MOUCHY. LOUIS DE CREVANT DIT D'HUHIËRËS. S
près de quatre vingt huit ans et toujours considérée.
obligeant, poli, aimant fort ses plaisirs et ceux des au* très, et s'èlevant toujours mesme rapidement et fort jeune au faisto des honneurs militaires et à la familiarité du Roy sans jalousie et tou* jours universellement aimé ; intimement avec M', de Louvois qui le poussa fort viste par touttes les distinctions de la guerre. Il fut lieutenanV général et gouverneur de Bourbonnois 1667, et un an après mareschal de France et gou« verneur de Flandres, de Lille et paîs conquis. 11 eut di* verses fois le comandement des armées en chef et sous le Roy, et prit plusieures places. Il comandoit sous Monsieur, lorsque ce Prince donna en 1677 la bataille de Cassel qu'il gaigna contre le prince d'Orange, après laquelle le Roy son frère jugeant d'une autre armée où il estoit aussy en Flandres que Monsieur avoit acquis assës de gloire, ne luy donna plus d'armées à commander. Le mareschal d'Humières estoit partout magnifique, avoit partout chés luy l'élite de la meilleure compagnie à la Cour, à Paris, à l'armée, à Lille où il faisoit de grands séjours, et avec un air d'aisance et de supériorité qui sans luy aliéner personne luy donnait un air de grand seigneur que nul autre n'usurpa au mesme point. Il fut en Angletterre ambassadeur extraordinaire faire compliment à Jacques II de son avènement à la Couronne, et y fut accompagné de toutte la brillante jeunesse de la Cour. Céderons-nous à Tindé^ cence ou à la singularité ? Il y mena un gentilhomme de Flandres, abbé régulier d'Oudenhove, qui estoit de fort bonne compagnie et surtout 1res grand mangeur soir et matin, beuveur à l'avenant mais sans jamais s'enyvrer, et très bon convive. Les festins furent continuels en Anglet^ terre pendant six semaines qu'y séjourna le Mareschal ;
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Tabbé d*Oudenhove fut de tous el il en rapporta tout ce qu'il y a voit porté sans en ressentir Tincommodité la plus 1 légère. Il payoit trois ou quatre fois Tannée au plus et petittement encore, le vilain tribut que chacun luy doit ordinairement une fois par jour ; et avec cela mangeant toujours de mesme, il a vescu très sainement et très vieux. Le mareschal d'Humières fut chevalier du Saint-Esprit en 1688 9 et ne commença pag heureusement la guerre l'année suivante. Aussy ne commanda t il plus qu'en son gouvernement. 11 fut général sous le Roy, Monseigneur, Monsieur et M^ le Prince au siège de Namur 1692, puis retourna à Lille; et l'année suivante il fut commander sous Monsieur en Normandie et en Bretagne. Dès 1685 il fut grand maistre de l'artillerie à la mort du duc du Lûde, et M^ de Louvois qui l'y servit fort, fut bien aise d'avoir affaire à un homme plus souple que ceux qui avoient possédé cet office de la Couronne, dont il démembra plusieures choses au profit de son autorité de secrétaire d'Estat de la guerre. Le Mareschal receut souvent le Roy à Mouchy où il despensa beaucoup et eut souvent du Roy des présens considérables pour y faire des embellissements que Sa Majesté se plaisoit quelquefois à ordonner ellemesme. Il eut la douleur de perdre son fils unique en 1684 au siège de Luxembourg, et il ne luy resta que trois filles. Il avoit marié l'aisnée en 1677 à Jean Yillain dit de Gand prince d'Isemgheim seigneur flamand, pour peu de chose, par le crédit qu'il eut de luy faire donner un tabouret de grâce ; et il en maria une autre en 1682 au vidame du Mans. Grognet de Vassé qui mourut deux ans après ayant laissé un fils ; et sa vefve à l'insceu de son père et de toutte sa famille espousa le marquis de SurviUe cadet d'Hautefort qui n'avoit rien, et dont le fils par l'évè-
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nement a recueilli tous les biens de sa Maison. Madame de Surville fut cinq ans sans voir son père, dont le prince dlsemgheim mourant obtint le pardon. La dernière fille, belle comme les Anges, estoit l'idole du père et delà mère et toujours avec eux. Ils luy vouloient faire tous les avantages possibles ; mais ils avoient toujours splendidement vescu avec peu d'ordre dans leurs affaires et un bien qui n'estoit pas fort grand, à quoy les bienfaits du Roy suppléoient. Il y avoit longtemps qu'il travailloit à se faire faire Duc, et son amy M^ de Louvois l'y servit bien encore et à son point, puisqu'il en obtint les lettres avec la clause en faveur d'un mariage pour sa fille et sans spécifier personne pour luy laisser l'entière liberté du choix. On peut juger qu'ayant ainsy un Duc à faire en donnant en mariage une beauté singulière et s'il se peut encore plus agréable que belle, il y eut de l'empressement S en obtenir la préférence. Ce qui ne se conçoit pas, c'est la préférence qu'il donna à la Maison esteinte de sa grand'mère sur la sienne propre, et avec touttes les précautions que l'entestement d'un nom fournit pour le perpétuer. Il voulut que Mouchy qu'il fit ériger le fust sous le nom d'Humières, et il en fit une substitution mesme aux filles à faute de masles, à condition de porter uniquement le nom, les armes et les livrées d'Humières ; et que si l'aisnée des filles leur cas avenant ne pouvoit ou ne vouloit en accepter la condition , ces biens substitués passeroient à celle qui la voudroit accepter. De manière que la fille unique de la duchesse d'Humières, qui a espousé le duc de Gramont, ne pouvant se soumettre à la condition, ces biens passeront à celuy des enfans de ses sœurs, toujours les aisnés préférés s'ils le veulent, qui prendront le nom et les armes d'Humières quoyque le Duché soit esteint.
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Comme le mareschal d'Humiëres començoit à escouter les propositions du duc d'Aumont pour son second fils peut estre depuis deux jours, il leur arriva une bizarre avanlure. Le mareschal estoit au disncr du Roy à Versailles qui mangcoit à son petit couvert et le duc d'Aumont premier gentilhomme de la Chambre le servoit. Un vieux piastre de Noyon qu'on appelloit M. Marcot, zellé pour le$ pauvres et fort homme de bien, estoit connu du Roy et de toutle la Cour par les passages à Noyon où allant et venant de Flandres il tiroit des aumosnes. M^ de Noyon Clermont Tonnerre, si familier avec le Roy, l'avoit fait valoir et ce bonhomme s'estoit mis sur le pied de venir passer tous les ans une quinzaine à Versailles depuis bien des années, quester le Roy et toutte la Cour et ne faisoit quartier à personne. Il parut à ce disner où le mareschal d'Humiëres tenoit d'ordinaire le dé, et bien aise de trouver à amuser le Roy se mit à plaisanter le prestre et à luy demander des nouvelles de sa queste. Le Roy se mit de la partie et proposa à Marcot de tirer une bonne estocade au Mareschal. Le bonhomme sourit ; le Roy le pressa ; il dit qu'il en espéroit bien quelque aumosne honnesie et de M. d'Aumont aussy ; et bienfost, en les regardant l'un après l'autre comme un homme qui ne veut pas tout dire. Le Mareschal se deffendit et badina de plus belle; Marcot à monstrer de plus en plus par des demi mots qu'il sçavoit ce qu'il ne disoit pas, tant qu'enfin le Roy voulut sçavoir ce que ce pouvoit ostre que cette occasion d'aumosne qu'il espéroit si tost et si seure. Marcot qui ne demandoit pas mieux, tout simple et sans finesse, que de les engager devant le Roy et asseurer son aumosne, baisse la voix en riochant et répond au Roy avec sa familiarité accoustumée: « Vous le sçavés mieux que moy ; ils vont marier leurs
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enfans, et à cette occasion quand cela sera public il faut bien qu'ils me donnent ; et Paffaire est assés bonne pour que mes pauvres s'en sentent un peu grassement. » Ce fut ainsy que le Roy apprit la chose ; mais qui n'a point veu la Cour de ce temps là ne peut comprendre quel fut ce coup de foudre et Testât du Duc et duMareschal. Celuy cy en perdit la parole et toulte contenance ; le Duc lançoit du coin de l'œil des regards effroyables au pauvre Marcot. Le Roy baissa les yeux, ne parla plus et dépescha son disner. Ces Messieurs ouirës de voir leur affaire publique aussytost que conceue, crurent que le diable l'avoit dit à Marcot, et plus confondus qu'on ne le peut exprimer d'en voir le Roy instruit sans eux. Ils taschèrent pourtant de reprendre leurs esprits et suivirent le Roy dans son cabinet au sortir de table où ils se tirèrent d'affaire comme ils purent. Il fallut encore pardonner et donner à Marcot qui estoit toujours dès qu'il arrivoit à l'affust de touttes les grâces et les mariages pour en tirer davantage, et qui se garda bien de dire où il avoit appris celuy là si matin. Ce fut une avanture qui fit du bruit, mais un bruit divertissant, et qui pressa fort les parties de conclure. Le Mareschal promit par un écrit séparé de se démettre un an après le mariage ; on ne put le faire démordre de cette fantaisie, et son gendre ne fut Duc que près d'un an après son mariage. Le' Mareschal ne vescut que quatre ans depuis et mourut assés promptement à Versailles, assisté par le célèbre abbé de Fénelon, archevesque de Cambray, en aoust 1694, regretté du Roy et de tout le monde à... ans. M. du Maine eut l'artillerie et M. de Boufflers la Flandres.
DUCHÉS VÉRIFIÉS ESTEINTS.
Anne Louise Julie de Crevant ditte d'HumièreSy mariée 15 may 1690.
Louis François duc d*Humières, second fils du second duc d'Aumont et unique de son second mariage. Survivancier de son beau père du gouvernement de Compiëgne. Dans la suitte lieutenant général des armées du Roy; et à la mort du quatriesme duc d'Aumoni son neveu, eut le gouvernement de Boulogne et du pais Boulonnois.
LAISUN. ANTOLNE KOMPAU DE CALMOM. 501
5 Mv. LADSUN pooR ANTOINE NOMPAR