‹ Écrits inédits;Chapitre 15 sur 18 · PAHALIKLE · texte numérisé non relu

PAHALIKLE

rable grandeur (ju'il ;i scou tirer do ses malheurs m'épargnera donc icy une réj)étition si Irisle. La vérité (jui exigeun sacrifice entier me l'ail icy sentir son joug. Hue ne voudrois-je point dire si j'avois le mallieurde n'en estre pas esclave ; que ne voudrois-jc pas taire du moins si elle pou voit me le permettre! Mais il faut parler en sa présence sans s'écarter d'elle d'une seule ligne, et je ne le puis sans estre douloureusement touché, mais qu'il me soit |)ermis de ne dire que ce qui n'est pas possible de taire dans l'engagement où je suis entré.

Henry IV n'csT" Ilcury IV nc fut uv uc parul jamais gouverné. Louis XIII lois^gouvtTnu. Iti parut et ne le fut point en effet. Louis XIV le fut tou- '"'go^uvfTnr'*! jours et le parut toujours. Henry IV sceut bien choisir en. et ne Test point. j„yj genre, ct jamais princc si bien scrvi. Jaloux de la gloire lours est et pâ- dcs amics jusqu'à se blesser de celle des grands capitaines lOL-t gouverne, j^ ^^^^ tcmjjs, peut-cstre encore plus des siens que des estrangers, il éblouit par ses exploits personnels et n'estonna })as moins par la sagesse, la fermeté, le juste équilibre de son gouvernement. Une familiarité martiale mais mesurée que ses divers estais et ses divers besoins luy avoient acquise ; un esprit vif plein d'agrément ; un langage aisé Merveilles, et naturel qui quelquefois sentoit un peu trop le camp ; une (lUen^y iv! ^^ gayctéelune facilité parmi les choses les plus sérieuses ; un sens droit et juste sur toutles celles où l'amour ne le tyrannisoit pas et où certaines foiblesses ne le dominoient pas, par exemple pour Mme de Guise et ses enfants, pour le duc de Mayenne et les siens, pour le duc de Mercœur surtout LiiiicienLe d'âge par raport au mariage de M. de Vcndosme; pour les Enlra-

et immense ' i i i •n i

des premiers gucs, Ic comlc d'.Auvergnc, Ic marcsclial de Bouillon, les

eideLouisxiii. dêux Biiou dout le dernier força sa foiblesse, qui ne cher-

clioit qu'à le sauver ; sur l'atlaire de l'Hoste commis de Vil-

Icroy; sur cette lie d'Italiens qui empoisonnoient l'esprit delà Reine; enfin sur les suggestions de La Yarenneet de quelques autres qui sceurent luy faire une peur inutile et funeste.

Un accès toujours ouvert avec un air de bonté, rendirent tant de grandes qualités aimables, avec cette habitude contractée de ses diverses fortunes de sçavoir parler à chacun le langage qui luy convenoit, et de ne s'embarrasser d'aucun personnage, àquoyses détresses Tavoient accoustumé; mais singulièrement supérieur à tirer le miel comme les abeilles des différentes fleurs, je veux dire à tenir de court ministres, généraux, personnages de touttes les sortes, par ses entretiens familiers avec eux et avec d'autres, ou leste à teste, ou deux ou trois ensemble, surtout avec des gens de différentes liaisons et de différents partis. 11 s'éclairoil et discernoit ainsy la vérité parce ({u'il la cherchoil, et se gardoit par là des surprises; et presque toujours en se promenant dans ses allées ou dans ses galleries avec ceux ([uMl appelloil, lantost les uns, tantostles autres, sans que la plus part s'attendissent à ces conversations (|ui duroient plus ou moins suivant que l'instruction qu'il en vouloil lirer l'exigeoit, quelquefois sans qu'ils s'en apperceussent. C'est ce ([ui s'appelle sçavoir régner. Toutesfois on ne luy sçauroit passer la faute si périlleuse de s'estre laissé amuser, je n'ose dire jouer, sur le mar(|uisat de Saluées, d'avoir souffert que ce duc de Savoye vinst à sa Cour et y fist un si long séjour pour débaucher Biron et Bouillon et d'autres encore, préparer la plus funeste révolution, tandis <[u'il estoit clair qu'il ne venoit et ne demeuroit que dans le dessein de ne rien conclure, ou d'éluder tout ce à auo\ il sembleroit consentir. Cette faute se prolongea mesme parmi les armes et les succès de celles d'Henry IV en per-

Ô24 l'ARALLÈLE

sonne, el finit oniin par le plus liisle échange el ({ui ferma aux François la porte de l'Italie.

Son dernier projet pensé et préparé de si loin et (jiri! alloit exécuter sur l'ouverture de la succession de Clèves el de Juliers paroist admirable; mais il le deshonora paile premier usage qu'il voulut et qu'on ne sceul que trop qu'il alloit faire de son armée pour satisfaire sa passion à son âge, et enlever en personne à main armée la princesse de Condé à son espoux, et à l'archiduchesse chez qui ce Prince l'avoit réfugiée.

A l'égard de l'idée de ce partage de l'I^urope en quinze dominations égales, et de ce sénat i)Our les gouverner et les maintenir eu jtaix, j'aurois peine à écrire sérieusement sur un })rojet aussy vaste i)our ne pas dire aussy imaginaire.

Louis Xlll se trouvoit dans Testât le plus contradictoire à celuy où estoit Henry IV lorsqu'ils prirent les resnes du gouvernement. Je le répéteray sans cesse, l'équité, la vérité, l'intelligence des choses exigent également mais étroittement, qu'on ne perde pas de veue l'incommensurable différence de leur éducation et de leur vie jusques à cette époque, la distance de leur âge, celle de leur estât dans cette époque mesme et des années depuis jusqu'à la mort du Conestablc de Luynes.

Henry trouva les obstacles les plus grands et les plus difficilement compliqués à son avènement à la couronne, mais son éducation de mains de maistres et les plus intéressés à en faire un grand homme en tout genre, sa première nourriture dans les camps d'un parti dont il estoit toutte l'espérance, cette liberté d'esprit qui en naist (|ui l'estend et qui l'éclairé, cette complication d'affaires, de ménagemenisjde iiesoins, qui le forme et le rend capable.

cette expérience militaire acquise dans les combats et dans la siiittc des guerres sous les plus grands capitaines, et depuis avec les généraux les plus instruits et les plus rompus à touttes sortes d'événements, les périlleuses détresses de ses divers séjours à la cour si dangereuse de Catherine de Médicis et de ses fils ; et quand il en fut échappé, l'heureux assemblage et usage qu'il sçeut faire des qualités nécessaires à un chef de parti abatu à relever et à conduire dans la guerre, dans les négotiations du dedans et du dehors, dans les intervalles d'un calme apparent et trompeur, dans les reprises d'armes et dans les divers succès, furent le continuel et l'instructif exercice qui occupa sans cesse et qui conduisit ce Prince depuis sa première jeunesse jusqu'à plus de trente-cinq ans, et au moment qu'il succéda à la couronne. On peut donc dire que jamais Prince n'y parvint plus capable de la porter. et qu'il semble que tout le cours précédent de sa vie eust été dressé exprès pour le rendre supérieur par luy-mesme aux obstacles infinis qu'il y rencontra et qu'en effet il sreust vaincre.

Quelles que fussent les veues de Marie de Médicis et des Italiens qui la gouvernoient, elle prit un soin particulier d'enfermer et d'étouffer la jeunesse de son fils, et la foiblesse pour elle du Iloy son espoux aidée de ses absences. l'en laissa le maistresse. Ce dauphin n'avoit pas neuf ans à la mort d'Henry W, et ce fut alors qu'il se peut dire sans exagération que la Régente sa mère changea sa prison en un sépulchre dont qui que ce fust n'osa approcher et dans lequel régnèrent l'ignorance la plus complette et les ténèbres les plus profondes jusqu'au moment de sa délivrance par Luynes, le seul homme qui eust sçeu obtenir la liberté et encore fort mesurée, de l'approcher. Alors

on ne liiy avoil pns ciiiurc inonlré à lire, il Tn dil anici'Ciiieiil ;'i mon père bien des fois: et de |)hls pour le tenir plus en crainte, accablé des plus durs (ralliements. Il est vray que la lieine sa mère l'avoit marié dés la fin de 1615, à Bordeaux, à Tlidante d'Espagne, mais il est viay aussy que le mariage qui est pour les jeunes gens une sorte de manumission et d'entrée en liberté, ne rendit pas à son éi^ard la main de la Régente plus légère, non plus qu'avoit l'ail la majorité ; et que, par un prodige des mcsmes inclinations et tost après des mcsmes interests que les deux lleines se reconnurent dès avant d'arriver à Paris, elles s'atlaclièrent, c'est trop peu dire, elles s'amalgamèrent si hermétiquement l'une à l'autre qu'elles ne lurent plus «lu'un au grand malheur du jeune espoux et que rien ne put jamais les déprendre le moins du monde l'une de l'autre, non pas mesme leur séparation forcée à Compiègne depuis laquelle elles ne se virent plus, mais sans cesser de s'entendre et de persévérer dans la mesme union jusqu'à la mort de Marie de Médicis qui arriva onze ans après sa retraitte à Bruxelles.

Merveilles de Louis Xlll, délivré par Luyucs en 1017, ne trouva nul

l.ouis XIII.

obstacle en prenant les resnes du gouvernement. Celle action appaisa mesme tout à coup la guerre civile qui s'allumoit contre le gouvernemenl de Marie de Médicis et du mareschal d'Ancre ; mais que pouvoil eslre alors un Boy dans la première jeunesse, et qui n'avoit jamais vu la lumière du jour ny pu apprendre s'il y en avoit une, en comparaison de ce qu'estoit II'Miry IV lors({u"il succéda à Henry III. On ne répétera point icy les merveilles si promptes que Dieu fit éclatler dans son éleu, celles de son gouvernement parmy les traverses de tous genres et de tous les moments dont il fut persécuté, les épreuves

■continuelles du domestique le plus intime et le plus ennemi, les factions et les tristes voiles qui obscurcirent l'éclat de sa vie et qui troublèrent sans presque plus d'intervalle un gouvernement si sage, si juste, si nerveux, si judicieux encore par l'admirable discernement de ses choix, sans toutesfois qu'un tel amas de fortunes si cruelles ayent pu cmpescher les grandes choses qui furent exécutées au dedans et au dehors. Ce détail en racourcy se voit cy dessus dans l'abrégé du règne de ce Prince. Je croy y avoir prouvé la nécessité indispensable où il se trouva de faire un premier ministre, et avec quelle justesse de connoissance il le choisit ; la sagesse, la délicatesse de sa conscience, la lumière qui éclaira son esprit sur ses devoirs de fils et de Roy; son incroyable patience dans sa cruelle famille ; l'humble et sincère piété, mais lumineuse; la modestie si peu conncue aux Roys, et ce qui l'est encore moins aux Roys capitaines et victorieux : la haisne des louanges jusqu'à leur destruction ; l'humble ignorance de sa propre gloire tant de fois et en tant de d(î sortes si justement acquise ; l'aspect tranquile du jellet de cette gloire répandu sur ses capitaines et sur ses? ministres, et le mépris de tant de sortes d'apothéoses qui furent faites de son premier Ministre jusqu'à l'en accabler ; enfin de sçavoir parfaitement discerner les avis de son ])remier Ministre, les suivre lorsqu'il les crut bons ; préférer aussi son propre sentiment au sien quand il le jugea à propos, comme à Suze, à Corbie, etc.

Régner donc et gouverner par luy-mesme, et estre en mesme temps assés grand, asscs magnanime, asscs supérieur à soy et à sa propre gloire, pour voir avec la plus entière indifférence ses propres rayons s'appliquer sur son premier ministre et passer, soy, pour en estre

•;(UiV('rni'. Si m cohi il y ciil (lUcliiucCois de lu jt()liti(jiie, combien })lus de vray (h'-tachemoiil de loiil soy-mcsmc, de sincère mépris de loiittc la gloire (jui j)asse, d'Inimililé sincère, pi-ofondc, égaie pour le moins à celh; (pie les plus grands saints, et les pins illustres ont lait admirer en eux comme des miracles édatlanls de la grâce, de si loin supérieurs à la nature.

Disons donc tout de suitle, sans nous arresler de nouveau à un détail qui se voit bien expli(|ué cy dessus, que; le gouvernement de ce grand lloy, cai' il ne s'agit icy que de gouvernement, n'a été en licn inlérieur à celuy d'Henry IV ; qu'il s'y est frajtpé mesme de plus grands coups que dans le précédent, par les conjonctures différentes, tels que l'abattement des restes de la Ligue, l'entière réduction de la puissance des huguenots, les entraves mises par l'entrée des Suédois en Allemagne et ses prodigieuses suittes, à l'excessive puissance de la maison d'Autriche ; la révolution de Portugal ; enfin la révolte des Catalans qui a rattaché le Roussillon à la couronne. Si de tristes nuages de famille, de formation de partis, d'exécutions indispensables, ont quelquefois obscurci un gouvernement si habile et si juste, ne craignons point d'avancer qu'il n'en a esté que plus admirable, puisque tant de troubles n'ont pu l'affoiblir ny l'empescher d'exécuter tant de grandes choses. Nulle faute dans ce sage gouvernement toujours également soustenu, nulle méprise; appelons en à témoin le mesme Charles-Emanuel amusant, trahissant, se mocquant jusqu'au bout d'Henry IV et succombant sous son glorieux fds, quoyqu'ayant derrière soy l'armée d'Espagne ; et après tant de souplesses et de retours appuyés de l'Empereur, forcé enfin a subir la loy, cl en mourir de rage et de despil

dans cette angoisse, quelque peu auparavant la signature et l'exécution du traitté de Quérasque.

Si Louis XIV fut retenu dans la solitude et dans l'i-ino- r.emiers commencements (I.

rance aussv lono temps qu'il fut possible à la Reine sa Louis xiv,

•^ o r -i 1 ^ ^ ^j différents .1,'

inère, el nu cardinal Mazzarin, au moins ful-d toujours ceux de

. n 1 • • ' . 1 1 •• "i HennlV. inR-

trailte en lus bien-anue, et dans la perspective qu ils nimempius auroient enfin à compter avec luy. Les mouvements de la jg Lou'irxiii. cour et de Paris qui se passoient sous ses yeux, leurs suittes violentes, les retraittes de la Cour hors de Paris, l'arrest fait des princes de Coudé et de Conti e( du duc de Longueville dans l'appartement de la Reine, leur prison, leur délivrance, les deux sorties du Royaume du cardinal Mazzarin, ses deux refours, les divers voyages que ces troubles firent taire à la Cour; le fort delà guerre civile porté autour d'elle approchée autour de Paris, le combat du Faubourg-Saiul-Auloine que la Cour vit de si |)rés de sur le mont Louis, fiircid des événements dont il ne lut pas possible que la régente et son premier ministre n'entretinssent pas le Roy pour luy en inspirer des sentiments convenables aux leurs, par conséquent que sans le vouloir ils commençassent à le former eux-mesmes. Dans la suitte ils le laissèrent s'amuser avec les Mancines, faire des parties de main à ses armées, ])eu à peu se développer avec j)lus do liberté, assés pour résister à son mariage pour l'aisnée Mancine ; enfin paroistre Roy à son mariage et depuis, quoiqu'il ne le fust pas en effet jusqu'à la mort du cardinal Mazzarin, qu'il prist les resnes du Gouvernement dans une paix profonde, sur tout un royaume florissant et deveneuparfailtement soumis. Quelle distance donc incomparable, infinie, d'une situation si heureuse d'avec celle de Louis XIII dans cette commune époque et combien moins éloi-

^néc (l'IIcnry IV dans la mcsme, quelque différente qu'elle on fiisl encore ! Kl c'osl d'où il laul p;irlir sans jamais les jterdre de vcue. Tout se trouva dans Henry IV, et cultivé par une éducation exquise singulièrement appropriée aux liazards et aux affaires qu'il dcvoit avoir à suiiuonler; loiil fui suffoqué avec le soin le |tiiis jaloux et le |dus barbare dans Louis XIII, excepté les dons de Dieu qui se ]dut à l'en combler et à dissiper les perfides conseils des liommes ; esprit, justice, discernement, valeur, capacité, bonté, générosité, piété, attachement unique à ses devoirs, sentiments nobles, élevés, enfin ce tempérament exquis de grandeur et d'humilité si peu connu aux honunes, qui l'éleva aux rangs di's plus sages roys et des plus redoultés capitaines et quiluy en fit fouler sans cesse toulte la gloire aux pieds, jusqu'à vouloir comme ignorer ses talents et ses vertus, et s'il eust esté possible, les laisser ignorer à tout le monde.

Vciius de |, Louis XIV apporta au monde de très heureuses dis-

l.ouis XIV cor)- ... ti < -i - i i .1 v

rompues | positious. 11 cstoil ne l)ou, doux, piiliciil, avec beauuesnàite^s. coup de religion qu'il conserva jusque dans ses plus grands désordres; enfin véritablement ami de la justice et de la vérité, si des flatteurs intéressés ne luy eussent pas fait trop continuellement ])référer l'amour de la 'gloire et de l'autorité sans bornes, à quoy tout fut enfin et tost et constament immolé. C'est ce qui luy fit entreprendre tant de guerres et Lriser touttes les bornes anciennes que Henry IV et Louis Xlll a voient constament respectées.

Ce dernier monarque osta aux grands les moyens de se faire craindre et d'estre désobéissants et tirans ; Louis XIV les abalit tous ; c'est trop peu dire, il les anéantit par tous les moyens dont il put s'aviser; ou pour mieux dire,

les gens de néant qu'il éleva sur leurs ruines et par qui

il se laissa enfermer et gouverner sans presque s'en douter

avec une écorce d'accès et une majesté qui ne cessoit

d'estre redouttable qu'à ces gens de rien, à ses valets inlé-

lieurs, et encore à ceux de tous estais qui ayant à luy

parler plus au long qu'en passant, parvenoient à enji

(iblenir une audience dans son cabinet, qui estoil la chose

+lu monde la plus difficile et aussy la plus rare, cl qui

en sortoient toujours charmés d'avoir éprouvé combien|

aisément il se rendoit à la raison et aux preuves de vérité'

43tde justice. C'estoit cela mesme qui rendoit ces audiences \

SI rares, par la frayeur et l'intorest de ses mmistrcs a les '

empescher. Son esprit fort médiocre au fond paroissoitau

triple dans les choses communes, parce qu'il s'estoit luilii-

rellement cultivé dans la cour de la Reine sa mère, dans

la société de la comtesse de Soissons, et api'és dans celle ^'

(le Mme dcMonlcspan où il yen avoit beaucoiq» ; entin par

ce long commerce de galanterie et de fesles qui luy avoient

acquis cette élocution facile et toujours majestueuse,

cette aisance à répondre en si peu de mots et si choisis,

aux harangues, aux Ministres eslrangers, aux Souverains;

h parler à ceux qu'il vouloit honorer, à recevoir les hom

mages de ses villes et de ses conquestes, et à assaisonner

si dignement les dons qu'il faisoit; à quoy les grâces et la

Majesté singulières de sa personne ajoustoient un grand

prix. Mais de ce que son esprit estoit au fond tel qu'il

vient d'estre monstre, vint la facilité de le gouverner. Sa

deftlance générale, son aversion du mérite, sa crainte de

tous ceux à qui il croyoit de l'esprit, sa haine de tout

nerf et de quiconque se sentoit, son penchant au contraire

pour ceux dont il méprisoit le sens et l'esprit, avec qui il

se sentoit à son aise, d'où vint encore la nécessité de luy

tailici' l'iiii t'I r;iiili(' il (|iii(()ii([ii(' le voiiloil a|)|ii'ochcr ; l'I si 011 voiiloil l'iicitrc niunix rriissir, de liiy porsiia- (lor imc Iravciir, mit' adiniralioii, un aiiéautisseinciil (lovant liiv. les j)liis prochains de l'adoialion. De celU' complication vinrent ses mauvais fjousls en choses et en gens, ses mauvais choix, son opiniastrcté à les soustenir, d"()ù naquirent ses derniers malheurs qui furent si près de renvei'ser la France. De là aussy cette préféi-cnce des lieux disgraciés de la nature pour avoir le plaisir de la forcer et de la dompter, sans toutcsfois que cela luy ait esté possible, comme on le voit à Versailles, Marly, etc., et mieux s'il se peut encore aux ruines qui subsistent des travaux de Maintenon. De là encore tant de méprises, de fautes dans tout le cours de son gouvernement, et toutesfois tant d'apothéoses en tout genre ({ui luy ont soulevé les nations, cette sublimation énorme de ses bastards comme fils de sa personne, de ces ministres comme n'existant que par son autorité, enfin son goust pour le petit et le bas détail parce qu'il se sentoit faire et supérieur à c(^ travail, tandis que tout l'important demeuroit entre les mains de ses ministres.

Ils sentirent de bien bonne heure comment les conversations multipliées d'Henry IV l'avoient garanti puissament de la tutelle des siens, et mesme celles de Louis XIII quoyque moins communes par le malheur des orages domestiques. C'est aussy à quoy les Ministres de Louis XIV sceurenl obvier de si bonne heure en augmentant sa naturelle deffiance et l'orgueil d'une majesté peu communicable, en luy persuadant qu'il estoil également de sa dignité et de sa seureté de ne se communiquer qu'à eux ; comme de son autorité de les porter sur la teste de tout le monde, qui grands, médiocres et petits ne dévoient estre que simple

peuple devant luy. Tant de précaution ne leur suffît pas encore. Un Conseil pesoit aux plus puissants d'entre eux. Ceux principalement qui avoient le Déi)artement des Finances et celuy de la guerre, et à leur appuy celiiy qui avoit dans le sien Paris, la Cour et la Marine, le conduisirent à travailler teste à teste avec eux, où libres de contradicteurs et préparés à loisir, ils luy firent passer tout ce qu'ils voulurent et y énervèrent à leur gré le Déparlenient des Alfaires estrangères, du raport des quelles ils estoient témoins dans le Conseil. Tel fut l'art des .Ministres dès le commencement, et dans la suitte le manège concerté avec chacun d'eux de Mme de Maintenon, par lequel tout en garde que Louis XIY fust sans cesse d'estre gouvei'ué par eux et pai- I elle, le l'ut toutesfois sans cesse, et se picqua toujours et 1 te persuada d'estre le Prince le moins gouverné. De ce \ tout il résulte que ce règne si longtemps radieux, ne le fut que tant que les grands Ministres et les grands généraux durèrent ; et ne le fut mesme qu'à travers bien des fautes ; qu'elles redoublèrent et que la décadence vint des foibles successeurs de C(;s premiers que le Hoy avoit trouvés en ])lace, et des disciples que ceux-là avoient formés : et que tout périt après par les mauvais choix du Roy pour les remplacer, et de ceux qu'il se complut à former luy mesme. -4 N'entreprenons donc point de comparer ce Roy ny sonYa personn,- ny règne avec les deux précédents ; iiastons nous de tirer le LuVxn"en'rieii rideau sur un tout si peu susceptible de ce parallèle, et â^erfom^e'n venons enfin aux derniers temps et à la mort de ces trois '*l!^ ^''i"^^ ,''*'

^ Henry IV nyde

puissants monarques. "^""^ Louis xni.

Nous avons conduit Henry IV jusqu'au dernier jour de Mon .iHemy n. son règne et de sa vie, dont la fin ne peut estre assés déplorée. C'est à l'histoire de ces temps-là à s'y estendre. Elle

5ô4 PARALLKLE

nous a l)icn monstre lout c:c qu'on en iiiil alors, mais ce n'est pas la matière d'un parallèle.

brinieis mois j q,,}.^ Xlll perdit la Heine Marie de Médicis. je ne puis me résoudre à l'appeler sa mère, pendant son triomphant voyage de Roussillon, qui fut le dernier exploit de ce grand Prince, et le cardinal de Richelieu au retour de cette expédilion à Paris, un peu plus de quatre mois après celte Princesse qui n'eut pas le plaisir de luy survivre. L'estal d'indigence dans lequel elle finit sa vie vagahonde, toucha vivement Louis XIII qui la croyoit fort assistée de ses gendres lesquels s'en lassèrent tout à la fin, c'est-à-dire depuis qu'elle eut repassé la mer, quoyqu'il soit vray qu'elle raporta assés d'argent d'Angleterre que le Parlement hiy fit payer pour l'en faire sortir, car personne ne vouloit d'elle depuis longtemps; et le seul lieu où il ne tint loujonrs qu'à elle d'estre receue honorée, payée de tous ses grands revenus de France et où le Pioy son fils et le Grand Duc la convièrent dans tous les temps de se retirer, jamais elle n'y voulut entendre, quoyque dans son pays natal, dans Florence, dans le sein de sa famille, parce que l'Italie et la cour du Grand Duc n'estoient pas des lieux d'où elle pusl former des partis en France, ponr susciter des révoltes, et les faire soustenir par la maison d'Autriche. Cologne à l'estroit et dans la dernière indécence, luy convint mieux. Elle y mourut enfin dans l'abandon et le mépris de toutte l'Europe huit ou dix mois après estre sortie d'Angleterre.

Mort de Marie Le Cardinal de Richelieu monrut à Paris le 4 décembre

de Médicis • . .

et du cardinal de 10 ^'2, cu sortc quc Loùis XIII uc Ic survcscut quc de cinq

Richelieu. . ,. . ,- i^ • i ••

mois et dix jours. Ce Prince desja mourant avant le voyage de Roussillon, en estoit revenu dans le dernier épuisement des plus continuelles donleiirs, et dans une maigreur ton-

jours augmentée par un long dépérissement qui lui laissoit à peine l'épiderme et la peau. Une vie qui se peut dire avoir esté un sacrifice de tous les moments à Dieu et à ses devoirs sans partage, au milieu des soins de l'Estat, du bruit des armes, des complots domestiques et des factions (jui les firent naistre et renaistre sans cesse, ne luy parut jamais difficile à quitter. L'estat déplorable de sa santé l'av(U'tissoit que les moments n'en pouvoient estre éloignés. Il les voyoit s'approcher avec la fermeté d'un héros, la soumission et la confiance d'un juste qui sous sa couronne et ses lauriers, n'avoit jamais vescu que pour Dieu dans le plus grand détachement des gi'andeurs, des plaisiis et de soy-mesme ; qui de ses traverses et de ses maux avoit sans cesse travaillé à s'amasser un trésor qui ne périt ny ne se rouille ; qui ne se sentoit chargé ny de ses plaisirs, ny de ses dépenses, ny de ses guerres mesme. Enfin qui la balance à la main n'avoit jamais regardé que Dieu et ses devoirs dans touttes les parties de l'administration. Toutesfois ses péchés, et qui est le juste qui n'en ait point à se reprocher, son humilité, les jugements de Dieu si profonds et si terribles, le tenoient dans un abaissement devant luy et dans une crainte, qui sans altérer l'humble confiance attiroient de plus en plus sur luy la miséricorde, les grâces et les lumières dont il avoit besoin. Ilcstoitbien éloigné de s'applaudir et de se croire juste, mais il sçavoit qu'il est écrit que celuy qui est juste se justifie encore. Ce fut à quoy il consacra tous les moments du reste de sa vie pour profiter de tout, pour augmenter de plus en plus son sacrifice et sa pénitence intérieure, qui fut l'admiration, je diray plus et avec vérité, qui fut l'effroy de ceux que leur ministère spirituel en rendirent témoins, et des autres du plus intime service qui furent spectateurs de ce

536 l'AHALLKLE

(jn'il ne j)iil (l<''i(»lK'r à leurs yeux, el cela niesnie avec une paix' et une liilélité qui jusqu'au dernier iuslanl de sa vie; l'ut incomparable et sublime. C'est ce qui n'a jamais été contesté et (plia eslé jinblié partout après sa mort. La parlie de Roy ne l'ut jtas moins saintement ny admirablement remplie par ce chresticn par excellence, (jui scavoit (pi'il (Ml alloit rendre nn compte rigoureux, et qui se lit un scrupuleux devoir de mettre pour après luy tout l'ordre qu'il put dans le gouvernement.

Ce Monarque quiavoit toujours passionnément aiméson royaume et ses sujets, avoit la consolation de les laisser dans un estât heureux et florissant, malgré touttcs les guerres civiles et estrangères et touttes les traverses de son règne. Il ne pensa (pTà le pcr})étuercn asseurant la tranquilité de sa cour et de la France. L'expérience l'uneste qu'il avoit du génie de la Reine et d(î Monsieur, qui sous un enfant (ju'il laissoit à l'âge de cinq ans, dévoient jouir d'une longue administration, luy ddiiiioil licancoiip d'inquiettudc ; il sentoit l'impossibilité de les en priver et les suittcs honteuses et dangereuses de tenter cette privation, quoyquc le Parlement l'eust prononcée en général \t\ lendemain de la mort du Cardinal de Richelieu sur la requestc de Mole procureur général alors, comme une siiitte de l'affauT de Cinq-Mars. Ces jiensées agitoient ce Prince dans son extrémité, sans pouvoir prendre de conseil de qui que ce fust dans une affaire qui intéressoit si principalement les deux personnes (pii alloicnt régner de gré ou de force, et qui ne })ardonn(!r()ient pas à qui auroit conseillé des entraves à leur pouvoir. Richelieu quiavoit fait donner par la nomination du Roy, le chapeau destiné au feu Père Joseph à Mazzarin, l'avoit introduit dans le conseil et recommandé à ce moiiar(jue comme un stij(>t

toi't eapal>lt' : mais ce Prince ne le voulut pas élever à la l>lace que la mort de Richelieu laissoit vacante. Il se servit (le Mazzarin comme de ses autres ministres, sans luy laisser prendre plus d'autorité qu'à eux.

Le i'ruit de touttcs les réflexions de Louis XIII fut un Admi.aMe

,.,,.,-,. . . , . test:inicilt do

testament (ju il dicta a Lhavigny. ministre et secrétaire r.onis xiii d'Estal ayant le Déparlement de sa Maison et de la guerre, meiu'cn'sa ' du (jucl j'ay parlé cy devant et que Richelieu luy avoit P"',a"îient?""^ liés instainent recommandé. La juste défiance qu'avoit le iio»-*'ei". m- '« Hov du caractère de la Reine et de Monsieur fit (lu'il dis- ^■'•y"'J'^ et i.s

^ Sci;;neurs de

posa par ce testament de tout ce (jui vaquoit; et (lu'eii les la ^om-. i.;s

Ministres

<léclarant, l'une Régente, l'autre Lieutenant général de et une noml'Kslat sons elle, il les mit tons deux en hrassière tout dipmaiion du autant tju'il le put sagement. Le prince de Condé fut q„i''i'e,^,'.e!'jsi,.g nommé chef du conseil de Régence, et les ministres actuels conseillers nécessaires de ce conseil, qui nepourroient i'stre amovibles et pai' la pluralité dos v(»i\ desquels toiillc an'aire se décideruit ; et un nouveau ministre ou un nouveau conseiller du conseil de Régence seroit choisi pour lemplacer celuy qui viendroit à manquer. Par ce contrepoids rendu aiissy fort, aussy solide (juc Louis le put, il comj)ta d'avoir fait tout ce qui estoit en luy pour laisser un gouvernement sage et solide, au lait parfaitement de loiittes ies allaires et (|ui auroient tous un interesf personnel et commun à conserver l'autorité «jii'il leur doniioit contre les entreprises de la Reine et de Monsieur sur eux ; et par là mesiiie on situation de ne pas céder à leurs veues paiticuliéres en allaires et en grâces de coiis('quencc.

.Ainsy le gouvernement demeuroit, à la Reine prés et à Gaston, dans les mesmes mains où il se trouvoit desjà, et aux ([uellcs on estoit tout accouslunié, sans aucun nies-

T,:,ii PARALLÈLE

l.'iiigc (lo seigneurs poiii- t'vilrr leur coiiijkHciicc et k'iir

jiilonsie.

(lotte précanlioii (oiuhiiiiciil.ilc prise, il jugea trèssa^ciiieiil V en (hnoir ajoiislei' iiiie aiitie poiii- .icMiut'rii' à ce leslaiiicnt tuiillc la plus possible sulidilé. IL manda tout ce qu'il V avoit de grand et de considérable pour lors à la Cour et à Paris dans sa chambre où la Heine et Monsieur se trouvèrent, et où il fit entrer en mesme temps le premiei' Président à la teste d'une très nombreuse députalion du Parlement que ce Prince avoit ordonné ([ui luy fust envoyé(^

De son lit il leur fil un discours plein de religion, (le piété, de Majesté, des plus grandes maximes d'Estat ; cl cH présence de la lieine et de Monsieur, leur ex})li(|ua conuuent il vouloit qu'il fust gouverné après sa mort jusqu'à la majorité de son fils. Il les recommanda l'un et l'autre, à la fidélité de tant d'illustres tesmoins avec unefermeté d'âme incomparable qui parut faire un puissant otfet sur tous; puis retombant sur luy-mesme, il les estonna et les attendrit encoïc plus par le ])lus judicieux nieslange de courage et de tendiessc, d'humilité et de dignité; en sorte qu'on estoit là dans la [tins grande admiration d'entendre un discours si sage, si prévoyant tout, si judicieux, sortir avec force et avec estendue de la houclie d'un squelette mourant [tarmi de si grandes douleurs, sans rien perdre de sa Majesté, ny rien de ce (jui pouvoit édiffier, ettraittant de sa mort si prochaine avec la mesme siiu[»licité, avec la mesme indifférence, que s'il eusl parlé de celle d'un autre. Enfin il commanda à Chavigny délire son testament à haute voix distinctement et posément poui* (juc chacun pust entendre quelles estoient ses dispositions, ha lecture achevée, Louis demanda aux assistants ce qu'il leur en sembloit, et leiu" coiunuinda de le dire librement.

Tous les approuvèrent avec acclamation. Alors il commanda à Chavigny de remettre ce testament entre les mains du premier Président, et à luy et aux autres députés du Parlement de l'y faire enregistrer pour qu'il servist de loy, puisqu'il estoit approuvé d'eux tous présents dans sa chambre; ensuitte les congédia tendrement, fermemenl. majestueusement, en les faisant souvenir de la fidélité qu'ils venoicnt tous de luy promettre pour son successeur et pour l'Eslat. Quelqu'cpuisé qu'il fust, il retint quelques grands seigneurs huguenots qu'il exhorta avec une afteclion de père et d'ami et en homme qui alloit paroistre devant Dieu, de penser sérieusement à s'instruire, sans opiniastreté, sans prévention, et de rentrer dans le sein de l'Eglise hors laquelle il n'y a point de salut. Il j)arla aussi en particulier à quelques autres seigneurs catholiques sur leurs désordres, et sur l'importance d'en revenir et de se convertir à temps. Ces grands et derniers devoirs remplis, il ne voulut plus penser qu'à bien momii . et ne parla presque plus qu'à ceux en très petit nombre qu'il avoil choisis pour l'y assistei- : et seulement à la Heine, à Monsieur, à ses ministres, courtement pour le nécessaire précis; à mon père, au service le plus intime; et vit, des moments rares et courts, quelques uns des Princes et des grands les plus distingués, toujours avec le mesme accueil gracieux et une fermeté sans exemple dans toullr sa simplicité.

De son lit, il voyoit l'Église de l'abbaye de St-Denis et la regardoit avec joye; il avoit défendu touttes les grandes cérémonies, et permis seulement et à regret celles dont il n'cstoit pas possible de se dispenser. Il ordonna luymesme de l'attelage qui méneroit le chariot où son corps seroit porté, et désigna le chemin ([u'il voulut ([u'on tinsl à

r.40 l'AliALLKLI':

son convoy i»(»ni' r\il('r ;iiil;iiil (jii'il |iiisl les imioisscs, aliii (l'rpar^tKM- la peine aux ciii-cs de venir au devant cl d'acconipagncr. 11 eiiUa sur un sujet si terrible à la iiatuiv. dans ees sortes de détails avec la niesnie traïupiililé (iiiil <>rdonnoit dans sa saidé ses rendès-vous de (liasse el ses relais; et cela avec un air si simple, si naturel, (|iril n'y eul personne à (|ui il viiist le plus léger soupçon d allé<la(ion et qui n'aduiiiasl une leiinelé si uiiïve et si suivie, el un courage aussy |)ieux el en inesnie temps aussy liéroïque.

Taisons icy une courte disgression [>our rintelligence de l'isgression cc qui va suivre. Les Espagnols laisoient alors le siège de el nécessaire. 15ocroy, ct le duc d'Englùeu (|ui a rendu ce nom si célèbre par ses exploits et eeluy du itrince de Coudé qu'il j)ril après son père, avoit alors vingt-deux ans el venoit d'obtenir pour la première lois le connnaudemcnt de l'armée destinée pour la Flandre, mais à condition de s'y conduiie en tout par l'avis du maresclial de lllospital, et surtout de j»e rien faire sans son ajqtroitation, (jui sous luy mais plus véritablement que luy, alloit commander cette armée. Il leur fut deffendu très étroittement à l'un et à l'autre de tenter aucune entreprise, surtout d'exposer l'armée î\ aucun combat, dans la conjoncture de la nuni du liov si procbaine, et ordonné de se contenter d'une guerre <le cliicane et de simple obseivation. Ils partirent avec ces ordres formels (|ui leur lurent réitérés bien précisènieid par deux courriers exprès, lun peu de jours après leur ai'rivée à l'armée, l'antre aussytost après la mort du Roy.

Il avoit receu les deiiiiers sacrements avec les disposilions les plus saintes et il nallendoit presque plus que les «ierniers moments, lors(|u'uu grand éclat de lire qu'il eti-

lendit se faire dans sa garde-robe indigna ce qui estoit dans sa chambre, excepté luy; il sourit et dit que ce ne |i()UYoit estre que la lieine et Monsieur, qui en effet causoient ensemble etavoient laissé échapper cet éclat si indécent pour ne pas dire pis, de leur joyc de se voir sur le dernier point de l'accomplissement de leurs plus longs et phis ardents désirs. Le Roy conserva toutte sa tranquililé cl n'en dit pas davantage.

Le lendemain qui fut la veille de sa mort, environ vingt- Pn.ph.-iie

^ . .de Louis XIII.

(|uatre heures auparavant, Dieu voulut illustrer une vie et une mort si sainte et manifester la couronne qui luy estoit |)réparée. Louis Xlll voyant le Prince di' Coudé aupiés de son lit entr'autres, fixa tout d'un coup les yeux sur luy, cl sans qu'on parlast alors de guerre ny d'armée devant hiy : « Votre (ils, dit-il à ce Trince. a remporté une insigne victoire. » Il n'en dit pas davantage. Le Prince dv Condé et tout ce qui estoit lors dans la chambre, surpris au dernier point i\r cette prophétie, doiittércnt si ce discours si court et si clair mais ([ui ne revenoit à rien de ce qui se venoit de dire auprès de ce Prince, doultéient disje, s'il n'étoit point l'effet de([uelque disparate d'une teste ((ui commençast à se brouiller, quoyque jusqu'à ce moment elle n'en est pas laissé appercevoir le plus léger signe. En effet, il respondit sur le cham|) du meilleur sens à ce qu'ils luy dirent pour éiirouver l'eslat de sa teste qui demeura saine et entière jusfpià son dernier soupir. Ce grand Roy s'explicpia à la manière des prophètes qui donnent quelquefois le |»assé pour le futur, et annonça comme passé ce qu'il venoit de \oir en Dieu, (pioNque l'événement prédit n'arrivast ([ue peu de jours après. Ce lait est trop grand, il est trop au dessus de la nature, il appelle d'une voix tropéclallanle à ia véiiéralioii publiipie.

il Idult'srois })ar un sccuiul prodige il a esté si Ictsl oui)!!»', (juc je croys ne devoir pas me eonleuler de citer mon père. Mais voicy un passage de l'autorité du(iuel on ne peut apl)eler, et de la(|U(Mleje rendray compte incontinent. Voicy le passage :

Phtra (Ludovicus XIII) adjunxit^ quœ in vulgus tune rdita, hic transcribere supersedco. Condeum inluilus : « Filins hius, inquit, insûjneiii vicloriam rcporlavil. n — l'ag. 17 K

Ce n'est pas je l'avoue, sans violence que je m'arreste icy tout court, et que je nie renlernie dans les mots sacramentaux sans eslendre la citation ))lus loin, ny me permettre plus à moy-mesme. L'éloge le plus juste et àmoy le plus délicieux couleroit ahondainenl de ma i)lume, mais tout éloge est interdit dans un parallèle qui ne permet de dire que ce qui y sert. Venons donc maintenant à la preuve <le l'autorité du passage que je viens de citer.

Il seroil trop long et inutile; d'expliquer icy la fortune <lu sieur PjmoIo ; noble Vénitien proscrit par sa répuidique, il vint demeurer en France, s"y maria, fut toujours |)auvre et eut nn fils d'un génie lieureiix et sage à qui il • Inniia la meilleure éducation (ju'il piil. (",e lils s'appeloit Benjamin Priolo. 11 entra chez le duc de Longueville, dont il mérila bientost toutle la confiance, qui venoitd'esj)ouser la fille de ce mesme prince de Coudé, laquelle a tant fait de bruit depuis dans les factions, les partis, les intrigues, et après ]»ar sa solide conversion. Le prince de Coudé son père, ])l('in de la prophétie que Louis XIII luy venoit d'a- <liesser, sortant de la chambre du ]\o\ trouva le duc de

I. L'importance que Sainl-Sinion attribue à l'ouvrage, peut-être trop oublié •'iiijounriiui.dc IJcnjamin Priolo, nous eiipage à reproduire en appendice,' à la fin <lf (0 volume, le pnssafrc entier relatif à la mort de Louis Mil.

Longueville dans l'antichambre, à qui il la racoiila aussy iost, et moins d'une heure après celuy-cy la rendit à Piiolo. On voit ainsy qu'il ne se peut rien de plus prompt iiv de plus original. Piiolo fut employé pendant toulte la régence dans les affaires de M. de Longueville les i)lus importantes, mesme les plus secreltes; souvent aussy dans <'elles de Mme de Longueville et des deux princes de Coudé ])ère et fils. Il traitta très ordinairement ces affaires avec les ministres, avec le cardinal Mazzarin, avec Monsieur, avec la Reine Régente, et s'y conduisit toujours avec grande probité et dextérité qui luy acquit leur estime. Un temps si long et si curieusement occupé le mit au fait des choses <'t des causes les plus importantes et les plus secrettes, et jiprès en estât d'escrire eu latin l.i mcilleun'et la })ius st'iiiv histoire de la minorité de Louis XIV, et en mesme temps la mieux et la plus sagement cscrillc (jui soi! entre les maiM^ du public, sous ce titre :

De}ijamini Prioli ah excessu Ludovici .Mil de rébus Liullicisliistoriarum libri XII, ad sercnissimum Principem et Augustum Senafiitn Reipuhlicir Venelonim. Carolopoii {idiarleville) Typis (Jedeonis Po)iceleli, Serenissimi Ducis Mantuœ typographi. Anno 1665 (octavo) '.

Je ne sçay si un si excellent ouvrage eut quelque part au rétablissement de ce célèbre et judicieux auteur dans sa patrie ; mais il est vray (jue fort peu apiès l'avoii' dédié à la République de Venise, il y fut rappelé; il se mit en loute pour y retourner el fut malheureusement dépouillé et assassiné sur le chemin par des voleurs.

Qu'il me soit permis de citer encore deux mots du mesme

1. La nicme édition parut à Paris la mrnie année, avec l'indicalion suivante -ui' le titre : Carolopoii. Et vctietmt I'auisiis, apud Fredericim Léonard, riâ Jacobcâ, ad Seittuni Vcnalum.

r.ii p\»ALLi:LE

imli'iii'. P. \S. on reslicigiiaiil la cilalioii dans les Ijorni-s

les ]«lusolroill('s. Il i)ail(' dt' Lonis Mil :

Cii7u arrcKjnntiam cffiKjrral, relinuil majcslalcin et ina- (initi'd'niem nnodiciis voliiplalum, Rcfini suî siipra modiun amans : cl si longiovea moins in luce fata concessissenl, optimits liegum evasiirus. Oncl jnslo el snhlinio rlogo, et combien ôloignô de loni sdUjieitn de llal(eri(>, si l(>ngteni|is après la mort d'ini M(»nar(jne dont Priolo n'avoil jamais rien receu, ny \rayseml)lal)lement esté conini, el sons la Heine, sa venve, à qni ces louanges ne ponvoieiil plaire, el qui réussit pleinemeni à ins])irer la niesme aversion an lîoy leur fils.

Après avoir leiidn ini ((iniple nécessaire <le l'onvrage et de l'auteur qne jay cilé. il ne Test pent-cslre pas moins d'expliquer comment, et combien promptcmenl. la prophétie de ce juste mourant fut accomplie. l'.aiaiiie de '' ^'^^^^ ^^ souvcuir dcs ordros si précis el si réitérés au

duc d'Engliien et aumaresclial derilospital, de laisser faire tranquilement le siège de Rocroy aux Espagnols qni l'avoient entrepris, d'éviter comme que ce pust-cstre d'engager aucune action et de se contenter absolument d'une guerre (l'observation et de chicane, qni sur touttes choses ne les commis! à rien ; que depuis leur arrivée à l'ai'mée ces ordres leur avoient esté réitérés, avant et depuis la mort du Roy; enfin que le duc d'Knghien, qni n'avoit pas lors vingt-deux ans accomplis, n'avoit obtenu le commandement de cette année qu'à condition expresse de s'y conduire en tout et partout })ar le mareschal de l'Hospital qui la commandoil en effet sous Iny, et de ne rien l'aire de contraireà s<»navis. (i'esloil la première fois que le due d'Enghien se tronvoil à la leste d'iiiie année, el il no pcnsoil à rien moins (pi':i nian(|nrr à la par(de (pi'il avoit

r.ocrov.

DES TROIS l'.OIS. 345

donnée à la Reine et an Prince de Condé son père, à Ldois XIII mesme de ne s'écarter en rien des avis dn maresclial de l'Hospital, lorsque le 19 May, c'est-à-dire le cinquième jour après la mort du Roy, l'armée fit une marche si proche de Rocroy et des ligues des Espagnols, que le Miareschal de l'Hospital se chargea de l'arrière-garde.

(iassion, depuis mareschal de France, avoit esté détaché de la veille pour reconnoistre cette marche, et la situation des Espagnols, qui les devoit costoyer de si près, et par qui on ne vouloit pas s'exposer à estreinquicttés, heaucoup moins engagés à comhattre. Gassion ayant rendu compte de sa mission au mareschal, vint joindre le duc d'Enghien qui mcuoil In teste (h? l'armée. Comme elhs'approchoit de plus en plus des lignes des Espagnols dans sa marche, Gassion fit remarquer au Prince la facilité de les attaquer cl de les emjiorler. Le Prince en fut «'onvaincu et en mouroit d'envie, mais il .illégiia les conditions qui luy avoient esté imposées, et rengagement de sa parole à lesohserver, que d'ailleurs après les deffenses si expresses, et si réitérées d'engager, ny mesme de se laisser engager à aucune action, jamais ils ne persuaderoient à l'Hospital di! consentir à attaquer ces lignes. Gassion se mit à rire, il luy demanda s'il n'estoit pas Prince du Sang et fils du premier Prince du Sang qui esloit chef du Conseil de Régence ; ce ({u'ilpouvoit craindre au cas qu'il fust battu ; et s'ilremportoit la victoire et délivroil Rncroy. jusqu'à quel poiid il se couvriroit de gloire, d'autorité, et feroit compter avec luy et avec son père, la Régente et tout le Ministère et tous les ordres dn Royaume. Gassion ajouta que c'estoit se mocquer que balancer à attaquer les ennemis à l'instant et à demander à l'Hospital une permission qu'il étoit seur ([u'il refuseroit suivant ses ordres; (pi'il n'y avoit donc

• le Louis Mil

:,W l'AliMXKLE

(|u"ii oiigiigcr sur l'Iiciiie celle atl;i(|iie (jue l'IIospilal se lioiivcioif tbicé malgré luy de sousteiiir. Le duc d'Eugliien entraisné par un raisonin^jneul si conforme à son génie, exécuta sur l'heure le conseil de Gassioii, (jui fut suivi d'une pleine victoire et des suiltes les plus glorieuses. (|u'il avoil plu à Dieu monstrer d'avance à son serviteur et la liiy faire prédire, pour exalter devant tout le monde riiumilili', ledétacliement, la piété sincère, riusigne vertu de son juste, et manifester clairement (|ue les dons de sa miséricorde alloient estre couronnés en lu\ de la couronne de justice et do la béatitude éternelle. (Jue l'on me passe encore celle dernière citation du mesme auteui' jtarlant de Louis XIll. Mon Multa denique aspersif explacùis christianorum egregla

(après sa prophétie) de sjx- vilie nielioris, et ejiismodi blandis avidse minquam desinerc morlalitalis solatiis ; qua.' loties concionaloribiis intonala, hic reticeo. Xullus mortaluun nec antiquorum nec rccentiorum, fatum idtimuin tdin intrépide excepit. Mon cœur se fond , ma plume se hrise sur ces éloges si vraymenl au dessus de tous éloges, consacrés parle désintéressement et la vérité. Il n'est donc jias possihle de les estenilre ny d'y rien ajouster. (Jue me reste-t-il à dire, si non loul court et par impuissance de plus d'admiration, de louanges, de legrets, que le grand lloy dont la terre n'estoitjdus digue et simeurpour l'éternité, y fut enlin appelé sur le midy du 1 i May jour de l'Ascention à quarante-deux ans, sept mois et dix-huit jours, après trente-trois ans de i-ègne ; le mesme jour 14 may de la mort d'Ileiuy IV, remarque assés frivoh'. ('elle du jour et à peu près l'heure de la consommation du tiiomphe de Jésus-Christ , de la délivrance des anciens Justes et de leur entrée dans le ciel à sa suitte et par luy, est hieu (rune autre solidilé.

Ce que devinrent les admirables dispositions et si applau- 4lies de ce sage Roy, n'est plus de mon sujet. L'histoire cl plus encore les troubles et les malheurs dolEstat, ce que nous en ressentons encore des détestables maximes de Mazzarin, ne nous l'ont que trop appris, et nous le renouvelle encore tous les jours. Passons maintenant aux derniers temps de Louis XIV.

ils riii'enl aussy dissemblables de ceux de Ileniy IV el Derniers temps de Louis Xlll que sa personne el sou règne l'a esté des Estat^du

i„ Il 11 • . ,, i ' • Rovaiime :i la

leurs. Henry de longue mam et sccretlemenl prépare -j^^^.^ ^^ partoit, lors(pi'il lut si horriblement assassiné, pour aller "["u^sx,,','^ décider les armes à la main de la succession de Clèves el ^^ '^^ ' o"'* -^'^ • de Juliers, empescher la maison d'Autriche d'en liicr les ;ivantages qu'elle s'en proposoil, et se rendre à cette occasion le Dictaleur de l'Europe. Louis XIII ne vescut pas six mois depuis la conqueste du Houssillon, que rien ne put l'empescher de faire en personne. Tous deux recueullireni le fruit de la sagesse de leur gouvernement par le bonheur de laisser leur royanme florissant, o|>nlenl, heureux, malgré les troubles et les guerres : Henry IV en paix, mais qui s'alloit mettre à la leste de son armée, Louis Xlll au niilieii d'une guerre qui n'a fini que longtemps après luy; tous deux laissant des sujets en grand nombre dont la capacité cl les talents dans leurs divers estais, honoroient rÉglisc et rÉj)iscopat. les armes et les provinces, les conseils et la cour, la magistrature el le counnerce, el faisoient au dehors respecter la Lrance. |)ar la sagesse et la dextérité (le leurs négoliations.

Louis XIV termina an commencement de 1714 une guerre longue, ernelh^ infortunée, qui avoil ébranlé son Irosne jusque dans ses fondements. Il lu tinit, dis-je, par

r.iS PARALLÈLE

(l('S Irailli'S (|iii (1;iiis un Iciiips di'i et' prince s'csioil vcu liors (rcslui^l^' i^oiisteiiirla j^iieii'C iiycrohlciiir la ])aix,])aruroiil lin retour iiiiraculcux do rorluiie. mais qui en eflel liircnl Icis ([ue rexij^^ooitla plus extresme nécessité, l-esmaliicuis (loniestiques et du genre le plus eruel, l'ondirciil rapidement sur ce monarque presqu'en nicsme temps (pi'ilse \il l>rès de passer la Loire, et frappèi'(>nt leur dernier cou|> presqu'aussy tost après la conclusion de la paix, tandis que cette mesme année 1714 fut presque toiitie employé»^ au siège de Barcelone que le duc de Berwick prit enfin d'assaut, et à soumettre la Catalogne dont l'Emiiereur liialgré la paix soustenoit toujours la révolte. Louis XIV ne jouit donc de la paix que la dernière année de sa vie, et d'une paix acheptée bien chèremenl pour la France et ])Our l'Espagne. On a veu icy ailleurs, avec quelle grandeur de courage ce Monarque but des calices si amers. L'extinction du commerce, la dépopulation du Boyaunie, la misère extresme des peuples et d'inic inmiensité de particuliers, le poids des debtes qui absorboit jusqu'aux moyens de suffire au payement des interests, furent les fruits d'un gouvernement de cinquante-cinq ans depuis la mort du cardinal Mazzarin, et des funestes maximes que ce premier ministre avoit si malbeureusemenl inculquées et qui régnèrent sans cesse après luy, soiistemies de la perfide ambition de Louvois. L'excès dudé]»lorable ne fut pas un spectacle si frapant,quelqu'horreur qu'il pust inspirer. Tout se peut réparer peu à peu avec le lt'in|)s, de la snitic et des hommes; mais ce temps bien employé, cette suitlc bien ménagée, ne peuvent l'estre (|uo pai- des bommcs et des hommes il n'y en avoit plus.

Louvois pour Sfi grandeur avoil tari les généraux et 1(!S i-apitaines dont aucun ne ixmsoil plus se former; l'igno-

DES THUIS IIUIS. 549

ranco et la crasse des séminaires, liiilerest des Jésuittes et de Sainl-Sulpice, raveiiglemeul de Louis XIY pour eux avoit rempli les sièges et les places ecclésiastiques des suj(îls les plus tristes, et lait nuiiii basse sur touttes les écoles sçavantes, et les Evesques et les autres ecclésiastiquo> instruits. Cet ordre fatal du tableau avoit ruiné toutte éducation par rempressement forcé de jetter dans le service des enfants pour gaigner de l'ancienneté ./qui ayant taslé de la liberté hors de la maison paternelle, ne connurent plus d'instruction ny de devoirs. La rnesme contagion infecln cette partie de la robe, destinée à maistriscr le royaume sans autre talent qu'une charge de maistre des requestes. L'estre un peu lard c'estoit temps et argent perdu. C'estoit un pas qu'on ne pouvoit faire trop tost, par consécpieiil sans aucun sçavoir ny expérience, et le pas fait, on n'avoit plus besoin de l'un ny de l'autre; l'intrigue devenoil l'cstude de ces candidats d'intendances où on ne pouvoit (pi'oublier, su[»itosé (ju'auiiaravaMt on eust appris quelque chose. La leste y lournoil bienlost par l'excès du pouvoir de touttes les sortes, et de rimj)unité seure de touttes les béveues et de touttes les sottises (|u'y laisoit un jeumhomme protégé. Il ne leur restoit de sens que ce qu'il leuien falloit pour faire leur cour à la linance et au ministèic. et peu à peu s'encrer et pointei-aii grand. Peu y arrivoieiil par la rareté des vacances, juais tous y tiavailloient et ne Iravailloient qu'à cela; tellement (jue ceux que la fortune y amenoit ne pouvoient apporter que leur ignorance, leur inexpérience, leur piésomptiou, leur audace qui retomboit à plomb sur leur départen)ent et sur les atlaires. Et c'estoit encore pis, si pis se pouvoit, des survivanciers fils de secrétaire d'Estal. qui adorés dès le berceau u'apprenoient rien et décidoienl de touttes choses. L'autre

|»;irlio (lo lainauislratiiro dosliiiôe aux (rihiiiiatix, se trouva iiirectéc d'eiilaiils de vilo liiiaiicc ou d'aulirs gens d(' rien enrichis, pour honorer leur famille et déshonorer les Parlements et rancienne magistral nie. d(.id il ne resic presque plus.

Que l'on compare les anciennes estudcs de jeunes gens destinés à la rohe qu'on voit si hien marquées dans la vir de M. de Thou, avec la manière d'estudier des mesmes depuis le temps du cardinal Mazzarin, qui mesine n'a la il (jue diniiiuicr depuis et devenir tout à fait illusoire, ou ne sera plus surpris de l'anéanlissement de la magistrature. La haine constante du mérite, de l'application, de l'instruclion écartés, c'est trop iteu dire, proscrits avec loutte la suitle imaginahle dans tous les estais d'espée el de robe du moment que quehiue trait en est apperceu, mesme soubçonné dans quelqu'un, a tout esteint jusque dans ceux dont l'heureux naturel auroit donné le i»lus de lieu d'en espérer. Les pères justement convaincus (jue l'exclusion de tout y estoit attachée, ne se donnèrent plus la peine de gesner leurs enfants à cet égard, et l'âge de ceux-cy qui ne respire que liberté et plaisirs, les y a livrés, accoustumés et rendus incapables de toutte application et instruction en aucun genre, surtout en avançant un peu eu âge où l'exemple général leur en a démonstré l'inulilité pour leur avancement et lem* fortune. C'est encore ce ((ui joint à l'extresme honte de mettre des enfants dans le service et dans les charges de robe, n'a laissé ny temps iiv moven d'éducation, en sorte qu'il n'en est rien demeuré: (pie les pères qui n'en ont point receu des leurs, ne sont [loiiit en estât d'en donner à leurs enfants; qu'ainsy l'éducation n'est plus qu'un nom vuide de choses, et ((u'avec elle les mœurs et la connoissance des devoirs sont entiè-

DES TROIS llOIS. 551

' romcnt disparus, si on en excepte cette légère écorce qui s'apprend dans l'usage du monde et qui devient chaque jour plus grossière et moins pratiquée. Je ne parle point de l'éducation des collèges où, au latin près, on n'apprend rien que ce qu'il faut oublier (ui une corruption de mœur> (jui est un plus grand mal. On se plaint tout haut qu'il n'y a plus d'hommes, qu'on n'en peut trouver pour aucun employ; les plus petits sont dans la mesme pénurie; il n'v a pas jusqu'aux communautés qui n'ont plus de sujets pour les emplois de leurs maisons; on vient d'en voir la cause doue aux maximes pernicieuses de ce très long règne. Les remèdes à qui les voudroit employer ne seroient pas faciles, il fgiut bien du temps et de la snitte pouitedresser le mauvais génie si longuement et si soigneusement répandu et receu dans toutle une nation. Ce malheur si grand en soy et source de tant d'autres, n'attira jamais le repentir du Koy, uy cclny de ses ministres.

Tel fut Testât où Louis \IV laissa la France après cin- (|uante-cinq ans de règne (ju'il se comj)lut à croire par luy mesme. Estât difforme et dé[)lorable si différent en tout de celuy où Henry IV et Louis Xlli l'avoient laissée.

Louis XIV finit sa vie dans des angoisses personnelles jiaiheuib iki- (lui luy furent très sensibles; l'histoire et les détails de ce a ^°""*^'V'"' morceau seroient bien curieux, et bien propres à caracté- «'eLoui-; xiv. liser par eux-mesmes. )fais un récit exact des derniers événements de ce règne meneroit trop loing pour un parallèle, quoyqu'il y pust entrer si naturellement. Je me souviendray donc que je ne fais pas icy des mémoires, et je n'employeray que des faits dès lors publics et tout le moins d'ailleurs indispensables. })our remplir uni(|uement l'objet que je me suis |U'(qK)sé.

552 |'ak.\lli;le

Km i»or(l;iiil l;i cluiriiiiiiilc Daiijtliiiie, Louis XIV iK'i'dil (oui le plaisir cl raiinisciiiciil de sa vie; r'estoil la seule (le tout ce (luil avoil jamais en de laiiiille, qui eusl sceii s'a|)riv()isei' a\('c liiy el lainivoiser avec elle; aiiisy avec elle Idiit liiy iiiaïKjiia |i(mii- radoiieisseinent de ses malheurs cl ele sa \ieillesse. Ce lui la seule (ju'ilaiuia el (|u'il jvgrella louj(»uis paiee ([u'ellc ue pul eslre leuiplacrc. Dans la closlure où il s'estoil laissé (Mdermer de i)lus eu plus, il ue liouvoil pins (pic i\\[ s(';iicux saus iulerumde. Les auuiseuieuls iiilcMieurs (jnc Mme de Maiulcuou sid)stilua laul ({u'elle pul chez elle au vuide de la iJauphiue, apoiloienl l)ien (piehjues d(';lassemeiits, mais nulle liberN'. uuUe joye; la Irislesse y suniageoit toujours. Il luy resloil (juelcpie plaisir dans les pi'opos du duc du Maine dans ses cabinets, dont la conversaliou pleine d'esprit et de traits avec une aparentesimplicitY;. esloit en elTet ravissante.

Depuis taul d'aïUK-cs (juil avoit l'a,il le sacrifice de Mme de Montespan à Mme de Mainlenou son ancienne gouvernante, elle n'avoit des yeux ([ue pour luy et l'avoil ])orté à touttes les grandeurs (»ù il se trouvoit establi; mais qui le croiroit! tant de grandeurs et d'establissenicnts ue le satislaisoienl pas eucdrc. iiy Mme deMaintenonpour Iny. L'occasion se })i'ésenl()il belle. Le plus àgV; des Drinces du sang n'avoit jias viugl-deux ans, et tous estoientpetils-lils (leMmede Montesj)an. Point de lils de France, et M. le Duc d'Orléans, seul pclil lils de France; hors d'estat de s'opposer à rien. Le iloy lui \v\\[c, press(3, forcé enfin connue il l'avoit esté à tous les divers degrés d'élévation de ses bastards. Il parut subifemeut une déclaration du Roy (pii les éleva aux lillre, (piiilitc. (hoils dv Princes du sang, en habileté de succéder à la conronne après le dernier des Princes du sang. Ce ue l'ut pas sans la consternation '^cnô-

raie très marquée, ny sans que le Roy ne témoignasl plusieurs fois au duc du Maine l'amertume et la violence avec laquelle il s'estoit laissé arracher ce dernier degré de grandeur. Ce monarque qui n'avoit de ressource que luy et Mme de Maintenon dans la réclusion où il s'estoit laissé enfermer, n'avoit pu leur résister sur un point doul il sentoit toutte i'énormité. Il ignoroit, le pauvre Prince, que ce qu'il venoit d'accorder de si monstrueux et d'inouï parmi tous les hommes, n'estoit qu'un degré pour s'élever à l'ancienne puissance de ces redouttahles Maires du Palais qui avoient dépouillé deux fois leurs maislres, usurpé leur couronne et l'avoient transmise à leur postérité. On n'oublia rien pour luy cacher l'indignation universelle d'un coup d'autorité dont I'énormité inouïe avilissoit la couronne et les Princes du sang, atlentoit à la religion, à l'honncsleté publique, à toultes les loix, el b)uloit aux pieds toutte la nation avec le plus signalé mépris. 11 fallut laisser passer les premiers élans de despit d'avoir esté forcé, et redoubler de louanges et d'attentions à ])laire, d'amusements pour adoucir cette amertume et cette violence que le Roy avoit si fort sentie et tesmoignée par des humeuis et de fortes sorties, avant que d'oser le mener plus loin. Toutesfois le temps pressoit, les choses S(î trouvoient touttes disposées; ils ne comptoient pour rien tout ce qui estoit obtenu, sinon comme moyen d'arriviu- ;i ce qu'ils se proposoienl.

Le duc d'Orléans estoit le seul avec qui le duc du Maine pust avoir à compter après le Roy aussy l'avoient- ils noircy auprès de luy par les moyens les plus odieux ([u'ils avoient eu l'art de répandre dans le monde avec un succès digne de leurs artifices, dont ce succès avoit persuadé le Roy el le gros du public. Le duc d'Orléaiis

554 PAU.VI.LKI.E

iivdil ;K(|iiis cil s(»ii (Iciiiicr voyage (rEspniiiic la liaisiic l;»jiliib iiiiplacaltlc de la Pi'iiiccsso des l rsiiis cl de Mme de MaiidcMioii à (|ui il ne tint pas, cl à la calialo qui s'estoil [uiiiii'i', de le pci-drc radicalomont. Celle haisiie ne s'estoil jamais aiiiortie; le duc du Maine ne luy pouvoil pardonner les droits de sa naissance qui luy asseuroienl la régence, sa vieille gouvernante et luy en frémissoient; c'estoil celle perspective qui leur avoit l'ail remuer l'enfer contre luy à la mort du dernier Dauphin, de son espouse et de son fils aisné. Tout leur avoit réussy. 11 l'alloil se hasler d'en pro- (ilcr, depuis surtout que le dernier sceau avoit esté mis à la grandeur des bastai'ds du Roy el de leur postérité, par la qualité de Prince du sang et riiabilelé de succéder à la couronne. L'Edit en avoit esté enregistré subitement en juillet 1714, et le Iloy plus enfermé que jamais estoit uniquement entre leurs mains. Après avoir laissé reposer quelques jours sa foiblesse ils n'osèrent perdre plus de temps; ils avoienl sceu se pourvoir d'un instrument à tout faire, absolument dans leur main, et par les deux emplois peu compatibles qu'ils luy avoienl procurés seul à portée de voir le Roy tous les jours et à louttes heures, eld'eslre par ces mesmes emplois le ministre naturel de l'exécution de leurs volontés. Ce fut par luy que le Roy fut attaqué pour faire un testament dont les dispositions fussent telles que Mme de Mainlenon el le duc du Maine les vouloienl.

L'attaque à diverses reprises rcnouvellée fut autant di' fois repoussée, el mit le triumvirat dans un grand embaras. 11 ne se rebuta point, el prit un parti hardi comme le seul qui pusl estrc leur ressource. Ils imposèrent silence à leur instrument, el se proposèrent de réduire le Roy, pour ainsy dire par famine, à iwciiir de luy-mesme à ce (pTil avoit rejette avec indignation. Je ne parleray point

DES TROIS ROIS. ôob

icy de l'audace ny de rinhumanité de celte conduitte de deux personnes qui dévoient tant au Roy, qui avoient desjà abusé si démesurément de luy et qui en vouloient abuser encore davantage. Toij^ deux firent soustraction de tout ce qui avoi^ccoustumé de luy plaire et de le délasser ; le sérieux, le morne, le sec de ces deux personnes avec le Roy devint__tout d'un coup extresme; non seulement ils ne fourni rentjjlus rien à la conversation, mais à peine répondoieut-ils au Roy, mesine en monosyllabes. Ce mesme silence et cette tristesse gaigna les valets intérieurs dans les cabinets sur l'exemple du duc du Maine, et ce peu de Dames famillières sur celuy de Mme deMaintenon, qui certains jours disnoient et jouoient cbez elle un])etit jeu avec luy. Le Roy estonné, embarrassé et pour tranclicr le mot,

nbamlnnnr^pf np^rnTTinrit plus qiig devenir,"ny~SUporter

un malaise si pesant et si continuel dans un intérieur qu'il

sestoit mis hors d'estat d'élargir, se trouva forcé à capituler et à faire un testament tel qu'ils le voulurent, qui sous prétexte de pourvoir au gouvernement de l'Éstat et à l'éducatiojide son arriére petit-lils et successeur, ne clioisit pour l'un et pourTaiitre que ceux dont le duc du Maine se tint asseuré, luy donna et au conseil de Régence touttc l'autorité elfa^liiy en imriiiiuiier sur la personne et sucJ.'éducationjlu Roy futur/et fit du futur Régent un homme de paille avec toultes les précaulTons qui se purent imaginer. Mme de Maintenon iies'y laissa pas oublier pour Sainltyi-ct pour elle-mesme ; en sorte que ce testament ne fut que pour les bastards et pour elle. Le duc du Maine qui craignit tout en voulant embler tout, n'avoit pas oublié à s'asseurer de bonn'heure du parlement autant qu'il le put par les artifices les plus profonds et les plus noirs. Il crut l'engager à maintenir de touttes ses forces les dispositions

356 l'ARALLÈLE

(le cp li'slaiiioiil (Ml l'en faisant dôposilairc. Ce fui une aiiliv liillc que le Wo) eut à soiistenir. Les anciennes impressions des entreprises du ParlemenI du temps du cardinal !\lazzaiin n'estoienl i>as effacées; il lui loutte sa vie en oanlo contre cette compagnie. Un si grand tesmoignage d'affection, d'estime et de conliance heurtoit de front tous ses sentiments; il luy sembla, s'il se rendoit à faire cette démarche, doutter de; la ])lénilude de son autorité et chercher à l'appuyer de celle du l'arlement. Ce point délicatde son autorité fut toujours sa partie la plus sensible, il S(^ débatit et lit tout ce qu'il pu! pour ne point déposer son. testament au Parlement, mais à la fin il en fut comme de l'habileté à la couronne et comme du testament mesme. Il fallut céder. Ce fut aussy avec tant de des])it et de colère que lorsqu'il le remit tout à la fin d'aoust au premier Président et au Procureur général qu'il avoil mandés pour cela à Marly, ce Prince si modéré, si mesuré, si maistic de luy-mesme, ne put se tenir de leur dire avec aigreur, qu^ l'avoit forcé malgré luv à le faire; qu'il ne l'ayoit fait (^c poui2avoîr^]jx^j)a^ repos; qu'au dcmeurantjTsçavoit laj'aleur de jianMiles4)ièciis4iiu: lîcxcr^ de tant d'autixis et par celuy de ce qu'esloit devenu celuy du Roy son père; qu'il arriveroit aussy du' sien tout ce quipourroit; mais qu'au moins il estoit fait et qu'il n'en entendroit plus parler, ny n'en seroit plus tourmenté; il le leur remit sans autre discours et leur tourna le dos sans attendre aucune réponse ; c'est ce que longtemps après j'ay sceu du premier Président mesme.

Le Roy en estoit si plein (ju'il tint le mesme discours à la Reine d'Angleterre dès qu'il la vit chez Mme de Maintenon. Cette Princesse en fut si surprise qu'elle le ditaussytost à M. de Lauzun, et deux jours après à la duchesse

(le Laiizun à Saint-Germain, qui tous deux me le rendirent. Les humeurs suivirent, les soriies au duc du Maine eurent (les témoins dans les cabinets ; Mme de Mainlenon aparainent n'en fut pas exempte teste à teste, quelques sou- ])lesses, quelques louanges, quelques flatteries, quelqu'amusements qu'ils pussent employer. Cette humeur dura longtemps de suitte, puis de fois à autres par reprises à ce ([ue l'on sceut par rint(^rieur, en public mesme. Dans ce temps de crise et d'orage le Iloy ne paroissoil pas dans son naturel, que tous ses autres malheurs n'avoient pu altérer. Rien donc ne fut plus triste que cette dernière année, ou plutost les quatorze ou quinze derniers mois de la vie de Louis XIV qui parut toujours se reprocher sa foiblesse, et gY'mir dans les fers qu'il s'esloit forgés dont il ne pouvoit sortir. L'ordre de sa cour, la conduiltc de sa famille, l'économie du gouvernement ne semblèrent plus le toucher, luy qui jusqu'alors en avoit esté si jaloux. Il ne prit plus nv goust ny pai t à rien, et se pesoit à luy-niesnieassés pour «lue toutte sa cour s'en apperceust. Ce fut de la sorte qu'il fut insensiblement conduit au tombeau.

Il fut hors d'estat de plus sortir du chasteau de Ver- Dernière maïad..; sailles depuis le 11 aoust 1715, et peu après de s'habiller scéfératesse des et de sortir de son appartement. Il y fut en proye à Mme de pa,u de \a cons- Maintenon et au duc du Maine, et par eux au chancelier ti'""on- Voisin qui nienoit en Icsse le mareschal de Villeroy, au Père Tellier aussy et aux cardinaux de Rohan et de Bissy, ses deux accolytes. II ne sortoit plus de son lit depuis plusieurs jours lorsque le lundi 26 aoust après sa messe, il fit rester dans sa chambre les deux cardinaux avec le {•ère Tellier, le chancelier, le mareschal de Villeroy et Mme de Maintenon qui y demeuroient toujours. Il appela les deux cardinaux ; leur dit qu'estant parfaitement igno-

rj58 PARALLÈLE

ranl des alïaircs de l'Eglise, ils sravoicnl et il les altcstoit qu'il n'y avoit rien fait que ce qu'ils y avoienl voulu, loul ce qu'ils y avoient voulu, el comme ils l'avoient voulu; que c'estoit par conséquent à eux de répondre à Dieu ))Our luy de tout ce qui s'y estoit fait de trop ou de Irop peu, et de la manière dont tout s'y estoit fait; qu'il prolestoit de nouveau qu'il les en chargeoit devant Dieu : qu'il en avoit la conscience nette comme un ignorant qui s'estoil abandonné absolument à eux dans toutle la suitte de l'all'aire de la Constitution. Le calus de ces deux cardinaux estoit à toutte épreuve; leur réponse fut un torient de louanges ; le Roy l'interrompit et leur répéta qu'il avoit cru dans son ignorance ne pouvoir mieux faire pour sa conscience que de se laisser conduire par eux en toutte confiance, parquoy il estoit déchargé devant Dieu sur eux. Il ajousta tout de suitte que pour le cardinal de Noailles Dieu luy estoit tesmoin qu'il ne le haïssoit point, et qu'il avoit toujours esté fasclié de ce qu'il avoit cru devoir faire contre luy. A ce nom du cardinal de Noailles, Bloin, Fagon et Maréchal qui estoient tout proche du Roy se regardèrent et se demandèrent entre haut et bas si on laisseroit mourir le Roy sans voir son archevesque, sans marquer pardon et réconciliation, el lever un tel scandale. Le Roy qui les entendit s'escria plus haut qu'il n'avoit parlé, qu'il ne demandoit pas mieux, qu'il n'y avoit nulle répugnance, que mesme il le désiroit. Cette déclaration interdit les cardinaux, Mme de Maintenon, le Père Tellier, et ils craignirent tout de ce retour, et d'une dernière entreveue où tout disparoist et fait place à la vérité. Cet estât les tenoit dans un morne silence que le Roy interrompit par ordonner au chancelier d'envoyer sur le chamj» chercher le cardinal de Noailles si ces messieurs, en regar-

dant les deux cardinaux, n'y trouvoient point d'inconvénient. Tous deux se regardèrent, puis s'éloignèrent et consultèrent ensemble, avec Mme deMaintenon, le chancelier et le Père Tellier. Le parti fut bientost pris ; ils mirent pour condition de laisser venir le cardinal de Noailles, qu'il accepteroit la Constitution, et de la sorle esquivèrent le danger. J'ay transposé ce fait si important pour caractériser le Roy qui n'eut jamais qu'une oreille et qui montre si clairement de quelle sorte l'affaire de la Conslituliun j fut menée, pour ne pas interrompre ce qui va suivre de | prodigieux. Ce fait, dis-je, arriva le lendemain que le Roy i <'ut receu le viatique et l'extresme onction, 11 faut donc maintenant retourner un peu en arrière.

Le Roy depuis qu'il estoit enfeimé dans son appartement, avoit sans cesse travaillé avec le Père Tellier qui le prcssoitsans relasclie sur l'affaire de la Constitution et ses dépendances, et de nommer à beaucoup de giaiids et d'autres bénéfices vacants destinés à ses créatures. Mais le Roy tint ferme à refuser d'y nommer, et respondit constamcnt à son confesseur que si près de paroistre devant Dieu il ne vouloit pas se charger de ce nouveau compte.

11 travailla aussy tous les jours avec le chancelier; Louis xivfaii un

estrange

Mme de Maintenon et le duc du Maine netrouvoientpas que codiciie. iieçoii

*" "^~ ^ — : ^ ; — ■; . ^es derniers

le testament eust assez fait pour luy. Ils avoienteu tant de peine ùrésoudre le Roy à le faire era^en accumuler loultes '""""''duc' les dispositions en faveur de ce bastard, qu'ils n'avoient osé tourmenter davantage ce pauvre Prince; mais le voyant aux portes de la mort, ils n'oublièrent pas de prolitiude la foiblesse de ses derniers moments et luy firent suggérer les^lispfl^itionix-d-uiLCodicile par le chancelier qui l'écri- \ il enlîn sous le Roy, en leur présence, après avoir bien disputé auparavant qu'avoir pu amener le monarque à en faire

inents, parle au

1111, puis à le faire feliiu'ils le voiilurenl. C'est cequi fit la matière de re qucj'ay appelle le travail si joiiiiialier du elianeelier aveclc Roy depuis qu'il ne sortit plus de son a])parlement, et qui sur les fins redoubla plus d'une fois par jomjusqu'àceque lecodicile fust fait. Le 25 aoustle Roy se trouva siniaU'après-dînée, comme la musique alloit entrer dans sa chambre pour l'amuser, que les médecins accourus dirent qu'il n'y avoit pas un moment à perdre pour luy faire recevoir ses sacrements. H se confessa au lY'reTellier et fut administré par le cardinal de Roban avec tout le désordre et la promptitude possible, sur les six heures du soir. Tout fut fait en moins d'une demi-heure et il st> passa encore du temps après, sans que les l^rinces et les Princesses du sang ny personne dans le chasteau en fussent encore averti.

Moins d'un demi-quart d'iieure après que le cardinal de Roban fut sorti de la chambre du Roy pour reporter le Saint-Sacrement à la chapelle où il avoit esté le prendre, le chancelier s'approcha du lit du Roy et luy présenta le codicile à signer. Le Roy y écrivit quatre ou cinq lignes de sa main et le rendit au chancelier qui l'envoya bien cachette au Premier Président pour le mettre avec le testament du Roy.Ta£jce.çodJcileJeJk)^ostmU^^ plein à M. le duc (TOrléans^utmuRéoent, et donnojLcn-jjIèin au duc du Maine, et sous luy au mareschal de Yilleroy, le commandement entier et absolu sur la Maison du Roy, civile

la garde-robe, laTSôuche, la chapelle, les écuries, et leurs

grands et petits officiers, le régiment des gardes françoises et suisses, les quatre compagnies des gardes du corps, celles des cent-suisses, desgensdarmes, des chevaux-légers, des mousquetaires, celles du grand prévost et du capitaine

de la porte. Ainsy M. le duc d'Orléans Régent dépouillé de toutte autorité sur ces deux maisons dont le duc du Maine cstoit revestu, nepouvoit non seulement disposer de quoy que ce soit autour du nouveau Roy, mais n'estoit plus en seureté à la Cour ny dans Paris, où le duc du Maine se trouvoit en force de le faire arrester, enlever et tout ce qui lui auroit plu à tous les instants que bon luy eust semblé.

Dès que le Roy eut rendu son codicile au chancelier, il appela le marcschal de Villeroy et luy parla seul quelque lemps, puis envoya chercher M. le duc d'Orléans, à qui il n'avoit encore rien dit en particulier jusqu'alors, et luy |)arla seul. Il luytesmoigna beaucoup d'amitié, d'estime et de confiance. 11 Tasseura qu'il ne Irouveroit rien dans son testament dont il ne deust esire content : ne luy dit mot du codicile qu'il venoil de signer et de retoucher. Enfin il luy recommanda son successeur et son Estai. M. le duc d'Orléans me le dit une heure après. 11 faut remarquer qu'entre la communion et l'extresme onction et cette conversation il n'y eut pas une demi-heure. M. le duc d'Orléans retiré, le duc du Maine fut appelle ; puis le comte de Toloze qui n'eut jamais la moindre part à tout ce qui s'étoit fait. De tous ceux-là M. le duc d'Orléans fut le seul à (|ui le Roy parla sans Mme de Maintenon en tiers, qui alors se retira à ([uelque distance. Après tous ces particuliers, le Roy vit ensemble les Princesses, puis les Princes du sang, ensemble, courtemcnt, sans particulier avec aucun, les congédia après leui- avoir dit fort peu de chose.

Ce fut donc le dimanche 25 aoust feste de saint Louis, que Louis XIV reçeut les derniers sacrements, qu'il signa son codicile, qu'il parla à M. le duc d'Orléans après comme on vient de voir ; et le lendemain que les cardinaux de Bissy et de Rohan parèrent si monstrueusement le désir que le

Jluy tcsmoigna i\q voir le cardinal de Noailles, aussylost après avoir si liardinicnl reccu la protestation que lonr Ht lo Iloy cl la décharge de sa conscience sur la leur. Ce niesnie jour il déclara au marcsclial de Villcroy ce qu'il iaisoit ])our luy, et fit ses adieux aux Princes et Princesses du sang et aux courtisans qui entroient dans sa chambre. Puis il envoya chercher le petit Dauphin, et lui dit : l'y.oies de « ^loH enfant, vous allez estrc un grand V\o\, ne m'imitez

Louis XIV au .

Dauphin. « pas daus le goust que j'ay eu pour les bastimenls et poiii- « la guerre. Tâchez au contraire d'avoir la paix avec vos « voisins. Rendez à Dieu ce que vous lui devez, recon- « noissez les obligations que vous luy avez, faites-le honorei' « par vos sujets ; suivez toujours les bons conseils, tâchez « de soulager vos peuples, ce que j'ay esté assez malheureux « pour n'avoir pu le faire; n'oubliez point la reconnois- « sance que vous devez à Mme de Vantadour », qui estoit présente ; puis embrassa et bénit le Dauphin à deux différentes reprises fort tendrement, mais très fermemenl.

I cnneté et der- ^ fît vcuir après SCS dcux bastards, à qui il parla loi!

.je'^Lou^s'^xlv. longtemps, manda ensuitte M. le duc d'Orléans et fut court avec luy, et luy ordonna de mener le Dauphin à Yincennes dès qu'il seroit mort et de le ramener à Versailles quand tout y seroit libre et nettoyé.

Le lendemain 27 aoust (mardy), il manda le chancelier seul à deux reprises, luy fit brusler beaucoup de papiers, et luy donna ses ordres pour d'autres papiers à conserver; manda après Pontchartrain à qui il ordonna, à l'instigation du Père Tellier, d'expédier les ordres nécessaires poui- faire [)orter son cœur aux grands Jésuittes à Paris. Il se souvint après d'un plan du chasteau de Yincennes ({u'il avoit dans une cassette (ju'il se fit aporler et le fit envoyer à Cavoye, Grand Mareschaldes logis, parce qu'il n'avoil jamais fait les

logements en ce lieu, où le Roy n'avoit point esté depuis les commencements de son règne. Mme de Maintenon fut toujours dans sa chambre ; il luy dit qu'il avoit toujours ouï dire qu'il estoit difficile de se résoudi'c à la mort : que pour luy qui se Irouvoit sur le point de ce moment si redoultable aux hommes, il ne trouvoit pas que celle résolution fust si pénible à prendre. Elle luy respondit (ju'elle l'estoil beaucoup quand on avoit de rattachement aux créatures, de la haine dans le cœur, des restitutions à faire. « Ha ! pour des restitutions, répliqua le Roy : je n'en « dois à personne comme particulier, mais pour celles « que je dois au Royaume, j'espère en la miséricorde de « Dieu. »

Le mercredy 28 aoust, il vit par la glace de sa cheminée deux garçons de sa chambre qui pleuroient assis au pied de son lit. Il leur dit : « Pourquoi pleurez-vous? est-ce que « vous m'avez cru immortel ? pour moy, je n'ay point cru « l'eslre, vous avez deu à làge où je suis, V(jus préparer à « me perdre. »

Tout estoit fait, Mme de Maintenon, ny le duc du Maine u itoy abann'avoient plus rien à désirer, et le Père Tellierhors d'espérance de faire nommer les bénéfices vacants, n'avoit plus rien à proposer. Le spectacle estoit triste, il les ennuya, et le Roy fut abandonné. Sur les quatre heures de ce mcsme jour, Mme de Maintenon s'en alla à Saint-Cyr, le duc du Maine et le Père Tellicr allèrent penser chacun à leurs affaires, de manière que le Roy demanda souvent depuis le Père Tellier sans qu'il vinst, et quand il venoit ce n'estoit que pour des instants, au grand scandale des vnlets intérieurs et des grands officiers à qui la désertion rendoit l'entrée plus libre, jusque-là que le cardinal de Rohan qui se tenoit dans sa chambre à luy, avoit oublié la messe que le

Duc de Charost fit restablir. Tout le jeudy 29, le lloy surpris (le ne jiniul voir Mme de Maintenon depuis l'aprcs disnéc de la veille, la demanda si souvent qu'il lallnt luy avouer sou départ. 11 l'envoya cherchera Saint-Cyr. elle revint tard, demeura vingt-quatre heures, et levcndredyôO aoust sur les cinq heures du soir elle retourna à Saint-Cyr d'où elle

Morille Louisxiv nc sortit plus. Lb samcdySl aoust on dit au Roy les prières des agonisants. Cela le rappolla à luy et il récita les prières d'une voix forte. Enfin il mourut le lendemain dimanche premier septembre 1715, à huit heures et un quart du matin, à soixante-dix-sept ans moins trois jours, dans la soixante-douzième année de son règne.

Fermeté titran- H esl Certain que ce monarque vit et gousta la mort avec de Louis XIV. autant de lermete, dégante, de soumission a Dieu, de ai gnité et de tranquilité extérieure, vraye, simple, naturelle, qu'il avoit soustenu les malheurs des dernières années de la guerre dernière. On vient de voir avec quelle force et quelle simplicité il donna ses ordres sur tout ce qui devoit accompagner sa mort : comme il consola ses valets qui le pleuroicnt : la douce majesté de ses adieux aux Princes et aux Princesses du sang à qui, en peu de mots si pleins de justesse et de précision, il recommanda l'union ; et ceux pleins de bonté et d'une dignité qui eut mesme quelque chose de tendre avec lesquels il congédia ceux de sa cour qui entroient dans sa chambre dans ces derniers jours; touttes ses actions et touttes ses paroles courtes, mesurées, et dans son idée purement nécessaires et toujours conlormes à luy-mesme, toujours prévoyantes,' sans appareil, toujours simples et tranquiles, qui marquoient la paix de son âme que rien ne troubla, que rien n'empescha de se posséder. Nulle sorte d'impatience de son mal. nul empressement de remède, nulle question sur son estât, sou-

mission et abandon entre les mains de Dieu, indifférence parfaite de guérir et de mourir; rien d'affecté, toujours luy-mesme: une piété pleine d'espérance et de confiance en la miséricorde de Dieu ; un regret marqué plus d'une fois de ne pas souffrir, ce qu'il eust désiré pour en faire un sacrifice utile à l'expiation de ses péchés. En prière continuelle jour et nuit dès qu'on s'éloignoit de son lit, mais douce et paisible, enfin un détachement entier jusque-là qu'il luy échapa de dire : quand f estais Roy ; et parlant du Dauphin de le nommer le Roij. Que de grandeur, que de fermeté, que de noblesse, que de piété, mais que d'ignorance, que d'erreurs, que de causes des plus amers gémissements au deçà et au delà de sa portée, dont il nel parut pas s'appcrcevoir!

Comparons maintenant ensemble les derniers temps et ''o'"P'""a'son des

dernier-;

la fin de Louis XUl et de Louis XIV. Je n'av rien retenu de temps ei de

"' la lin

de l'une ny de l'autre ; en garde continuelle contre la de Louis xiiiet préférence de mon cœur jusque contre tout effet de mes et deiemsiestHsentiments les plus déliés, les plus intimes, dirois-je les plus fugitifs à ma correction. Si ma plénitude s'est répandeuesurla fin du père, le plus exact scrupule m'a dominé à ne rien oublier de la décoration de celle du fils, et à en ramasser au contraire avec la plus entière inquisition tout ce qui a pu en monstrer et en illustrer la piété et la magnanimité, et à n'en laisser échapper aucune vérité de cette nature. Je vais tâcher dans la comparaison de marcher à la lumière de la plus exacte impartialité, et de cette vérité qui saute aux yeux parce qu'elle résulte naturellement des faits et des choses. C'est donc à elle, et non à moy qu'ilse faut'prendre des différences qui se trouveront sous une surface presque pareille.

Louis XIII no vcsciit que six mois dopuis sou retour de la conquestc du Roussilldii, cl un peu moins depuis la mort du cardinal de Richelieu, uuiis qui arriva si mal de ce voyage, que ce qu'il languit depuis n'est point à considérer. Je compte les derniers temps de Louis XIV dès le 4 may 1714 que mourut M. le duc de Berry, par la mesme voye qui fit périr sou incomparable aisné, la Dauphiue son espouse, et le prince aisné du Roy Louis XV. Louis XIII avant ny pendant le voyage de Roussillon n'avoit pu penser au fntur d'après luy, et Louis XIV n'y avoit pas songé avant la perte de ce dernier petit-fils que regardoit après luy la régence du Royaume. M. le duc d'Orléans succédant à ce droit, perdu d'avance auprès du Roy et presque du public par les plus noirs et les plus profonds artifices, ce fut à (|ui les avoit pourpensés et ourdis à songer à en profitei', pour le comble d'une grandeur desjà si avancée et à poursuivre l'exécution de ses vastes desseins; et c'est l'époque où Louis XIV commença d'estre tourné vers ce qui devoit luy survivre. Cet espace dura donc seize mois, c'est-à-dire un au entier plus que Louis XIII eut à y penser, Ajoutons que ce Prince estoit à quarante un ans, à la fleur de sou âge, et que son fils mourut à soixante dix-sept ans. Tous deux se trouvèrent dénués des ministres de leur confiance. Aucun n'avoit succédé à celle du cardinal de Richelieu, ny à sa place, et tout le ministère de Louis XIV veuoit d'estre renouvelle, excepté Torcy et Desmaret, dont la confiance ne passa jamais plus loin que ce qui regardoit les affaires estrangères, encore avec gi'ande mesure, et les finances si dégoustantes à en ouir parler dans Testât oi\ elles se trouvoient. 'fous deux aussy, forcés à voir tomber après eux l'administration de l'Eslal: le père, en des mains dont une

longue et continuelle expérience le frappoit de fout leur danger ; le fils, sur un Prince que des artifices sortis de Tenfer luy avoient rendu bien plus que suspect, et parlaitlement odieux. Mais dans cette similitude, le père libre et tout à soy, le fils dans les chaisnes qu'il s'étoit forgées, dont il sentit tout le poids, dont il gémit dans la dernière amertune, et dont il ne put se délivrer ny mesmc les adoucir.

Louis Xlll n'eut d'objet que le salut et le bien de sou Royaume. Ce but régla touttes ses dispositions, elles vinrent touttes de luy : et qui eust osé dans ce qui luy restoit de ministres luy rien proposer qui eust déplu à la reine et à Monsieur qui n'auroient pas manqué tost après de s'en ressentir vivement? Aucun des grands ny des principaux n'osa rien dire sur des choses aussy délicates, dont Louis Xlll ne parla à aucun, non plus qu'à ses ministres. Il ne consulta pas mon père, comme il avoit fait à la journée des duppes ; il se conlenta seulement de l'avertir qu'il luy donnoit par son testament la charge de grand escuyer qui n'étoit point remplie depuis l'exéculion de Cinq-Mars ; cela fut dicté, puis leu publiquement quelque temps après dans le testament du roy. Comment mon père la perdit par la perfidie de Chavigny dès que les obsèques de Saint Denis furent achevées, n'est pas du sujet que je traitte icy. On a veu précédemment que Louis XIV ne vouloit point faire de testament ny de disposition et les raisons qu'il en allégua. On a veu par quels amers contours Mme de Maintenon et son mignon, car elle appeloit toujours ainsi le duc du Maine, en arrachèrent le nom, les droits, les tiltres de princes de sang et l'habileté à la couronne: le despit et la colère que le Roy en laissa échapper, enfin les ruses et jusqu'à la violence qui furent employées par les mesmes

368 l'ARALLÈLE

pour lo forcer à faire un testament et tel qu'ils le voulurent. Nouveaux regrels, nouveaux dospils d'y avoir succombé monstres si amèrement au premier Président el au Procureur vénérai, puis à la reine d'Angleterre ; enfin l'abus fait à son extrémité pour en tirer |)ar un codicilc le comble de puissance, de grandeur et du plus démesuré pouvoir. Rien donc de si diamétralement difféi-ent que le lurent les dernières dispositions de ces deux monarques en tous leurs points.

(ipiiositioii la Le ])ut du père fut uniquement le bien de l'Estat pour .■nue les der- Ics sicunes. Ccluy du fils fut uniquement la grandeur el bi p"sVtions'de puissaucc la plus démcsurée de ses bastards, et la conser- ' '"l'.ou'k xfv. ^^ '^'^'^^^'^ ^^ l'augmentation de Saint-Cyr et de la fortune de Mme de Maintenon. rson seulement le bien de l'Estat n'y entra pour rien, mais il fut sacrifié en entier au duc du Maine ainsy que l'éducation de son successeur dont les suittes énormes ne purent n'estre pas apperceues de Louis XIV qui en fut inutilement effrayé et indigné, qui toutesfois au hazard du royaume, c'est trop peu dire, qui dans la veuc claire de la plus cruelle perspective, ne put se sauver de passer si fort malgré luy sous ce joug. Tout libre dans le père, et tout de luy-mesme, et tout poui' le bien de l'Estat; tout forcé dans le fils avec la plus grande violence, et tout aux plus cruels dépends de l'Estat, et pour de tous les objets le plus scandaleux, le plus indigne.

Aussi Louis XIII qui n'avoit rien fait que de juste, que de sage, que de mesuré par la plus prudente prévision, que de saint dans sou intention, que d'utile dans son exécution, voulut-il rendre publiques les dispositions de son testament, en avoir l'avis de ses proches, de ses grands, des principaux de sa cour, d'une nombreuse députatiou

du Parlement mandés tous dans sa chambre, desquels tous il eut la consolation de recevoir l'approbation et les remerciements les })lus touchants d'une disposition si parfaite, où tout ne respiroit que le bien, l'avantage, le repos intérieur, et la plus sage, la plus simple, la plus juste administration de l'Estat,

Louis XIV au contraire entraisné malgré luy à un ouvrage de ténèbres où l'Estat et son Roy futur estoient sacriliés au duc du Maine, et manifestement exposés aux derniers malheurs, scella touttes ses dispositions sous le secret le plus impénétrable tant qu'il eut un souffle de vie; il se contenta seulement de déclarer qu'il avoit fait un testament, parce que -dans la continuation de la violence qui luy fui faille de le déposer au parlement il ne pouvoit plus cacher ([u'il avoit fait un testament; et il fut si indigné des dispositions ({u'il renfermoit qu'on lui avoit arrachées, ([u"il ne put se contenir non seulement de le monstrer par son despit à Mesmeset à Daguesseau en le leur remettant, i)uis à la reine d'Angleterre, comme on l'a dit, mais de leur dire encore combien il le croyoit inutile et seur de n'est ic point exécuté. C'est aussi ce que les deux testaments du père et du lils cuicnt de commun. Pas un des deux ne fui exécuté; h' premier au malheur extresme de la France, le second à leur bonheur par les désordres les plus funestes qui en seroient nécessairement et incontinent résultés.

Louis Xlll n'eut point à demander pardon à sa cour, comme fît Louis XÏV des mauvais exemples qu'il lui avoit donnés. 11 n'eut point à recommander à son successeur de ne le point imiter dans son goust pour les bastiments, ny sur ses guerres ; il n'eut point à se repentir de ses amours, ny d'avoir tout iorcô, détruit, rendu peuple, anéanti l'espèce humaine. Ce fut des repentirs que Louis XIV secoua

r.TO PARALLÈLE

si taiil est qu'il on sonlit quelque allcinle. Mais couimeiil se seroil-il repenti de ce qu'il prit lunjdurs el qu'il pialicjua jusqu'à sa mort, comme une maxime de la meilleure politique? Pour ses amours dont le scandale énorme avoil épouvanté lonlte IKurope peiulant tant d'années et doul il recueillit enfin des fruits si amers, il crut sans doutte avoir satisfait à tout par les deux mots qu'il dit aux courtisans intérieurs sur son mauvais exemple, en huir faisant ses adieux; comment, en effet cusl-il pu joindre cet estrange chapitre à celuy de ses guerres et de ses bastiments. en parlant au Dauphin, avec l'apothéose de ses baslards, d'un double adultère (ju'il venoit de consommer en les faisant princes du sang, et habiles à succéder à la couronne et leur postérité, par llumneiir cVeslre sortis de lui/ et avec le testament qu'il avoit fait, et le codicile qu'il faisoit alors mesme qui les rendoit des Maires du Palais el Titans.

Louis XIII estoit irréprochable dans son administration el dans ses mœurs, quelqu'humilité qui le représenlasl connue un grand pescheur à luy-mesme. La loy de Dieu avoil esté la reigle de toutte sa vie et la lampe qui avoit éclairé ses pas ; mais que dire de l'administration, des guerres, des mœurs, des amours de Louis XIV et de leurs suittes affreuses ; des statues, des tableaux, des inscriptions, cl de tant d'autres monumeiils d'orgueil, de llallerie, pour ne pas dire d'adoration, où il mettoit ses plus chères el ses plus continuelles complaisances, si contradictoires à la sincère humilité de son père qui laril toultes louanges. ([ui les vit si tranquilement fondre sur son juiuistre jus- (ju'à l'en accabler ; qui n'eut que du mépris pour soy jusqu'à oublier ses exploits les plus glorieux el les plus |)ersonnels, méconnoistre ses tilleuls et ses vertus sans

DES TROIS ROIS. 37i

cesser d'en faire un continuel usage, estre tout à son royaume et rien à luy, et dans le détachement le plus universel, ne connoistre que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié et se plaire à l'estre avec luy.

On ne peut disconvenir que la fermeté, la tranquilité, Trompens.- pa-

rite d'écorcc "

la patience, la liberté d'esprit, la grandeur d'àme à prévoir disparité totai^^ et ordonner des choses les plus tristes comme s'il se fust Louîs'xm^i^sie agi d'un autre n'ayent paru presqu'également dans la ^^^"^ ^'^" mort de Louis XIII et dans celle de Louis XIV, avec toutesfois la différence que depuis plus de huit mois les douleurs de Louis XIII estoient devenues cruelles et continuelles, et que Louis XIV n'en sentit presque point. A la vie que Louis XIII avuit menée, on peut comprendre sa paix et sa tranquilité ; mais que dire de celle que Louis XIV conserva avec les comptes qu'il esloit près de rendre, avec une préparation à la mort toutte pour ses basiards aux dépends du renversement de l'Eslat et du scandale de donner ses derniers moments non à la pénitence de ses adultères, mais à leur plus éclattante canonisation ! Ce sont des vérités (|ui tonnent d'clles-mesmes et qu'il ne m'est pas permis de jctenir icy captives. Quelle immense disparité donc entre la moit du père et celle du fils!

Ma plume se refuse presque à transmettre une autre Teiribk vérité. vérité, c'esl le discours par lequel Louis XIV ayant presqu'encore la divine eucharistie sur les lèvres, et les dernières onctions sur son corps, par lequel, dis-je, il asseure si positivement le duc d'Orléans qu'il ne trouveroit rien dans son testament qui pust luy faire peine ; qui ne luv dit pas un mot du codicile qu'il venoit de signer, qui ne luy parla que de son estime et de son amitié, et comme à un Prince qui alloit estre le maistre du Royaume et le pérc nouricier de son successeur. Quels propos et dans quels

Ô72 rAIWLLÈLE

moments ! Un iréniil(iiiand on y pense, on n'y peut mcsine penser que des instants. Louis XIV se mocquoit-il alors de la victime que son testament et liicn plus encore, que son codicile livroit au duc du Maine à égor<ier, tout au plus doux à servir de niarciiepied à la puissance de ce baslard, si ses fraveurs ne luy persuadoient de s'en deffaire ; ou Louis XIV qui u'avoil eu imlle liberté, à qui tout avoit esté arraché parce qu'il senloil l'excès de l'énonnité des dispositions qu'il avoit faites, et qu'il vcnoit tout à l'heure de les combler ; Louis XIV, dis-je, parloit-il de la sorte comme se répondant à luy-mesme (jue tout ce qu'il avoit ordonné n'auroit aucun effet, comme il avoit paiu l'avoir creu? Quand cela seroit que devient la vérité dans ce discours tenu si lort immédiatcmeul après avoir reçeu ses derniers sacrements ; à quelle tromperie, à quelle surprise ne conduit-il i)as; à quelle autre veue peut-il estre propre? Que ji'ai-je pu supprimer une vérité si effrayante, si peu convenable, toutesfois si indispensable à raporler! Louis XIV tint aussytost après un langage plus IVauc au uiareschalde Villerov et fut ensuitte longtemps avec Mme de Mainlenou et ses deux bastards. Quelle suitte immédiate de dernière communion !

Les derniers jours et les derniers moments de Louis XllI ne furent occupés que de bien offrir son dernier sacrifice, et du salut de son âme. Il avoit mis ordre à tout ce qui regardoitle bien de son Royaume, il l'avoit rendu public: il avoit pareillement disposé de touttes les vacances pour laisser sa cour Iranquile ; il avoit eu la satisfaction de voir le tout approuvé et autorisé de tout ce qu'il avoit pu rassembler dans sa chambre de grand ou de considérable pour en entendre la lecture. Cela fait, il ne voulut plus s'occuper ([ue de Dieu avec de saints j)rêtres et de doctes

prélats d'une vie pure et sainte, auxquels rambilion et les détours furent toujours inconnus, mais sça\ants et entièrement dans les vo\es de Dieu. Ce fut par eux qui ne l'abandonnèrent pas un moment, qu'il fut administré et assisté jusqu'à la fin. Une mort si sainte, si grande, si héroïque. fut le terme et la récompense d'une vie qui avoit esté touttc semblable : aussy vient-on de voir que Dieu rémunérateur daigna l'illustrer d'un rayon de sa propre gloire par l'esprit de prophétie dont il fut subitement et doucement éclairé ; et la prophétie mesme qu'il prononça en des termes si simples, si courts, si nets et sitost après vérifiée par l'événement le plus inattendu et le plus complet qu'il n'y eut point à s'y méprendre, ny à doutter pai' des prémices si surnaturels et si glorieux de la couronne de gloire qui attendoit ce juste de Dieu pour toutte l'éternité.

Une Scarron, et c'est tout dire; le j)récieux fruit d'un obsession pui^ double adultère ; deux prélats qui ne connurent jamais de Louis xiv is.< bornes à leur ambition à laquelle ils immolèrent jusqu'à quTa^dminisiré. la fin le sacré et le propbane ; un confesseur dont l'unique Dieu fut le règne de sa Société, un instrument dressé par eux à ne s'effrayer d'aucuns moyens, continuèrent d'observer Louis XIV dans les derniers jours de sa vie, jusqu'à ce que tous leurs desseins fussent remplis et toujours couverts des plus épaisses ténèbres. Alors ils l'abandonnèrent, jusque là que tantost le roy, tantost les principaux valets intérieurs envoyoient chercher le père Tellier que souvent on ne trouvoit point, ou qui ne venoit que pour des moments, sans estre suppléé d'aucun autre secours spirituel. Le cardinal de Rohan amusé dans sa chambre, avoit oublié de faire dire la messe dans celle du Roy, où le duc de Charost rentré avec les autres grands officiers par la désertion dont je parle, fut cause que la messe y fut rcstablie.

574 l'ARALLKLE

Miiio de MainliMKiii s'en osloil allée à Saint-Cyr, l'œil très soc, quatre jours avant lamorl ; ol rappellée le lendemain par le Roy, elle n'y demeura pas vingt-quatre heures, retourna à Saint-Cyr et ne revint plus. Le duc du Maine transporté d'aise de Testât radieux et absolu dont il goustoit d'avance le délicieux fruit de ses soins, estait occnpé chez luy à ceux que demandoil le succès de son ouvrage ; le peu d'autres pensoient à eux, et prenoient haleine de leurs assiduités passées. Ce fut dans cet abandon que Louis XIV mourut, administré par l'heureux (ils d'une belle, dont les charmes avoient procuré tant de grandeur et de richesses de touttcs les sortes aux siens, jusqu'à faire ployer ce fils sous leur faiz.

Mfférences iiifi- Rien doRC dc plus dissemblable que les derniers temps

nies dans la . nui

rjMM-t des trois et la mort de ces trois grands monarques. Celle de Henry IV accable d'horreur et d'élans de vengeance également inutiles et deffendus. Celle de Louis XllI éclatte en merveilles qui inspirent les cantiques d'actions de grâces et de triomphe à travers les incomparables regrets de sa cour et de ses peuples. Celle de Louis XIV fait verser des larmes à qui a connu sa bonté, sa religion, son amour véritable pour la justice et pour la vérité, enfin cette fermeté d'âme, et cette grandeui- de courage, cette vraye et simple magnanimité, cette humble et majestueuse résignation avec lesquelles il sceut porter les malheurs insignes de ses dernières années, et les approches de la mort jusqu'à la fin. On déleste l'inlerest de ses ministres, celuy de ses flatteurs, le bourbier infâme de la Scarron et de son duc du Maine, qui sans pouvoir destruire tant de vertus, les ont opprimées par la closlure entre eux et le poison dc la superbe, du luxe, de l'autorité, de l'existence réservée à soy seul, de son écoulement à eux seuls, et de

l'anéantissement de tout le reste des hommes. Il faut donc conclure que la comparaison de ces trois morts, et de ce qui les a précédées de près, est une chose tout à fait impossible. Elles doivent estrc la matière des plus ordinaires réflexions des Roys leurs successeurs.

C'est maintenant au lecteur à iu^'cr de ce parallèle. 11 le ^^* '"''=*, ^'>^ fera plus sainement que moy par la foiblesse dont les pères se défont si difficilement pour leurs enfonts. J'ay tasché de ne rien obmettre des preuves et des traits qui font caractériser les trois monarques, et de tout ce qui sert à les comparer ensemble ou à s'y opposer. L'âge el les conjonctures où ces trois Princes ont pris l'administration de leur royaume, le temps qui l'a précédée, leur éducation ont de si extresmes différences, et tellement propres à influer sur touttes leurs actions et sur leur gouvernement qu'il a esté essentiel de les bien représenter. Il ne Ta pas esté moins d'expliquer la situation de chacun d'eux dans leur phis proche famille. Ces choses deviennent la clef de toutte Iciirconduitte, et la comparaison qui en naist forme un(î lumière qui éclaire toutte la suitte de ce qu'ils sont devenus. Pour peu qu'on pèse les avantages infinis (|ue la nourriture d'Henry IV a eue sur celle de ses deux successeurs, la douceur et l'instruction quoyque tardive, forcée, précise de celle de Louis XIV: la ténébreuse, la sépulchrale barbarie de celle de Louis Mil, il n'est pas possible de refuser la plus intime admiration de l'en voir sortir si sul)itemenl grand, sans aucun secours humain, malgré mesme les empeschcments que son conesfablc eut tant de soin d'y mettre, dans le peu d'années qu'il vescut depuis.

Les vertus militaires de ces Princes ont un éclat d'évô- .viiit.iir.;. uements en tous trois et personnellement si radieux dans les deux premiers, que je n'ay pu ny deu en dérober aucun

r.TC PARAI.LKLr:

trait, pour faire entre Ilcnry iV et Louis Mil une comparaison exacte. De quelque réputation dont les faits d'armes ayent illustré le père, qui osera dire ([ue ceux du fils lie l'ayent pas égalé? Mais que cette égalité est glorieuse, mais qu'elle est prodigieuse, si on se souvient de l'éducation et des temps qui ont précédé dans l'un et dans l'autre le moment qu'ils ont pris chacun les resnes du gouvernement! C'est ce qu'il est impossible de ne pas reconnoistre. A l'égard de Louis XIV, dont en ce genre le personnel ne peut entrer en aucune coin})araison avec celuy des Roys son père et son grand-père, reconnoissons à la bonn'lieurc (|ue les temps estoient changés pour les monarques dont la conservation obtenoit la préférence sur la gloire personnelle, moyennant qu'il y fust suppléé par les conquestes.

Mœurs. Les mœurs sont un article si délicat, que le respect deu

à Henry IV et à Louis XIV souffre de s'y estendre. C'est aciiepter cher l'incomparable triomphe des mieurs de Louis XIII sur les leurs; mais qui peut mieux caractériser ces augustes personnages qu'une exacte représentation de leurs mœurs ? La foiblesse de celles d'Henry IV et de Louis XIV fut non seulement extresme, mais infiniment préjudiciable à l'Eslat. Qui peut comprendre les eslonantes promesses de mariage que fit Ilcnry IV à Gabrielle d'Estrées et à la marquise de Verneuil ? Le démariage forcé de la première pour la faire Reine, et ses bastards Uoys et fils de France, et les infernales suiltcs de l'abandon à la seconde, malgré les plus dangereuses, les plus continuelles, les plus avérées trahisons, sans que ce monarque ait pu s'en déprendre?

Mais que dire de Mme de Montespan enlevée à son mari, faite près de vingt ans le scandale de toutte l'Europe ;

el d'une belle qui sous un voile degaze lendu par son mari, a, tant qu'elle a vescu et au delà mesme, comblé son ambition et toutle sa maison de ce qui se peut dire un ouragan continuel de touttes les sortes de grandeurs et de richesses prophancs et sacrées, perpétuées depuis en touttes leurs générations. Ce qui estonne, ce qui confond, c'est ce qui a le plus duré, et ce qui n'a fini qu'avec la vie de Louis XIY. C'est l'abysme de ce fumier de la Scarron qui a fait l'estonnement de l'univers et qui l'épuisé, et qui a esté si funeste à l'Estat. Si Henry IV a le premier rompu les plus fermes et les plus respectables barrières en faveur des Vendosmes pour les consoler de Testât suprcsme où il les destinoit, et que la mort de leur mère l'empescha de pouvoir poursuivre; tout ce qu'il lit pour eux, (jui mesme dura si peu par sa mort, ne fut rien en comparaison d'enfanis d'un double adultère que Louis XIV arracha le premier du néant, pour en faiie à pas de géant, des colosses de grandeur, des Princes du sang, habiles à succéder à la couronne, avec cette clause sy vrayment monstrueuse par T honneur quils avaient cVestre sortis de luij, enfui des Titans et des Dieux, avec une superbe qui avilit tout son sang dans le leur par des mariages, en sorte qu'il n'est plus de Prince du sang qui ne soit issu de ses amours et de Mme de Montespan. Quel contraste de l'insigne chasteté de Louis XIII, et de cette réponse digne de saint Louis qu'il fit à mon père! Quel autre encore de la jalousie de gloire militaire qui tourmenta Henry IV et Louis XIV chez lequel elle s'estendit à tout; des éloges dont l'un et l'autre furent si avides; des monuments, de toultes sortes de statues de Louis XIV et de leurs payennes apothéoses; de ces tableaux de conquestes, et de ces marbres, et de ces bronzes de nations

subjuguées qui soulevèrent l'Europe contre liiv. Oiicl contraste, dis-je, «le celle modestie de Louis MM (jui ()ul»li;i ses talents et ses propres exploits; qui en taril toulliîs les louanges, et qui content de les mériter sans cesse, <'n vil parer ses généraux et en fondre par torrenis sur son ministre dans le mépris de soy-mesme et de la gloire du monde qui passe, dont il fut toujours si parlailtement (léliiché. Enfin ny luxe, ny hasliments si on en exct'plo la Chapelle et le Fer à cheval de Fontainebleau. Conleiil de conserver précisément la majesté de son estât royal pour demeurer humble dans cette grandeur et ménager ses peuples qu'il aima toujours comme ses enfants. Il ne se peut donc rien de plus grand, en mesme temps de plus simple et de plus soustenu que les mœurs de Louis Xill; de plus religieux, de plus exact soi- tous les devoirs qu'il eut ;i remplir; de plus délicat entre ceux de fils et de Roy; ( iilin de plus justement décent, entre le grand monarque el le plus parfait chrestien. Si le lîoy son fils a laissé sur les siennes de si cruelles prises, les foiblesses d'amour el de superbe ont esté de luy, tout le reste luy a esté esiranger et a opprimé un naturel de bonté, de patience, de laison, d'amour de la justice et de la vérité qu'il a toujours pesée tant qu'il a pu, malgré tous les soins et tout l'art de ses ministres et de Mme de Maiiitenou par laquelle il se laissa enfermer; enfin l'extrême magnanimité avec laquelle il a soustenu les malheurs si accablants de ses dernières années, avec une simplicité si naturelle, une résignation, une soumission et une confiance parfaitle en Dieu, avec une égalité d'humeur et de vie, et une grandeur de courage qui luy a toujours fait serrer le timon entre ses mains, en ont fait l'estonnement et l'admiration de l'Europe, el ce qui n'est peut-estre pas moindre, la plus extrême sur-

prise, et la plus de tous les moments, de ce qui l'a veu alors dans le particulier le plus libre, et comme on dit tout à fait en deshabillé.

Disons donc, avant d'aller plus loin, que l'éducalion, ••"ste préférence

^ . . de Louis XIII.

les temps qui ont précédé celuy où ces trois princes ont pris l'administration de leur royaume, les conjonctures de ce moment à l'égard de chacun et leur âge, ne sçauroient être comparés, non plus que leur situation par raport à leur plus proche famille ; mais que le tout balancé fait magnifiquement sortir Louis Xlll de ce tableau et que la pureté incomparable de ses mœurs et son inoui mépris des louanges ; l'oubli de sa valeur, de sa capacité militaire, de ses exploits, de ses autres talents sans cesser de les mettre en œuvre ; cette simplicité, cette vérité de modestie, cette décence d'humilité, de piété, toutesfois de majesté, rélèvent bien au-dessus de son père et de son fils devant Dieu et devant les iiommes. Disons encore qu'il a égalé Henry IV en valeur, en faits d'armes, en science militaire avec cette différence que Henry avoit esté formé dés sa jeunesse par la nécessité et par l'instruction du fameux Coligny et des meilleurs capitaines, et que Louis XIII destitué de touttes sortes de secours, n'a eu de maîtres que son application et sa valeur. Louis XIV ne peut entrer en nulle comparaison militaire avec Henrv IV ny avec Louis Xlll. Ses mœurs et celles de Henry IV peuvent cstre balancées. Si Henry IV a si dangereusement fléchi sous les continuelles perfidies de la Verneuil, du moins il ne s'est point noyé dans la funeste fange de la Scarron, et s'il a abusé de son pouvoir pour ses bastards, jusqu'où Louis XIV n'a-t-il pas porté les siens! Enfin si Henry IV a excédé quelquefois au jeu et en bastiments, qui pourroit nombrer les milliards que le luxe. In

superbe, les bastimcnts, le mauvais goust, le pernicieux vouloir de forcer la nature ont couslc à Louis XIV !

Je viens de le marquer : les temps qui ont jjrécédé l'adminislration de ces trois monarques par eux-mesmes, leur éducation, l'âge et les conjonctures où ils l'ont prisi', ne sçauroient estre comparés. L'avantage de Henry IV y est extresmc, mais balancé par les plus fascheuses conjonctures. Celuy de Louis XIV fort ordinaire et dans des conjonctures à souhait. Le désavantage de Louis XIll inoui, dans des conjonctures fort problématiques.

Henry IV dans la force de l'âge et pleinement formé aux affaires et aux vertus militaires avec un corps robuste et un esprit vif et net, jamais gesné ny racourcy, mais toujours nécessairement instruit par les difficultés de sa conduilte, en monstra un chef-d'œuvre dès Saint-Cloud à la mort de Henry III; et de là une sagacité incomparable entre ses huguenots et les catholiques de son parti. Un bonheur singulier le fit catholique sans offenser troj) ses huguenots, et sans fascher ses alliés protestants." Il luy fit trouver un Prélat sage, docte, courageux, amateur de la patrie, qui le receut solennellement à la communion de l'Église, et qui par cette action força Rome à l'absoudre, malgré les efforts de la maison d'Autriche et de la Ligue accablée par ce coup, et par le concours de tous les ordres du Royaume vers leur Roy retourné à leur religion. Henry IV en sceul profiter et finir après, la guerre par la paix de Verviiis, et les troubles intérieurs par l'Édit de Nantes, qui tous deux furent la merveille de l'industrie, de la capacité et de la politique. Il y faut ajouster celle d'avoir pu continuer ses secours aux Provinces-Unies contre l'Espagne , après la paix de Vervins sans l'altérer et de la couronner dans la suitte parla longue trêve négociée par Jeannin

qui acquit rentière liberté à ces Provinces et qui leur valut après la reconnoissance de leur pleine souveraineté par l'Espagne et par touttes les Puissances de l'Europe, politique de Henry IV pour abaisser la maison d'Autriche si bien balancée avec les diverses assistances utilement oirertcs aux Papes, qu'il demeura toujours très bien avec Rome et avec toutle sa communion.

Parmi tant de grands traits de paix et de guerre Henry koi blesses non

, amoureuses de

eut d'autres foiblcsses que celles de ses mœurs. Si l'ensor- uenryiv. ceilement qui l'accabla pour la marquise de Verneuil et qui le conduisit plus d'une fois au bord du précipice sans avoir pu l'ignorer, obtint le pardon d'Entragues, son père, et du comte d'Auvergne son irérc utérin ; si l'excès de sa passion d'enrichir et d'agrandir son César de Vendosme. le fit t railler avec le duc de Mercœur, dernier des chefs de la Ligue, de vainqueur qu'il estoit presqu'en vaincu, pour obtenir sa lille héritière en mariage à ce bastard, on ne voit aucune raison, aucune cause de son amitié pour la Duchesse de Guise, veuve de celuy qui fut tué à Blois, de sa faveur pour ses enfants qui ne cessèrent point les plus dangereuses pratiques estrangères, de le picquer de jalousie sur ses maislrcsses, d'attenter à cette occasion à la vie de gentilshommes employés par Henry, dont la vigilance les importunoit. La foi blesse de ce grand Roy pour le duc de Mayenne qui avoit osé si longuement luy disputer la couronne par tant de voyes ouvertes et obliques, et les armes à la main, et foiblesse qui s'estendit jusque sur ses enfants impliqués dans tous les procédés dangereux ou insolents de leurs cousins de Guise ; celle qu'il eut pour le mareschal de Bouillon qu'il avoit pour ainsy dire créé, et qui depuis cette création ne cessa d'estre a son égard el de son sceu conlinuel, le plus ingrat et le plus perfide

des hommes. Enfin on comprend aussy peu celle qu'il cul jusqu'au bout pour les deux Biron père et fils, qu'il lut presque le seul qui ne s'nppcrceust pas de la traîtresse conduittc du fils dans la guerre de Savoyc sous ses yeux, malgré la jalousie militaire qui le picqua toujours à son égard et la folle impudence de celuy-cy là dessus et sur le sanspj'ixde ses services, toutesfois si grandement récompensés. Foiblesse poussée au point qu'avec les preuves de son dernier crime si énorme et si odieux, Henry n'oublia rien et prodigua promesses, bontés el tout ce qu'il crut capable de l'amener à l'aveu, au repentir au moins extérieur pour luy pardonner et le traitter mieux que jamais, et ne l'abandonna àla justice qu'avec le plusgranJ regret: consolé au moins de voir Bouillon tenir le large, l'àme de tout ce complot, qu'il ne tenoit qu'à luy de faire prendre à m;jin armée el qu'il aima mieux laisser échapper. Sa conduitte à regard de Villeroy après la découverte de la traiiison de l'Hosle, est inexplicable ; sa patience ne l'est pas moins sur cette fatale lie d'Italiens de la Reine sa femme et sur SCS estranges humeurs. On se tait sur le rostablissemcnt des Jésuittes suivi de tant de prodigalité pour eux. Ses fautes. On ne peut pallier les fautes d'un si grand Prince dans l'affaire du marquisat de Saluées où sa gloire, son Estât et son honneur estoient également intéressés : condnen il se laissa amuser, pour ne pas dire mocquer par le duc de Savoye, sans pouvoir mesme s'empescher de le voir clairement ; le laisser venir ensuitte à Paris où il estoit évident qu'il ne venoit ny ne demcuroit en aucune intention de conclure, et l'y laisser tant qu'il voulut à brasser avec Biron, Bouillon, etc., la plus noire et la plus dangereuse trahison, prendre enfin les armes, se porter en Savoye en personne, y estre victorieux partout, finir enfin par un

échange qu'il n'avoit jamais consenti sans Pignerol qu'il n'eut pas, qui luy ferma la porte de l'Italie, qui le soumit à un passage pour les trouppes d'Espagne, d'Italie dans la comté de Bourgogne, et qui délivra le duc de Savoye des entraves où il se trouvoit entraisné dans Turin par la garnison françoise de Saluées qui en est à quatre lieues et par les trouppes que Henry estoit libre d'y faire filer. On est indigné encore en lisant dans les mémoires du cardinal Bentivoglio tout ce qui se passa dans cette dernière conclusion.

Toutesfois Ilenrv sceut bien connoistre les honnnes .^^ capacité

J a gouverner.

par le commerce familier de toutlc sa vie avec eux ; il avoit acquis par l'usage l'art de les taster, de les éprouver, de les peser, de les apprécier, de les employer avec justesse aux choses auxquelles ils estoient les plus propres, par conséquent de choisir les meilleures testes pour laconduitte de ses affaires au dedans et au dehors, et pour le comiiiamlement et tous les détails de la guerre. Aussy eut-il les plus grands généraux, les plus excellents ofliciers, les plus capables ministres au dedans, et les plus habiles au dehors, et fut toujours eu tous les temps de sa vie le Prince le mieux servi ; c'est qu'il sceut estre toujours luymesme son principal ministre et son premier général, et les tenir tous dans le devoir par sa coustume de parler avec choix, veues, but, et discernement à personnages et à gens inférieurs, aussy de différents génies et de différents partis, quelquefois teste à teste, quelquefois à deux ou trois ensemble, toujours à gens envoyés ou revenus de quelqu'employ. Par cette conduitte il éclairoit celle de ses ministres et de ses généraux, celle des partis qui bouillonnoient encore, et s'éclairoit luy-mesme ; tenoit ainsy de court ses ministres et chacun qui anroit voulu luy imposer.

c()iiil)iin>il SCS diverses lumières et gouvernoil aiiisy sans eslre gouveiné; et, sans s'accabler d'un travail inutile, seavoit l'aire travailler, choisir et ju<;cr de ceux qu'il eniployoit. (A'ile laniiliarité et ce commerce avec les hommes, réfléchie toujours avec des vcucs et un but auquel sa première nourriture et son dangereux estât de chef de parti j'avoient accoustumé, lïit la sagesse et le nerf de ce beau règne, comme la liberté qu'il donnoit à ceux qu'il consultoit, mesme à ceux qu'il parloit, telle qu'on l'admire dans M. de SuUv, et qu'on la voit encoie ailleurs, en fut le sel et le juste discernement.

Louis Mil. Je ne répéteray point icy ce qu'on y a desjà veu des exécrables moyens si coidinucUement employés jusqu'à la mori du mareschal d'Ancre pour abrutir, pour anéantir Louis XllI; de quelle façon il fut délivré et à quel âge; (ju'on ne luv avoit pas mesme monstre à lire; combien innocent il fut de la mort de ce mareschal, et peu coupable du lot immense qu'en recueillirent les trois Luynes et les deux Vitry avec une rapidité qui arracha tout à la ])remière reconnoissance, et à la plus entière ignorance de gens et de choses; quels démons luy furent sans cesse sa mère, son frère unique, son espouse ; combien sa stérilité de vingt ans donna de force à leurs forfaits; combien gratuits et peu mérités de ce Prince, qu'un si affreux domesliqut; jet ta à des favoris, et dans la nécessité de faire un premier Ministre. Le prodige est que de tant de causes, d'entoiirs, de mesures, les plus soigneusement et les plus librement prises pour faire de Louis XllI un parfait automate, il en sortit subitement et sans aucun secours un héros à la guerre et un giand fîoy dans le gouvernement. Les prémices en percèrent et en parurent malgré tous les soins du nouveau Coneslable qui mourut bientost et fort

à propos pour sa fortune que son maistre sentoit trop ;j;rande et appuyée sur trop peu de fond. C'est qu'il plut à Dieu de confondre des projets si doublement pervers et en eux-mesnies et par l'exlresme proximité des personnes qui les a voient conceus.

Le premier grand pas de Louis XIII par soy-mesme fut Nécesjiiéet

I ' I • 1 r» • • AI- • • 1 choix d'un |>re-

ia résolution de iaire un premier Mmistre en contre-poids mier de ce qu'il avoit de plus proche, en mesme temps de plus ennemi; et pour le choix de Richelieu de vaincre sa réimgnance personnelle par l'excellence de son tact et de son discernement. Le dedans et le dehors demandoient une grande conduitte. Au dedans, les restes fumants de la Ligue appuyés des Reines, de Rome, de la Maison d'Auliiche; et les huguenots de leurs chefs, de leurs sinodes, de leur union, de leurs places de seureté, de La Rochelle si heureusement située à qui en sçavoit si bien profiter; (le tous les Princes protestants d'Allemagne, de l'Angleterre et des Provinces-Unies: des personnages des deux partis les plus capables, les plus ambitieux, les plus grandement establis, les plus en compétence les uns à l'égard des autres, avec qui il falloit nécessairement compter. Au dehors, la Maison d'Autriche preste à subjuguer rAlh'niagne, par le gain de la bataille de Pragues et la proscription de ILlectcur palatin dont elle venoit do donner les dépouilles au duc de Bavière. Rien de si important que de s'opposer à temps à la toutte puissance de la Maison d'Autriche, mais nul moyen de penser au dehors ((u'on ne fust asseuré du dedans. Survint tost après l'affaire de la succession de Mantoue, dont le inesine duc (le Savoye qui s'estoit moc([ué d'Henry IV prétendoit s'emparer, uni à l'Espagne et à l'Empereur, et devenir sous eux dictateur de l'Italie,

J)c si grandes affaires ne purent effrayer le jeune Roy, nv i^on premier Miiiislre. Us ne son^èrcnl d'abord qu'à réduire les huguenots à Testai raisonnable des autres sujets. C'est ce qu'exécuta la valeur et la capacité militaire de Louis XIll, sans perdre de veue le dehors. De là voler au secours du duc de Mantouc avec le mesme succès deu à la niesme valeur, traversé après par l'cxlrémité de Louis Xlll à Lyon; les menées qui en naquirent, la terreur donnée par les lieines, toutles pour Espagne et Savoye : enfin malgié tant d'obstacles, la guerre glorieusement finie par le traitté de Quérasque (pii fit mourir ce niesme duc de Savoye de rage et despit, de son humiliation au Pas de Suze un peu avant cette dernière conclusion, et qui l'éintégra pleinement le duc de Mantoue.

En niesme temps s'ourdissoit le chef-d'œuvre de la délivrance de rAllemagne, et l'abaissement de la puissance énorme de la maison d'Autriche, par le traitté si profondément pourpensé, si secrettement manié, si subitement exécuté de la France avec la Suède, «jui fit entrer le fameux Gustave-Adolphe en Allemagne au secours des opprimés ; lequel en deux ans vola sur les aisles de la victoire d'au delà de la mer Baltique jusqu'au Rhin; mais qui péril tost après au milieu de ses triomphes en gaignant la bataille de Lutzen. La merveille est que la subite perte de ce héros qui ne laissoit qu'une fille encore enfant, n'abatit ny Louis XIH ny .«^on premier ministre. Il est vray qu'ils trouvèrent des chefs dignes du héros qui les avoit formés et les plus fortes testes en Suède, qui tous ne s'étonnèrent point, qui comprirent que dans leur "union entre eux et avec la Franco consistoit leur salut, et tout le fruit des exploits de Gustave : un Oxenstieni dont la caj)acité,

l'adresse, la force de l'esprit, le courage et la vertu d'une belle âme, le rendit le dictateur de tous les souverains de son parti et de touttes les affaires d'Allemagne. Les affaires y furent admirablement soustcnues jusqu'à la mort de Louis XIII, dont le Roy son fils recueillit de si grands fruits conjointement avec la Suède, par la paix de Westphalie qui termina enfin cette longue guerre.

La révolution de Portugal fut un autre coup de maistre par l'incroyable secret et la rapidité de son succès, qui fit une grande brèche à l'Espagne dans son continent et au delà des mers.

Je crovs avoir prouvé loultc la part que Louis XllI eut à Loui>xiii jamais

' * ' ^ gouverné.

de si grandes choses, et que s'il parut gouverné par le cardinal de Richelieu, il ne le fut pourtant jamais: les terreurs du cardinal de Richelieu rallestent, (jui venoit en pleine nuit éveiller mon père qui n'estoit ny sa créature nv son ami particulier, se jelter sur son lit, luy dire qu'il estoit perdu, recourir à son conseil et à ses offices. Le pas de Suze et l'affaire de Corbie où Louis XIII s'opiniastra contre l'avis de tous ses généraux, contre l'avis et les ruses de son Premier Ministre et de tout son conseil, et réussit si victorieusement à l'un, si glorieusement à l'autre, sont des témoignages éclatants qui enlèvent la conviction et qui font regretter ce qui dumesmc genre a échappé à la connoissance dans le secret des teste à teste du iMaisIre et du Ministre, où les grands projets se discutoienl et se formoient entr'eux deux seuls, et les exécutions se décidoient. ()n obmet des choses journalières comme ce tabouret de la chancelière et d'autres de cette nature où on voit le premier ministre n'oser rien pur luy-mesme dans ces choses si petites en comparaison des grandes dont on vient de parler, résoleueset exécutées

malgré liiy. Ce <{ui se passa entre Louis Xlll cl mon père au sortir du Luxembourg à la journée des Duppes, monlie encore avec la dernière évidence combien Louis Xlll estoil libre de tout joug. On s'absliendra donc d'une répétition inutile de ce qu'on a veucy-devant là-dessus, (piclqu'épais (pi'ait esté le voile que l'humilité de Louis Xlll ait jette sur ses talents de toutte espèce par le parfait mépiis du monde et de soy-mesme, la proscription de touttes louanges qui les tarit: l'indifCérence avec laquelle il vit pleuvoir les éloges sur son ministre et sur ses généraux, la satisfaction secrette qu'il y prit mesme pour éloigner de soy ces mesmes éloges les plus justement mérités, et en faire la récompense de leurs services, quelqu'establie que soit la prévention qu'une conduitte si détachée et si fort sans exemple ail fait naistro. Je croys pouvoir espérer que les lecteurs uniquement amoureux de la vérité seront frappés de celles qu'ils trouveront icy, et que si leur surprise est grande des preuves qu'ils n'attendoient pas, leur joye ne sera pas moindre d'une lumière à laquelle pour nouvelle qu'elle leur soit, il n'est pas possible à la droiture de se refuser, laquelle leur fait comme toucher au doigt comment et pourquoy ce Prince en tout si admirable a paru et a bien voulu paroistre gouverné , sans toutesfois l'avoir jamais esté.

Sans rentrer dans des détails aussy odieux que sont ceux qui ont esté cy-devant exposés sur les deux Reines et sur Monsieur, Gaston, tout lecteur judicieux sera également épouvanté et indigné de leurs complots, de leur énormité, de leur infatigable continuité ; et non moins cstonné et saisi (le la plus grande admiration, de la patience aussy iurafigable de Louis Xlll à les sousienir tous, et à épuiser envers eux bien au delà de toutte mesure, les devoirs de

fils, de frère et de mari, peut-estrc mesme plus que ceux de Roy ne le permettoient ; quoyqu'il ait toujours travaillé à les conserver entiers et à les concilier avec sa clémence et sa bonté.

A l'égard des testes coupées, je me flatte d'en avoir démonstré la justice et la nécessité, assés pour n'avoir rien obmis de l'évidence. Tant de sang ne peut que retomber sur la teste des deux Reines et de Gaston; Louis le Juste en a les mains parfaittement nettes, et ses devoirs de Roy ne l'auroient pas esté s'il s'esloit laissé suborner par sa clémence dans des conjonctures qui rendoient de telles félonies si fort irrémissibles. Tel a esté ce beau gouvernement, exempt de fautes et de foiblesscs.

Si le malheur de l'éducation, celuy des conjonctures qui se suivirent sans cesse sous son règne, et cette petite difficulté de léger bégayement l'empeschèrent d'estre aussy familier que Henry IV ; Bassompierre, Poinlis, tous les mémoires de son temps, nous apprennent qu'il ne fut pas moins attentif que l'avoit esté le Roy son père à entretenir et à écouter les personnages et les particuliers distingués par quebiu'employ et quelque talent , et des personnes de divers partis, de diverses inclinations, d'attachements et de sentiments dilféients, pour s'instruire, s'éclairer, peser et se conduire.

Enfin, si la sagesse et la sagacité de son gouvernement Louis xiii vray-

.,.,,.,,, , . , . , mentRoy

parvmt a réduire a lestât de sujets tant de princes, de et modéré avec

j 1 • • • 1 r 1 !• justice

grands, de personnages si autorises par leurs établisse- et justesse. ments et leur habitude à faire compter leur Roy avec eux à tous instants; il eut la justice et la modération d'en demeurer là à cet égard, de jouir du repos et de la liberté de l'autorité qu'il s'estoit acquise par leur réduction à la soumission ; il leur conserva les justes avantages qu'il ne leur

r.OO PARALLÈLE

envia point dans les distinctions el la considéialioi» (qu'ils liroicnt de leur rang, de leurs dignités, de leur naissance, ny l'autorité légitime et subordonnée à la sienne qu'ils exerçoient dans leurs terres et dans leurs charges. Il ainioit l'ordre, il le conserva partout. 11 sceut rcconiioislrc les services et le mérite, traitter chacun avec la distinction qui hiy convenoit, et sentir par tontte sa con- (luilte qu'un monarque n'est grand et en mesme temps ainialilo qu'autant que ses sujets de toullc condition sont heureux jusqu'au plus bas peuple; et qu'autant (juc depuis ce bas peuple jusqu'à luy les divers degrés sont bien élablis, fixés, distingués, sans confusion et sans meslangc. Louis Mv. Je voudrois pouvoir donner les mesnies louanges au gouvernement de Louis XIV ; mais qu'en diroit la vérité, qu'en diroient des témoins encore vivants, et les enfants de ceux qui ont vescu sous ce monarque si heureusement ué, si sinistremenl llatté, adoré, gasté par l'interest de ses ministres, et depuis par les ministres successeurs de ces premiers et par la fatale et l'ignominieuse Maintenon. Louis XIV prit les resncs du gouvernement à la mort du cardinal Mazzarin, c'est-à-dire à vingt-trois ans, dans la force de l'àgc et dans la plus florissante paix ; maistre absolu au dedans après y avoir esté battu des plus dangereuses tempestcs pour l'interest seul de Mazzarin, et dans la plus haute considération au dehors par la paix de Westphalie, (jui fut le fruit précieux des travaux de Louis XIll, el de l'entrée des Suédois en Allemagne, qu'il sceut procurer et soustenir avec tant d'art et de force après la mort du Grand Gustave, sans se brouiller avec Home ny avec la ligue catholi(|ue. Plus de restes fumauts de la ligue, plus de huguenots tiers de leurs places de scureté, de leurs dangereuses assemblées, de leurs factieux chefs, de

leurs protecteurs au dehors. Enfin plus de princes ny de grands avec qui compter. Tout avoit esté applani par Louis XIII. Ce qui leva la teste dans la minorité de Louis XIV contre une Régente plus Espagnole d'inclination encore que de naissance, gouvernée absolument par un perfide Italien qui sacrifia à son interest personnel le Roy et Ir Royaume, ne put se soustenir longtemps, mesme à l'abri du nom et du bras du grand Prince de Condé bientost réduit à se réfugier à Bruxelles, à y servir l'Espagne contre sa patrie et à subir par la paix des Pyrénées un retour pleinement de sujet auquel on pardonne, dépouillé de tout moyen de remuer et de se faire craindre à l'avenir ; et par ce grand exemple toulte teste élevée réduitte au mesme abaissement. Aussy a-t-on veu combien les commencements de Louis XIV furent radieux, par les satisfactions si éclattantes des entreprises des parents du Pape sur le duc de Créquy son ambassade ui" à Rome, et de celle de Vatteville ambassadeur d'Espagne sur d'Estrades, ambassadeur de France en Anglelerre. Tant de gloire éblouit et pour ainsy dire, humilia l'Europe en paix et en guerre tant que durèrent le prince de Condé et le mareschal de Turenne et leurs principaux élèves, et tant que vescurent les anciens ministres ([ue Louis XIV trouva dans son conseil à la mort de Mazzarin. La fin des uns et des autres n'a que trop monstre la source de tant de gloire, que l'admirable Colbert mort le dernier de ces anciens Ministres, le sage Pomponne, successeur du grand Lyonne, et l'habile Louvois, mais uniquement pers(tnuel, impétueux et fatal, soustinrent le plus longtemps qu'ils purent. De ce qui a suivi on en a veu cydessus un détail assés long et assés circonstancié pour pouvoir s'épargner icy la douleur des redittes, et d'y voir un tissu de fautes au dedans et au dehors, dont les causes

r.02 PARALLÈI.i:

(Hil oslé découvertes el jnises dans loul leur jour, qui cul ( onduit la France aux derniers bords du précipice; que la providence seule a comme arreslée par le bras par une espèce de miracle sur le dernier point d'^ tomber. Tirons donc icy le rideau sur un gouvernement qui a esté bien moins celuy du monarque que celuy de ses ministres et de ce masque d'espouse née pour le malheur du royaume et pour la honte d'un grand Roy. Tirons-le encore sur les malheurs domestiques qui l'ont après si cruellement al'lligé, et ne nous souvenons icy que de la magnanimité supérieure à tout exemple avec laquelle Louis XIV a soustcnu les uns el les autres.

Ile parallèle pour le rendre plus clair, est distingué en différentes parties qu'il faut résumer maintenant eu peu de mots :

L'éducation des trois monarques,

Leur âge et leur position lorsqu'ils ont })ris chacun les resnes du gouvernement.

Leur intime famille et domestique.

Leurs vertus militaires.

Leurs mœurs, leur intérieur, leur extérieui-.

Leur gouvernement.

Leurs fautes, leurs foiblcsses, leurs perfections, leurs deffauts, leurs vertus.

Tierniers temps de leur vie et leur mort.

Tous ces différents points ont esté chacun séparémcnl comparés, ensuilte résumés, en sorte qu'y retoucher seroit rcditles superflues. Je n'ay rien dissimulé dans aucun ; j'ay tâché de les exposer tous au plus grand jour, avec la plus scrupuleuse vérité; et les endroits les plus délicats avec encore plus d'exactitude s'il est possible et de netteté,

pour mettre le lecteur en estât de n'y rien désirer et d'en mieux juger. J'ay lait tout ce qui a esté en moy pour concilier ce qui ne se peut taire dans un juste parallèle, avec le plus profond respect deu à trois si grands monarques, et je n'ay rien oublié pour contenir la préférence intérieure "* de mon cœur, en sorte que je me pusse rendre un juste tesmoignage à moy-mesme qu'elle s'estoit toujours et en tout tenue parfaitlemenl soumise à la plus extresme exaclitudc et à la plus sincère vérité: c'est donc de l'une et de l'autre que je me suis uniquement proposé de faire sortir le jugement entre ces trois augustes Princes, avec une évidence qui fust supérieure aux préjugés. Si j'ay eu le bonheur d'y réussir, il me semble qu'on ne pourra disconvenir de ce qui résulte de ce parallèle que je vais exposer très sommairement.

Tout ce qui a précédé le premier moment du Gouverne- Paraiièie coui-

, 1 , • n • .11 tement résumé,

ment des trois Princes par eux-mcsmes. se monstre au dehors et au dedans comme arrangé exprès pour faire de Henry IV un très grand Uoy et un parfait capitaine ; de Louis XIII pis en tout, s'il se pouvoit, qu'un parfait automate; de Louis XIV un Prince fort médiocre en tout. Leurs différences n'ont j)as été moindres dans leurs familles. Henry IV, peu heuieux en ses deux femmes et en sa sœur, n'a pu en eslre qu'importuné, jamais embarrassé, et a esté en tout temps le maistre de chasser cette funeste lie italienne, et de tenir Marie de Médicis au jioint où elle auroit deu estre réduitte pour le bonheur mesme de tous les deux, et dans la suitte pour celuy de l'Estat. Louis XIII dès avant l'âge de raison, trouva dans sa mère une furie dénaturée qui rendit telle à son égard l'espouse qu'elle luy donna, et Gaston, dont la vie à tous les trois ne fut qu'un tissu continuel des plus horribles complots contre ce monarque et contre son

504 l'ARALLÈLE

royauiiii', en s"aj)j)uyajil sans cesse des plus giaiiils et des plus dangereux ennemis de l'Estat au dedans clan dehors. Louis XIV eut une nombreuse famille qui l'adora, ({ui le ciaignit, et sur laquelle il régna aussy absolument et aussy facilement, aussy continuement que sur le dernier de ses sujets, et qu'il tint toulteet toujours dans la soumission la plus profonde, et dans la teneur de luy déplaire et l'attention à luy plaire dans tous les moments de leur vie. >!iiii;.i!c. Ilenrv IV sceut parfailtemcnt profiter des leçons, des

Henry IV. . ■' ^ . . ' ^

besoins, de la nécessilé, defiidorlune d'un estât incertain, chancelant, dépendant de tant de gens et de choses, surtout de sa propre conduitte et de sa réputation, et de l'instruction des plus grands et des plus habiles capitaines, dont l'intercsl capital estoit de faire un politique et un héros capable de soustenir un plus juste parti qui, dans l'éloignement où il estoit né du trosne, faisoil tout son estât et son estre, lorsque la stérilité des quatre lils d'Henry II l'appela à la couronne de France dans des circonstances qui ne la rendoient guère plus solide en luy que celle de Navarre, du vain tillre de laquelle il avoit hérité et que ses exploits et sa dextérité sceurent enfin luy rendre réelle et tost après glorieuse, i.ouis xiii. Louis XllI ébloui du grand jour au sortir de son cachot où la moindre lumière n'avoit jamais pénétré, dent tout à son extresme valeur, à une application militaire artificieusement combattue, mais opiniastrement souslenue, à ce qu'il sceut tirer d'instruction de ce qu'il entrevit de plus capable entre ses capitaines, et connue malgré eux, surtout des occasions, des conjonctures, de la pratique continuelle des délibérations militjiires, de ses propres réflexions. Ce fut donc sans maistres et sans nécessité, comme avoit eu Henry IV, que Louis XIII se forma et

qu'il parvint à égaler son père en valeur, en exploits, en science militaire, et à sçavoir juger, apprécier, et se servir de ses capitaines et des officiers principaux en ce à quoy ils estoient d'un meilleur et plus seur usage, et discerner leurs différents avis, à mettre le sien de niveau avec les leurs, et à se déterminer sans prévention avec sagesse et justesse, soit à suivre le leur ou l'un des leurs, soit à se déterminer par le sien à luy sans présomption, sans vanité, sans complaisance, mais par conviction comme à l'égard d'un autre, dont il se trouva si bien en tant d'occasions décisives et nommément : la prise des isles de la Rochelle, la digue et les diverses actions du grand siège de celte place, le pas deSuze, Corbie et une infinité de moindres. Dans cette égalité de valeur, de capacité militaire et d'exploits avec son père, pourroit-on avec justice ne pas relever de bien loin l'artisan de tant de gloire, par dessus celuy qui y a esté formé par les plus cniieux soins du grand Coligny et d'autres habiles chefs qui y lenoient leur fortune attachée, et celuy de tout un parti dont les besoins, les nécessités, les crises et les diverses fortunes furent pour Henry IV la plus grande et la plus continuelle instruction.

Louis XIV ne vit la guerre par luy-mesme que longtemps Louis xiv. après avoir connu le monde, et tenu une superbe et tranquile cour, et longtemps après la fin la plus soumise de désordres qui avoiciil si fort troublé sa minorité et les premiers temps de sa majorité. Ses maistres pour la guerre furent les deux plus grands capitaines. Monsieur le Prince et M. de Turemie : mais les temps se trouvoient bien changés. Henry IV et Louis XHI avoient toujours véritablement fait la guerre. Louis XIV ne fit jamais que l'aller voir. Ses premières années furent des inondations

-.9f. l'AISAIJ.ÈLE

(rannét's iniiiKMiscs qui ciilcvcrcul loul ce (^relies vouluiviil à drs cnnomis surpris ot point préparés : ctsi dans la •-iiitio de si lorriblcs locoiis leur appriroiil à avoir des armées à pou prés pareilles, la dilficullé des subsistances et (ie remuer de si grands corps, changea loulte la forme ancienne de la guerre, et ne permit presque plus à Louis XIV que des sièges prématurés, brusqués en personne et par cy par là quelques six semaines de campagnes. C'est donc avec raison qu'il a esté dit cy-dessus que sur le mililaircLouis XIV avec la rapidité de ses conquestes et lesinfoi'tunes de ses dernièresguerrcs,nepeut entrer en aucune comparaison avec Henri IV, ny avec Louis Xlll, Mœtirj.iieiiiyiv. Heurv IV élcvé dans le bruit des armes et dans la licence des camps, détenu après dans une cour où les vices étoient devenus politiques, échappé enfin de cette espèce (le prison, rendu à son parti, peu content d'une espousc jilus que galante à qui d^iilleurs il ne pouvoit se fier, contracta une liberté de mœurs, pour en parler modestement, qu'il conserva toulle sa vie et qui en devint le fléau. On a veu tout ce que luy fit manquer l'amour de sa belle Corisende après la bataille de Contras ; les excès où le portèrent ses passions pour sa belle Gabrielle et pour les enfants qu'il en eut ; les précipices ouverts sous ses pas par sa marquise de Verneuil, son indigne père, son frère utérin, sans qu'un aspect si clair, si réitéré, si redoublé, ait jamais pu l'en détacher ; les désordres qui pensèreni naistre de ses promesses de mariage qui ne se pardonneroient pas à un jeune particulier. Enfin ce transport d'amour pour la Princesse de Condé à la fin de sa vie dont il (ut si peu maisti-e, qui fit un si grand fracas et qui alloit ternir sa gloire, pervertir le plus beau projet et le mieux concerté sur la succession de Clèves el de Julicrs, le jettcr

dans les plus dangereux troubles domestiques, lorsque ses jours furent si cruellement tranchés par le plus exécrable de tous les parricides, à qui on prit bien garde de laisser le temps ni les moyens de parler. Quoyque les longues détresses de Henry IV l'eussent rendu plus que ménager, il ne put se refuser le jeu ny les bastiments; ses exploits et sa capacité militaire soustenus d'une singulière valeur ne purent le mettre à l'épreuve de jalousie à cet égard de ses principaux capitaines, me sme des grands capitaines estrangers ; et si l'on en croit Mme de Rolian, il ne fut libéral que pour regagner des ennemis, et compta pour rien les plus grands services de ceux dont il n'eut plus besoin, on ([iii n'estoient plus en estât de luy en rendre.

Louis XIV au milieu d'une cour brillante et galante, fait Louis \i\ comme on peint les héros et les amants à qui rien ne résiste, contracta une galanterie qui augmenta ses grâces et ses charmes, qu'ilsceut rendre décente et majestueuse et qui l'accompagna jusqu'au tombeau. Un grand et jeune roy fait de la sorte n'échappe [tas aisément à l'amour; ses maistresses ne furent pas moins éclattantes que celles de Henry IV, mais sa situation le préserva du d;ingereux écueil des promesses de mariage qui furent si funestes à Henry; et s'il n'eut pas l'occasion d'estre transporté pour une princesse du sang dans un âge avancé, jusqu'à la vouloir à main armée arracher d'entre les mains d'un niary dans un asile estranger, il eut l'incomparable malheurde trouver à ses pieds un abysme de fange, dans lequel l'inconcevable amour pour la vieille Scarron l'engloutit par son mariage avec elle, qu'il fut deux fois sur le point de déclaier quoyque parfaittement instruit de son estât et (le la vie qu'elle avoit menée. Henry IV au moins n'est pîis tombé dans celte ignominie, et s'il a le premier violé les

bai'rières sacrées dos loix pour la •;raiuleur do ses baslards, quelles loix, quelles barrières liuinaines et divines Louis XIV n'a-t-il pas brisées, n'a-l-il pas foulées aux pieds pour faire le }»reniier exemple de tirer du néauL de doubles iidullérius, les porter de là jusque sur le trosne et souiller tout son sang par le meslange avec le leur. Si Henry lY tout brillant de gloire la plus justement acquise ne fut pas exempt des pointes de la jalousie militaire, Monsieur n'a jamais commandé depuis qu'il eut gaigné la bataille de Cassel, et le prince de Conti ne servit plus si tost qu'il ' s'apperceut des applaudissements qu'il s'estoit acquis et <|u'il estoitoutrné à ressembler en faits d'armes à son oucle le Grand Prince de Coudé. Enfin les marescliaux de Créquy, de Schomberg, de Luxembourg, de Lorge, Cattinat, ne furent jamais ses favoris, ny pour la mer les mareschaux d'Estices et de Tourville.

Si on a reproclié le jeu et les bastiments à Henry IV, que dire du luxe, de la superbe des statues et de leurs payennes dédicaces, des bronzes, des marbres, des médailles, des pièces sans nombre et sans mesure, de peinture et de vers et de proses à la louange de Louis XIV et dont il estoil si eslrangement avide; enfin de ses bastiments, de son goust à forcer la nature, et des milliards (|u'il y a consumés?

[.ouisxiii. Quel contraste de mœurs de ces deux Monarques avec celles de Louis Xlll! Le diray-je sans blaspbèmc? C'est celuy des anges et des hommes les moins retenus dans leurs passions ; c'est celuy de Jean-Baptiste et des Koys de son temps : le plus grand d'entre les enfants des hommes qui ignoroil seul sa sublimité et qui ne fut occupé que de

1. Louis X[V, dont Saint-Simon sous-entend ici le nom par inadvertance

son ministère, d'aimer, de prescher, d'adorer Jésus-Christ et de s'anéantir devant luy, au milieu de l'opinion et des hommages que hiy rendoit le peuple immense qui accouroit à luy. Tel pour Dieu fut constament Louis XIII, infatigable dans ses devoirs et les pesant toujours, tout à son Eslat, à ses peuples, rien àluy-mesme; oubliant, que disje, ignorant ses exploits, sa capacité militaire, ne s'en souvenant que momentanément pour prendre un juste parti et l'exécuter luy-mesme ; enfouissant non l'usage, mais le souvenir de ses talents sous l'humilité la plus sincère, la plus profonde, la plus constante ; voyant avec joye les éloges qui luy estoient uniquement deus tomber à flots sur ses généraux, ses ministres, jusqu'à estre parvenu à tarir si bien toutte louange pour luy et en tout genre, que le prestige en a passé dans la postérité. Quelle patience inunense et de lous les moments dans son plus infime et barbare domestique; quel dépouillement de soy et à son âge de faire un ])remier Ministre, et quelle force sur luy à suivre la justesse de son tact dans le choix malgré la répugnance personnelle ! Ouelle fermeté à s'en servir, quelle justesse à le peser pour le conserver ou le congédier ; quelle supériorité à suivre ou à ne suivre pas ses conseils et à ne s'y pas tromper, comme à Suze, à Corbie, en beaucoup d'autres occasions, dont les isles de La Rochelle, la digue et tant de choses arrivées en ce grand siège l'ont si bien monstre, sans tant d'autres ensevelies sous le secret des délibéralions entre luy et Richelieu; et parmi cette judicieuse fermeté à tenir les resnes du gouvernement, quel prodigieux dépouillement de tout soy-mesme de ne dédaigner pas mesme de passer pour en estre gouverné; toujours en garde contre l'orgueil, contre l'éclat qui environne le trosne, sans toutesfois perdre

une seule ligne de grandeur, de décence, de majesté, qu'il sccut toujours unir à la bonté, à riminilité la plus parfaittc, avec une incroyable justesse.

Une des plus grandes et des plus justes louanges qu'ait receues Alexandre, a esté sur le Iraitlenient (|iril fît aux femmes de Darius après sa victoire dont il ne s'approclia point quoyquc tenté de leur beauté. Les grands faits d'armes qui ont si fort illustré le célèbre Bayard, ce chevalier sans })eur et sans reproches, l'ont peul-estre moins relevé que la manière dont il en usa pour cette b(dle prisonnière qui l'avoit embrasé et dont il respecta la chasteté j)ar la victoire qu'il remporta sur luy-mesme, et les gratuittes libéralités qu'il luy fit en luy rendant la liberté. Toutesfois Alexandre ne manqua pas de maistrcsses, et peul-estre que le bon chevalier rencontra de quoy se consoler: mais Louis XllI n'en trouvoit jias mesme dans la beauté de la Reine son espouse dont il sçavoit tous les forfaits à son égard, et toutesfois Roy, jeune, bien fait, amoureux, il n'en vit jamais d'autre et répondit là-dessus à la jeunesse de mon père comme auroit fait saint Louis. Quelle âme grande, forte, sainte, que les mondains ne sont pas dignes d'admirer !

Gouvernemeni. Jc me suis tant cstcudu sur le gouvernement de ces

UenrylV. , . ....

trois monarques, que je crois pouvoir me dispenser de m'y arrester beaucoup icy. On ne peut trop admirer l'adresse, la patience, la sagacité de Henry IV à Sainf- Cloud à la mort d'Henry 111; de quelle façon il s'en tira pour occuper et accoustumer ensemide ses huguenots et son nouveau parti de catholiques; comme il sceut nager entre les uns et les autres; tirer de chaque chef et de chaque personnage tout ce qu'il estoit possible ; les suivre de l'œil et les contenir dans le cabinet, dans les camps,

UES JllOIS ROIS. 401

dans les combats ; faire ses choix et ses combinaisons avec prudence et justesse: sçavoir tirer parti de tout, et employer chacun où il convenoit le mieux. Tels furent les fruits de son premier eslat de chef de parti, qui l'avoit familiarisé par nécessité avec les hommes et qui l'avoit accoustumé à les discerner, et à sçavoir les employer où ils estoient les plus propres. C'est ce qui le lit venir à bout de deux importants chefs-d'œuvre : la paix de Vervins cl l'Édit de Xantes. Il sceut admirablement saisir le moment de sa conversion dans un point assés critique pour n'en perdre pas l'affection de ses huguenots, ny celle de la fameuse Elizabeth: et dans la suitte se les conserver sans aliéner les catholiques par l'art infini qu'il eut de s'offrir toujours aux veues temporelles des Papes, qui les luv dévoua, et dont il obtint avec peu de peine raffermissement de sa couronne par la dissolution de son mariage et la liberté d'en contracter un autre. Enfin quel coup ne porta-l-il point à l'Espagne, par h-s secouis continuels qu'il donna à la république naissante des Provinces-lnics, sans toulesfois se brouiller avec cette couronne, ny avec les Princes catholiques, qu'il couronna enfin par celte longue trêve qu'il fit conclure entre les Provinces-Unies et l'Espagne qui les reconnut libres, et qui les conduisit à la souveraineté reconneue dans la suitte par touttc l'Europe et par l'Espagne mesme. Entin ce Prince recueillit le fruit de tant de glorieux travaux par une paix avantageuse et profonde, qui ne fut troublée que par l'affaire du marquisat de Saluées. Celle de l'ouverture de la succession de Clèves et de Juliers à laquelle il s'estoit préparé sourdement de longue main, auroit beaucoup augmenté sa gloire et ses succès si le fatal amour de la princesse de Condé n'en eust pas terni et destourné l'entreprise que le mons-

Ire Ravaillac l'empescha mesmc de commencer. Ce qui osl oxtresmement recommandahle est qira})rès tant de guerres de tant de sortes, il laissa bien des millions dans la Bastille, une puissante artillerie, des magazins remplis de tout, une Cour riche et pompeuse, des ju'uples aisés et heureux, enfin des trouppes bien aguerries et bien payées, avec la réputation la j)lus grande et la plus imposante par loulte l'Europe.

Louis xiii. Si Henry IV sçeut tirer la France de ses débris et des dernières ruines où les huguenots, et bien plus qu'eux la Ligue l'avoit plongée, et en faire un royaume riche et redouttable,! Louis XIII malgré l'horreur de son éducation et les continuels attentats de sa plus intime famille en sçeut grandement profiter ; ç'avoit esté tout ce que l'art d'Henry lY avoit pu que de se rendre le maistre de tant de personnages, catholiques et huguenots, si fort accouslumés à l'estre eux-mesmes, et qu'il luy avoit fallu toujours mesnager. La déplorable régence de Marie de Médicis et le règne du mareschal d'Ancre avoienf relevé le courage de tous ces personnages des deux partis. Les l'estes fumants encore de la Ligue se promcttoienttoutde l'affection pour eux et de l'inclination abandonnée à l'Espagne de la Reine-Mère et des Italiens qui la gouvernoient, et plus encore bientost après des mesmes attachements de la jeune Reine qui l'unirent indissolublement et pour toujours à la Reine sa belle-mère qui avoit fait son mariage comme à main armée, malgré les .Princes du sang et presque tous les grands.

Les huguenots qu'Henry IV avoit toujours esté obligé de mesnager, fournissoient de places de seureté et de touttes sortes de grands avantages, par les moyens d'union et de contributions qu'ils trouvoient dans la liberté de leurs

DES TROIS ROIS. iO.'.

assemblées provinciales et générales et dans leurs sinodes particuliers, avec La Rochelle, riche, marchande, presque république, et l'appuy de l'Angleterre et des autres souverains protestants. Lassés d'avoir esté tenus de court par la bonne, sage et adroitte conduitte d'Henry IV avec eux, el craignant tout du cœur espagnol des deux Reines et des restes de la Ligue qui se rendoient formidables, ils ne songèrent (ju'à se le rendre aussy. Excités de plus par des chefs séditieux et des ministres qui ne l'estoient pas moins, dont la qualité de pasteurs attiroit toutte la confiance de la commune et servit la [)olitique el les veues des chefs, ces deux partis estoient l'hydie qu'il falloit abattre pour pouvoir régner en effet et acquérir l(>s moyens de penser à résister aux ennemis du dehors. C'est ce difficile ouvrage dont on a veu plus haut que vint à hoiit l'espée et la leste de Louis XIII, secondé du premier ministre qu'il sceul ("hoisir et maintenir, et que ses malheurs domestiques h- Ibrcérent de se donner; je dis secondé et je le dis avec hardiesse, parce que sans faire icy de répétition inutile je me llatt(î d'avoir prouvé avec la dernière évidence que si rhumilité et le détachement de Louis XIII ne craignit l)as de paroistre gouverné par Richelieu, il ne le fut en aucun temps de son règne et tint toujours lui-mesme le gou\ernail, suivant ou ne suivant pas les avis et les gousts de son premier Minisire selon qu'il les sçavoit discerner et qu'il jugeoit à propos ou de s'y rendre ou de préférer son propre sentiment.

Devenu maistrc et Roy d'effet sans avoir plus à comph'iavec ptn'sonne en France, malgré les fréquents troubles qu'y allumèrent les deux Reines et Gaston si longtemps héritier présomptif de la couronne, son bras et sa teste domptèrent l'Italie par le secoui's et la réintégration du

404 l'AHALLÈLE

(lue (le Maiiluiie. cl il délivra rAilciii;ii;iio du joug de hi Maison d'Auliiclic triomphante du Palatin à Prague, et abusant de son triomphe. C'est ce qu'opéra le traitlé avec la Suède qui fil acroniir le grand Gustavc-Adolplic .du fond du Noid jubipTau Uliiu, et par ses succès donner la loy à (oui le TAUemagne, que sa mort au ujilieu de ses triomphes ne put interrompre par les fortes et sages mesures (jue la France et la Suèdi* sceurent prendre cl souslcnii-. La révolution du Portugal fut une autre playe portée jusque dans le cœur de l'Espagne, et bien au delà des mers. Je passe tout le reste bien sulfisament expliqué icy, ailleurs. Cm est assés pour monstrer d'une façon évidente cl le dire 1res modestement, que le gouvernement de Louis XIII n'est en rien inférieur à celuy d'Henry IV et est exempt des fautes remar<|uées dans le premier. S'il y eut plus de testes coupées sous Louis XIII que sous Henry IV et sous Louis XIV, on en a icy démonstré la justice, et lindispensable nécessité. C'est un sang, ce qui est également véritable et horribk; à dire, qui doit retomber tout entier et à plomb sur les deux Reines et sur Gaston. Cela n'est icy que trop prouvé.

Eniin la protection des Catalans et la conqucslc; en personne et si importante du Roussillon, de ce grand Roy tout mourant qu'il esloit, a couronné son glorieux règne. Louis XIV. La sagesse a manifestement présidé au gouvernement de Henry IV, plus encore à celuy de Louis XIII dans un courant, l'un et l'autre, des [)lus dilficiles conjonctures au dedans et au dehors. Que ne m'esl-il permis d'en oser dire autant du gouvernement qui me reste à résumer qui a surpassé en longueur les deux précédents joints ensemble et dans les conjonctures continuellement les plus aisées et les plus heureuses, excepté les six dernières années de

la dernière guerre de Louis XIV? Il prit les resncsdu gouvernement ou plustost il crut les prendre à la mort du cardinal Mazzarin ; d'excellents» ministres, les deux plus grands capitaines, leurs dignes élèves, une foule de bons officiers généraux ; d'habiles gens au dehors ; au dedans une soumission générale qui n'a fiiil que s'aprolbndir depuis jus(|u'à la dernière humiliation, quel radieux début dans la Cour la plus nombreuse, la plus brillante, la plus illustre en l'Europe dans l'admiration et l'estonnemenl. 11 falloit en jouir et en profiter sans la faire passer dans la frayeur et dans la haine. Tel csfoit aussi le plan de ces anciens grands ministres; malheureusement Louvois le devint bientost, et ce ne fut pas le sien. Il séduisit prom[)tement un jeune Prince amoureux de la gloire, plus «mcore d(^s louanges ; il monstra les plus grands mais les plus funestes talents dans son département de la guerre, il anéantit tous les autres, et fit et laissa après luy une guerre conlinueUe contre loutle l'Europe, sous laquelle Louis XIV se vit enfin prest à périr. Ce Prince s'enferma et se rendit de très bonne heure inaccessible, par conséquent réduit à croire et à faire ce qu'il plaisoit à ses ministres, bien différents de ces anciens premiers, et de ministres qui travaillant avec Uiy teste à teste ne craignirent point d(^ contredits. Je me suis tellement estendu sur les tristes, mais curieux détails de ce long régne, que je me cioys dispensé de les retoucher icyetde repasseides fautes de gouvernement de toultcs les sortes dont h^s suittes se sentiiont longtemps. La plus fascheuse de touttes et la moins réparable est l'anéantissement total et radical des sujets en tout genre. C'est le fruit de l'interest et des prestiges de ministres du dernier ordre du peuple, qui vouloient exister seuls et qui y ont réussi à la perte de l'Estat.

400 l'ARALLÈLE

Henry IV s'estoit fait Roy cl maislic aiihuil (ju'il le pul, liOuis XIII fui riin el raiilic cl b'ciji cojiIimiI;i s.igeincnl snns (Mivicr le rang, les l'onclioHs, Faulorilé, aux charges el aux seigneurs subordonnémenl à la sienne ; la ilisliiiclion à la noblesse, l'honnesle liberté et l'aise à tous ; en conservani partout l'ordre, les degrés, cl les droits el piivilèges légitimes des corps cl des particuliers. Louis XIV né bon, juste, raisonnable, mais séduit et enfermé par ses ministres, réduit lout le peuple pour leur com])lair(.' et dans la pensée d'en estreplus grand el plus absoleu ; et par cette confusion, tarit tous les talents et ourdit ce cahos informe sous lequel la France gémit accablée. Avant luy les lettres de cachet esloient peu connues ; elles furent commodes aux ministres el aux directeurs de conscience; c'en fut à la fin une inondation , et s'il ne coupa qu'une teste, c'est que le chevalier de Rohan fut le seul fou qui ait conspiré sous son règne depuis la mort du cardinal Mazzarin. Enfin pour ne rien répéter d'affligeant de ce qu'on a veu icy d'un régne de surface si longuement radieuse, la maison de Mantoue cl bien d'antres seront des tesmoins éternels dans les histoires, de la difl'érence du sort des alliésde Louis XIIl el de ceux de Louis XIV.

neiiiiers temps Finissous cufin par les derniers temps el la moil de ces

el mort de , • t\ • < -, • , i <

ces trois Roys. trois Pruiccs, nou par un récit qui se trouve cy-devanl fort détaillé, mais par un parallèle à cet égard el racourci iicmy IV. entre Louis XUl et Louis XIV, la funeste fin de Henry IV ne permettant point de l'y comprendre , mais des larmes amères et touttes les sortes d'indignation qui ne luy sont que trop deues et que personne ne peut luy refuser. Loui= XIII. J'appelle les derniers temps de Louis XllI depuis son retour de Roussillon, el pour Louis XIV depuis la mort de M. le dm- de Rerry. dont le droit certain à la futiue Ré-

gence passoit à M. le duc d'Orléans. Ce temps fut employé bien différemment par les deux monarques. Louis XllI qui ne se compta jamais pour rien, toujours et tout entier occupé de tous ses différents devoirs, ne songea qu'à profiter du peu de temps qu'il avoit à vivre, dont il estoit sans cesse averti par des douleurs cruelles, et par l'entier (lesseichement et dépérissement de son corps, pour se préparer de plus en plus à la mort, par les soins, les sages léflexions et les mesures qu'il tacha de prendre les plus justes, pour asseurer après luy un bon gouvernement et le balancer, et l'asseurer en sorte qu'il fustbienforîifié contre tout ce qu'il auroit pu craindre de la Reine qui devoit ostre Régente, de Gaston à qui la principale autorité apparlenoit après elle, enfin de la jalousie et de l'ambition des grands. C'est ce qu'on a vcu icy plus haut dans un détail dont on admire encore la justesse, la précision, les veues. Il jugea que de si sages dispositions ne suffisoicnt pas si elles n'esioicnt connues et fortifiées avant sa mort de tout le poids qui y pouvoit estre ajousté pour en opérer après luy l'exécution tranquile. Il assembla donc dans sa chambre la Reine, Gaston, les Princes du sang, tout ce qui se trouva de grands et de personnes considérables, ses ministres, enfin une nombreuse députation du Parlement. Le testament qui contenoit ces sages et importantes dispositions fut lu à haute voix devant cette assemblée. Cet humble Roy qui ne connoissoit d'autorité que celle de l'équité et de la raison, exigea que chacun list ses observations et ses difficultés, ou approuvas! suivant ses lumières et sa conscience. L'admiration, le consentement fut unanime, en conséquence de quoy la députation du Parlement receut ordre d'emporter le testament pour le faire enregistrer, comme il le fut le lendemain tout d'une voix au Parlement.

J08 l'AMAI.Ltl.E

louibXJV. Louis XIV exempt de toiitle douleur jusqu'aux derniers jours de su vie, niiiis donl hi sjiiiu; el lorle machine s'ali'oibiissoit insensiblement sous le poids des années sans toutesfois rien changer en sa manière de vie ordinaire, s'en appcrcevoil moins que ceux qui l'approchoieiil dans le particulier le plus intime. lialtu des malheurs de hi guerre, de ses suitles après la Paix, de la perte de ses enfants, de la Dauphine surtout qui laisoil tout son aimisement et la seule dont il n'ait pu se consoler, il e>toil devenu indiffèrent à bien des choses et de i'Estat et de sa cour, auxquelles il avoit toujours esté fort sensible ; il ne songeoitplus qu'au repos, à écarter et à laisser tomber tout ce qui pouvoit l'importuner ou l'engager, et laissoit plus que jamais tout faire à ses ministres et plus à découvert. Il cstoit donc fort éloigné de penser à aucunes dispositions pour après luy. L'idée (|ue cela représente ne pouvoit luy estre agréable ; tout travail lui respugnoit. Dans le fonds il estoit peu touché de ce qui airiveroit après luy, et outre qu'il estoit uniquement personnel , il estoit dégouslè de tout par les malheurs qui avoient fait fondre sous ses yeux ses projets et ses espérances avec ses enfants dont il ne luy en restoit plus qu'un dans l'âge le plus tendre. Enfin ce qui s'estoit passé avant luy le persuadoit de l'inutilité des dispositions qu'il feroit, et estre désobéi quoiqu'après sa mort révoltoit celfe autorité sans bornes dont il estoit idolaslre. 11 l'estoit au poinl el tellement personnel qu'il n'y avoit homme qui eust osé prononcer devant luy le motd'Estat, le bien de I'Estat, l'interest de I'Estat : à ce langage si naturel et si usité juscju'à luy, il en avoil substitué un autre, le service du Roy. l'intertst du Roy, l'honneuidu Roy ; en un mot toujours le Roy el jamais I'Estat. Tels furent les obstacles que le duc du Maine et .Mme de Mainte-

non eurent à vaincre. On a vcu cy-dessus avec quel art ils s'y prirent pour forcer ces barricades ; je m'espargneray la douleur de rentrer icy dans de si estranges détails. Ils rappellent bien clairement ce qui est si excellemment mar- ([ué dans les Livres sapientiaux, des hommes qui s'abandonnent à des femmes de mauvaise vie, et ce qui est dit des bastards adultérins. Ils arrachèrent enfin pièce à pièce tout ce (ju'ils voulurent de ce pauvre Prince, malgré luy et à toi point qu'il n'en put contenir son despit jusques à l'avoir marqué avec les expressions les plus dures, au premier Président et au Procureur général en leur remettant ce testament si violemment extorqué ; et le lendemain encore en s'en plaignant à la Reine dAnglelcrrc. C'est aussy ce qui a esté icy détaillé plus liant.

II n'est pas besoin d'avoir recours à l'éloquence pour tomparai^on uc-

'■ ^ ' '■ dernières

faire sentir l'entière différence du testament et des der- dispositions du

père et du (il~.

mères dispositions de Louis XIII et Louis XIV. Elle est si frappante qu'on en est effrayé. Celles du père tout pour l'Estat, son bon gouvernement, sa tranquililé, sa paix intérieure; celles du fils uniquement pour Mme de Maintenon et pour porter le duc du Maine au dernier point de grandeur et de puissance, au mépris de touttes les loix divines et humaines, aux dépends de l'éducation de son arrière petit-fils son successeur, aux dépends de l'Estat exposé aux plus affreux désordres ; un Régent anéanti, une éducation et un conseil de Régence composés uniquement et manifestement pour le règne absolu du duc du Maine. Enfin, comme si ce n'cust pas e^té assés, un codicile qui meltoit touttes les forces de la Cour et de Paris entre les mains du duc du Maine et qui livroil le duc d'Orléans Régent à sa mercy. Aussy l'ouvrage de lumière fut-il rendu public et unanimement approuvé dans la chambre de Louis XIII

et enregistré après toul (rmie voix au Parlement; et l'ouvrage de ténèbres demeura soigneusement enseveli sous le dernier secret jusqu'après la mort de Louis XIV.

Louis XUl ayant pourveu au gouverncnuMit du Iloyaume avec tant de prévoyance et de sagesse, ne voiilul j)liis s'occuper que de Dieu ; s'il parla depuis à quelques personnes tbrt distinguées ou fort privées, ce ne fut que courlenient : aux uns pour leur rnonstrer le néant du monde par Testât où ils le voyoient, aux autres pour les exhorter à se convertir et à ne pas attendre au dernier jour ; enfin à quelques seigneurs huguenols, au mareschal de Chastillon par exemple, pour les exhorter vivement à rentrer dans le sein de l'Église hors laquelle il n'y a point de salut.

On a veu cy-dessus que telle ne fut pas l'occupation de Louis XIV alité, ny de ses derniers jours ; qu'il fit alors ou se laissa arracher ce pernicieux codicile; qu'il le signa dans l'instant immédiat qu'il vcnoit de recevoir le Saint Viatique ; qu'aussytost après il parla à M. le duc dOrléans, l'asseura qu'il ne trouveroit rien dans son teslament qui pust luy faire de peine, et dans le peu qu'il l'entretint ce fut toujours comme celuy qui alloit estre le maistre du Royaume et de son successeur. On a veu aussy que cela fut court, qu'il fit après raprocher Mme de Mainlcnon et le duc du Maine qu'il retint fort longtemps.

En vérité le contraste est terrible ; je me garderay bien de le paraphraser. Quelle pénitence du scandale de sa vie, et la divine eucharistie presqu'encore sur les lèvres, signer un pareil codicile et tenir tout de suitte des propos à son neveu si estrangement opposés aux dispositions de son testament et encore plus du codicile où sa signature n'estoit pas encore seiche ! Comment enfin ajuster ces choses avec les prières continuelles, pleines de soumission

à Dieu et de détachement, qui roceupèieiit toujours jour cl nuit quand il se trouvoit seul et libre.

Louis XllI fut sans cesse assisté de trois des plus sçavants et des plus pieux évesques par lesquels il fut administré, et par de doctes et de saints préIres qui ne le quittèrent pas un moment, (jui tous sans intercsts, sans veues humaines ne s'occupèrent purementque de leur ministère, et de s'édifier des saints et des grands sentiments de ce juste mourant.

On a veu cy-dessus que l'obsession et la séduction fut toutte l'assistance que Louis XIV receut de ce peu d'ambitieux et d'inicressés rendus maistres de sa chambre et de sa personne, que tous rabandonnèreul dès qu'ils en curent tiré ce qu'ils s'estoient proposé, et paré avec la plus scandaleuse tromperie les scrupules et l'action hi plus chrestienne ; que dans cet abandon la messe fut (tubliée ; que ce pauvre Prince demanda souvent en vain son confesseur qui n'estoit suppléé par nul autre ecclésiasliquc dans des moments si prétieux, et que lorsqu'enfm ce confesseur venoit ce u'estoit que pour un instant. El pour finir un article si triste que je me haste d'effleurer seulement, de quelle main Louis XIV receut-il ses derniers sacrements et les derniers secours de l'Eglise? Ce contraste avec le Iloy son père est quelque chose de bien effrayant.

La seule chose qui puisse estre comparée dans la fin de ces deux monarques est la fermeté, la tranquilité, la | patience, l'inaltérable paix avec lesquelles ils virent, ils j; goustèrent, ils attendirent la mort, le père à la fleur de son âge dans de lorgnes et cruelles douleurs ; le fils dans la plus heureuse vieillesse, sans douleurs jusque tout à la fin, ^• alors mesme rares et modérées. On apperçoit sans peine la

i\'l PAUALLÈU:

cause (le celle Iranqiiililé, de ecdle paix (riiii jusle dont tous les monieiils de la \i(; occupés uuiqucment de ses devoirs, u'oiil esté qu'ini saciiliee eoulimiel à Di(;u, doni la miséricorde ne luy laisse que la crainte nécessaire pour souslenir son humilité, et couronne en luy ses dons par la confiance qu'il luy donne, par ce détachement cl parcelle ardenle charité qui ne souhaitte, qui ne respire que sa délivrance et pour aller jouir éternellement de Dieu.

La paix et la confiance de Louis XIV est plus difficile à comprendre. 11 faut trembler, admirer, espérer, prier cl se perdre dans le plus profond silence.

Mais quel rayon divin sur Louis XI II mourant, que celte prophétie qu'il fil la veille de sa mort de la bataille de Uocroy, si claire, si juste, si précise en si peu de mots si distincts, si hors de toutte apparence, si estrangère à ce qui l'occupoit tout entier, à ce qui se disoil devant luy, si subilcmenl et si grandement vérifiée ! Quelles arrhes de la gloire qui luy estoit préparée, dont il plut à Dieu d'honorer l'humilité prodigieuse de son serviteur, de son juste, et d'en rendre témoin hî prince de Condé à qui le saint monarque l'adressa, et tout ce qui estoit dans sa chambre. Te Deum laudcunus, etc....

CoDClusion. r> t 1 1 • • 1' • 1 •

com- Concluons donc, et je crois l avoir hien prouve, (jue

l'excellente et heureuse éducation de Henry IV, l'énorme et barbare éducation de Louis XIll, la douce mais mauvaise éducation de Louis XIV ne j)euvent estre comparées, non plus que leur position lorsque chacun d'eux a pris les resnes du gouvernement ;

Que Ileniy IV a tout deu à ses maistres, à la nécessité, à son premier estât de chef de parti ;

Que Louis XIII, à qui rien n'a manqué pour estre uiii- (jucmeut un parfait automate, a lout deu à sa volonté, à sa

valeur, îi son application, à ses talents, et malgré tout à soy-mcsme ;

Que Louis XIV a deu ce qu'il a monstre au raiincmenf, à la grandeur, à 1 éclat de la plus brillante cour, la plus galante, la plus polie, et au commerce des seigneurs, des ministres et des dames qui avoient le plus d'esprit, aux grâces infinies et à rimposante majesté de sa figure incomparable ;

Oue Henry IV n'a esté qu'importuné de sa sœur et de sa dernière espouse, et point embarrassé. J'obmets la première espouse; il y avoit longtemps qu'ils n'avoient aucune sorte de commerce ensemble lorsque Henry IV j)ar\int à la couronne, et ils ne se sont reveus que depuis le second mariage de Henry IV et toujours très honnestement ensemble depuis, sans qu'elle se soit jamais meslée de rien;

Oue Louis X.UI a sans cesse et plus gratuittement qu'il n'est possible de le penser, et dès avant la moit d'Henry IV jusqu'à la sienne, éprouvé les plus estrangcs horreurs de sa mère, de son frère dès qu'il commença à paroistre, de son espouse dès le moment qu'il fut marié, des complots |)ersonnels les plus horribles et les plus funestes complots d 'Estât;

Que Louis XIV dès sapremière jeunesse, jusqu'à sa mort a pour le moins esté aussy absolument Roy de sa famille, que des plus soumis de ses sujets. Cette position de la plus intime famille de ces trois roys est encore ce qui ne se peut comparer;

Que Henry IV estoit homme fait à tout, formé à la guerre, aux affaires, aux intrigues et à tout, quand la couronne luy échut à la mort d'Henry lU dans les conjonctures les plus difficiles;

Que Louis XIII n'avoit pour ainsy dire jamais veu la

414 PARALLKLi:

lumière du jour, t'I iic connoissoil (jue des visages encore en pclil nombre: cnlin (ju'on ne luy avoil pas monslré à lire, ny permis quoy que ce fusl, lorsqu'à seize ans il sortit (lu sépulcre dans lequel il avoit esté soigneusement scellé, quand Luynes l'en tira par la mort du mareschal d'Ancre et l'éloignement de la Reine-Mére le mesmc jour, et qu'il prit à seize ans les resnes du Gouvernement dans les conjonctures les plus délicates ;

Ouc Louis XIV prit les resnes du Gouvernement à vingt ans et demi, desjà formé au monde, dans la Cour la plus calante, la plus spirituelle, la plus l)i"illanle, qui malgré la politique de son éducation, avoit veu et ouï ])arlerd'a{Taires importantes dans les troubles de sa jeunesse qui a voient dépassé sa minorité. Il connoissoil donc ses excellents ministres et ce qu'il y avoit de principal en hommes et eu Femmes par le commerce, ou pour en avoir ouï parler souvent. D'ailleurs une mère alors qui ne songeoit plus qu'à luy plaire et à l'instruire dans les conjonctures de Cour et d'Estat les plus heureuses, une profonde paix et glorieusement concleueàOsnabruch et à Munster, puis aux Pyrénées : fruits des travaux et du sage gouvernement de son père qui sceut s'aider si utilement des Suédois ; Mœurs Que les mœurs de Henry IV se sentirent toutte sa vie de

.l'iletirv IV. , • • 1 1 n j

la licence des premiers temps, de sa situation de chet de parti, nourri dans le bruit des armes, la licence des camps et de la Cour la plus corrompue où il fut quelque temps comme prisonnier; que ce penchant à l'amour le jetta souvent dans de fasclieux inconvt'nicnts, puis dans des violences et dans des foiblesses dont les unes luy coustèrent cher, les autres mirent sa personne, son fils, son royaume dans le dernier péril; luy voyant tout, tout rcndeu public, sans avoir pu se déprendre d'un si funeste amour. Sa

passion surannée pour la princesse de Coudé, son éclat et tout ce qui en alloit suivre s'il eust vescu plus longtemps, enfin le brisement de tout obstacle, de touttes loix, de touttes reigles pour la grandeur de ses bastards ; son inconcevable foiblesse pour la duchesse de Guise, pour le duc de Mayenne ; sa haisne et celte mesme foiblesse pour leurs enfants qui ne le ménageoient pas, pour le maresclial de Bouillon qu'il avoit créé et qui ne cessa depuis de conspirer contre luy et contre le Roy son fils par les plus dangereux complots au dedans et au dehors; sa jalousie de valeur et de faits d'armes contre le mareschal de Biron et d'autres de ses capitaines, et contre les grands capitaines estrangers ; enfin ses grâces et sa bourse toujours ouverte à ses ennemis pour se les réconcilier, et fermée à ses plus asseurés serviteurs, si on en croit Mme de Rohan sa bonne amie. La disgrâce et la pauvreté de Sancy est un fascheux trait en ce genre ; Que les mœurs en tout genre de Louis XIII seroient Mœurs incompa-

, ,, . • , T • 1 • lables

uniques sur le trosne rrançois sans sauil iiOuis, depuis sa iie Louis xm. naissance jusqu'à sa mort et seront en exemple, en admiration, je dirois volontiers en frayeur à la postérité la plus reculée ;

Que celles de Louis XIV n'ont pas esté meilleures ny comparaison des plus exemptes de violence que celles d'Henry IV avec duenryiv et de lesquelles on peut les comparer. On a veu cy-dessus quelles furent celles d'Henry IV à l'égard du mary de Gabrielle d'Estrées, qu'il força à se laisser démarier pour se démarier luy-mesmc et couronner Cabrielle et les enfants de leur amour: et ses promesses de mariage à cette belle, puis à la Marquise de Verneuil qui pensèrent renverser l'Estat. Louis XIV n'eut pas les mesmes occasions, mais il fit trembler la Reine sa mère et le cardinal Mazzariu par son

410 l'ARALLÉLE

ninoiir pour la Manciiii qu'il voiiloil abxilunieiil espouser, et rompre le mariage d'Espagne (roù dépeiidoil la paix des Pyrénées, en sorte que la Reine et le Cardinal curent des peines infinies à le gai^ncrelà le déterminer. 1/enlévemenl violent de Mme de Monlespan à son mary répond à la violence faille au mary de Gabrielle, et si la première ne fut pas poussée aussy loin, c'est que Louis XIV, si grandement et si vertueusement marié, ne put jamais penser à répudier la Reine pour espouser Mme de Monlespan. Du resle il n'eut pas moins de maistresscs déclarées que Ilenr^' lY, sans les passades comme luy, cl ne leur fut pas moins prodigue : et si Henry IV rompit le premier les barrières des loix en faveur de ses bastards, par quels débris de raison, de politique, d'honnesteté publique, et de touttes les loix divines et humaines, ne tira-t-il pas du fond du néant ses bastards doublement adullérins pour en souiller tout son sang légitime jusqu'au plus proche et avec la violence la plus puldique; pour les porter après par les degrés jusqu'alors les plus inconnus, à la parité des Princes du sang et à l'habileté de succéder à la couronne : à la couronne, dis-je, dont il ne pouvoit disposer en aucun cas, ny seul, parce que nos Roys n'en sont pas propriétaires, et qu'ils n'y sont appelles que par la substitution establie d'aisné en aisné, à l'auguste Maison tant qu'il en subsistera un masle légitime.

Si l'éclipsé de Coulras après la victoire, et d'autres échapées ont esté reprochées à Henry IV, le retour si domageablement précipité de la dernière campagne d'Hollande, de plusieurs autres, enfin de la dernière de Louis XIV, ne font p^is une moindre ombre à ce Monarque qui en ce genre ne l'a pas compensée des traits d'Henry IV si lumineux et si brillants. Ces deux Piinces ont terminé la carrière de

leurs amours par les deux extrémités les plus opposées : l'iiniour de la princesse de Coudé et tout ce qui eu nlluit suivre, sans les furies qui assassinèrent ce grand monar(|ue. et le profond et déplorable abysme qui engloutit Louis \IV par son mariage et ses suittes avec la Scarron. Ouaul ;i l'amitié, au souvenir des services, ce n'estre que personnel, je ne scay qui des deux l'emporta. Henry IV au moins y monslra pour l'ordinaii-e plus d'onction et d'adresse:

Que si Henry IV excella eu faits d'armes, en conduiltc. Militaire

. , •!• • •! • • p f llenrv IV.

eu capacité, en vertus militaires il y avoit este lorme par les plus grands maistres et les plus intéressés à en faire un très grand capitaiue et par son estât si long de chef de parti, par la nécessilé et par une expérience conliuuclir (pii ly rendit consouimé en lui âge meur, à la uioil d'Henry 111 ;

Que Louis \III ne liiy lui iiilérieur en rien en ce genre, Cmiparaisonini-

,.,.,, . " ,. , ■ . . , litaire de

avec cette dilierence imuieiise qu il iguoroit loul jusqu aux iiemyiv et de idées des choses lorsqu'à seize ans il prit les resnes du gouvernement; et que lorsque tost après il fit ses premières aimes, bien loin d'y estre aidi' et instruit par ses capitaines, aucun n'osa s'approcher de luy dans la crainte du conestable de Luynes qui n'en sçavoit pas assés pour l'y former, et qui en avoit encore moins la volonté. Ce fut donc à soyniesine que le jeune monarque dent tout, à sa valeur, à sa volonté, à son application à s'instruire, à voir faire de près, et après la mort du coneslable à faire parler sesgénéraux, à raisonner avec des officiers distingués dans les différentes parties de la guerre, à discerner les différents avis, à peser tout, et à s'acquérir une expérience personnelle par tout voir de près et se trouver partout. On a veu icy en son lieu les faits d'armes et la conduitte militaire d'Henry IV ctde Louis XIII; celle des combats du père et leur extre.sme

il8 PARALLÈLE

brillaiil ne rauroieiil pciil-cslro pas exemple de jalousie s'il ûvoil pli voir la prise des isles de La Rochelle el le Pas de Siize. Je ne sais mesme si ses fameux et périlleux sièges luy eussent laissé voir de bon œil celuy de La Uoelielle si supérieur en tout à tant d'autres dangereux et importants taits en personne et conduits avec tant de valeur, de science et de gloire par le roy son fils. Ce sont deux héros bien reconnus pour tels, car le sublime du courage el la capacité militaire ne fut jamais disputée à Louis Xllf. Je me garderaydonc bien d'oser prononcer entre eux deux; mais sans le faire je demande du moins celte équité qu'on se souvienne des grands maislrcs, des conjonctures, des nécessités qui ont formé Henry IV aux armes, el que Louis Xin destitué de tout secours et pis encore en tous genres et singulièrement en armes, s'y est l'oiiné luy-mesme et n'y a eu d'autres maislres que soy; '•'""•^ ^'v. Que Louis XIV est demeuré intiniment éloigné ih' Ilenry IV et de Louis Xlll en tout genre militaire. Celte assertion n'a pas besoin de preuve , malgré tant de brillant et de conquestes, bien éloigné toulesfois de la modestie, de l'humilité, de l'oubli de gloire, d'exploits et de talents de Louis Xlll, mais supérieur de bien loin à Henry IV en jalousie de réputation el en trophées sans nombre et de touttes les sortes ; ..ouvernement Que Heurv IV a glorieusemcnt laisse en doulle s'il fut

il HenrylV exquis ^ o t> i

mais avec pkis grand capitaine ou plus grand roy. L adresse et la

'les roiblcsscs fît •

des fautes sagacité de son début à Saint-Cloud, sa vaillante industrie cà occuper ses Irouppes par une guerre vive et continuelle pour accoustumer ensemble ses huguenots et les catholiques qui Icreconneurcnt el le servirent; sa sage accortise dans le maniement des grands de son partiel pour ramener à luy ceux du parti de la Ligue ; ce fin et juste discernc-

considt'rables.

ment qui liiy fît saisir le moment de sa conversion et s'ap- {)lanir la possession effective de la couronne sans s'aliéner les huguenots du dedans ny les protestants du dehors ; la justesse de ses choix pour son conseil, pour envoyer dans les pais estrangers, pour conclure la paix de Vervins. pour composer et faire passer l'Édit de Nantes ; sa singulière prudence à obliger solidement les Papes et les Princes protestants ; son adresse incomparable à soustenir de ses trouppes, de son argent et de ses conseils la république naissante des Provinces-Unies, en pleine paix avec l'Espagne sans toutesfois l'altérer, et couronner ce grand ouvrage par la longue trêve dont il eut tout l'honneur, qui la rendit indépendante et bientost après souveraine. Ce sont les merveilles qu'on ne peut trop admirer, non plus que sa manière de Iraitler ses afl'aires avec ses ministres, d'entretenir ceux qu'il envoyoit dehors et qui en revcnoient, les grands, les personnages, les ofliciers distingués par Icius lalenls ou pai- leurs actions, surtout les gens départi, d'attachements d'inclinations dilTérentes, et se garder aiusy d'ignorance, de pièges, d'estre gouverné et tenir ses ministres en bride, et tous les autres gens considérables en i aison. Toutesfois ce grand Roy ne fut pas exempt de fautes et de foiblesses indépendament de celles où l'amour le jelta, et qu'on a veues icy ailleurs. La conférence et les suittes de la conférence de Fontainebleau entre le Cardinal du Perron et du Plessis Mornay ne luy peut estre pardonnée, ny l'affaire du marquisat de Saluées dans touttes ses diveises parties, ses suittes, son estendeue et son succès ;

Que Louis XUl n'a pas esté moins grand roy que Louis xiii, Henry TV et n'a pas opéré moins de grandes choses. N'ou- ^°'"iou'\^érne-'''' blious pas de remarquer la différence de l'âge, de l'instruc- '^fjeLoufs^xm'^

'i'20 l'AIUl.I.KLE

lion, (le r('X}iéiieiitt' (jni liiy uni cnlièrciiiciil inanquô cl plus (juc iiianqiu' ; ([iic llciiiy IV a eus si ('oiiiiilcllcmcnl. lorsque tous doux ont |»i is les icsnos du fjouvcruoinoul, Louis Ml! cid'oui coiiinic diins un st'inilclnc depuis sa naissance (il jusqu'à la uioii du luaicschai d'Ancre, scellé dans l'ignorance la plus iiroloiide de gens et de choses nu^snie les plus communes, ])assa lout d'un coup du fond de ces ténèbres dans le plus grand jour cl le plus éhlouissant |»ar un libérateur ()ui n'avoil ny In ( ajtacilc' ny encore moins la volonté de l'inslriiire, uy de le laisser instruire. Ajoutons l'énormité de ce (jn'il cul de plus iulimemenl proche. <'t on sentira tout ce (pTil eut à perccM". à sni'inonter pour se former luy-mesme au gouvernement et de quels talents naturels il fut doué pour n'avoir don tout ce qu'il fut qu'à soy-mesme. Je croys avoir mis dans un assés grand jour la nécessité où il fut défaire un premier ministre, l'excidlence de son choix, sa sage fermeté à le soustenir, comment il sceut bien s'en servir sans en avoir jamais esté gouverné ny })ar antres, en grandes iiyen petites choses, pour n'avoir }ias besoin d'en rien i'é[)éter icy. Je me llatte encore d'avoir si b en })rouvé son extrême délicatesse sur les devoirs de (ils, de frère, de mary et de lloy, et sur la justice et la nécessité des testes coupées de son règne, que je n'ay pas besoin d'en aporter icy de preuves nouvelles. Disons avec la confiance que donne la vérité, qu'il faut une grande et bien singulière justesse de mani pour tenir le timon au milieu de tant de Princes et de grands si appuyés au dehors et au dedans, une manière d'Estat dans son Estât, uni, lié, hérissé de places fortes, soustenu des Princes protestants au dehors, et au dedans par des chefs également habiles, factieux, eslablis et appuyés; enfin an milieu des plus dangereuses factions tonjoui'S

renaissantes et des plus estranges complots dont l'âme, la source, la nourriture résidoient dans sa mère, son espouse, et son frère vingt ans son présomptif héritier.

Si du dedans on passe au dehors, on trouve ce mesnie duc de Savoye qui s'estoit mocqué jusqu'au bout d'Henry IV, soustenu partoulte la Maison d'Autriche, pour dépouiller entièrement le duc de Mantoue, se faire le dictateur de ritalie, en tenir à jamais la porte fermée à la France, et en conserver d'ouvertes chez elle pour poursuivre ses anciens desseins: en niesme temps l'Empereur devenu Roy <'l plus que Roy absolu de l'Allemagne par la bataille de Prague, et l'exemple effrayant du Palatin. Enfui l'Angleterre, laissant paisiblement opprimer son gendre, piu's son be.iu-fj'ère, toutic occupée à profiter de La Rochelle pour perpétuer les troubles intéiieurs et favoriser l'Espagne pour entrer en Picardie. Ce groupe estonne, il elTrave: c'est pourtant de quoy Louis XIII vint à bout. Son espée désarma les huguenots; lit tomber La Rochelle, touttes leurs places de senrcté. les réduisit à la condition de sujets, abatit Jeuis chefs, brisa leurs unions estrangères. Aussytost après il vola au secours de Mantoue. empoisonna ce vieux serpent de l'excès de sa gloire, rendit la liberté à l'Italie par le tiaitté de Quérasque, et mit aussytost après un fiein à la puissance et aux succès de l'Empereur par le; trailté avec la Suède, les victoires du grand Gustave- Adolphe et l'art incomparable de soustenir de si grandes choses avec les Suédois, api es la mort de leur héros au milieu de ses triomphes, repousser les Espagnols plus avant que chez eux, leur faire perdre le Portugal et couronner tant de grandes choses par la conqueste du Roussillon en personne; plus que tout, s'esire fait Roy chez soy

4'.>2 l'AHM.LI'LE

sans plus avoir à y compter avec personne et y estre Roy iiiodôrô juste, père do ses sujets de tout ranj^ et do tout ordre; et parmi tant de complots et do guerres civiles el estrangères, laisser son peuple à son aise, tranquilo, heureux, sous l'abri de la protection et de la barrière des loix «|ue ce grand l'riiico aima, honora, prolégea et n'eufreignit jamais. Oue l'on compare maintenant ce gouvernement avec celuy de Henry IV, leurs positions, leurs difficultés. Si je n'ose prononcer entre les doux, du uioins ay-jo lieu (respércr que je n'en ay point la sentence à craindre, ny do fautes et de foiblesses à entendi-o reprocher à cet admirable gcuivornemcnt.

Louis XIV. Que le respect profond que je conserve pour Louis XIV sous lequel j'ay si longtemps vescu et que j'ay veu de si près, m'arresle sur un gouvernement d'écorce si brillante, de fond si desiruclif, si hérissé do si grandes faulles, jamais le sien, toujours celuy de ses ministres^ au choix de la plusparl desquels, et de ses favoiis autant ([u'ils on ont pu avoir le nom, il n'a pas esté plus heureux qu'en celuy des lieux où il s'est plu à prodiguer tant de trésors. Je me contente donc de dire pour céder à la vérité trop connue, que ce gouvernement no peut entier avec pas un des deux précédents en aucune soile de comparaison ; j(niiLis temps (jne la mort dllenrY IV ne laisse que de l'horreur et des

et mort ^ '' , /

.le Heniyiv. himics, dc rostonnemont du précipice où sa passion pour la princesse de Condé l'alloit engager, de justes regrets de ce que ses jours furent tranchés au moment qu'il j»arloil pour l'oxeculion la mieux concertée et préparée, à l'occasion de l'ouverture de la succession dc Saxe cl de Juliers ;

lie ij'\\\i XIII. Oiie les derniers temps do Louis XIII tout occupés parmi

HES TROIS ROIS. 425

dos douleurs aiguës el continuelles de pourvoir au bonheur, à la Iranquililé de la cour et de son royaume, et sa précieuse mort à la Heur de son âge. sont encore s'il se [)eut plus admirables que sa vie, dont ils furent la suitte naturelle et le glorieux couronnement. Ce soin de réfléchir à tout, de peser, de balancer tout, de n'oublier rien, de pourvoir à tout; cette hiunble paix, ce sincère détachement de tout soy-mesme. ce vray mépris du monde et de sa gloire, cette prudence d'exposer ses dispositions en public et de vouloir que chacun en dise son avis sans contrainte; ne vouloir plus après estre distrait par rien pour consommer plus saintement son sacrifice : quelle fermeté d'âme, quelle grandeur de courage, quelle aimable paix, <|uels élans d'espérance cl de désir d'aller à Dieu! Eh sur quels fondements solides, sur quels appuys des dons de J>ieu qu'il n'avoit pas leceus en vain ! Mais quel éclat de gloire (jui ratifie sa jiisic espérance aux yeux de tous, quel layon divin (jiii le lail (ouf à coup clairement prophétiser. Ouellc sublime distinction il a plu à Dieu de faire de son juste en ce dernier passage, et de luy confirmer miraculeusement ce nom si grand, si rare qu'il avdit sans cesse si bien mérité;

Que les derniers temps et la mort de Louis XIV concen- ne Louis iw. hent le cœur par leui' contraste, leur comparaison avec ce ({u'on vient de voir de la fin bien heureuse de Louis Xllf. Kn proye aux manèges, à l'obsession, aux duretés, à la liranie d'une ignominieuse cspouse et d'un bastard dou- Idement adultérin , auquel il ne manqua que du coulage pour estre plus dangereux et plus heureux que les (iuises. Ils luy arrachèrent peu à peu et jusqu'à ses derniers jours, de quoy faire de ce bastard en attendant mieux, le CroniNvel lie la régence. Le successeur, l'Estat

iU l'Ar.AI.LKI.E

(Idiil il ne lit jK-KS la plus Irgciv iiicîilion, le ivnciil siiiiniil liiy liiicnl sacrifiés, et pour qu'il n'y mariquasl rien à suii licre api'cs liiy qui n'y pensa januiis. Aussy se ^ardùrciilils ijien do laisser voir de telles dis[)()silions; ils les enveloppèrent des pins épaisses ténèbres et de louttes les seiirelés qu'ils purent imaginer. Les derniers propos t\\i lioy à M, le due d'Orléans, pour ne pas dire les seuls, en soilant de connnunier en viatique, et de signei' tout de suide un énorme codicile, furent bien contradictoires à des pandes de vérité. On gémit sur son assistance spirituelle el les derniers abus de ces nmbilions. On est indigné de la désertion de l'inlame espouse, du factienv bastard pour le nommer modérément, des deux cardiiiauxet du coniesscuidés qu'ils n'eurent plus rien ;i lircr de ce Hoy niouraiil. mais qui dura encore quelques jours, qui demanda celle lemme pour en estre abandonné une seconde l'ois; et souvent inutilement son confesseur qui n'estoit suppléé d'aucun autre ecclésiastique et qui revcnoit ruremenl el pour des instants. Parmi tout cela luesme fermeté d'àiiie (juele Roy son père, mesme mépris du monde, luesmedétachement de soy, mesme regard fixe de la mort si [)r(icliaine, mesme foy, mesme espérance, mesme tranquilité, mesme patience, mais presque sans douleur; enfin mesme . onliance et mesme paix. Heureux toutesfois si des disposiliojis si consolantes avoienl eu les mesmes fondements ((lie celles du Roy son père! L'estat où il laissa ses sujels et son peuple ne ressendda eu lieii i\ celuy où Henry IV cl Louis Xlll les avoienl laissés.

l'^nfin c'est maintenant au lecleui' à [)orter ini jugeiueul éclairé et équitable entre Henry le (ii and, Louis le Jusle el Liiuis XIV qui au moins dans les deiniers temps de sa

vio, a si bien mérité le nom de Grand par la magnaiiiinilé incomparable dont il a porté les plus cuisants malheurs d'Estat et de famille ; au lecteur, dis-je, à estre [»ersuad('' que la vérité la plus exacte a conduit icy tous les traits de ma plume et a sans cesse dominé ma juste reconnoissance. plus encore s'il se peut tous mes autres sentiments.

UN uu rAiiAi.i.KF.i; 1)1 s Tiiois nois

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