ESTEINT 19 NOVEMBRE 1723 DE CAUMONT
La Maison de Caumont en Guyenne qui a donné l'origine aux ducs de la Force et de Lausun, est par rapport à ces deux branches un problesme illustre caché dans l'antiquité. Touttes deux se sont toujours reconnues pour estre de mesme Maison, touttes deux se sont disputé Taisnesse que l'opinion a donnée à la branche de la Force, sans que celle de Lausun en soit jamais convenue; touttes deux ont toujours porté des armes et mesme des livrées, depuis qu'elles se distinguent, entièrement différentes : et pour en dire la vérité, opinion et consentement réciproque et sentiment général passé en droit de tout temps, que l'une et l'autre sortent de la mesme origine ; mais de preuves, en aucune façon.
On rapporte des Geoffroy de Caumont et autres mentionnés comme on peut, depuis 1060 jusqu'en 1211 ; mais rien qui les distingue, qui les fasse connoistre, encore moins qui les lie entre eux ny qui marque descendance. Pas une femme nommée. Telle est l'origine commune à ces deux branches. On laisse icy celle de la Force qui aura son tiltre, et qui ne commence à estre bien connue qu'en 1226, et si encore point de femmes connues du reste de ce siècle. Celle de Lausun est plus heureuse, puisqu'elle est parfaittement connue dès 1211, avec touttes les femmes qui en prouvent la filiation.
ÔO'i DUCHÉS VÉRIFIÉS ESTEINTS.
Le nom de Nompar, qui n'est ny nom propre ny nom de baptesme, est inconnu dans la branche de la Forcé avant le premier Duc» si on en excepte un seul, qui testa en 1400 et qui s*appeloit tout court Nompar de Caumont. Pour la branche de Lausun, il n'en est aucun qui ne Tait porté, et les deux premiers connus l'ont porté unique Nompar de Caumont. Depuis ces deux là, tous les autres l'ont fait précéder par un nom de baptesme, comme on le voit icy au duc de Lausun. Que peut ce estre que ce nom affecté avec une suitte jamais interrompue depuis quatre siècles et plus? C'est encore ce que l'antiquité cache dans ses ténèbres. Ceux qui l'ont si soigneusement conservé l'ont volontiers donné pour Nompareil; mais cette explication auroit elle esté receue par d'autres Gascons, et dans un paîs où il y a eu tant de noblesse très distinguée et très ancienne, et d'illustres et de grandes Maisons?
Bec et Nompar frères ont donné origine aux branches de Caumont Bec, tige de la Force, Nompar de celle de Lausun. Mais encore une fois, on ne connoist point leur mère ny pas une de leurs grand'mères, oncles, tantes, ny sœurs ; et ce malheur poursuit les deux premières générations que Ton donne à la descendance de Bec, quoyque d*ailleurs ces deux générations soyent bien pins éclairées que les supérieures, comme il se verra au tiltre de h force. La tige de Lausun est plus heureuse.
Nompar I de Caumont, tige de Lausun, monstre à Tio' stant qu'il est connu ^ une illustre origine» Il est intitulé seigneur de Lausun et de plusieures autres terres, et Vicomte de Montbaheut^ dans des temps éloignés encore de plusieurs siècles de la plus légère licence dans Tattribution des tiltres, et delà plus petitte impureté de sang dans ceux qui les prenoient. Il est mentionné dans Tade de
LAISUN. ANTOINE NONPAR DE CAUMONT. 303
1211 au sujet de la donation fuite par Bec son frère et par luy au couvent de Grammont du prieuré de Mérignac avec le territoire qui en compose la juridiction; et le mesme Nompar est qualifié noble baron dans le contract de mariage de son fils. Or, on ne voit point qu'il possédast aucune baronie. Cette qualification luy estoit donc acquise sans ce secours ; on appelloit barons alors les plus grands et distingués seigneurs de chaque province, et hauts barons les Pairs et les premiers feudataircs directs de la Couronne. On s^cstendra moins dans la suitte, mais il falloit remarquer cette grandeur de première origine^ et que depuis ce premier connu, Lausun n*est point sorti de cette race qui de père en fils l'a possédé, et qui n*est pas un petit fief, comme tous aussy ont porté le Nompar^ qu'on ne répétera plus en leurs noms, sy ce n'est au suivant, parce qu'il l'a porté seul comme son père, qui le laissa de Guill. de Beauville son espouse, qui par des tiltres vivoient encore tous deux en 1273.
Nompar II de Caumont eut un frère, Anissand de Caumont, tige de la branche de Sainic-Baseille, qui espousa Aremburge, fille d'Archibald II comte de Périgord et de Marie Bermond d*Anduse, dont la branche finit en son petit fils dont la fille espousa, 1557, un Albret fils d'une Armagnac.
Le frère aîsné susdit Nompar II de Caumont espousa < 1230, Agassen de Montpesat, dont le petit fils fut le pre* micr baron de Lausun. Le fils de ccluy là espousa, 1434, Jeanne d'Albrct. On voit toujours une suitte de mères très nobles et quelquefois grandes, et des sœurs aussy noblement mariées. Le cinquième petit fils de cette Albret fut François, qui est le premier distingué par d'autres choses que par des actes ou des services ordinaires de
304 DUCHÉS VÉRIFIÉS ESTEINTS.
chevalerie ou des hommages aux Rois, etc. H se trouve aussy plus riche en terres. II fut gentilhomme de la Chambre de François l" 1532, colonel de mille hommes de pied au voyage d'Avignon 1549, lieutenant pour Henry II des ville, chasteau et comté de Blaye, 1557. Charles IX luy donna Tordre de Saint-Michel en 1563, une compagnie de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances en 1566, et en 1570 il luy érigea la baronie de Lausun en comté. Le nouveau comte mourut 5 janvier 1575, et laissa de Charlotte de la Roche Andry un fils unique qui fut :
Gabriel comte de Lausun, escuyer d'escurie du Roy puis gentilhomme de sa Chambre, capitaine de cinquante hommes des ordonnances, chevalier de Saint-Michel, puis du Saint-Esprit 1585. De Charlotte fille de Louis baron d'Estissac et d'Anne de Daillon il laissa trois filles mariées à François baron de Fumel, à Charles Élie de Coulanges seigneur deBourdez, à Alexandre de Casteinau seigneur de Clcrmont Lodéve marquis de Sessac, et un fils unique François comte de Lausun, mareschal de camp, député pour la noblesse d'Agénois aux derniers Estats Généraux de 1614 ; l'année suivante capitaine de cent gentilshommes de la Maison du Roy au bec de corbin, et . chevalier du Saint-Esprit 1619. Il espousa la sœur du père du premier mareschal duc de Gramont, de laquelle estoit mère la belle Corisande d'Andouins, dont il laissa une fille mariée en 1611 à Frédéric de Grailly dit de Foix comte de GursoD, dont le fils estoit le mary de la comtesse de Fleix, dame d'honneur de la Reine mère Anne d'Austriche, et dont les deux ont esté l'un après l'autre ducs de Foix. Voir le tiltre de Randan. Outre cette fille, François comte de Lausun laissa un fils unique qui fut autre Gabriel comte
de Lausun qui sur la démission de son père, eut en 1616 la compagnie des cent gentilshommes de la Maison du Roy au bec de corbin. Il mourut 26 janvier 1660, et avoit espousé, 1630, Charlotte fille du troisiesme duc de la Force, fils et frère des mareschaux, etdeMargueritted'Escodeça, dont il laissa le duc de Lausun cause de ce filtre, quatre autres fils, dont pas un ne s'est marié et dont un seul a peu paru. C'estoit un homme de valeur et d'esprit, mais fort extraordinaire, qui servit dans la gendarmerie, passa en Hongrie avec M**, les princes de Conty, s'y attacha au service de l'Empereur, s'en dégousta après s'y estre avancé, et revint vivre à Paris assés obscurément et y mourut en 1707, à soixante ans. Ces frères avoient quatre sœurs, dont deux furent abbesses de Nostre Dame de Saintes et du Ronceray à Angers. Les deux autres qui n'avoient rien furent mariées comme elles purent : la cadette en Périgord à M^ de Belsunce qui a fait la fortune de ses enfans par son frère ; l'aisnée, fille de la Reine, espousa en avril 1663 Louis Armand Bautru comte de Nogent, capitaine des gardes de la porte du Roy, lieutenant général, et lieutenant général d'Auvergne, que son esprit, sa valeur et sa familiarité avec le Roy et la Reine mère, dont il avoit hérité de son père, avoit mis à la mode, et qui s*éleva par cette grande alliance. Il se noya au passage du Rhin, 22 juin 1672. Il estoit frère de Yaubrun lieutenant général distingué commandant en Alsace, tué à la belle retraite que fit le mareschal de Lorges à Altenheim, à la mort de M', de Turenne. Il avoit espousé une femme de mesme famille que luy, et laissa l'abbé de Yaubrun et la duchesse d'Estrées. M\ de Nogent laissa le comte de Nogent et la duchesse de Biron. On pourra dire quelque chose de cette famille au tillre de Biron; c'en est assés icy pour
Yit 20