‹ Écrits inédits; (volume 2)Chapitre 7 sur 31 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

coup d'essay si nouveau dans le monde, desquelles le spectacle n'est peut-estre pas encore terminé, au grand malheur de ce Royaume et de ceux que la loy salique en rend depuis tant de siècles les héritiers nécessaires et uniques.

De tout temps il y a eu des bastards, parce que de tout temps la nature a esté corrompue. Mais les loix, qui n'en suivent pas les déreigleinens, ont cru imiter Dieu mesme en en faisant un peuple à part exclus de tout nom, de toutte succession, de toulle faculté de tester, et par conséquent de faire souche et lignée ; en un mot un peuple dévoué à l'obscurité la plus profonde, sans consistance, sans existence, la plus vive image du néant. Que telles soyent nos loix, c'est un fait qui ne se peut contester; que ces loix soyent justes, le seul bon sens, la seule droitte raison l'inculquent. Au dehors, le bon ordre, la conservation des familles, la paix, l'honneur des mariages, la seureté des alliances, la solidité des establissements, tout crie en faveur de ces loix ; au dedans de nous-mesmes, une voix puissante se fait entendre qui les canonise et qui nous les fait respecter comme l'explication des loix de Dieu mesme. C'est ce qu'il faudroit prouver icy. Mais on le fera à part, par une suilte de passages de l'Ecriture si exprès, qu'on y verra peut-estre avec surprise qu'elle ne s'est presque jamais tant ny si précisément expliquée sur aucune autre matière que sur celle-cy. De celte sorte on ne perdra rien, et les yeux du lecteur seront moins détournés de la suitte de ce Mémoire; on ajouslera seulement en cet endroit que si les fruits de la simple fornication sont traittés ainsy, que peut-on penser de ceux de l'adultère dont le crime a toujours esté trailté d'égal à l'homicide, et de

ceux du rapt et du double adultère, et en spectacle à tout l'univers?

Il est donc vray que de tout temps il y a eu des bastards, et de tout temps aussy des loix qui les anéantissent. Il ne Test pas moins qu'il y a eu divers bastards de Princes, de seigneurs et de particuliers, qui se sont élevés par leur mérite au dessus du sort de leur origine, et qui ont esté revestus de biens et d'emplois, quelques-uns mesme d'éclattants ; mais si on les examine on les trouvera en mesme temps inhabiles à tous autres biens qu'à ceux de la fortune, et que parmi tout le lustre acquis par leur mérite ou par la protection de leurs parents, les loix n'ont point fléchi en leur faveur. De là ces noms si communs dans les plus considérables illégitimes, le bastard de Bourbon, le bastard d'Orléans, le bastard de Rubempré, et tant d'autres de Princes, de seigneurs et de particuliers mesme appelles ainsy de leur temps, sans qu'ils eussent d'autre dénomination, par laquelle ils sont transmis jusqu'à nous dans les histoires.

Ce qui est extresmenient digne de remarque, c'est que Nouveauté

/ , ° ^ \ àe légitimation

parmi tant de bastards qui se sont élevés et dont l'histoire des bastards. nous conserve les noms elles faits, jusqu'au mareschal de Balagny, ce fameux tyran de Cambray qui estoit fils du célèbre évesque de Valence Jean de Montluc, et qui peut estre considéré comme le dernier de ces bastards illustres, on n'en connoist pas un seul d'aucun Roy de France jusqu'à Louis XII. Il est cependant bien difficile de croire que jusqu'à luy la grâce de l'onction les ait maintenus chastes ou du moins exempts de preuves vivantes de leurs foiblesses, et que après luy cette grâce se soit tellement refroidie que depuis Louis XII qui eut Michel de Bucy archevesque de Bourges, presque aucun en ait esté exempt.

Qu'inférer donc d'une chose si extraordinaire, sinon que les baslards des Rois prédécesseurs de Louis XII sont restés dans le néant attaché à leur estre, et qu'ils y ont esté ensevelis avec d'autant plus de soin que les dangers de les en laisser sortir ont esté reconnus plus grands en eux que dans tous autres de pareille naissance. Grande sagesse de ces Rois et puissament relevée par tous les troubles qu'a excités la conduitte opposée de leurs successeurs dans tous les temps. C'est ce qu'il faut examiner avec le plus de breveté que cette matière importante le pourra permettre.

Longueviiie. On ne conuoist guères de bastard restitué au sort commun des autres hommes par l'autorité des loix, plus ancien que le fameux comte de Dunois. Il fut longtemps connu dans le monde sous le nom de bastard d'Orléans, mesme parmi ses exploits dont les prodiges de valeur, de conduitte et de fortune joints à un amour véritable de l'Estat et à une grande vertu, luy méritèrent cette exception inouie, et l'entrée aux plus grands honneurs, mais les plus justement acquis. Sorti du frère de Charles VI, sa postérité a duré jusqu'au dernier règne, et a esté assés fertile en grands hommes, dont il est pourtant vray que la pluspart ont eu la plus grande part aux troubles de leur temps. La breveté qu'on se propose ne permet pas de s'estendre sur cet examen qui doit estre réservé pour les seuls enfans naturels des Rois ; mais avant de quitter la maison de Longueviiie, on ne peut se dispenser d'en raporter quelques faits qui font beaucoup au sujet que l'on traittc, et qu'on exposera sommairement.

A force de charges, d'emplois éclattants, de grandes alliances, ceux de cette maison commencèrent à former de vastes prétentions. Ils obtinrent par degrés des distinctions

qui allèrent toujours en augmentant, et le dernier duc de Longueville qui figura tant dans les troubles des deux derniers règnes, et qui eut rh(»nneur d'espouser deux Princesses du sang l'une après l'autre, se flatta que tout luy estoit permis. Il s'égala aux Princes du sang qui le souffrirent souvent par des considérations de parti, et il prétendit enfin faire passer une réquisition toutte simple et mesme assés peu authentique d'Estats généraux pour une habilité reconnue à la Couronne. Cette chimère trouva croyance quelque temps à force d'autorité et de hardiesse, et le feu Roy qui y fut trompé, chargea le chancelier Séguier d'offrir la carte blanche à M. de Longueville pour y renoncer : tant une telle habilité parut monstrueuse au Roy et dangereuse pour sa Maison. M. Séguier offrit, pressa, représenta, n'oublia rien de tout ce qu'il crut de plus capable de déterminer M. de Longueville, qui d'ailleurs plus au fiiit que personne de ce prétendu droit et qui se voyoit un tel nombre de Princes du sang devant luy, n'y devoit pas astre difficile, ne laissa pas néantmoins d'estimer l'establissement de cette chimère si solidement importante, qu'il ne voulut jamais y renoncer pour quoy que ce fust. Mais il la paya de sa vie. Car sans parler de ce qui luy arriva à Rouen où en prenant possession du gouvernement de la province, il n'y put jamais précéder les ducs de Brissac et de Retz ses proches parents, qu'il y avoit menés pour luy faire honneur, le Roy dans la suitte mieux informé de la vérité sur cette chimérique prétention à estre capable de la Couronne, ne voulut plus souffrir à M. de Longueville l'égalité qu'il s'allribuoit avec les Princes du sang. Sa Majesté deffendit à ses aumosniers de luy plus porter le pain bénit à sa messe, et luy fit dire que s'il ne s'y faisoit porter un carreau comme les autres ducs il ne luy en

seroit plus fourni de la sacristie. Ces deux: mortifications arrivées coup sur coup, furent suivies d'une troisième assés tost après. M. de Longueville s'estoit peu à peu mis en possession d'entrer dans le balustre du Roy aux premières audiences de cérémonies des ambassadeurs. Le Roy luy fit dire que n'ayant point de charge qui luy donnast cette entrée, et n'estant point Prince du sang, il ne désiroit pas qu'il continuast à y entrer, etajousta qu"il ne luy conseilloit pas de s'y exposer. M, de Longueville qui ne crut jamais que sa hardiesse fust punie d'un affront, s'y commit dès la première occasion et y fut contraint de sortir honteusement du balustre par commandement réitéré du Roy. Il s'en alla droit chés luy pénétré de douleur et de rage, se mit au lit malade dès le jour mesme et mourut incontinent après. Ce sont là de ces chroniques de cour qui peuvent bien n'avoir pas esté recueillies par écrit, mais trop de gens qui vivent encore ont assés pratiqué le feu duc de Coislin père de M. de Metz, pour n'estre pas crus en tesraoignage sur sa très exacte probité. Il a sceu le premier de ces faits de la bouche du chancelier son grand-père il a esté témoin oculaire des autres et luy-mesme les a racontés à celuy qui les écrit icy. Ce qui en résulte, est la preuve que tout ce qui ne tend point à la couronne est trop peu pour les bastards, mesme collatéraux qui en sont sortis ; que leur premier pas est une distinction de rang qu'ils acquièrent comme ils peuvent, et qu'ils fixent après de mesme à leur naissance, et que le second est l'égalité avec les Prin<:es du sang fondée sur le mesme droit avec eux, qui ne peut estre que l'habilité à la couronne. C'est ce qu'on vient de voir des Longueville, issus néantmoins d'un fils de France qui ne régna jamais. Le troisième pas €st encore à faire parce qu'il y faut de grandes prépara-

lions. Ces pr6}3arations ont pu estre apperceues il n'y a pas bien longtemps ; c'est aux rcflections des Princes du sang à se parer de leurs suiltes. Venons maintenant aux enfans légitimés des Rois.

On a déjà dit qu'on n'en rencontre point de traces jus- Basiards

,, T • VIT T 1 » 1 • légitimés des

qu a Louis \il. Le seul qu on luy connoisse porta un nom Rois. inconnu et fut prestre et archevesque de Bourges ; trop heureux d'estre devenu prélat, il mourut en 1511. François P' n'en eut point, mais trois sœurs naturelles, scavoir : Jeanne comtesse de Bar-sur-Seine [mariée] à Jean Aubin seigneur de Malicornes et de Siirgères, puis à Jean de Longwy seigneur de Givry ; Magdeleine , abbesse de Jouarre ; touttes deux nées d'Antoinette de Polignac ; et Souveraine, née de Jeanne le Comte, mariée à Michel Gaillard, panetier du Roy et employé aux finances lorsqu'il parvint à la couronne. Devenu Roy, il reconnut cette sœur, la fit légitimer, avança son mari aux emplois de finances propres à l'enrichir, mais subalternes, et trouva que c'estoit assés faire pour une sœur bastarde qu'il aimoit. Il n'eut point d'enfans naturels, ce qui seroit bien difficile à croire de la galanterie outrée dont il est peint dans les histoires, et qui a avancé ses jours. Du moins il n'en reconnut aucun. Ces trois sœurs n'avoient d'autre nom que Jeanne, Magdelaine. Souveraine bastarde d'Angoulesme.

Henry II ne fut pas si retenu. Il eut un fils et une fille "emy ii. naturelle et les légitima tous deux. Diane qu'il eut de la fameuse duchesse de Valentinois, fit un mariage très sortable, car elle espousa Horace Farnèse, fils du fils de Paul ni, que ce Pape fit duc de Parme et de Plaisance aux dépends du patrimoine de Saint-Pierre et de touttes les guerres qui furent émues à cette occasion. Ottavio frère aisné d'Horace, qui espousa la fille naturelle de Charles V,

laquelle se rendit si célèbre clans le gouvernement des Païs-Bas, continua la postérité par leur fils Alexandre si célèbre dans le mesmc gouvernement et par l'appuy qu'il donna à la Ligue. Horace fut tué au siège de Metz (ou Hesdin) peu après son mariage sans laisser d'enfans, et Henry H voulut remarier sa vefve au fils aisné du cones- La duchesse table Anne de Montmorencv qui a depuis esté connu sous

dcJIontmorency. "

le nom de duc de Montmorency marescbal de France et gouverneur de Paris et de l'Isle de France. Ce jeune seigneur estoit amoureux de Mlle de Piennes et luy avoit promis mariage. On prétendit mesme que la chose avoit passé plus avant, tellement qu'il fallut toutte l'autorité du Roy et du concstable pour réduire son fils à se séparer de Mlle de Pionnes. Mais après cela on se trouva peu avancé. On eut recours à des loix nouvelles et avec effet rétroactif sur les mariages clandestins, et d'autre part au Pape sur les liens de la conscience. Ny l'un ny l'autre ne se passa aisément. Les Parlemens et le Conseil du Roy firent quantité d'efforts contre ces loix, et surtout contre un effet rétroactif qui alloit à bouleverser Testât de beaucoup d'enfans, et par conséquent de beaucoup de familles. Les deux amans résistèrent jusqu'aux persécutions les plus violentes, et on ne peut refuser encore de la compassion aux lettres qui sont restées d'eux. Enfin le Pape tint M. de Montmorency près d'une année à Rome sans pouvoir se résoudre sur cette affaire. Elle passa pourtant par vio- Içnce. M. de Montmorency espousa Diane, et mourut sans enfans. Tel fut le succès de cette première légitimation des filles naturelles des Rois.

Le Grand-Prieur Celle de Henrv que le mesme Roy eut de la demoiselle

de France. , "^ . •'

Leviston, Escossoise, ne fut pas plus heureuse. On eut grand soin d'engager cet enfant dans l'ordre de Malte, par

des vœux qui prévinssent tous les inconvénients, si à craindre qu'ils n'avoient permis à aucun Roy jusqu'alors de reconnoistre ny de légitimer leurs bastards. Celuy-cy fut grand prieur de France et gouverneur de Provence. Dans ses commencemens il signoit Henry bastard d'Angoulesme ; il se contenta dans la suitte de signer le B. seul, Henry B. d'Angoulesme. En 1582, il avoit osté le B. et signoit Henry d'Angoulesme, ce qu'il a toujours continué. H eut part aux désordres de son temps, et fut tué à Aix en 1586 par Altoviti auquel il venoit de donner un coup d'espée. On ne peut finir cet article sans faire sentir l'affectation des dernières impressions de Moreri, qui sous une apparente négligence le nomment Henry de France, bien qu'en effet il n'eust d'autre nom que celuy de son baptesme, et qu'au moins celuy de France ne luy avoit jamais esté donné ny pu l'estre. Nul de cette origine ne l'a encore pris : la vie du feu Roy n'a pas esté tout à fait assés longue. C'est l'unique chose que son amour pour les siens ait laissé à faire, avec le rang et l'ordre dans la succession à la Couronne qui ne sont qu'un avec ce grand nom, et que celuy de Bourbon, la qualité de prince du sang et l'habilité déclarée à la couronne préparoit bien hautement.

François H mourut pour ainsy dire trop enfant pour en laisser. H en cousta la couronne et la vie à la Reyne d'Escosse sa vefve, pour avoir eu un frère bastard qui s'empara de touttes les forces et de tout le gouvernement d'Escosse, et à qui il ne tint pas que par brigues et à force ouverte il ne s'en fist luy-mesme Roy.

Charles IX eut de Marie Touchet fille du lieutenant par- chariesix.

Le duc

ticulier au présidial d'Orléans, un fils naturel nommé d'Angoulesme. Charles, qui dans ses commencemens s'appella Charles bastard d'Orléans et qui à l'exemple du Bastard d'Henry H,

fut engagé dans l'ordre de Malte et fait grand prieur de France. Dans la suitte il fut dispensé de ses vœux, devint comte d'Auvergne et de Lauraguais, chevalier du Saint- Esprit, gouverneur de Provence, enfin duc d'Angoulesme et pair de France. Il espousa en premières nopces une fille du dernier conestable Henry de Montmorency, dont il eut deux fils qui n'ont point laissé de postérité masculine d'une la Guiclic et d'une la Cliaslre. Sa seconde femme, Françoise de Nargonne ne vient que de mourir, dont il n'a point eu d'cnfans. On iroit trop loin si on enlreprenoit de suivre ce bastard pendant les troubles de la Ligue. Il s'est assés distingué sous Henry IV pour qu'il suffise de raporter succinctement quelle fut sa conduitte sous ce règne. On se contentera de remarquer icy comme un fait qui importe à l'éclaircissement de beaucoup d'autres, que Charles IX maria Marie Touchet déjà mère de son bastard, avec Charles de Balsac Entragues, gouverneur d'Orléans, el que de ce mariage est venue la marquise de Verneiiil maistresse d'Henry IV, qui se trouvoit ainsy sœur de mère du duc d'Angoulesme.

Ligue, Henry III n'a point reconnu d'enfans naturels, s'il en' a

eu. Les confusions de la Ligue ne sont point du sujet que l'on traitte icy. Mais on ne peut s'empescher d'observer en passant le dessein pris et formé par les chefs de cette union pour esleindre tout le sang de Bourbon, aussy tost qu'ils eurent obtenu par degrés un rang à filtre de naissance ; que leur conspiration découverte à plein parElizabeth [après la conclusion] de la paix, ils se tournèrent à d'autres pratiques qui furent de semer qu'ils descendoient masculinement de Charlemagiie, et que Hugues Capet et sa postérité estoient des usurpateurs sur leur maison à qui la Couronne appartenoit. Un livre intitulé Stemmata Lotharingiœ ac Barri du-

€um fut publié exprès par François de Rosières archidiacre de Toul, et imprimé chcs Guillaume Chaudière dans Paris. Le Parlement fit brusler le livre par la main du bourreau, et Rosières accompagné.de ceux pour qui il l'avoit composé, en demanda publiquement pardon à genoux à Henry UI. Nèantmoins la mesme idée se continua , et si Henry m ne se fust pas sauvé de Paris lors des barricades, et n'eust enfin prévenu MM. de Guise, la couronne leur passoit sur la teste en pleins Estais généraux par la déposition d'Henry in, et l'exclusion de tous les Princes du sang. Henry HI ayant esté assassiné peu après, on sçait par quelles mains, Henry IV ne put estre Roy d'effet que par une suitte de prodiges, dont le plus merveilleux fut la jalousie des chefs de la Ligue qui ne purent se résoudre chacun de laisser la Couronne à un autre de sa propre maison, sans quoy il n'est pas doutteux qu'ils l'auroient eue. C'est ce qui se peut voir dans tous les mémoires et les his-' toires de ces temps-là, dont tous les livres de quelques auteurs qu'ils soyent sont remplis de ces faits. Ce qui en résulte, c'est que le premier pas, comme on l'a déjà dit, est une distinction de rang par naissance qui devient un degré pour le second, je veux dire pour l'habilité à la couronne. Le troisième est de faire valoir et de sçavoir se servir de cette habilité aux dépends des héritiers légitimes et nécessaires ; c'est ce qui a paru dans les chefs de la Ligue dans tout son jour. Il est donc vray que tout rang distingué au dessus des autres à tiltre de naissance renferme essentiellement un souverain danger pour les Princes du sang.

Henry IV. C'est sous ce Prince qu'on a réservé à parler iienry iv.

'' -^ , , Conspirations

du comte d'Auvergne, bastard de Charles IX, et c est ce du duc

„ , , d'Angoulesme.

quil laut laire avant de passer aux entans naturels

d'Henry IV. La plus sensible conspiration qu'ait essuyée ce grand Roy, fut celle du mareschal de Biron qu'il avait comblé de biens et d'honneurs , et à qui l'exemple et les menées du mareschal de Bouillon tournèrent la teste, dans l'espérance de parvenir à un estât souverain. Le comte d'Auvergne y entra des plus avanl, fut mis à la Bastille en mesme temps que le mareschal de Biron, et deux mois après il éprouva la clémence d'Henry IV, A peine fut-il en liberté, qu'il en profita de concert avec d'Entragues mari de sa mère, et la marquise de Verneuil sa sœur utérine maistresse enragée du Roy, pour s'unir avec l'Espagne. Le projet estoit de tuer Henri IV et le Dauphin, de s'enfuir en Artois où l'Archiduc les devoit recevoir, et d'y faire déclarer Roy de France le fds que la Verneuil avoit d'Henry IV, sous prétexte d'une promesse de mariage qu'elle avait eue de ce Prince en 1599, par laquelle il s'engageoit à l'espouser, si elle devenoit grosse dans six mois, et que ce fust d'un enfant masle.

Henry IV luy envoya le sieur d'Escures dans son gouvernement d'Auvergne où il s'estoit retiré, pour l'engager de rentrer à la cour. Ce fut dans le mesme temps que M. d'Entragues rendit au Roy sa prétendue promesse, suivant l'acte qui en fut dressé le 2 juillet en présence de , plusieurs seigneurs. Le comte d'Auvergne ne voulut point obéir qu'il n'eust une abolition. Le Roy la luy envoya dattée du mois de juillet 1604. Il ne la trouva pas suffisante et demanda un nouveau brevet. Il l'obtient en datte du 16 aoust suivant et cependant reste toujours en Auvergne et cherche mesme à s'échapper. Le Roy prit alors le parti de le faire arrester. On l'amène à Paris où il est de nouveau renfermé dans la Bastille. Le Parlement envoya faire des remonstrances au Roy, et demanda à Sa Majesté

qu'il laissast faire à sa justice, et qu'il n'écoulast plus sa clémence. Henry IV leur donna la liberté de procéder. Il avoit désiré qu'on procédast en forme de pairie , c'est-àdire en pleine Cour de Parlement, touttes les chambres assemblées, mais il luy fut remonstré qu'il n'y avoit point de qualité aux accusés pour laquelle ladite Cour deust estre assemblée en corps. Toutesfois, afin qu'il y eust plus d'autorité et de poids au jugement qui interviendroit, toutte la grande chambre y vacqua, et par arrest du premier président, 1605, Entragues et le comte d'Auvergne furent condamnés à mort, peine qui fut commuée en prison perpétuelle par lettres patentes du 15 avril suivant. Henry IV eut cette indulgence à la prière de la femme, des cnfans et des parens du comte, mais plus encore pour la recommandation qu'Henry III luy avoit faite en mourant de ce comte et du grand escuyer duquel il n'est pas question icy.

Le dit comte ne fut élargi qu'en 1616, c'est-à-dire onze ans depuis, et six ans après la mort d'Henry IV. et eut ensuite de grands emplois de paix et de guerre, fut duc d'Angoulesme, et n'est mort qu'en 1650. '

Venons maintenant aux enfans reconnus et léf>itimés Basiards légi-

^^ timés d'Henry IV.

d'Henry IV. De Gabrielle d'Estrées il eut César, depuis duc Duchesse de Vendosme, Alexandre grand prieur de France, et Catherine Henriette cspouse de Charles duc d'Elbœuf, grandpère de celuy d'aujourd'huy.

D'Henriette de Balsac qu'il fit marquise de Verneuil, et dont on vient de voir les beaux projets, il eut Henry d'abord destiné à l'Église, et sous le dernier règne duc de Verneuil , pair de France et gouverneur de Languedoc après M. le prince de Conti le père, bien que les deux fils qu'il laissa ne fussent pourveus d'aucune charge ny

d'Elbeuf.

Ducliesse de la Valelte.

gouvernement et n'en ont jamais eu. M. de Verneuil est mort sans postérité de la seconde fille du chancelier Séguier qu'il espousa \efve du duc de Sully, grand-mère de celuy d'aujourd'huy, et mère de la duchesse du Ludc. Outre ce fils que sa mère et le comte d'Auvergne son oncle voulurent élever à la couronne par le meurtre d'Henry IV et du Dauphin, la marquise de Verneuil eut encore d'Henry IV Gabrielle Angélique, mariée au duc de la Vallette fils de M. d'Espernon.

De Jacqueline de Bueil, il eut le comte de Moret, tué en bataille rangée contre Louis XIII à Castelnaudari, sans avoir été marié.

Abbesses. De Charlotte des Essarts, Jeanne, abbesse de Fontevrauld,

et Marie Henriette, abbesse de Chelles.

En voilà beauccup, et comme on le va voir dans la courte discussion qui en sera faitte, beaucoup trop pour le repos de l'Estat.

César, duc de César uaquit en juin 1594, fut légitimé en janvier i595

Veiidosiiie. -n • ri

par lettres données a Pans. On passe sur ces lettres auxquelles on reviendra, par comparaison entre les légitimations faittes par Henry IV et par Louis XIV.

Il fut duc de Vendosme en 1598. C'estoit bien un grand pas qu'avoir le nom et les terres de l'appanage d'Henry IV avant son avènement à la couronne. Mais dès lors le Roy ne songeoit qu'à luy faire prendre touttes les grandeurs de fils de France. Par usage il le fit appeller César- Monsieur, qui en est une dénomination, et à la réception de M. de Sully au Parlement en qualité de pair de France, ce mesme César-Monsieur, aagé de quinze ou seize ans, y assista aux hauts sièges par exprès et réitéré commandement du Roy, nonobstant touttes remonstrances qui luy en furent faittes, et que cet enfant n'eust encore aucune

qualité. Aiissy le Roy n'avoit-il point de plus chères pensées que de le faire Dauphin en cspousant sa mère. La négoliation en dura longtemps à Rome, comme les procédures en France, auxquelles la Reine Marguerite estoit un puissant obstacle, et cela ne finit que par la mort précipitée de Gabrielle, que Clément VIll déclara à Rome presqu'à l'instant qu'elle arriva ; et à Paris, le duc de Sully de mcsme, entendant le cornet du courrier qui lui en apportoit la nouvelle, qui fut receue par tout le Royaume comme une vraye délivrance.

Le duc de Mercœur cantonné en Rretagne dont il estoit gouverneur, et à la souveraineté de laquelle il tendoit ouvertement et qu'il prétendoit du chef de sa femme, avoit esté le dernier des chefs de la Ligue à reconnoistre Henry IV et à poser les armes. 11 avoit attendu si tard qu'il ne luy resta plus de ressource pour faire sa paix, que de promettre sa fille unique qui devoit avoir et eut en effet des biens immenses, à César-Monsieur : l'un et l'autre estant encore en bas aage. Comme cette alliance avoit esté forcée, il n'y eut rien que les parents de l'héritière ne fissent pour en éviter la conclusion, mais les menaces de la dernière violence leur imposèrent la nécessité de l'accomplir. Ce fut en 1609.

Peu de jours avant la mort d'Henry lY, il obtint la préséance sur les autres pairs, et fut remis incontinent après cette mort à son rang d'ancienneté. Comme ce fait et ses suittcs peuvent se voir ailleurs, on se contente de le cotter icy, et de remarquer que ce rang momentané par naissance ne tarda pas à porter ses fruits accoustumés.

Ses menées causèrent sa détention au Louvre le mardi ses conspiragras 1614, qui est l'année des derniers Estais généraux. Neuf jours après il trouva moyen de s'échapper, de gai-

nons.

gner Anccnis, d'armer dans son gouvernement de Bretagne el de s'emparer de Blavet, qui du temps de son beau-père avoit esté livrée par luy aux Espagnols.

Lettres patentes adressées au Parlement contre luy avec deffense de luy ohéir en Bretagne, etc. Le traitté de Sainte- Menehould suivit. 11 est du 15 may de la mesme année, et fit désarmer tous les factieux, hormis le duc de Vendosme qui n'accepta ce traitté que forcé par le Roy en personne qui marcha contre luy.

11 ne put demeurer en repos une année entière. 11 quitte le Roy à Poitiers en 1615, revient dans le Vendosmois et y arme. Le Roy lui escrit de Bordeaux le 10 novembre de le venir joindre avec ses trouppes. Il refuse d'obéir, les meine vers la Bretagne, commet beaucoup d'hostilités et fait contribuer plusieurs villes du Maine, de l'Anjou, etc.

Suspension d'armes entre le Roy et les mécontents, publiée à Paris 50 janvier 1616. On envoyé vers le duc pour qu'il licenciast ses trouppes et se rendist à la Cour. Il ne fait ny l'un ny l'autre, et continue ses courses en Bretagne, luy et ses trouppes. Le Parlement enjoignit aux habitans de luy courir sus, et il est remarqué dans les mémoires du temps qu'il fut le seul qui ne posa pas les armes.

Le traitté de Loudun de may 1616 estcignit tous les mouvements pour un temps. Le duc de Vendosme y fut compris. Mais ayant bientost après donné lieu à de nouveaux soupçons, il fut arresté une seconde fois et investi dans son logis le 1" septembre de la mesme année, et eut une seconde fois le bonheur de se sauver encore ; il s'enfuit en Picardie à la Fère qui luy appartenoit.

Par la déclaration d'avril 1617, il est déclaré criminel

do lèse-majesté. Sa paix et son retour à la cour ne furent qu'après.

Nouveaux troubles en 1620 où la Reyne-Mère a part. M. de Yendosme se retire à Anet, puis à Vendosme d'où il se rend auprès de la Reyne-Mère à Angers en mars 1620, et commandoit un corps de ses trouppes que le Roy défit. Il fut compris dans la paix qui suivit entre la mère et le fils, et accompagna le Roy dans ses expéditions contre les religionnaires en 1622. Mais il ne put demeurer dans une fidélité tranquile. 11 fut mesié bien avant dans les intrigues qui coustèrent la vie à Chalais sur un échaffaut, et au mareschal d'Ornano à la Bastille, et fut une troisième fois arresté à Blois le o juin 1626 et mené au château d'Amboise le 15 juin de la mesme année.

Lettres de provision du gouvernement de Bretagne, 25 juin 1626, au mareschal de Thémines au lieu du duc de Vendosme, lequel fut conduit d'Amboise au bois de Vincennes, 4 octobre 1626.

Le 16 janvier 1627 il donna une déclaration contenant ses projets, cabales et intrigues, ensuitte de laquelle il eut lettres d'abolition données en sa faveur au mois de février suivant, qui ne furent enregistrées que plus de deux ans après, c'est-à-dire le 23 mars 1629. Il ne sortit pas pour cela de prison. Il y estoit encore lorsqu'il donna sa démission du gouvernement de Bretagne le 19 décembre 1650. 11 fut mis en liberté onze jours après, fit une seconde démission du gouvernement de Bretagne le l'^'" janvier 1651, s'en alla le mesme jour à Anet, et passa peu de temps après en Hollande, ayant receu ordre de sortir du Royaume où il revint sur la fin de la mesme année dans ses terres, après avoir servi les lloUandois avec ses deux fils qui l'avoient suivi et qui l'accompagnèrent en son retour.

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