XI. VII
de l’abstrait au concret, mais du concret à l’abstrait, de l'exolérique à l’ésotérique, de la circonférence au centre , non du centre à la circonférence. Avant de nous conduire dans le sanctuaire de la métaphysique allemande , il fallait nous faire passer par le portique et visiter à loisir les galeries. Autrement , on s’expose à effaroucher et à rebuter des esprits encore peu habitués à ces formules et prévenus contre ce qu’on est convenu d’appeler le jargon de la métaphysique. 11 faut l’avouer , malgré les efforts qui ont été tentés pour nous mettre au fait de quelques uns de ces systèmes, nous sommes encore peu familiarisés avec les constructions abstraites , avec le langage et la terminologie de ces philosophes. Tout cela est tellement contraire aux habitudes de notre esprit et au génie de notre langue, que l’on peut douter si de consciencieuses et intelligentes analyses ne remplaceraient pas, avec avantage, des traductions textuelles, inévitablement barbares , quels que soient l’intelligence et le talent des traducteurs. Selon nous, les livres qui doivent être avant tout traduits, ce sont ceux qui peuvent l’être sans que le traducteur soit misdans la fâcheuse nécessité de faire violence au texte étranger ou à sa propre langue.
Une autre raison décisive à nos yeux, pour traduire cette classe d’ouvrages, c’est que rien n’en peut remplacer la traduction ; c’est que , par la nature même de leur contenu comme par la forme qui les distingue, ils échappent à toute analyse, et restent
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en dehors des moyens par lesquels on peut chercher à faire connaître le système d’un philosophe et ses idées. C’est ce dont il est facile ce se convaincre par un examen rapide de ces moyens.
Je ne parle pas des expositions de la philosophie allemande , qui se font en vingt pages , dans un article de journal , de revue, ou de dictionnaire. Il est clair que dans de pareils cadres il n’y a place que pour les généralités. L’auteur est dispensé de descendre dans les détails. Il peut, tout à son aise, traduire à son tribunal tel ou tel de ces philosophes, ou tous ensemble, les juger, les condamner, affecter vis-àvis d’eux des airs de supériorité, sans connaître à fond aucun de leurs systèmes, sans peut-être même avoir lu d’un bout à l’autre un seul de leurs écrits. Quatre ou cinq formules , qui sont partout en circulation , lui suffisent pour faire leur procès en forme et les juger en dernier ressort. C’est montrer peu d’égards envers les princes de la philosophie.
Un autre procédé plus grave , mais dont on ne doit guère plus attendre en faveur de cette classe d’ouvrages, que nous nous permettons de recommander aux traducteurs, est celui de ceux qui , dans un intérêt de secte ou de parti , et avec un esprit évidemment hostile aux systèmes qu’ils entreprennent d’exposer et de juger, peut-être même à toute philosophie , choisissent un de ses principaux représentants, abuno disce omnes, et prennent à lâche de nous le faire connaître par une ample et soigneuse analyse, de nous introduire
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