‹ Écrits inédits; (volume 2)Chapitre 23 sur 31 · BOSSUET · texte numérisé non relu

BOSSUET

seul et travailloit ainsy plusieurs heures. Des gens qui ignoroient cette coustume estoient souvent très surpris qu'il n'estoit pas encore jour chez luy à onze heures du matin, et qu'il se levoit bientost après et s'habilloit à la haste pour la messe. C'est qu'il avoit travaillé quelquefois jusqu'à six, sept, et huit heures du matin, emporté par son abondance et par sa matière.

Ce fut luy qui par la familiarité que sa charge lui avoit acquise avec le Roy, lui donna les premières atteintes sur Mme de Montespan, et qui le poursuivit avec sagesse, mais qui ne se rebuta point. 11 eut peu à peu sa confidence sur ses désirs de finir ce scandale, et sur ses foiblesses. Il attaqua aussy Mme de Montespan. Il vainquit un temps l'un et l'autre ; puis ils lui échapèrent et l'évitèrent. Il patienta, puis alla deux journées au devant du Roy qui l'evenoit de Flandres et qui fut bien fasché de le voir. Le courage du prélat l'exposa à tout, son bien dire le sauva, mais il fallut encore attendre. 11 vint à bout enfin par degrés de les séparer et de faire partir Mme de Montespan de la Cour pour n'y jamais revenir.

Peu ébloui du cardinalat, il fut l'âme de l'Assemblée de 4682, comme il le fut toujours de touttes où il se trouva; et peu ébloui de la Cour, il ne songea pas à tirer le moindre avantage des privances, de sa réputation et de sa considération. Consullé sur la déclaration du mariage de Mme de Maintenon, où tant d'autres auroient fait naufrage, il fut nettement et fortement pour la négative, et très seurement ne se la concilia pas.

11 imposa plus ferme qu'aucun évesque aux Jésuittes qui n'ont osé aboyer sur luy que obliquement et longtemps après sa mort, et il s'éleva plus hautement qu'aucun autre prélat contre leurs casuistes et leur morale. Il

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