quittèrent presque tous pour suivre leur naturelle profession ; et du peu qui en estoit demeuré il n'en est resté que la famille Boucher d'Orsay et celle de Longueil qui vient de s'esleindre par la mort du petit Maisons au berceau, à qui mesme on en disputoit la vraye descendance. Le duc d'Orléans fait prisonnier à la bataille d'Azincourt, 1415, fut retenu en Anglelterre jusqu'en 1440, puis relasché, et encore par le moyen de Philippe le Bon duc de Bourgogne, fils du meurtrier de son père, avec lequel il se réconcilia jusqu'à en recevoir l'Ordre de la Toison d'Or qu'il venoit d'inslituer, et à en estre un peu suspect à Charles VII, Après avoir inutilement tenté le duché de Milan au droit de sa mère, et assisté, 1464, aux premiers Estats de Tours, il fut si mal receu de Louis XI à qui il voulut faire quelques remonstrances, qu'il en mourut de dépit à Amboise, à 73 ans, 4 janvier 1465, ou 1466 à nostre manière de compter depuis Charles IX qui a fixé le premier jour de l'an au premier janvier, au lieu qu'il l'estoit au jour de Pasques. De trois femmes qu'il espousa il n'eut qu'un fils
unique et une seule fille qui laissa des enfans, Tun et l'autre de sa dernière femme, Marie fille du duc de Clèves, qui se remaria depuis à Jean sire de Rabaudanges capitaine de Gravelines. Elle n'en eut point d'enfans, et mourut près de vingt ans après, en 1487. On a déjà dit que le fils fut le Roy Louis XII. La fille fut mère du célèbre duc de Nemours Gaston de Grailly, dit de Foix, et de Germaine seconde femme du Roy d'Aragon Ferdinand le Catholique. Voir le premier tiltre de Nemours cy devant [Tome V, p. 12].
Jean comte d'Angoulesme fut depuis 1412 jusqu'en 1444 ostage en Angletterre pour cent mil escus prestes à sa Maison. 11 servit à son retour à la conqueste de Guyenne et mourut à Coignac, 30 avril 1467, à 63 ans. Il avoit espousé, 1449, Margueritte seconde fille d'Alain IX vicomte de Rohan, dont il laissa Charles comte d'Angou* lesme, mort à 37 ans à Chasteauneuf en Angoulmois, premier juin 1495, après avoir bien servi. Il avoit espousé, 1487, Louise fille aisnée de Philippe II qui devint après duc de Savoye. Elle devint duchesse d'Angoulesme, etc., sous le règne de François I«' son fils unique, et célèbre trop funestement sous le nom de Madame la Régente. Mais voyons cette généalogie et celle de Longueville, qui d'un coup d'œil en rapprochera les parentés et les alliances et éclaircira mieux tout ce qui reste à en dire *.
Charles comte d'Angoulesme, père du Roy François F, eut outre ce fils unique Margueritte qui en 1500 espousa Charles dernier duc d'Alençon qui parut beaucoup en paix et en guerre, qui ramena les débris de la funeste journée de Pavie où il s'estoit trouvé, et qui en mourut de douleur à Lyon, 11 avril 1524, à 36 ans sans postérité, etfutainsy le dernier de sa branche. Sa vefve se remaria deux ans