‹ Écrits inédits; (volume 2)Chapitre 1 sur 31 · Écrits inédits; · texte numérisé non relu

Écrits inédits;

Saint-Simon, qui avait écrit en 1 720 le Mémoire sur les légitimés, en fit évidemment usage vingt-six ans plus tard dans la composition du Parallèle des trois Rois. On peut donc le considérer comme formant une sorte de complément ou d'annexé de cet ouvrage, et c'est le motif pour lequel nous avons cru devoir le publier immédiatement après le Parallèle, c'està-dire en tête de ce second volume. Il fait ressortir avec encore plus de force, s'il est possible, la pensée de l'auteur sur un des objets les plus intéressants qui puissent s'offrir à l'attention du lecteur comme à celle du moraliste et de l'historien.

Nous ne saurions mieux faire comprendre le point de vue auquel Saint-Simon s'est placé pour écrire

Il AVANT-PROPOS DE L'ÉDITEUR.

ce Mémoire, qu'en rappelant le souvenir d'un entretien que nous eûmes il y a plusieurs années avec le supérieur général d'une congrégation essentiellement charitable et française et dont la salutaire influence s'exerce dans toutes les parties du monde. Il avait été amené à nous expliquer l'esprit, l'organisation, le mode de recrutement de la congrégation qu'il s'attachait à gouverner suivant les traditions de son fondateur Vincent de Paul. Il nous signalait l'importance qu'il fallait attacher au choix des sujets avant de les admettre dans les rangs de la communauté, et à ce propos il nous disait qu'il était de règle absolue d'en fermer l'accès aux individus, hommes et femmes, dont la naissance n'était pas le fruit d'une union légitime et régulièrement constatée. Et comme nous laissions voir quelque surprise de la sévérité de cette règle à l'égard de ceux qui nous semblaient devoir être l'objet d'une commisération particulière et auraient eu plus que d'autres besoin d'être admis dans un milieu propre à les moraliser et à leur assurer l'appui qui presque toujours leur manquait, car beaucoup parmi eux ne connaissaient pas et ne devaient jamais connaître leurs père et mère, il répondit qu'il applaudissait aux

AVANT-PROPOS DE L'ÉDITEUR. m

sentiments que nous venions d'exprimer en faveur de ces êtres humains si déshérités pour la plupart ; que ces sentiments étaient partagés par tous les membres de la congrégation ; et il nous rappela qu'en effet une des principales œuvres que s'était proposé leur saint fondateur était précisément de venir en aide aux enfants trouvés aussi bien qu'aux orphelins. Mais l'expérience montrait que les enfants nés en dehors de la loi morale et religieuse venaient le plus souvent au monde comme prédestinés à plus de défauts, de vices et de mauvais penchants. Enfin il y avait en eux comme une aggravation du péché originel, et il importait dès lors de ne pas leur ouvrir l'accès d'une communauté dont chaque membre devait à la société civile ainsi qu'à ses confrères l'exemple d'une vie entièrement irréprochable.

C'est au même point de vue que Saint-Simon s'est placé en écrivant son mémoire sur les légitimés. On n'en saurait douter si l'on remarque avec quel inépuisable sentiment de réprobation il s'applique à découvrir le levain de révolte et d'ambition malsaine qui s'est de tout temps introduit dans les maisons royales avec les bâtards qui y sont nés. Il poursuit dans les méfaits des descendants de cette espèce les

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