I) ' j' • t- p •! I tiinée vers
en france par lesperance d une jonction facile avec luy Trente ei sa par l'Italie en occupant Trente et y faisant marcher le duc Lin^déiué du de Vendosme. Ce projet dont le seul motif fut l'extresme ^"Icouvenr^*^ brouillerie de Villars en Bavière, nuissament soustenu par *^^ houppes dé- Mme de Mainlenon, conséquemment par Chamillart, devint et anestées. funeste. On ne put profiter en Allemagne du succès de la première bataille d'Hochstet. Les avis certains de la défection du duc de Savoye et de son traitté signé avec les alliés firent revenir snrluyen loiilte lias le le duc de Vendosme qui estoit déjà à Trente et qui })erdit beaucoup en ce retour précipité el fort harcelé. En arrivant il désarma et arresta comme prisonnières presque touttes les trouppes de Savoye jointes encore aux nôtres; et au lieu de la simple guerre d'Italie avec rKiiipcreur, on l'eut avec le duc de Savoye, touttes ses places contraires et la communication avec la France assés difficile. L'Electeur de Bavière occupé Itartout, eut touttes les peines imaginables à ramener ses trouppes en Bavière et en perdit beaucoup en chemin. La malheureuse bataille d'Hochstet dont le nombre liataiiie .riiociiset le poids des fautes est incroyable, ramena touttes et'ses'T-n'ues. les armées d'Allemagne en Alsace où les Impériaux prirent Landaw. L'Electeur de Bavière revenu à Bruxelles perdit ses Estais, et sa famille essuya les plus cruels traittcments de l'Empereur, ainsy que ses pais, qui le mit au ban de rEmpire et l'Electeur de Cologne bientost après.
Daiaiiie navale On avoil icsliibl'i (]iU'l(iiH' iiuu'ino cu favcur (lu Cumlc
près^dlMaiaga do Toloso ; il s'cii scrvil hcuirusciiiL'iit cl battit la flotte Tonkharïai.r ('luicmic pics (Ic Maloga. La nuit les sépara ; il voulut et '"T.Trse'"" l'Ut achever sa victoire le lendemain, la flotte ennemie
amaniitia nia- ^^^ pouvuil lui écliaper, et aller droit reprendre Gibraltar. Lemareschal d'Estrées et tous les officiers généraux estoicnt du mcsme avis, mais d'O qui avoit la confiance et les ordres du lloy, sans lequel on ne pouvoil lien taire, s'y opposa si opiniastremcnt qu'il sauva la Hotte ennemie et Gibraltar qui en est demeuré aux Anglois. Pontchartrain, outré de voir le Comte de Tolose i»rendre crédit et autorité dans la marine et qui avoit eu plusieurs prises avec luy, la ruina peu à peu exprès pour empescher le Comte de Tolose d'aller à la mer et de s'y accréditer davantage. C'est ce qui la mit entièrement à bas ; et le singulier est que Pontchartrain avec qui j'estois fort bien alors, eut rimpi'udence de me le dire.
Siège de narce- Je passc cucorc tout de suillc à la cruelle année 1700.
par rhiiippe V. Lc siègc de Barcelonne si légèrement entrepris fut levé à la veue de la flotte angloise, et le Roy d'Espagne réduit à traverser un coin de la France pour jcntrer en Espagne dont tous les chemins luy esloient fermés par la révolte de la Catalogne et de l'Aragon, destitué alors de houppes suffisantes pour en oser tenter le passage.
Le raareschai de Ce uialheur arHva le 12 niay, et le 25 suivant le maresrevenu'ïliie- ^dial de Yilleroy en eut un bien plus sensible. Le Roy
magne perd la [\^^■^^\^ (i,.,; j^> sa prisou de Stiric et mis à la teste de son
bataille de ^
Rameiiiies, le j^^niée de Flandi'cs ; lassé de se voir consumer par la
jugement, . .
les Pais Bas, et criierrc, il voulut uue balaille qui pust décider, sans faire
se jette o ' ' ' . . . •
follement dans réllection à qui il la comiuelloil, au peu de fruit qu'il avoit
unepro- . , , ,. . ' i • • < • i
fonde disgrâce, retiré de celles que ses généraux lui avoient si souvcnl gaignées, aux suiltes immenses de celles qu'ils avoient pcr-
dues, dont la mémoire de celle d'Hochstet ne pouvoit eslre vendosme luy
, , succède
si tost effacée. Il en donna l'ordre précis à Villeroy, mais enFiandies.remenmesme temps d'attendre à la donner que le mareschal de itaiie par m. le
,,,.,,,... ir, 1 £ »•! 1 Duc d'Orléans.
Marchm 1 enst jomt avec un gros détachement qu il luy amenoit de l'armée du Rhin. J'en ai vu les lettres que Chamillart m'a montrées, car cet ordre luy fui répélc avec cette mesme condition. Villeroy picqué de ces ordres réitérés de combattre, en voulut avoir seul l'honneur, et sans avertir l'Electeur de Bavière, généralissime de l'armée qui estoit encore à Bruxelles, ny attendre Marchin qui n'a voit plus que trois jours de marche pour le joindre sans nul empeschement, alla prendre un poste où M. le duc d'Orléans m'asseura qu'il seroit battu, parce que M. de Luxembourg luy en avoit monstre et expliqué tous les deffauts sur le lieu et averti de ne s'y jamais mettre s'il vcnoit à commander une armée en Flandres. 11 en arriva le lendemain ce que ce Prince m'avoit prédit. La bataille de Rameillies fut perdue ; jamais moins de tués et de prisonniers de notre part, mais jamais tramontane plus entièrement perdue. L'Electeur qui accourut et qui se trouva à la fin de la bataille ne put jamais obtenir du mareschal de Villeroy de se poster sous les places, ny pas un des officiers généraux ne luy put faire entendre la facilité et la seureté de le faire et de conserver ainsy les Païs-Bas Espagnols et les nôtres. Il abandonna tout d'une tire et n'en voulut jamais croire que soy.
L'inconcevable c'est qu'il ne manquoit pas de valeur. Toutte l'armée cria contre luy ; Paris et la Cour s'y joignirent. Vendosme fut mandé d'Italie, et M. le duc d'Orléans choisy pour l'y remplacer, parce qu'on crut nécessaire d'y envoyer un Prince du sang, et que le Roy s'opiniastra à ne vouloir point de M. le Prince de Conti (pi'il n'ai-
'276 l'AHAI.LKLE
moi I pas, ot qno n'os;nil a|nès ce qui s'ostoil passô t'on-
lier uno arinôc au (lin- du Maine qu'il avoil égale'' aux
Princes du sang, il y vouliil un Prince de rang supéiienr à
eux.
Sa foiblesse poui' le mareschal de Viliemy (jnoy ([u"au tond il l'enst toujours méprisé, et son mépris alloil 1res bien avec son affection, le porta à consoler le mareschal de Yilleroy, à luy repi'ésenter hiy mesme la nécessité où il se trouvoit de satisfaire son armée et le public en le rappellant et luy substituant un autre général ; qu'il luy demandoit comme à son ami de luy aider à cacher ce dégoust en luy demandant luy mesme son congé et son retour et l'asseurant qu'il le trouveroit toujours le mesme, plein d'amitié pour luy et de désir de luy en donner des marques. Villeroy s'excusa de })rendre ce parti ; le Roy insista, luy représenta qu'il n'avoit pas un moment à perdre parce que le duc de Tendosme alloit arriver; Yilleroy répliqua avec hauteur qu'il n'estoit point fou, qu'il se porloil fort bien, qu'il se sentoit en estât de commander l'armée, qu'il ne prétexteroit donc ny sa santé, ny aucune autre chose pour demander son retour ; sur quoy le Roy picqué le rappella, le récent mal, et laissa voir une véritable disgrâce. Comme il s'en prit à Chamillart avec éclat, ce ministre me montra toultes ces lettres t>a Feniiiade fait Le Rov qui u'aimoit ny le duc de La Feuillade, nv à se Je Tuiin. servir en chef de jeunes gens, avoit refusé à Chamillart la permission de luy donner sa fille, dans la crainte de l'ambition de ce gendre qui le feroit importuner par son beaupère. Chamillart s'éprit tellement de La Feuillade qu'il obtint à la fin la liberté de luy faire espouser sa fille; et bientosl après tout ce (|ue le Roy en craignoit ; mais son goust extresme pour Chamillart opéra un triste prodige: il
liiv proposa de charger en chef du siège de Turin, son gendre. Chamillart surpris au dernier point, sentit le poids d'une telle commission, refusa et représenta sincèrement ce qu'il y avoit à dire là-dessus. Le Roy persista, et il est vray que Chamillart ne s'affligea point du peu de succès de ses remonstrances.Le pis fut que ce grand siège fut plus qu'annoncé une année entière avant l'exécution et donna tout le temps aux ennemis de prendre touttes leurs mesures.
In autre malheur fut la précaution qui fut prise à m. le Duc d'Or l'égard du coup d'essay de général d'armée de M. le duc totaiemem sou d'Oiléans. Le mareschal de Marchin luy fut donné comme Boy'^àuràvis di un mentor sans 1 aveu duquel il ne pourroit laire quoy deMarciiiudom que ce fust, et le Roy en exigea sa parole et donna en sa '^e'm'i'oui. présence toulte autorité à Marchin.
Ce mareschal estoit une manière de linotte, intriguant qui s'estoit poussé en faisant sa cour à tout ce qui estoit en quelque place ou crédit, par tous moyens, qui treinhloit sous les ministres, et qui sacrifia M. le duc d'Orléans, rarinée, et l'Italie à La Feuillade, dans la frayeur et l'adulation de Chamillart, dont la ciainli' cxtresine de se commettre avec l'armée du Prince Eugène acheva de tout perdre.
.M. le duc d'Orléans arrivant de sa personne devant Turin où tout estoit au douhle de tout ce qui estoit nécessaire pour ce grand siège, le liouva si peu avancé, et tout si mal dirigé, qu'il ne put s'empescher de lemonslrer. On en sgavoii desjà quelque chose à Paris malgré le frein de la politique.
Yauban, aussy bon patriote que grand preneur de places, Beiie ei inutiu en parla au Roy; luy dit qu il n estoit pas juste que la nK.ieschai de grande récompense qu'il luy avoit donnée l'empeschast de ^''"''^"'
■J78 l'ARALLÈLE
le servir, qu'il le siij)])li()il de liiy perniellre d'aller à Turin y fairiî uniquement l'ingénieur, y laisser son boston de niareschal de France dans sa poche, etLaFeuillade général en chef et en pU'in sans se mesler, luy, d'aucune auli-e chose que des travaux et des attaques : il se jelta aux genoux du Roy et ne put l'obtenir. M. le duc d'Orléans (jui ne fit que passer devant Turin, alla joindre l'armée où le (hic de Yendosme l'attendoit impatiemment pour la hiy remettre et partir. M. le duc d'Orléans passa un jour avec luy sans en avoir pu tirer la moindre instruction ny le moindre éclaircissement.
Je me souviens sans cesse que ce que j'écris n'est ny histoire, ny mémoires ; je passe donc des détails infinis sur le siège et sur l'armée; mais il y a des faits qu'il faut exposer. Le sort de l'Italie dépendoit de celuy de Turin, et le Prince Eugène n'oublioit rien pour arriver au secours de cette place, parmi les divers mouvements de son année et de celle du Roy pour s'y opposer. Un pacquet intercei)té du Prince Eugène à l'Empereur fut aporté à M. le duc d'Orléans; il estoit en chiffre, et ce Prince ne trouvant point de quoy le déchiffier parmi tous les chiffres qui luy avoient esté donnés, l'envoya au Prince de Vaudemont dans l'espérance qu'il l'auroit. Soit que Vaudemont l'cnsl acquêt chiffré OU uc l'cust pas, il uiauda quc ce chiffre luy estoit enlièi-etard ijéchiffré. uicnt incounu, de façon que M. le duc d'Orléans fut obligé d'envoyer ce paquet au Roy par un courrier poui- en apprendre ce qu'il porloil. Les armées arrivoienl cependant Le faner, sur le Taucr. Disputlc entre M. le duc d'Orléans qui voiiloit se présenter au passage, et l'empescher mesme en donnant bataille, et Marchin qui ne le voulut jamais. L'armée ennemie passa donc fort aisément et se hasla vers Turin, sans qu'il fust permis à M. le duc d'Orléans
<|ue (les ruses inutiles pour la retarder, sans rien qui la pust empescher d'arriver. Parvenues toultes deux près de Turin, mesme disputte et rnesme succès sur le passage du Pô où M. le duc d'Orléans vouloit arrester et combattre le lcpô. Prince Eugène.
Enfin le niareschal fit entrer l'année du Roy dans les lignes malgré M. le duc d'Orléans qui voulait la tenir au dehors pour combattre plus librement et se porter }»lus aisément partout. Arrivés dans les lignes, elles se trouvé- Les Lignrs. rent mal faites, mauvaises, point achevées, longuement interrompues en beaucoup d'endroits. M. le duc dOrléans qui avec tous les officiers généraux de son armée les jugea insoutenables, voulut l'en faire sortir et marcher au Prince; Eugène. Ce fut en vain; tellement qu'après la plus vive disputte achevai et publique avec Marchin, M. le duc m. le Duc dOrd'Orléans déclara tout haut qu'il se démettoit de tout tout commandecommandement, qu'il se lavoil les mains de l'événement ne le reprend et qu'il se retiroit chez luy où il ne vouloit entendre parler *'"j*o"uiie'^rar-'^^ de quoy que ce fust, et l'exécuta sur le champ. Il ne sortit e'i''pei^d7a''"bade sa retraitle qu'aux cris de l'armée et aux instances des '«'"e Je
, , . 1 urin.puis l'Ita-
officiers généraux et particuliers qui coururent chez luy lie par la
cabale iiilércs-
aux premiers mstants de 1 attaque des lignes. 11 envoya sée des
.. , ■ .-o p • 1-1 •. ofliciers géné-
trois ordres consecutits pour taire marchera luy vingt- ,. aux pleins d'ardeux bataillons retranchés sui- la hauteur des Capu- °*^"'' cins qui n'en branslérenl jamais, disant qu'ils ne le pouvoient sans un ordre de La Feuillade qui ne le donna point.
Tout estant perdu, la retraitle commencée et jamais inquiettée, et M. le duc d'Orléans dans sa chaise dangereusement blessé, il voulut tourner en Italie. Ce n'estoit pas le compte des officiers généraux gorgés d'argent qu'ils vouloient raporter chez eux. Il ne s'y estoienl pas épar-
liiK's et Vaudoiiioiil [xtiir se faire des amis li^s y avoil favori ses»
Autre disputte de M. le duc (rOrléaiis avee eux, sur le retour en Frauce ou en Italie ({n'ils mainlenoieiit iuijjossible. Le Prince s'opiniaslra, mais il n'avoit pas fait un quart de lieue que Daraisnes Lieutenant général et major général de l'armée, luy vint dire qu'il avoil envoyé devant et esté luy mesme reconnoistre des passages, et qu'ils estoient tous gardés et impossibles à forcer; tellement (|ue M. le duc d'Orléans à bout de fatigues, de disputles, de douleur de sa blessure, consentit à reprendre le chemin de France. On sceust dans les vingt-quatre heures lorsqu'il ne fut plus temps (|u'il n'y avoit nulle sorte d'obstacle lorsque Daraisnes les lit si grands, et que rien n'eust empesché le retour en Italie où Medavid battit en mesme temps le Prince de Hesse, et que malgré les malheurs de Turin on auroit conservé le Milanois.
M. le duc d'Orléans receut aussy du Roy le pacquel déchiffré. On y trouva que le Prince Eugène rendoitcompt(> à l'Empereur de touttes les difficultés de sa marche à Turin, et qu'il luy mandoit que si l'armée de France s'opposoit à son passage du Taner, il estoit impossible qu'il le tentast; qu'alors il seroil réduit à des circuits qui luy teroient perdre ])ien du temps, lesquels auroient encore des difficultés (ju'il n'osoit répondre de surmonter, si l'armée françoise continuoit à le tenir de prés et à s'opposer à tout.
Marchin fut pris et mounil la Jiuil mesme de ses blesseures. La Feuillade disgracié ; puis l'Italie fut perdue el une belle armée défaille.
En 1707 le duc de Berwick sauva l'Espagne par la bataille d'Almanza, et y servit le reste de la campagne
SOUS M. le duc d'Orléans qui y avoit esté envoyé sans entraves. Villars fit une belle campagne en Allemagne où il ne s'oublia pas. Le duc de Savoye tâcha de prendre Toulon à l'aide de la flotte angloise et de s'emparer ainsy de la Provence, à quoy on ne s'atfendoit pas; mais il y eut le rnesme sort que Charles Vy avoit éprouvé autrefois.
Me voicv arrivé à ces années funesles dont les malheurs Année nos ei
suivantes
sont si connus, mais dont les sources sont si ténébreuses, jusqu'à la paix. et dont les ténèbres quoyque trop bien éclairées, sont si affreuses qu'elles ne se peuvent encore après tant d'années développer qu'en énigme et en gros. Elles percent le cœur, elles font dresser les cheveux à la teste, elles ont creusé des précipices qui ont pensé engloutir la France, qui malgré des miracles de la pure providence gémit encore, et gémira longtemps sous le poids accablant des suittes qui en ont résulté. Le fond de cet abysme d'hor. reuis n'est pas inconnu, tant s'en faut ; mais semblable à l'enfer d'où il est sorti, quelle est la |)lume qui oseroit le rendre? Tremblons mesme d'en api»rocher.
Il est des complots d'une audace tellement incroyable (|U(' cela mesme les fait réussir : Ici l'iil ccluy ({ui ne craignit pas de tout perdre pour s'asseurer le nouveau pouvoir sons l'apparent successeur du Roy, et mesme qui l'estoit, dont Tàge faisoit espérei' une lin peu éloignée, à qui la soif de régner sous le nom de ce successeur rendit tout permis. C'est ce qui produisit tous les événements de la campagne de Flandres en 1708, dont les succès et les suittes en 1709 réduisirent le lloy et la France à des extrémités inconnues depuis les premières années de Charles VI et de Charles Vil, et la personne de M. le duc d'Orléans au péril le plus grand et le plus singulier.
2Xi PARALLÈLE
Le Roy nvoil esté pris dans de si hardis filets, et tendus..;., mais j'invoque le silence. La Ligue mesme n'eut pas succès si prompt, si général, si rapide. Que ne prati- <|ua-t-on pas pour en faire durer le pernicieux fruit jusqu'au delà des espérances trompées, après les plus grands coups exécutés! Le Roy enfin vit clair sur son petit-fils. IMust à Dieu que ses lumières eussent atteint au-delà. 11 le perdit ce petit-fils dont la terre n'estoit pas digne; six jours après l'espouse de ce prince, qui estoit les délices de la Cour et du monde ; incontinent après, le Prince leur iils aisné à cinq ans et deux mois, et tous d'une façon si déplorable que le Roy au milieu de ces douleurs eut lieu <le ne se pas croire en seureté d'une fin semblable. Et si le Roy qui régne aujourd'huy a échappé au crime, ce n'a pas esté la faute des criminels. Monseigneur estoit mort peu auparavant de la petitle vérolle, M. le Prince de Conti, Monsieur le Prince, Monsieur le Duc n'estoient plus ; ce qui restoit de Princes du sang estoient des enfants, et pour le dire tout de suitte, M. le Duc de Berry ne survescut pas deux ans à ces terribles pertes, et par les mesmes moyens en 1714.
Parmi de si sensibles douleurs, le Roy se voyoit hors d'estat de soustenir la guerre, ny d'obtenir la paix. Son ministre des affaires estrangéres alla sonder luy-mesme les Ilollandois jusque dans la Haye sans aucun fruit. Les conférences de Gertruydemberg ne produisirent que Timj)Osition des conditions les plus odieuses et les plus iml)raticables ; et les ennemis (pii avoient percé jusqu'à nos anciennes et dernières frontières, faisoient retentir leur canon jusqu'à Marly d'où les soirs et la nuit on l'enlendoit distinctement, lorsqu'il plut à Dieu d'opérer un miracle qui par des riens desquels naquit une cabale de
cour à Londres, y produisit un traitté qui régla la paix, et qui força les alliés surpris des succès de nos armées depuis la neutralité de l'Angleterre, de regretter leurs rigueurs, et de conclure enfin la paix à Ulrecht et puis à Bade.
Disons-le encore une fois avec l'épanchement d'un vray vraye grandeur
,, . . . \ y • • ■ 1 ." <^^ Louis XIV.
rrançois naturellement si aise quand la vente n arreste point ses louanges, c'est du fond et de la durée de cet excès de maux d'Estat et domestique les plus cruels à un Iloy superbe et si longuement accoustumé à donner la loy partout, et au bonheur de règne et domestique le plus long, le plus complet et le plus suivi; c'est, dis-je, du fond de cet abysme de douleurs de toutte espèce que Louis XIV a sceu mériter du consentement de toutte l'Europe, ^et ce qui met le comble aux yeux qui virent son intérieur de plus près,' ce surnom de Grand que les flatteurs lu\'^ avoient avancé devant le temps, par le bonheur si long et la gloire de son règne. Le nom de Grand qui ne fut alors qu'extérieur devint en ces derniers temps, en cette horrible lie des temps, le nom justement acqui>|, le vray nom, le nom propre de ce prince qui dans l'entière et plus que nuditét de tout ce qui le luy avoitfait prématurer, laissa voir avec simplicité la grandeur de son âme, sa fermeté, sa stabilité,! son égalité, un courage à l'épreuve (h's plus épouvantables revers et des plus cuisantes peines, une force d'esprit qui ne se cache rien, qui ne se dissimule rien, qui voit les choses comme elles sont; qui de là s'humilie en secret sous la main de Dieu, en espère tout contre toutte espérance, affermit sa main sur le gouvernail jusqu'au bout, ne se rebutte de rien, ne s'obscurcit de rien, conserve son extérieur dans tout l'ordinaire de sa vie, toultes bienséan-
ces, loulte sa niajostr avec une égalité si siiiipk'. el si peu alfeétée que l'estonnemcntetl'adiniralion ([ui en naissoicnl en tous ceux qui le voyoient, et en public et en particulier, leur lut tous les jours nouvelle, en sorle que nul ne pouvoit s'y acroustuiner.
Cette i)aix (pii cousla cher à la France, encore plus à l'Kspagne, parut toutte d'or aux deux Couronnes, après les propositions énormes auxquelles le Roy avoit consenti, el dont ses ennemis avoient dédaigné de se contenter. La condition la plus importante fut celle des renonciations réciproques j)0ur empescher que les deux Couronnes pussent jamais tomber sur la mesme teste. C'estoit en cas d'extinction de la branche Royale directe de France, exclure de ce trosne la branche aisnée en faveur des cadettes , establir une succession inouïe en France depuis Hugues Capet, pour ne pas remonter plus haut, et faire possiblement, mais nécessairement si le cas arrivoit, des Rois de France dont les aisnés, cadets des Rois d'Espagne n'y seroient que de simples particuliers, et considérés comme tels dans toutte l'Europe, nonobstant la grandeur de leur naissance, et les droits innés de leur aînesse. Un tel changement de succession jusqu'alors inconnue et dont les suittes estoient si grandes, demandoit pour le moins que le vœu de la nation y intervinst, laquelle y estoit si puissament intéressée. Ce fut aussy ce que voulurent les l'uissances alliées : mais le Roy ne put jamais suporter ce concours d'autorité avec la sienne ; il compta pour rien tout ce qu'il cédoit, mesme tout ce ({ui [)ouvoit luy estre demandé en comparaison de cet article ; tout ce qu'il put accorder fut la convocation des Pairs au Parlement pour ce grand acte, dont à la lin les alliés furent obligés de se contenter après de longues disputtes.
Reprenons maintenant doux traits importants du gouvernement de Louis XIV : l'establissement et les vastes fonctions des Intendants dans les Provinces, et d'un Lieutenant de Police dans Paris.
Les Intendants encore rares et peu puissants ont esté intendants et
. . T Tk .1 l'^nr usage dans
peu en usage avant ce règne. Le Roy et plus encore ses ksProvinces. ministres de la mesme espèce que les Intendants, peu à peu les multiplièrent, fixèrent leurs généralités, augmentèrent leur pouvoir. Ils s'en servirent peu à peu à balancer, puis à obscurcir, enfin à anéantir celuy des gouverneurs des Provinces, des Commandants en chef et des Lieufenants généraux des Provinces; à plus forte raison, celui que les Seigneurs considérables par leur naissance et leurs dignités avoient dans leurs terres, et s'estoient acquise dans leur pais. Ils bridèrent celuy des Evesques à l'égard du temporel de leurs diocèses, ils contrecarrèrent les Parlements, ils se soumirent les communautés des villes. L'autorité pécuniaire s'étend bien loin: les discussions qui naissent de touttes les sortes d'impositions et de droits, le pouvoir de taxer d'office, les moyens continuels de protéger et de mortifier grands et petits, de soulever et de maintenir ceux-cy contre les autres, dépeupla peu à peu les Provinces de ce qu'il y avoit de gens les plus considérables qui ne purent souffrir ce nouveau genre de persécutions, nys'accoustumer à courtiser l'Intendant pour éviter les affronts et les insultes par leur protection. La répartition des tailles et des autres imposts entièrement en leur main, les rendit maistres de l'oppression ou du soulagement des paroisses et des particuliers ; quelqu'affaire, quelque prétention, quelque contestation qui s'élèvent entre particuliers, seigneurs ou autres, nobles ou roturiers, qui n'estant point portées aux Cours de justice, l'estoient à la Cour, aux se-
crétaires d'Eslat ou niix finances, se renvoyèrent toutles aux Intendants pour en avoir leur avis, qui toujours estoit suivi à moins d'un miracle fort rare. Ils attirèrent ainsy à eux une autorité sur toultes sortes de matières, qui n'en laissa plus aux Seigneurs ny à aucuns particuliers, dont tous ceux qui le purent désertèrent leurs terres et leur pais pour venir peupler Paris, la Cour, y voir de loin leur inconsidération et leur cluitte, et tâcher de s'y faire du crédit et des protections qui les fissent ménager par les Intendants.
Les gouverneurs de Provinces, indignés de se trouver sans cesse compromis avec les Intendants pour les fonctions de leurs charges et leur considération personnelle, et dans ces débats, en avoir presque toujours le dessous, s'accoustumèrent à n'aller plus dans leurs gouvernements, d'où peu à peu il arriva qu'ils perdirent le droit d'y aller quand ils voulurent et de ne le pouvoir plus sans la permission du Roy qu'il se mit à ne presque plus accorder. Ainsy les gouvernements devinrent de vains tiltres sans pouvoir et sans fonctions dont il ne resta aux gouverneurs que les appointements.
A plus forte raison en fut- il de mesmc des lieutenants généraux des Provinces : ceux-cy anéantis jusqu'à estre ignorés, et à l'égard des Commiuidants en chef envoyés pour quelques raisons dans quelques Provinces, sans cesse surveillés et contrariés par les intendants, tout leur pouvoir se borna au maniement des trouppes, en cas de besoin de s'en servir, encore mesme de concert avec les Intendants sous prétexte de la subsistance de ces trouppes du ressort uniquement de Plntendant. Les changements d'ordinaire assez fréquents de ces magistrats volants, d'une généralité à une autre, rompoient les me-
sures et les liaisons qu'on pouvoit prendre avec euxetdoiinoient à recommencer auprès du successeur.
Un estât si puissant fut bien compensé par sa dépendance entière et absolue des ministres, auxquels il fallut rendre un compte exact de tout, et particulièrement de l'exécution de leurs ordres qui les tenoient de fort court el leur donnoient souvent des coups de cavesson fort sensibles. Cette servitude extresmecompensoit leur brillant; ils tremblèrent toujours devant les ministres, et mesme devant leurs principaux commis, à la fin jusque devant les fermiers généraux et les gios partisans. Le premier but d'un Intendant est d'arriver à une des cinq ou six grandes Intendances, et le second de parvenir à une place de Conseiller d'Estat et peut-estre dans le ministère. Il n'y en a que vingt-quatre de Robes; y arrive qui peut à travers le crédit de parents de ministres et des magistrats à places singulières.
C'est un triste estât pour un Intendant de persévérer dans les Intendances ordinaires, un plus fascheux de [)erdre l'espérance d'estre Conseiller d'Estat; enfin rien n'égale le mépris et le néant dans lequel un Intendant révoqué achève sa vie. C'est ainsy que tout se compense et que ces tout-puissants sont dans la main des ministres sans moyens et sans force, à leur bon plaisir comme des roseaux, toujours dans la frayeur d'en estre écrasés.
Tel fut l'art d'anéantir partout Grands, Seigneurie, Noblesse, Corps, Particuliers, par des gens de rien par euxmesmes, dont le pouvoir énorme ne fust que précaire et incapable de porter nul ombrage; avec qui bien loin d'avoir à compter comme avec des gouverneurs, des seigneurs, des Parlements, n'estoient pas mesme pour embarrasser de la plus légère considération quand les ministres vouloienl
loiir en mniiqncr ou los perdre, qui par eux encore deviii-
rcnt'dc plus en plus les maistres de (oui.
lieutenant de po- L'iuventioii duu lieuleuaut de Police tel (|u'il est délice ;i Paris .,.„,.
.1 son usage, vcnu lul uu aulrc art poliU([uc d un usage infnn. C csloil auparavant un médiocre oflicier du Chasielel, depuis (|ue ce petit département avoit esté séparé de la cliar<ie du lieutenant civil, dont les fonctions estoienl absolument bornées à la police extérieure de l'aris, entièrement subordonnée au Parlement qui de tout temps est en possession de la grande police. Le Roy qui voulut estre instruit de tous les détails qu'il aimoit en tout genre, et exécuter aussy plusieurs choses secrettement ou militairement, dérober tout ce qui lui plaisoit de faire en ce genre à la connoissance du Parlement, le brider mesmo dans son exercice de la grande police sur beaucoup de choses et sur quelques unes mesmc publiques et imporlanles, comme les bleds, les divers approvisionnements de Paris , iorcc détails de commerce et des corps des métiers; dérober mesme plusieurs connoissances et plusieurs exécutions sourdes à ses ministres à qui toutesfois illaissoit tout faire et tout entreprendre, mais dont il ne laissoit pas d'estre toujours jaloux et souvent embai-rassé, mit peu à peu tout ce qui vient d'estre expliqué entre les mains du lieutenant de Police ; le soustint contre le Parlement qui trouvoit mauvaises les entreprises de ce subalterne à luy sans avoir recours à ses ordres, et qui tenoil peu de compte de ceux qu'il en recevoil quoy qu'avec adresse et mesure pour les choses publiques et principales, mais nullement sur les particulières et secrettes qui mécontenloient infiniment le Pailenient contre luy, quand il en découvroil quehiu'une.
L'espionnage répandu dans tous les lieux publics de Paris, eslendu jusque dans les églises, les monastères, les
maisons particulières, les hostels, pour écumer et rapporter ee que chacun disoit et pcnsoit, porté jusqu'à y [tlacer adroitleuient dos domestiques dont les maistres ne pussent se défier, devint matière principale de son application. Les mouches, les espions des rues, la chasse des Jansénistes fut une de ses i)lus importantes fonctions; le secret entre le lioy et luy pour exiler ou faire arrester les gens, leurs interrogations, le secret de la Bastille et d'autres prisons ou lieux secrets qui ne dépendent que du Roy ; le sort obscur de ces mallieurcux dérobé à toutte connoissance ajouta la conlianceet l'importance du premier ordre à l'employ de lieutenant de Police^ et procura à un estai si subalterne en apparence la décoration de la première magistrature sans quitter la Police; en sorte que par une union monstrueuse il devint fort ordinaire de voir le mesme homme tout à la fois Lieutenant de Police el Conseiller d'Estat, pour luy donner un relief qui le rendis! considérable mesîhe au Parlement aux premiers magistrats (lii(|iiel il ne cédoit pas en celte dernière qualité.
Enfin ce lut en plein un ministre, bien qu'incognito: el par le bien et le mal qu'il se trouvoit en estât de faire à qui bon liiy sembloit, sans réserve par sa réticence ou par sesra|tp(Mls, par ses bons ou mauvais offices à hommes el à femmes de tous estais, il fut aussy redouttable el aussy mesnagé que les plus puissants ministres en place et mesnagé jusque par eux-niesmes.
La Cour eut aussy son Lieutenant de Police. Ce fut celuy i:t a la <: des quatre premiers valets de chambre (jui estoil Gouverneur de Versailles, qui par un nombre de Suisses qui ne dépendoieul que de luy et force espions qu'il entretenoil et qui suivoient la Cour en quelque lieu qu'elle allasl, servoit à la Cour aux mesmes usages que faisoit le Lieutenant
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de Police à Paris; Icllenieiil que par ces espions répandus jour. et nuit dans les coins obscurs des escaliers, des galleries, des corridors, des cours et des jardins, dans les cabarets, dans les rues, et jusque dans les ap|)iulenienls par des domestiques donnés ou gaignés, le Gouverneur de Versailles sçnvoit tout ce qui se passoit et en rendoit compte, tellement que jusqu'aux galanteries de la Cour et de la Yille et aux aventures de chacun, le Roy estoit informé de tout. Souvent il ignoroit les aventures des jeunes gens qui l'amusoient, pour ne pas paroistre informé; souvent il punissoit d'autres choses sans que les gens pussent imaginer d'où le coup leur estoit parti. Sur les duels il fut inexorable et en ce deiniei- point s'ac(juit beaucoup d'honneur.
Adressas pour L'orgucil cl kl dcftiauce du P«oy vouloienl une Cour nom-
rendre la r i > ■ •< n n i -i i •
Cour nombreuse, breusc ct assuluc. Le démente d y aller peu estoit certani. Les besoins de la Cour estoient rendus conlhniels par tout ce qui vient d'estre expliqué; et quand l'affaire venoit au Roy, ou la demande de quchpie grâce : « C'est un homme que je ne voy jamais », répondoit le Roy seichement, et la grâce estoit refusée. S'il s'agissoit d'mie affaire de justice, il falloit qu'elle fust bien claire pour réussir; encore la faisoit-on Iraisner longtemps, rt pour rendre Au dcffaut dcs gràccs effectives, le Roy avoil mille i,réUeî'x"ou'fas- adrcsscs pour nourrir sa Cour d'espérances et suppléer cheux. ^^^ réalités, bien traitter ou marquer une sorte de chastiment. La misère d'estre nommé à son coucher pour tenir le bougeoir; estre plus ou moins souvent des voyages de Marly, et pour les femmes, des soui)ers à Trianon quand le Roy y estoit; de certaines festes le long de l'année et plusieurs bagatelles de la sorte, faisoient des dégousts ou des distinctions à tous moments, qui sans aller à rien de
ï'éel entrctenoiont l'espérance et la considération des courtisans, ou les désoloient. Un regard, un mot du Roy qui ne les prodiguoit pas, estoient prétieux et atliroient l'attention et l'envie. Roy partout, Roy dans tous les moments, (|ui tenoil tout en crainte et en haleine, et qui par la guerre et le luxe réduisit les seigneurs grands et autres, à ne vivre presque que de ses bienfaits.
Accouslumé par lecardinalMazzarin à craindre et à haïr Loui^xivnbaisse
I ^• -, • i t II • • -1 ' 1- • el anéantit
les digniles et toutte seigneuiie, il s appliqua sans cesse a tout devant luy, les avilir et à les confondre, à les commettre pour les iJnt* ba^s ^ de rangs et à ne rien décider pour perpettiier les disputtes, sans'créditta raies divisions et la dépendance de tout de luy. 11 eut une p i'^ces^^ff,! s',n' atteiition singulière à ne donner aucun crédit à Monseigneur, ny la plus higère liberté avec luy; et quoy qu'il traitast Monsieur tant qu'il vescut avec beaucoup d'attention et de considération personnelle, il suflîsoit d'estre à liiv jxtiu' estre exclu de toutes sortes de grâces. Il l'en dédommageoit par de l'argeut pour son jeu et pour ses bastiments.
Les Princes, SCS petits-fils, trembloient devant luy, sans la j)lus légère liberté, sans oser non plus que Monseigneur •demander quoy que ce soit pour personne, sans pouvoir •quitter les lieux où il esloit, sinon Monseigneur en le disant au Roy, i)our de courtes absences à Meudon. Ses filles dans la mesme contrainte. La passion d'élever ses bastards haus>a de beaucoup le rang et les avantages des Princes du sang; mais pour tout ce qui estoit de crédit, pas un d'eux n'y put atteindre. Estre à eux, ou leur très rare recommandation, fut toujours une raison exclusive; ny charges, uv gouvernement, excepté ce que la paix des Pyrénées en valut à Monsieiu' le Prince, et le mariage de M. le Duc après, et nulle entrée que de la Chambre et du Cabinet,
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sinon par l)asl;ii(lis('. Les lenir bas, peu riches, leurs principaux domestiques sans considéialion, exclus de (oui, fut toujours une niaxinie ddid le Iloy ne s'écarta jamais. ]1 tint aussy les parlements lort bas.
Les guerres de Paris de sa jeunesse, il ne les oublia jamais, et S(; fit encore une maxime de n'habiter jamais la ville et n'y venir, toujours sans y coucher, (pie pour des occasions fort rares, et comme une sorte de grâce. De ce tout, il se doit conclure que s'il posséda l'art de régner, il ne fut jamais un instant de sa vie sans l'exercer. Par conséquent, jamais à son aise avec personne, ny personne avec luy, non pas mesme ses niaistresses, Mme de Maintenon, ses bastards, ses niiiiisires, ses plus familiers valets intérieurs.
Comparons maintenant les trois gouvernements. ^"Tuvem"-'"'' n faut convenir de bonne foy que celuy d'Henry IV tire "^rWdlf" un éclat des conjonctures des temps, et de l'application, Louis xiH etde pf ,|g |.j dextérité personnelle de ce Prince qui lui aeciuiert
[.nuis XI\ . ' ^ '
une préférence éblouissante, et ([ui laisse doutter s'il fut plus grand capitaine ou plus grand et plus habile Rov. La fortune de n'estre pas forcé comme le fut son fils, à s'aider d'un premier Ministre, et le bonheur d'estre doué d'un esprit nerveux et masle qui au-dessus des petitesses ne se laissoit manier ny gouverner, mais qui sçavoit se servir utilement des meilleures testes en tout geiue, luy ont donné un grand avantage sur son fils et sur son petitfils. Toutesfois, sans piétendre diminuer rien de cette gloire, l'équité veut qu'on ne s'en laisse pas éblouir assés pour perdre de veue la vérité de touttes choses dans ces trois lègues et ne les pas peser au j)oids du sanctuaire avec toutie la justesse qui s'y peut apporter.
Je reviens toujours à ramener les yeux sur l'éducation cl la première jeunesse de ces trois monarques, et sur Testât de leur famille et du Royaume dans les premiers temps qu'ils en ont pris les resnes par eux-mesmes. La répétition en seroit longue et ennuyeuse, mais le souvenir en est essentiel. C'est la^clef de tout ce qui suit ces premiers temps, et le juste directoire qui les fait parcourir avec une lumière qui découvre la source des différentes conduittes' et qui les apprécie avec fondement, justesse et vérité. Ne perdons donc jamais de veue les avantages incomparables de l'éducation et des conjonctures des premiers temps de la vie d'Ileniy lY, faittes exprès pour former un capitaine et un Iloy tel qu'il fut; l'éducation et les conjonctures des premiers temps de Louis XIII faittes exprès pour anéantir à jamais le Prince le plus heureusement né ; enfin l'éducation et les conjonctures des pi-emiers temps de Louis XIV qui ont tenu un milieu entre les deux précédents. Ce n'est pas tout. It fiiut encore fixer sans cesse ses regards sur l'intérieur domestique de ces trois Princes, c'est-à-dire sur ce (ju'ils ont en de plus proche, dont le malheur ou le bonheur a si nécessairement influé sur leur gouvernement, et se représenter sans cesse que Henry IV sans famille ne fut })(»iot gesné au diduns par les humeurs, quoyque dangereuses et si fort importunes, de Marie de iMédicis; que Louis XIII n'eut, depuis sa naissance dans tous les moments de sa vie jusqu'à sa mort, de plus grands ennemis que sa mère, son espouse et son frère vingt ans son héritier présomptif; ce qui le livra à rindisj)ensable nécessité d'avoir un premier ministre. Que Louis XIY a esté le plus heureux et le plus absolu Prince sur mère, IVére, espouse, fils, petits-fils. Princes du sang, seigneurs, etc., qui ait jamais régné, depuis le premier moment (pTil a pris les resnes du
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gouvernciiKMil jiis(iir;i la lin de sa vie, si on en excepte lesmallicurs des qiialic dciiiièies années, mais mallienrs qui ne donnèiciil aucune alleinle ny peine à son aulorilé la plus poussée. C'est dans ces points de veue qu'on doit se placer, se fixer, se rappellcr sans cesse, pour se mettre en estât de compai'cr bien ces trois gouvernements.
l'remier corn- Le conMiiencemeul du régne d'Henry IV à Sainl-Cloud
inencement du i .1 • 1 1 1 • • 1 1 1 i-
régne d'iieii- cst sans doiiltc mcomparatile. Livre seul entre deux partis de Louis xiii. ♦l^'^'^ chacun voulut luy faire la loy, et plus encore les principaux de chaque parti assés audacieux pour profiter de son embarras et de ses besoins, se faire grands et redoutables à ses dépens, il sceusl les amuser tous, partis et particuliers, souffrir leur insolence avec accortise sans toutesfois mettre sa dignité en compromis; les tirer de Sainl-Cloud sans s'expliquer avec pas un, sous prétexte de la nécessité de faire la guerre; puis de l'entretenir si vistc et d'y faire tellement admirer sa valeur et sa capacité et d'y faire craindre aux siens sa vigilance à bien examiner comment ils s'y comporloicnt, qu'il se donna le temps de vaincre, de se mettre en estât de n'eslre plus rançonné par les principaux de son parti, d'en demeurer l'admiration et à peu près le maistro.
Un commencement si lumineux et (|ui lit un si grand effet parmi amis et ennemis ne peut entrer en aucun parallèle, tant la grandeur et l'art persomicls en furent soudainement utiles et à toujours éblouissants. Les conjectures d'alors uniques, entées sur l'éducation et l'école de ses premières années, produisirent ce miiacle; elles rencontrèrent un prince instruit par les meilleurs maistres, par les nécessités continuelles d'un parti également nerveux et malheureux, à la Icslc (hKiucl il s'estoit formé avec
loisir par les succès et les détresses de toiittes les sortes, où l'exemple et Tinterest luy avoient appris de ne se laisser jamais abattre.
C'est le contradictoire direct de la situation personnelle de son fils, lorsqu'à la mort du Mareschal d'Ancre, il sembla prendre les resnes du gouvernement que Luynes qui l'avoit tiré de la captivité la plus obscure, sceut bien retenir tant qu'il put pour l'énorme élévation de luy et de ses frères. Dans Louis Xllf nulle sorte de théorie, aucun exomiile. pas la moindre idée d'aucune pratique, ny de connoissance de choses ny de gens ; réduit à Luynes et aux siens qui n'oublièrent rien pour faire durer cette obscurité tant ([u'ils purent. Quelle merveille donc au-dessus des forces ordinaires de la nature qu'un Prince ignorant tout, au sortir du plus ténébreux cachot, surj)ris tout à coup du grand jour, ne connoissant encore et ne pouvant conuoislre que les Luynes, ny quoy que ce soit de gens, de choses, d'affaires que par eux, ait pointé malgré eux par luy mesme; ait appris dès ses pi'cmièrcs années la guerre (pie Luynes ignoroil, et que personne n'osoit lui monslrer; que la valeur de cœur et la volonté extresme qui fait le courage d'esprit, ait tellement surmonté tout d'al)ord en luy celte timidité dont son éducation, son entière ignorance, la profondeur de son cachot depuis sa naissance l'avoient accablé, qu'il se soit montré capitaine dès la fin de ses premières armes en Béarn et eu Languedoc, par son apj)Iication à s'instruire et à s'ex})érimenter. Cela n'a pas le brillant de Saint-Cloud et des prompts exploits d'Henry IV pour amuser et accoustumer ensemble ses huguenots et les catholiques de son parti : mais à qui comparera la situation personnelle d'alors de ces deux Princes, osera-t-ou dire de bonne foy qui des deux l'emporta sur l'autre/
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Toulosfois Louis XIII esloil encore sons les hesicles cl(; Luynes qiiaïul il senionsliii iialiirellenuMil cl iiiodesleiiieiil si grand. Lnynesmort, el L(tuis Mil al)an(l(iiiiié à liiy-ni(;sme mais sans avoir pn encore (jne lustrer les jieisonnagesel eomnic à la dérobée, ose négoUer luy-niesme dans Avignon avec Ch. Eniannel duc de Savoyc, le plus habile el ir. plus dangereux politique de son temps, sur des alïaires à la vérité communes contre les entreprises de la Maison d'Antriclie, mais sçait se garer des avantages (ju'un Prince si cauteleux et si expérimenté comptoit de j)rendre en personne vis-à-vis de luy sur sa jeunesse, laquelle en sort de façon à lui laisser les prémices de ce qu'il sceut exécuter dans les suittes contre les infidélités du Savoyard. Louis n'interrompit ses exploits en Languedoc que par un court voyage à Paris où il jugea sa personne nécessaire; et malgré les Reines et les personnages importants qui lenoient à sa mère, et sans estrc soustenu ([ue de son grand sens et de son double courage, il se dérobe à la Cour et achève de soumettre le Languedoc.
La paix de Yervins quoyque deue à la dernière langueur et à la politique de Philippe II, la liaison intime avec la Heine Elizabeth, que la conversion d'Henry IV ny cette paix ne put alfoiblir, et l'Édit de Nantes, sont les grands chefsd'œuvre du gouvernement de ce Monarque et le couronnement de tous ses travaux. Un autre qui n'est pas inférieur est l'appuy donné à la république naissante des Provinces-unies après celte paix, sans la troubler et sans blesser Home par loultes ces dilTérentes démarches d'un Hoy si nouvellement converti. Enfin la longue trêve que ce; Prince procura entre l'Espagne et celle république naissante, qui asseura sa liberté el qui la conduisit à la souveraineté. Touttes ces grandes époques n'ont pas besoin
(l'explication icy, après ce qui en a esté tracé sur le règne d'Henry IV; mais elles sont des merveilles des veues, de la capacité, de la conduitte de ce grand Roy et de la liberté qu'il s'estoit acquise au dedans, d'abord par son espée, ensuitte par la justesse de la balance qu'il eut l'adresse de tenir entre les catholiques et les huguenots.
De quelques tristes voiles que le malheur de la famille de Louis XllI ait obscurci son règne, on ne peut disconvenir qu'avec moins d'éclat le sien n'ait esté aussy solidement grand et habile que celuy du Roy son père. Ce Prince abattit la Ligue et tint les huguenots en raison; mais tout son art et sa puissance ne put détruire celle des huguenols maistres de la Rochelle et de tant de places de seurelé, en possession de leurs synodes, de leurs assemblées générales et particulières, de leurs levées enlr'eux, de leur discipline, et de tant d'articles de pacification si jaloux et si onéreux aux finances et à l'autorité royale jusque là qu'on voit par les histoires et les mémoires de ce règne l'inquiellude que ces assemblées donnoient si souvent à Henry IV; les précautions, les peines, les mesures dont il lui fallut user à cet égard, compter avec elles et en souffrir encore comme si elles eussent esté des Puissances estrangères. La Ligue toutte chastièe qu'elle fust fuma encore par ce qui en restoil de princii)aux personnages. Henri IV fut toutte sa vie réduit à les mesnager, à en souffrir, à fermer les yeux sur bien des choses, à se servir mesme jusque dans ses affaires et dans son conseil de quelques unes de leurs meilleures testes, quoyqu'il en connust bien les véritables et anciens attachements.
Louis XHI sceut profiter pour luy-mesme des grands coups q ne Henry IV leur avoit portés . Je dis par luy-mesme puisque
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ce fut d'abord malgré Luyncs; après sa niorl. coiidc le gré de là Reiuo sa mère, doiil il s"ét'lia{»|)a poui' retourner achever de réduire le Languedoc, et qu'il conliniia ee grand ouvrage seul jusqu'à la déclaralion du Cardinal de Richelieu en qualité de premier Minislie. 11 est vray qu'il en fut aidé pendant tout le reste de son règne ; Wiais on a veu icy ailleurs qu'il sceut le diseeiiier. vaiiiere sa répugnance personnelle, le choisir, le mainlenir ; enfin qu'il n'enfui point gouverné et qu'il fit avec luy et par luy ce que Henry IV fit de son temps avec et par les excellents ministres qu'il avoit sceu choisir, et qui ne le gouvernèrent pas; la différence en est d'un ou de plusieurs ministres ; la nécessité où le malheur de famille de Louis XllI le jetta de faire un preniier ministre sous qui d'autres ministres agissoient ; le bonheur d'Henry IV de ne se trouver point par sa famille dans le mesme détroit et de n'avoir personne entre luy et ses ministres. Il est vray que le coup d'œil en est bien différent, mais avec un peu d'examen, l'intérieur est le mesme si l'extérieur ne l'est pas ; tout revient à ce que le fils n'a pas esté plus gouverné que le père, et je me flatte de l'avoir démonstré plus haut. Je me tiens donc en droit de le supposer icy pour ne pas répéter les mesmes choses, et en droit aussy de donner au maislre comme au premier ministre la mesme part de tout ce ({ui a esté fait d'admirable dans ce règne, puisque rien ne s'y est conçeu ny exécuté sans estre débattu, concerté, arresté entre Louis et Richelieu; qu'on ne peut sçavoir quelle plus giande ou moindi-e part l'un et l'autre y ont eue dans leurs importants et si fréquents teste à tesle. cl (jue les exemples si éclatlants du Pas de Suze et de Corbie, el en mesme lemps si publics, montrent avec tan! d'évidence la supériorité du inaistie sur le premier ministre, qu'il ne suivoit ses conseils que lorsqu'il
les jugeoit bons, cl que dans des occasions aussy décisives il a sceu en prendre de meilleurs en soy tout seul que nt^ furent ceux de Richelieu quoyqu'appuyés de lous ses généraux à Suze et de tout son conseil sur Corbie. Combien donc pourroit-on compter d'autres événements semblables, si ces teste à teste nous estoient révélés en petittes de cour ^ J'en ay rapporté d'aulres exemples cy- dessus. Je le répèle donc et je l'avoue avec complaisance, mais avec une juslt; asseurancc, Louis XIll ne fui point gouverné.
Poursuivons donc avec confiance son excellent et sage gouvernement à travers tant de troubles domestiques qui en formèrent sans cesse dans l'Estat ; malheurs cuisants (|ue Henry IV n'eut point à combattre, car qui pourroit compter pour quelque chose le court et léger embarras de la fantaisie de sa sœur pour le Comte de Soissons? El (piaiid à la dissolution de son mariage ou son second mariage, son bonlicui' api)lanit tout par la mort de Gabrielle.
Si Henry IV sceut concjuérir son royaume sur la Ligue, si son bonlieur força sa conversion si nécessaire, et la couvrit en niesme temps par le tiers parti ; si rattachement conslanl aux régies anciennes de l'Église et de l'Église paiticuliére de Fiance luy lit trouver un prélat éclairé et généreux qui [)ar l'absolution publique ([u'il luy donna à Saint-Denis le receut solennellement dans le sein de l'Eglise, et força Rome par son juojjre interest de l'y recevoir aussy malgré tous les efforts de l'Espagne et de la Ligue mourante, et ainsy attacher le dernier sceau à son droit et à ses victoires, et le mit en estât de régner de fait comme de droil; Louis XHl sceut mettre à profit les travaux d'Henry IV par les siens, et affranchir la royauté des entraves dont Henry IV
1. Ces trois derniers mots, dont la signilicalion m'est inconnue, sont lisiblement écrits dans le manusci it.
Au ileduns.
r.00 l'AI'.AI-LÈl.E
n'avoil pu se délivrer de l;i pai'l du coi'ps si ciiscimIjIc, si loililir. si protégé au dehors, des hugucnols de France, et lies restes de la Ligne [uiniinle eneore par bien îles j^ersoiinages soiisteniis au dehors, dont quelques-uns avoientesté les plus dangereux arc-boultants, chacun en leur manière, de cette pestilentielle association.
La prise de la Rochelle et la desiruclion de hudles les places des Huguenots, l'abattement de leurs chefs, de leurs assemblées, de leur reste d'indépendance, en fit enfin des sujets comme les antres avec qui il u'yeut plus à comj)l(r, et du mesme coup rendit souples et impuissants les insolents restes de la Ligue, de façon que Louis XIH délivré de ses dangereuses entraves dans son iioyaume, se mit en liberté et en pouvoir de se louniei' vers les affaires du dehors : ce que les troubles inléiienrs de religion et de tant de factions et de guerres civiles sous ce prétexte, n'avoient pas permis à tant de ses prédécesseurs, et tard et imparfaittement encore à Henry IV.
Cette délivrance intestine vint bien à propos. La maison d'Autriche jusqu'alors débarrassée des contradictions que la France tranqnile chez elle eust pu luy susciter, n'avoit pu renoncer aux grands desseins que la gloire et la puissance de Charles Y luy avoieni fait concevoir, auxquels la bataille de Prague et le redonttable exemple de la proscription et du dépouillement de l'Electeur Palatin onvroil de nouvelles espérances. Quel grand coup d'Estat ne fut-ce donc pas que d'en arrester si promptement le cours par ce profond traitté qui fit entrer subitement le Roy de Suède en Allemagne, et se servir de ce héros pour en estre le vainqueur si rapide et le libérateur eu mesme temps de sa liberté de concert avec la France ; quel art en mesme temps à elle de se conserver l'arbiliv cuire la Ligne catholique
et protestante ; 'enfin quel effort de politiciiic, de sagesse, de force, de prudence, de conduitte, que le soutien des Suédois par la France et la direction ferme et torte de la guerre et des affaires d'Allemagne après la mort du grand Gustave-Adolphe, et dans l'enfance et la minorité de Christine sa fille (jui succédoit à sa couroune et à ses trailtés.
Le règne d'Henry IV tout grand et glorieux qu'il ait esté, n'offre rien de pareil dans tout son cours ; l'équivalent ne se trouve point dans nos iiistoires. Que l'on convienne donc que ce seul trait est supérieur à ce qu'on admire le plus, et avec plus de raison dans tout le règne d'Henry IV, puisque ce chef-d'u?uvie d'iiahileté si sagement et si profondément conceu, si luen exécuté, si merveilleusement et si longuement souslenu parmi tant d'obstacles causés par la mort inopinée de Gustave Adolphe au milieu de ses triomphes, est cehiy qui a arresté ce vol prodigieux de la Maison d'Autriche, qui venant de subjuguer l'Allemagne et l'Empire à i'rague, menaçoit d'une prompte sersiludr l'Europe entière, et la France très particulièrement (jui après la mort de Louis XIH et de Hichelieu en a recueilli de si précieux fruits pour elle, et l'Allemagne par elle, par la paix de Westphaliecpii Icrniina cette guerre aux dépends de la .Maison d'Autriche.
Comparons maintenant ce que le père et le fils ont fait en Italie, l'un pour l'affaire du .Marquisat de Saluées, l'autre pour la protection du duc de Mantoue.
Charles Emanuel duc de Savoye, gendre et allié d'Espagne, s'empara par droit unitjuement de bienséance du Marquisat de Saluées sur la France, estant en pleine paix avec elle dans le temps des plus grands efforts de la Ligue contre Henry 111. J'obinets ses autres desseins qui ne sont
|)as (It^ mon sujet. Henry IV paisible au dedans ci an dcliois vouUil se laii'c reslilner ce larcin. Il n'y eut point de sonplessesny d'artifices qnedharles Kinannel ne mist en œuvre pour se le conserver. En le restituant il ne se croyoit plus on scuretc, au moins en repos à Turin, à (piatrc lieues des François qui recouvroient par là une clef d'Italie pour s'y j)orfer lonttcsles fois qu'il leur conviendroil d'y enti'er. Ces inesnies raisons faisoient l'empressement d'Henry IV pour celte restitution. On a vu dans le coui't l'écit cy dessus dn Règne de ce Prince, ce que luy pensa couster le cauteleux voyage que le duc de Savoye voulut faii-e à Paris à cette occasion; en combien de sortes Charles Emanuel se joua de sa patience, et la cliôtive issue pour la France d'une affaire où le moindre n'avoit pas mesme de prétexte contre le plus grand. Henry en fut enfin, quoyque victorieux, pour son Mai'quisat échangé contre la Presse sans mesme obtenir Pignerol, ny aucuji autre passage en Italie dont les portes luy demeurèrent entièrement fermées, et le duc de Savoye délivré pour toujours d'un fascheux voisinage, qui le tenoit dans une crainte continuelle dans la capitale et le milieu de ses Estais.
Ce mesme Prince si bon capitaine et politique si dangel'eux. et si raffiné, n'eut pas si bon marché de Louis XIII dans l'affaire de Mantoue comme on l'a vu icy dans le court abrégé du Règne de ce Monarque. 11 ne put eslre retenu par les ruses de ce Prince appuyé de l'Espagne et de l'Empereur, les Alpes infectées de la peste et armées de louttes les rigueurs de l'hyver, enfin les barricades de Suze. L'opposition du Cardinal de Richelieu et de tous ses généraux ne purent l'arresler, sa gloire personnelle et son incroyable victoire qui réduisit à ses genoux h; fier duc de Savoye, et h se servir de son fils comme beau-frère dn Roy i)Our se
tirer comme il pourroit d'un si mauvais pas. Il promit tout, ne tint rien, fit agir l'Empire et l'Empereur avec succès contre le duc de Mantoue qu'il dépouilla pour >fjuelques moments, qu'il paya chèrement après ; vit le Prince chassé, réintégré pleinement et le protecteur et le jtrotégé complettementglfM'ieux et en seureté avec tous ses Estais par le traitté de Querasque ; c'est-à-dire que Charles Emanuel mourut de despit, de honte et de rage fort peu <ivant la consommation. Certes, les issues de ces deux affaires avec le mesme Prince ne sont pas égales, et le paroistront encore bien moins si l'on considère qu'IIenrv IV y travailluil doublement pour soy, quant à la chose mesme H quant à la réparation du larcin vl de l'injure faille et sousterme à sa couronne ; et que le Roy son fils n'agit que par générosité pour la protection d'un allié qui avoil ■esté son sujet, et iudiiecleuicul aussy [)Oui' empesclicr la lro[t grande puissance de la Maison d'Autriche <3n Italie, et l'agrandissement particulier du duc de Savoye.
On ne peut rien dire du dessein dlleury IV à propos de l'ouvcM'turede la succession litigieuse de Clôves, Bergues et Juliers, sinon que le projet eu e-toit beau et utile, et que selon loutte ap[)arence le succès en eust esté heureux et glorieux, ayant esté pourpensé de si loin, et tous les grands préparatifs faits peu à peu, obscurément, de longue main, et lors tout j)rests à estre mis eu œuvre. Mais si au lieu <.le le suivre sans s'en détourner, l'orage estoit tout à coup tombé sur Bruxelles uniquement pour enlever la Princesse de Coudé à son espoux, et à l'archiducliesse à (pii il l'avoit confiée, quel prodigieux obscurcissement de gloire, quel éclat honteux par loutte l'Europe, quel contretemps à faire échouer le premier projet, quelle
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source déplorable de lionbles domestiques et d'Estal, ([uel avantage aux eniieuiis et aux envieux de la Franee et de sou .Monarque, pour en prolileiî Dans quels abysmes pouvoient-iis conduire ; et quelles issues pour en sortir? La providence, (jui l'ègle tout, ne jieriuit pas qu'un si grand Hoy survescust ù sa gloire. Ce dernier Irait d'amour si cstrangement déplacé n'avoit dcsjà lait que trop de bruit; mais quel démon a pu terminer une si belle vie!
A l'égard de son dernier projet, il faut avouer que ([uelque soin (jue prennent les mémoires de Sully à le rendre plausible, on a })eine à s'enqiesclier d'y voir autre cliose qu'une belle cbimcre, et à compiendre qu'elle ait pu estre conceue et proposée sérieusement jusqu'à se flatter de la faire gouster à des Puissances estrangéres, du concours desquelles ce projet ne pouvoit se passer. 11 est bien difficile de se persuader qu'une Princesse aussy sage et aussy liabile que l'a esté la Heine Elizabetli y soit véritablement entrée, et autrement que par une complaisance qu'elle jugea ne l'engager à rien par l'impossibilité de l'exécution.
Si Henri IV se laissa fermer la porte d'Italie parl'écliange du Marquisat de Saluées et engager en mesme temps à en laisser une ouverte par un coin de la Bourgogne aux trouppes de la Maison d'Autricbe pour leur commimication d'Italie en Allemagne et aux l'aïs-Bas; et léciproquement par la Savoye par ce passage en Bi-esse qu'Henry se soumit à ne pouvoir fermer par la l-rauclie-Comlé lors à l'Espagne et par la Lorraine, Louis XIII sceut leur fermer le cliemin de la Valteline que la Maison d'Autriche s'estoit ouvert et bien fortifié aux dépends de la liberté des drisons, partie j)ar les armes, partie par l'ojtiniastreté et l'adresse de la
négoliation, dont la mort de ce Monarque laissa l'entier accomplissement et le fruit à son successeur.
Il prit aussy des mesures plus justes et plus promptes que le dernier projet du Roy son père, pour abaisser la Maison d'Autriche dont je viens de parler, sans revenir au grand coup qu'y frappa Gustave Adolphe si bien soustenu après sa mort, qui a esté expliqué ailleurs comme un chef d'œuvre de politique de ce règne. La révolution de Portugal n'en fut pas un moins grand, parti de la mesme source, dont le secret qui se peut dire avoir esté prodigieux dans sa conduitte, au nombre de testes à qui il le fallut confier, et la rapidité de l'exécution estonnérent l'Europe et porta à l'Espagne le coup le plus fiital en Europe, en Afrique et dans le Nouveau monde. C'est un trait qui ne se peut assés admirer.
Enfin si Henry IV eut la gloire de conquérir son propre royaume, Louis XIII eut celle de se le rendre soumis, et de couronner sa belle vie dans le temps qu'il sentoit le plus cruellement qu'elle alloit luy échapper, par se porter au mépris de ses douleurs, à la plus éloignée extrémité de son royaume en faveur des Catalans qui imploroient sa protection, prendre lV'ri»ignaii en personne, conquérir le Uoussillon et l'attacher pour toujours à sa couronne. Ce dernier exploit fut vierge comme tous les précédents de ce fort, de ce juste par excellence, je veux dire qu'il n'eut pour but ny l'ambition, ny l'amour. L'objet unique n'en fut que le bien de l'Estat, et le recouvrement d'une provmce importante qui appartenoit par plusieurs tiltres à la France et qui avoit été arrachée depuis longtemps à ses prédécesseurs.
Il se trouve si peu de proportion entre l'eslat où estoil
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:omparaison du la Fraiicc lors (le la mort d'Henry IV cl lois piicoiedc celle Louis XIV avec du marcsclial d'Ancre, et ccluy où la laissa la mort dn car- ^"'* et de""^ dinal Mazzarin, que cette différence rend difficile la comparaison dn uonvernement de Louis XIV avec ceux d'Henry IV et de Louis XMI depuis cpie ces trois Monarques en curent pris les resnes par eux-mesmes- Le pi'cmicr avoil dès lors toutte l'expérience nécessaire pour agir par luy-nicsine, cl pour choisir à loisir ses minisires entre les meilleures testes : le second se trouva dans Testât le plus diamestralement opposé à celuy-là en touttcs les sortes : le troisième tenu de court mais bien traitté, avoit eu loisir et moyen de voir et d'entendre parmi les désordres de sa miiiorilé, et dans les temps qui la suivirent jusqu'à la mort du Cardinal Mazzarin, quelque soin qu'on eust pris pendant plusieurs années à le tenir dans la plus profonde ignorance, et de prolonger après sa dépendance entière jusqu'à cette époque. Henry IV avoit plus de trente-cinq ans lorsqu'il parvint à la couronne, et il estoit alors tout ce qu'il s'est montré depuis. Louis XHI n'avoit pas seize ans lorsque la mort du mareschal d'Ancre le sortit du sépulchre où il avoit esté enfermé jusqu'alors dans lapins profonde ignorance, dans la plus jalouse solitude, en un mot dans les fers et les ténèbres les plus épaisses: et n'avoit guère que vingt ans à la mort du conestable de Luynes. Ajoutons (lu'il n'en avoit pas vingt-trois accomplis lorscjn'il fit le Cardinal de Richelieu premier ministre. Louis XIV avoit plus de vingtdeux ans et demi à la mort du Cardinal Mazzarin qui luy laissa d'excellents ministres au dedans et au dehors, et les premiers capitaines de l'Europe avec force bons généiaux. Aussy les premiers traits de son règne furent-ils éclattanls. 11 n'eut besoin que de monslrer son courroux à Rome <'t à l'Espagne, pour en recevoir les satisfactions publiques
les plus humiliantes de l'insulte faitte par les Corses de la garde du Pape au Duc de Créquy son ambassadeur à Rome, et de l'affaire arrivée à Londres entre d'Estrades, depuis iiiareschal de France, son ambassadeur à Londres et Yatteville ambassadeur d'Espagne. Lyonne estoit lors secrétaire d'Estat des affaires Estrangères, dont l'Europe avoit senti la capacité en plusieurs grandes occasions, et Colbert lit fleurir les finances, l'abondance dans le Royaume, le commerce au dehors, 1?. marine, les arts et les lettres, dans la place de Controlleur général des finances (;l de Secrétaire d'Estat de la marine : deux grands hommes qui ne travaillèrent que pour la gloire, et la prospérité du Roy et du Royaume. Le Tellier et Louvois son fils, Secrétaire d'Estat du département de la guerre, ne furent pas des ministres moins habiles, mais Louvois plus personnel : de là ces guerres entreprises si légèrement, cette rapidité de conquesles, cetéloignementdu repos, ce formidable et ruineux excès de trouppcs, cette jalousie et cette frayeur jetlée dans toutte l'Europe qui la banda sans cesse contre la France, qui causa des guerres continuelles et qui pensa enfin l'écraser sous le poids de ses propres triomphes.
Henry IV et Louis Xlll ne se proposèrent que de ravoir^ustes motifs des le leur, d'empescher leurs ennemis de les dominer, etfHen"7iv^i'de avec eux toutte l'Europe et de régner chez eux sans dépen-'ji^f^"gnfs"',jg dance. Tel fut l'objet constant de leurs armes au dedans , '^.'^"^..^'^
<* Louis XIV pour
et au dehors, de leurs alliances et de toutte la cunduitle .. •^^«^"^
quil a Taittes.
de leur règne. Louis XIV, libre des entraves domestiques lorsqu'il prit les resnes du gouvernement, que ses deux prédécesseurs avoient trouvées chez eux lorsqu'ils s'en saisirent, el qu'ils eurent tant de peines et de travaux à essuyer pour les vaincre, séduit par Louvois, voulut cstre conquérant et s'abandonna à toute la superbe de la gloire.].
:m parallèle
De là les deux *;ucrrcs d'Hollande cl le <^riuu\ frull. qu'il letira de la paix de Nimègue, avant que les Puissances de l'Europe eussent le temps de se bien reconnoistre et de se mettre en estât de se faire rcdoutter à leur tour, après avoir vu une partie de la Flandres, l'Alsace passer sans retour entre les mains de Louis XIY, et enfin le prodigieux cliel-d'œuvre de l'occupation tranquile de Strasbourg-, qui du boulevard de l'Allemagne devint celui de la France sans le moindre mouvement, dans le plus surprenant secret, sans qu'il en coustast au Roy qu'un simple voyage de plaisir, ny l'entraisnast après en aucune prise d'armes. Tels sont les exploits de ce règne, aidés de la conjoncture des temps qui ne se peuvent comparer à ceux des deux précédents, mais qui causèrent une crainte et une jalousie à toutte l'Europe qui la réunit contre la France, e! personnellement contre Louis XIV. sous lesquelles il se vit enfin si près de succomber de la manière la plus cruelle. I auus des réu- lUcn n'irrita tant l'Allemagne que les réunions que pour cela mesme Louvois fit entreprendre sous un voile juridique, des liefs dépendants de l'Alsace et des trois Eveschés, avec des extensions et des prétentions immenses. Ce fut le premier écueil où Louis XIV échoua, et que les allarmes menaçantes de la Diète de l'Empiie l'obligèrent à suspendre, puis à abandonner.
Disproportion Une vanitô peu proportionnée à la grandeur et à la pros-
iinmense entre . , ,, , i t • vi^-^ • -i i • i •
l'iiumiliation péritc actuelle alors de Louis \1V irrita encore la jalousie
du Do''(' de Ce- , ,,,, oc. • i i i i i i y »
nés ;i Ver- dc ILuropc. Cc lut inoiiis le bombardement de (tenes, que ''""de afarks'*' 1» satisfactiou singulière que Louis XIV exigea de son doge en personne accompagné de quatre sénateurs. On ne la comparera pas, que je pense, avec celle que Louis XIII couvert dépoussière, de sang et de gloire receut sans l'exiger du Duc Charles-Enianuel de Savoye en personne.
Ematiuel au l'asdeSuze.
après avoir forcé les barricades de Siize lui-mesme l'espée à la main.
La Marine comme inconnue en France, ne permit pas à Henry IV d'en tirer aucun parti ny à Louis Xill que de fort légers. Colbert qui la rendit florissante procura la gloire de plusieurs victoires navales sur les iïollandois et sur les Anglois en bien de différentes mers. Celle de Sicile en fut illustrée plus d'une fois pour le secours de cette isle révoltée contre l'Espagne. Toutesfois elle fut brusquement abandonnée au ressentiment de son ancien maistre avant la paix de Nimégue.
L'Italie ne fut point lieureuse à ce règne. Henry IV et fautes à ivgaij
. . . ° "^ de lîome.
Louis XUI s'estoient toujours très bien ménagés avec Home. Louis XIV se brouilla avec Innocent XI Odescbalclii €t y laissa du sien. Lyonne n'estoit plus. La Régale ancien droit de nos Rois s'y maintint à grande peine; mais les propositions de 1682 du clergé de France, et les franchises soustenues les unes et les autres avec tant d'éclat, il fallut ployer honteusement sur ces deux points pour obtenir des Bulles.
Le Portugal et la Savoye, Puissances si disproportionnées de la France, soustinrent mieux leurs démeslés avec Rome ; leur patience et leur fermeté leur fit enfin donner <les Bulles et des chapeaux après longues années de refus, et les accorder sans que ses Princes se prestassent â rien pour les obtenir.
Henry IV et Louis XIII eurent sans cesse des alliés pen- Faute cstiange liant tout le cours de leur règne et jamais tout te l'Europe longues et funesh la fois sur les bras. Cette politique ne fut pas celle de du Prince To- Louis XIV. H en eut peu lors de ses premières guerres et '^"^^" les perdit bientost. L'alarme et la jalousie de ses succès fut d'un merveilleux usage à un génie du premier ordre,
oiilir (le iTiiNoir ])u par la longiioiir de sa patience et les UMilativos les plus réiléiécs de soumission et de respect, énionsser la haisne personnelle de Louis XIV (jui luy donnoil sans cesse des traverses et des marques jiuhli(jues de son mépris et de l'indignation (pTil uo})ouv()il esteindredu refus d'espouser l'aisnée de ses bastardes et se marier après à une fille d'Angleterre; ce grand génie, je veux dire le fameux et dernier Prince d'Orange, s'estoit acquis un grand crédit dans touttes les Cours de l'Europe, et un si absolu dans les Provinces Unies qu'il en esloil deveiui comme entièrement le maistre. Il sceut si bien proHler de tous ses avantages pour se venger personnellement de Louis XIV, qu'il ourdit contre luy la formidable ligue d'Augsbourg qui le porta sur le trosne d'Angleteiic cl la Maison d'IIanover après luy: et après, la Heine Anne sa bellesœur.
Faute de Loiu dc conjurcr cet oiage Louis XIV le prévint, et prit
les armes pour soustenir la prétention de Furstemberg. depuis Cardinal, à la Coadjutorerie de Cologne, contre le prince Clément de Bavière, sousienu pai- l'Empereur et le Pape. Ce Prince estoit frère de rÉIecteur de Bavière et de notre Daupbine : c'estoit une raison d'éviter bonneslement de se commettre, et de s'attaclier deux Électeurs.
Le Roy d'Espagne estoit sans espérance d'avoir des enfants et sa santé fort menaçante : quoy de plus important (jue de ne rien oublier pour déranger la ligue d'Augsbourg, pour monstrer une modération, une complaisance mesme (pii pust adoucir les baisnes et les jalousies, pour faire des alliances, pour asseurer la paix, et pendant cette paix réparer le royaume et se prépaier bien secrettement à profiter à la mort du Roy d'Espagne d'un thénemenl qu'il estoit tout-à-fait impossible d'espérer qu'il se passast paci-
fiqiiemcnt. C'estoit l'interest de l'Estal, et le plus grand qu'il pust avoir dans cette perspective de l'ouverture de la vaste succession d'Espagne qu'on regardoit comme pouvant arriver à tous moments. Mais ce n'estoit pas le compte de Louvois; il vouloit la guerre; il se liasta de la faire déclarer; il désespéra l'Allemagne par les incendies de Worms, de Spire, de tout le Palatinat, et poussa le duc de Savoye qui ne vouloit que la neutralité tellement à bout à l'insccu du Roy, qu'il rendit la guerre générale et la plus longue. Encore si dans ce détestable parti les armes du Roy se fussent portées sur la Hollande, l'invasion d'Angleterre en eust été nécessairement arrestée, et qui sçait si elle eust pu s'exécuter après? Les avis en estoient redoublés et certains; mais cette invasion rendoit la guerre plus durable. C'est ce que Louvois soubaitoit et c'est ce qui lit tost après l'invasion exécutée , porter tout l'effort des armes du Roy en Flandres, où tout auroit ployé d'abord dans la première surprise, mais où après la guerre commencée on ne pouvoit pas espérer de succès décisifs parmi tant de places ennemies; au lieu que l'Allemagne où on ne voulut rien pousser estoit destituée de ses barrières, aisée à pénétrer, à effrayer, à faire crier les Princes et les- Cercles, à les pratiquer et à donner jour à détacber l'Em- ])iie de cette guerre, qui par luy-mesme n'y avoit point (l'interest et n'y estoit entraisnéque par l'autorité de l'Empereur. La France victorieuse partout ne recueillit aucun fruit de ses victoires, qu'un épuisement qui luy fit acbepler cbèrcment la paix do Savoye qui acbemina celle de liyswick où nos plénipotentiaires de robes et de lettres se laissèrent surprendre, et faute de connoissances militaires, tombèrent en d'estranges fautes sur la formation de nos frontières en Flandres du costé de la mer.
Faille de la ré- La rôvocalion lie rÉdit de Nantes en 1685, et la façon
vocation
de lEdii de baibiirc dont on nsa pour forcer la conversion des hiigiictiaiiie- nots avoit irrité au dernier point les Puissances protes-
nients faits aux , , .<•..> i) • < j ii r
iiiiguonots. tantes, et n avoit este a aucun prix auprès des catholiques, non pas mesme auprès d'Innocent XI ny de la Cour de Rome. Ces rigueurs contre tout un peuple dont gnke aux travaux de Louis XIll il n'y avoit plus rien à craindre, dépeuplèrent le Royaume, y portèrent une grande confusion et enrichirent les Estais protestants de nos dépouilles e( de nos manufactures, et ^mirent le désespoir dans l'aine de tant de millions de proscrits, ou de faux convertis demeurés dans le Royaume. iLouvois qui en fut le grand promoteur et l'exécuteur par les Dragons dont il iît ses apostres, avoit bien prévu l'indisposition que cet événement et que les violences qui l'accompagnèrent exciteroienl partout, et dont le prince d'Orange sceut si bien profilter. La piété et la gloire du Roy y furent également surprises. Tandis que les catholiques mesme les moins éclairés gémissoient des sacrilèges innombrables où l(>s pillages et les tourments qu'éprouvoieiit les huguenots dans leurs corps et dans leurs biens, se laissoient entra isner; et que les Puissances catholiques ne regardoient ccl estrange spectacle que comme un trait de politique poindéraciner et pour exterminer à jamais de la France une secte qui y avoit si longtemps et si dangereusement formé tant de troubles, les Puissances protestantes ne purent voir qu'avec frémissement que la foy de ce célèbre Edit si souvent affoiblie sous ce règne, n'avoil esté gardée que jusqu'au moment qu'on avoit cru pouvoir tenter impunément la destruction des huguenots en France, et l'exécuter de la manière la plus cruelle et la ]dus odieuse.
En général, catholiques et protestants, ennemis ou ja-
loux de la France, virent avec joye l'effet terrible qu'une telle dépopulation alloit faire dans ce Royaume, et avec quelle privation de richesse et de commerce! Elles n'apj)laudirent pas moins aux moyens violents dont on se servoit, au lieu de la patience, des exclusions, des récompenses, de la douceur, des tentations par lesquelles on pouvoit attirer les ministres, priver peu à peu les huguenots de pasteurs et 1rs attirer ainsy à devenir catholiques, sans exposer le royaume à l'affoiblissement qui résulloil si nécessairement d'une expulsion sans comparaison plus ruineuse que n'avoit esté celle des Maures à l'Espagne. Aussy les huguenots ne purent-ils obtenir de pioteclion ulile pour estre restablis en France à la paix de Ryswick comme ils s'en estoient flattés, ny à la suivante. Les Puissances estrangères avoient trop bien profité de leur expulsion et n'eurent aucun désir sincère du retour dans leur patrie d'une telle multitude d'hommes qui en repeuplant la France y auroient rapporté leur commerce et leurs richesses. Les Puissances ennemies et jalouses aimèrent mieux se réserver l'usage qu'elles pourroient faire de la rage des faux convertis demeurés en France, dont en elfct elles tirèrent dans la guerre suivante une longue et dangereuse diversion en Languedoc et dans les pais voisins. Ainsy elles laissèrent tranquilemenl Louis XIV s'applaudir comme d'une grande gloire d'avoir détruit le calvinismeeri Fiance, qui avoil inutilement cousté tant de travaux à ses six derniers prédécesseurs, tandis (lu'il ne s'appcrccvoit pas de la playe qu'il faisoit à son Estât, et (jue la facilité qu'il y avoit trouvée n'estoit que le fruit des travaux de Lctuis XllI, Inq) sage et trop juste pour en vouloir recueillir de si odieux et de si funestes.
La paix de Ryswick n'imposa donc rien à Louis XIV par
raporl aux hugiicnofs, mais la reconnoissancc du Prince (VOrango eu qualilr do Roy d'Anglelcrro el de la succession protestante de ce Prince qu'il avoil si conslainenl personnellement haï, méprise, traversé, fut une condition bien amcre apn'-s tant d'efforts pour le reslablissemcnt de Jacques li réfugié avec sa famille eu France, qui luy avoit cousté tant de trouppcs et d'argent, et de plus raiiéantissenient total de sa marine à La Hogue. Rendre ou donner par force des Roys à une nalion qui les a chassés, en chasser un qu'elle s'est donné et qu'elle veut se conserver, est une gloire qui avoit d'aulanl plus éhloui Louis XIV qu'il s'agissoit du restablissement d'un ami personnel contre un Prince que Louis haïssoit personnellement depuis qu'il avoit refuse l'aisnée de ses baslardes. Il sentit trop tard tout ce qu'il luy en cousla vainemeni pour exécuter un projet contre toutte l'Europe, sur lequel l'heureux succès de la révolution de Porlugal, el sans sortir d'Angleterre, le restablissement de Chailes 11 dont Louis avoit esté témoin, eust deu luy servir de leçon.
Faute du superbe y^j}^ j^i^j-j (j^g fautcs et bicu lourdos, qui ne i)euvent
camp de ^ *
compiègne. irouvcr de comparaison dans les deux règnes précédents. Celle de la superbe magnificence du camp de Compiègne, si ruineuse aux nombreuses trouppes qui le composèrent, pour se parer de la pompe d'une opulence peu croyal)le au sortir d'une guerre générale de dix ans aussy pesante, fut une monstre vaine qui ne servit qu'à redoubler la jalousie de l'Europe, et à fournir les plus plausibles raisons aux envieux de la France et de la personne du Roy, pour allarmer touttes les Puissances contre celle qui estaloit à leurs yeux les preuves d'une abondance dont elles avoient lieu de la croire alors si éloignée, et de laquelle tout estoit à craindre pour elles.
Henry IV et Louis XIII ont fait de'grandes guerres, touttes nécessaires, touttes utiles: celles de pure parade leur ont toujours esté inconnues : ils ont cherché à s'avantager, à se garantir, à vaincre, jamais à exciter l'envie ny la jalousie; jamais de parades de puissance qui ne sont bonnes qu'à irriter et à rallier contre soy sous le trop plausible prétexte do la crainte qu'on en doit concevoir.
La santé du Roy d'Espagne fil. bientosl après la paix de Kyswick signée le 20 septembre 4697, faire des réflexions sur sa mort prorhaino. qui produisirent un traitté de par- Traitté de futur taffe dont le Rov Guillaume iïit l'auteur, sans consulter de la monarchie
^ "' . d'Espagne.
celuy de la future succession duquel on disposoit. La guerre dont Louis XIV sortoit ne luy permit pas de faire la moindre difficulté de se contenter du lot qui luy fut présenté; mais l'Empereur qui nevouloit pas moins que la succession entière pour l'Archiduc son second fils, méprisa l'Espagne et les Indes qui luy estoient offertes. La Lorraine à l.i vérité estoit infiniment à la bienséance de la France, et le tiuipuscoa luy estoit limitrophe, mais n'estoit presque rien. Le duc de Lorraine se trouvoit récompensé de son intime et héréditaire attachement à la Maison d'Autriche juir nu plus grand et plus seur establissement bors de portée de la sujétion de la France à laquelle on donnoit encore lesDeux- Siciles. 11 n'estoit ])as diffi<ile d'appercevoir la difficulté future de soustenir une possession si éloignée contre les flottes angloises et hollandoises, et presque dépouillée de tous les revenus royaux aliénés aux villes et à la principale noblesse par les anciens compétiteurs angevins et aragonois. Mais le dictateur du partage se gardoit bien d'agrandir de proche eu proche la France, et de luy donner une entrée de plain-pied en Italie en récompensant le
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duc de Savoye d'ailleurs de ce qui seroil pris sur ses Estais, ny de perdre une si belle occasion de jelter la Krancc dans la dépendance des l'uissances maritimes, ou dans une (l«';pense extresme et continuelle à relever «'t entreteniiune marine assés puissante j)our n'avoir |)oiiil à les craindre.
Tel fut le détroit où la guerre de 168(S dont le Roy ne faisoit que sortir, le jetta. Mais tandis que l'Anglelerrc cl d'autres Puissances s'épuisoient inutilement à tâcher d'dl)tenir que l'Empereur youIusI se contenter de l'Espagne et des Indes, le Roy d'Espagne mourut et laissa un testamcnl par lequel il déclaroit le duc d'Anjou son unique successeur; et ce testament fut applaudi par les vœux de toulte ■iiiiippe V noy la nation Espagnole. Louis XIV, quoy qu'on ait voulu l'é-
d'Espagne , . . , . . . .
econnu par tout paudrc, u avoitjamais sougc a rien moins, et aussy surpris (le rEmpei^cur. quc toutte l'Eui'ope le fut de Celle disposition balança l'orl, et l'accepta enfin sur ce qu'à son refus l'Espagne avec toutte sa monarchie se donnoit à l'Archiduc, et que de façon ou d'autre le partage fait par le Roy Guillaume devenoit une chimère, outre le peu de satisfaction que la France devoit avoir du lot qui luy estoit destiné et qu'elle avoit accepté.
Double faute en Mais voicy dcs fautcs plus profondes, et le commencedans l'espérance ment des malhcurs qu'elles enlraisnèrent. Louis XIV, ébloui ]a guerre, de voir Ic duc d'Aujou rapidement reconnu de touttes les parties de la monarchie d'Espagne en Europe, et ensuitle de touttes celles du Îsouveau-Monde presqu'aussy proniplement, aussy de l'Angleterre, de la Hollande et de touttes les autres Puissances de l'Europe, excepté de l'Empereur, crut avoir mis ordre à tout par le traitté qu'il se hasla de faire avec le duc de Savoye, et se flatta que cette grande atfairese passeroit sans guerre, sinon avec l'Empereur seul
en Italie de laquelle ayant l'alliance de Savoye, il ne seroit pas longtemps embarrassé. L'Électeur de Bavière. Gouverneur général desPaïs-bas Espagnols, outré de la mort de son fils unique du premier lit à qui toulte l'Europe avoit déféré l'entière succession d'Espagne, en avoit accusé la Cour dv Vienne, et se jetta sur le champ avec son frère l'Électeur de Cologne dans les interests de la France et de Philippe Y son neveu; et de concert avec eux par le projet le plus secrettement exécuté avec une justesse incomparable, les trouppes Françoises et Espagnoles furent au mesme jour et àlamesnie heure introduittes dans louttes les places espagnoles des Païs-bas, s'y saisirent des garnisons hollandoises qui les gardoient et les firent prisonnières.
Jusque là tout alloit à souhait, et les Pjovinces-Unies tout à coup privées de tant de trouppes et d'armes, se trouvoient dans une foiblesse qui ne leur i)erniettoit pas d'agir et de pouvoir réparer ce malheur qu'avec beaucoup de temps et de dépense. Mais le Roy toujours persuadé qu'il éviteroit la guerre par la douceur desaconduitte, imagina qu'il ne pouvoit rien faire de si utile à ce dessein, ny de si propre à se dévouer les Provinces-Unies, que de leur rendre leurs trouppes avec leurs armes, content de s'estie rendu maistre des places du Roy son petit-fils. La surprise ot la dérision secrette des Estais généraux furent égales ; ils n'avoient garde dans un si giand étourdissement de s'attendre à une générosité à laquelle le respect profond défend de donner le nom qu'elle mérite. Ils se confondirent en remerciements mocqueurs, et de concert avec le Pioy Guillaume ne songèrent qu'à garder, eux et l'Angleterre, une conduitte qui persuadoit de plus en plus Louis XIV qu'il réussiroit à éviter la guerre, tandis qu'ils n'oublièrent rien en préparatifs et en traillés d'alliances pour se
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mettre Cil estai de la Taire la i)liis forte et de réunii- loiille l'Europe contre Louis XIV et contre Philippe V. C'est ce (ju'ils sceuroiit exécuter d'à niant plus aiséuicnl (|ue la liune qui avoit lait la guerre de 1688 esloit encore presque lonlte ensemble, et que le Roy Guillaume sceul bien la réunir, tandis que Louis XIV endormi par ses désirs de paix demeura dans une inaction entière partout hors en Italie, contre des Puissances si bien en estai alors de luy lésister, et ne voulut jamais faire le premier aucun acte d'hostilité. Cette seconde faute est énorme, mais toutesfois légère en comparaison de celle qui la suivit de bien près. oîiiie l'Lurope Le Rov Guillaume conslament le dictateur de l'Europe
s'unit
:ontre la Fiance par la confiancc qu'il s'cstoil acquisc, n'eut aucune peine
eiTEspagne, , , ,. ,11? , vr • i a
a la liguer contre la rrance et 1 Espagne; mais le grand interest du commerce d'Espagne luy faisoit envisager de si grandes difficultés à engager rAngleterre dans la guerre si fraiscliement sortie de celle de 1688 qui l'avoit fort épuisée, que cet habile prince avoit réussy partout sans avoir osé encore entamer rien là-dessus avec son Parlement, lorsque la mort de Jacques Tî luy épargna tout ce qu'il en pouvoit craindre.
Fauiedeiaiecon- LouisXlV, dout la géuérositô avoit toujours esté vraiment de"jàcques'iii l'oyalc à l'égard de Jacques Tl, luy j'cndil de grands soins .nil"e rSe- pcudant sa dernière maladie, laquelle bien que courte '"'Vance^ ^^ douua le tcmps aux ministres du Roy de luy représenter et l'Espagne, combicu il dcvoil cslrc en garde contre luy inesine pour ne pas reconnoistre le fils de ce malheureux monarque, s'il venoit à mourir, et les suittes certaines d'une pareille démarche dans la conjoncture où il se trouvoit, et qui seroit si coniradicloire à ce qui se pouvoit nommer la base de la paix de Ryswick, c'est-à-dire à la reconnoissance qu'il avoit faille du prince d'Orange eu (|iialilé de lîoy d'Angleterre,
DES TROIS ROIS. 51t)
de la succession protestante à cette couronne, et à l'engagement qu'il y avoit solennellement pris de ne rien faire qui y fust contraire. Rien de si sage ny de si évident que ces considérations si importantes. Elles arrestèrent un peu Louis XIV ; mais contredittes par la compassion de Mme de Maintenon que la Reine d'Angleterre avoit gaignée, elles cédèrent au spectacle touchant de Saint-Germain. Louis XIV promit à Jacques II mourant de reconnoistre son fils Roy «l'Angleterre dès qu'il ne seroitplus, et à l'instant mesmc de sa mort tint cette parole. Toutte l'Angleterre entra en fureur aussytost que cette nouvelle y fut répandue. Le Roy Guillaume qui en frémit de colère, n'eut plus besoin que de seconder celle de son Parlement et de toutte la nation. Catholiques et protestants regardèrent celte reconnoissance comme la plus insigne infraction du traitté de paix de Ryswick ; de tous costés la guerre fut déclarée. Sans cet événement elle ne l'eust pas esté moins, tant les mesures du Roy Guillaume estoient bien prises ; mais il n'estoit point du tout asseuré d'y faire entrer l'Angleterre qui de ce inonuMit s'y précipita avec fureur. Tel fut le fruit de cette reconnoissance de Jacques m en qualité de Roy d'Angleterre, qui n'en recueillit que le rang et les honneurs en France et dont le sort n'en fut pas moins malheureux.
La guerre commencée en Italie où les Vénitiens avoient Fautes et trahilaissé entrer les Impériaux ne se faisoit pas heureusement, uaue que Caltinaty commandoit l'armée françoise, Vaudemont gou- ceûi pôlm, etcr verneur général du Milanez celle d'Espagne, et le duc de Savoye l'une et l'autre en qualité de généralissime, et y avoit joint ses trouppes. Desjà beau-père de Mgr le Duc de Rourgogne, il venoit de marier sa seconde fille à Philippe V: (^attinat s'apperceut bientost (jue hîs ennemis estoient avertis de tous les projets et de tous les mouvements de
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leurs années, jusque là qu'aucun parli ne pouvoil aller dehors qu'il n'en trouvast un du double des ennemis à point nommé. Vaudemont bastard du duc de Lorraine Charles IV, si justement malmené par Louis Xlll et par Louis XIV, élevé par luy dans la haine de la France, l'avoit marquée contre la personne du l\oy autrefois avec tant d'insolence à Madrid, puis à Home, que ce Prince le fit chasser d'Espagne et d'Italie. Devenu le confident intime du Prince d'Orange depuis Roy d'Angleterre, il luy deut toulte sa fortune et enfin le gouvernement général du iMilanez, que le crédit de ce Prince auprès de l'Empereur et de Charles II luy procura ; et dès celte première campagne d'Italie, le fils unique de Vaudemont y estoitla seconde personne de l'armée Impériale. La souplesse du })ère à haster la proclamation de Philippe V à Milan, souslenue d'une puissante cabale à la Cour de France, où les deux filles de sa sœur gouvernoient Monseigneur, et faisoient d'ailleurs une figure importante qui leur avoit acquis tous les gens eu })lace et en crédit, avoit fait oublier tout au Roy sur Vaudemont, et ne se souvenir que du gré de la conduitte qu'il avoit tenue à la mort de Charles IL
Il fut tout aussy élojgné de se deffier du duc de Savoyc après tant d'alliances si fraîchement renouvelées, de sorte que Cattinat ne fut point écouté, et que desservi d'ailleurs par deux hommes si intéressés à se deffairc d'un capitaine si sage, si habile et qui voyoit si clair, le Roy fasché du triste succès du combat de Cliiari où le duc deSavoye avoit voulu faire périr les trouppcs du Roy, ets'estoit exposé avec une extresme valeur pour mieux tromper, le Roy, dis-Je, envoya le Marcschal de Villeroy j)rendre le commandement de son armée. Louis XIV n'estoitpas heureux en choix :celuy-cy estoit le plus convenable aux veues du duc de Sa-
voye et de Vaiidemont. La capacité et les lumières de Villeroy ne pouvoient les contraindre. Courtisan partout, il n'avoit garde de ne l'estre pas du père de Mme la Duchesse de Bourgogne si tendrement chérie du Roy et de Mme de Maintenon, et de ne pas admirer tout dans l'oncle de mesdemoiselles de Lislebonne, lui qui par elles s'estoit dévoué Chamillart dans l'apogée alors de sa faveur. D'ailleurs le bel air et la galanterie l'avoient autrefois lié à Yaudemont à Paris dans leur jeunesse, et il s'estoit toujours picqué d'estre de ses amis tant (|u'il avoit pu ou osé. 11 n'eut pas le temps de leur estre d'un. long usage, il fut enlevé dans Crémone (et ce ne fut pas sa faute) au milieu de l'hyver, conduit prisonnier à Graz en Stirie et le duc de Vendosme envoyé en sa place en Italie. Celuy-cy ne ménagea guère M. de Savoye ; mais la cabale de la Cour l'avoit lié à Yaudemont, et leur union so resserra toujours do plus en phis <pie des interests communs rendirent indissohible.
Je n'ay pu me dispenser du détail où je suis entré jiis- (ju'icy des fautes du gouvernement de Louis XIV; les unes entrent naturellement dans la comparaison que je me suis proposée; les autres sont si pesantes qu'il se peut dire que leur distance d'avec les deux gouvernements précédents, achève de les comparer. Comme elles ne feront qu'augmenter en nombre et en profondeur jusqu'à la merveille delà paix du traitté de Londres qui fut un pur bienfait de la providence, la mesme raison qui les rend incomparables avec les deux derniers gouvernements que je viens d'alléguer, me dispense de la douleur de les suivre. Elles sont marquées rydessus dansle récitabrégé du gouvernement de Louis XIV ; j'y renvoyé donc et pour les fautes et pour les causes qu'elles ont eues. Mon respect profond pour la mémoire d'un Monarque dans la Cour de quij'ay tant vescuetpour la vrayeetadmi-