‹ Écrits philosophiques et morceaux propres a donner une idée générale de son systèmeChapitre 21 sur 69 · CX1I · texte numérisé non relu

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PRÉFACE

philologiquectpsychologiquequi s’y rattachent. Ainsi, d’abord, il reproche à Kant et à son école d’avoir banni de la religion le sens spéculatif ou métaphysique , et , par là , détruit le fond du dogme ; d’avoir également écarté le côté positif ou historique et remplacé l’un et l’autre par le sens moral ; de ne voir dans la Bible qu’un enseignement moral déguisé sous des symboles ou des faits dont l’existence ou l’authenticité est indifférente; de réduire l’histoire religieuse à une allégorie morale , et d’avoir ainsi faussé le sens des écritures, dénaturé le fait sans pouvoir s’élever à l’idée.

Il n’est pas moins sévère à l’égard de la méthode protestante qui cherche à ramener le Christianisme à son sens primitif. Selon lui , c’est se tromper que de croire trouver le vrai Christianisme à son origine. Le dogme chrétien s’est développé pour le fond comme pour la forme. Les apôtres , les pères et les docteurs de l’Église, la scholastique elle-même, y ont mis successivement la main , non seulement l’ont systématisé , mais y ont ajouté de nouvelles idées. De sorte que, pour comprendre le Christianisme, il ne faut pas l’envisager à un point particulier, mais l’embrasser dans son histoire tout entière et son développement, qui, même actuellement, est loin d’être complet.

Le protestantisme lui paraît donc opposé à cet esprit d’universalité qui caractérise le Christianisme; il rétrograde et supprime la continuité. Il substitue à l’au-

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torité une autre autorité, celle de la lettre morte. Dans sa tendance négative et anti-universelle, il est condamné à se diviser en sectes.

Poursuivant cette censure entremêlée de sarcasmes , il reproche à la théologie protestante d’avoir fini, à l’exemple du Kantisme, par écarter de la Bible le sens spéculatif des dogmes pour y substituer le sens moral , ou de se renfermer dans l’interprétation littérale , de faire ainsi descendre la théologie à la linguistique et à la philologie; de n’étre pas restée étrangère aux tentatives qui ont été faites pour expliquer, à l’aide des phénomènes psychologiques analogues à ceux de magnétisme animal , le merveilleux dans l’histoire de la religion , et restreindre le nombre des miracles; enfin de réduire l’enseignement religieux et la prédication au développement de quelques maximes banales de morale vulgaire ou d’utilité matérielle. Il termine en annonçant une nouvelle transformation du Christianisme.

Dixième leçon. Sur l'étude de l'histoire et de la jurisprudence. L’histoire n’existe ni avec une régularité ni avec une liberté absolue. Une série d’événements sans lois ne mérite pas plus le nom d’histoire qu’une série absolument réglée par des lois. La liberté et la soumission à des lois, tel est le caractère de l’histoire, dont la notion implique aussi celle d’une progressivité infinie. Enfin, son côté essentiel est le côté politique. Le monde parfait de l’histoire serait un État parfait ,

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c’est-à-dire une organisation sociale où se manifesterait l’harmonie de la nécessité et de la liberté. L’histoire montre comment la société marche vers ce but idéal; son seul et véritable objet est l’enfantement successif de celte constitution cosmopolite. Telle est la manière dont Sclielling définit ailleurs l’histoire. ( Yoy. l’extrait , p. 346. ) Il se contente ici d’examiner les différentes manières de l’envisager.

La première est le point de vue religieux ou philosophique; il doit être abandonné à la religion et à la philosophie. Bossuet, Yico etHerder ne sont pas, à proprement parler, des historiens. Yient ensuite le point de vue empirique ; il offre deux côtés: ou l’historien se borne à recueillir et à exposer les faits, méthode , en effet , purement empirique ; ou il les coordonne d’après un but spécial, politique, moral, civil, militaire, etc.; c’est le genre pragmatique, celui deTacite etdePolype. On le regarde comme le plusélevé , mais à tort. 11 engendre facilement les abus et les défauts que l’on reconnaît dans la plupart de ceux qui se mêlent d’écrire aujourd’hui l’hisloire : l’absence d’idées, la manie des réflexions morales, le ton oratoire, les grands mots et les phrases vides de sens sur les progrès de l’humanité et de la civilisation. Presque toujours l’histoire y est confisquée au profit d’une idée exclusive, asservie au x vue$ les plus étroi tes et aux intérêts de secte ou départi. Indépendamment de ces tendances, son défaut originel est d’exclure le caractère d’universalité. Si l’histoire avait un but

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spécial, ce serait celui de retracer la réalisation progressive du droit cosmopolite. Kant lui-même, qui a conçu le plan de l’histoire au point de vue d’un citoyen du monde, considère encore l’enchaînement logique des événements, sans les rattacher à des lois absolues. L'histoire doit marcher librement, dégagée de toute préoccupation et de toute fin particulière , reproduire le développement harmonique et simultané de la pensée divine sous toutes ses faces. Le vrai point de vue de l’iristoire, qui seul conserve ce caractère absolu , c’est celui de l’art. L’histoire offre une affinité intime avec l’art. Il existe un art historique.

L’histoire présente, dans la succession des événements , les idées par lesquelles se manifeste la pensée divine ; elle est le miroir de l’esprit universel. Mais ces idées ne s’offrent pas sous une forme abstraite comme dans la philosophie 5 elles sont identifiées avec les événements, les personnages et leurs actions ; c’est la synthèse de l’idéal et du réel. Or, cette fusion intime du réel et de l’idéal , elle s’opère surtout dans l’art qui représente les idées sous des formes réelles et vivantes. L’histoire est une épopée conçue dans l’esprit de Dieu; c’est un drame merveilleux. Donc, pour le représenter, il faut être soi-même un artiste : savoir, tout en restant fidèle à la réalité , disposer et grouper les événements, les présenter sous une forme dramatique qui mette en relief l’élément significatif, fasse ressortir l’idée , sans toutefois l’abstraire ni la

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