‹ Écrits philosophiques et morceaux propres a donner une idée générale de son systèmeChapitre 26 sur 69 · CXXIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

CXXIV PRÉFACE

pur formalisme qui laisse subsister le point de vue mécanique. On parle de théorie , mais si la théorie a son principe dans l’expérience , elle se confond avec elle et ne peut la dépasser. Les principes qu’elle prétend tirer des faits ne sont que ces faits généralisés. La théorie ainsi entendue est légitime lorsque, n’ayant pas la prétention d’expliquer, et s’abstenant d’imaginer des causes, elle se borne à recueillir et à généraliser les faits, à les exposer et les décrire, en un mot, à faire l’histoire de la nature (voyez l’extrait p. 365). Elle peut ainsi, tout au plus, aller de la périphérie au centre , non du centre à la périphérie. Pour cela, il faut être en possesion d’une idée, d’un principe, et la science absolue seule peut le fournir.

Telles sont les objections que Schelling adresse à la méthode empirique et au dualisme qui, selon lui , en est la conséquence, dans tous les systèmes anciens et modernes qui l’ont appliquée à l’étude de la nature.

Après cette critique, il expose, en peu de mots , sa propre méthode et les idées fondamentales de sa philosophie de la nature.

Le principe d’où sortent tous les êtres et d’où découlent leurs manifestations vivantes est l’être absolu au sein duquel tous les êtres s’unissent, se confondent et trouvent leur unité. Immobile en soi, il n’est déterminé à l’action et au mouvement que par la loi en vertu de laquelle il se développe et se manifeste éternellement à lui-même. Ainsi, le principe de

DU TRADUCTEUR

toute activité dans la nature est un , c'est l'élre absolu, affranchi de toute relation. Les puissances, ou forces de la nature , qui émanent de lui, identiques dans leur essence, ne se distinguent entre elles que par la forme et le degré. Ce qui fait l’unité dans la nature , ce n’est donc pas la dépendance réciproque des existences ni l’enchaînement des causes et des effets, c’est que tous les êtres dépendent et dérivent du même principe. Il suit de là que la science de la nature doit s’élever au-dessus des phénomènes particuliers, jusqu’à l’idée du principe unique d'où ils émanent comme de leur source commune.

Ce que la philosophie se propose , avant tout , c’est de comprendre la manière dont toutes choses naissent deDieuou del’absolu. Or, voici, ajoute le philosophe, comment s’explique cette origine: L’être absolu ne serait jamais connu et il resterait éternellement enveloppé en lui-même si , comme sujet, il ne se posait en face de lui-même comme objet. Dans cet acte , par lequel son intelligence et son activité se développent , c’est sa pensée qui se réalise au dehors et se donne en spectacle à elle-même. Ici l’identité des deux termes, du sujet et de l’objet, de l'idéal et du réel, de l’essence et de la forme est évidente. Ce développement parfait, où se réalise l’identité des deux termes de la pensée divine, produit en Dieu les idées qui existent, à la fois, en elles-mêmes et dans Dieu. La philosophie peut d’abord se contenter d’envisager ainsi les idées dans Dieu , et ce premier degré consti-

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