DES SYSTÈMES PHILOSOPHIQUES
ni plus grand ni moindre que celui de tel autre; — Ou l’on est impartial envers les systèmes philosophiques, parce qu’on les considère tous ensemble comme se rapprochant d’un idéal commun , parce qu’on voit dans tous la mémo raison , les mêmes problèmes , le même germe d’un système futur, qui, élevé au-dessus de tous les partis et de tous les systèmes particuliers , leur fournira peut-être à tous la preuve surprenante qu’ils avaient tous également raison , également tort, qu’ils étaient également vrais , également faux.
Tant que l’on s’en tient à la lettre et aux formules des systèmes, on ne voit, en effet, dans les contradictions entre les diverses théories, qu’une suite de controverses inutiles et dignes de pitié sur des mots et sur des idées vides ; et l’on est , dès-lors , disposé à dédaigner la philosophie en général comme un vain aliment aux disputes des écoles, et à accorder un mérite parfaitement égal aux opinions les plus diverses et les plus contradictoires. Mais, si l’on pénètre jusqu’à l’esprit des différents systèmes, on voit bientôt que les vrais philosophes ont été , au fond , aussi d’accord entre eux que les mathématiciens , tout en conservant leur originalité à un degré qui n’était ">°s possible chez ces derniers. De sorte que, dès-lors , il n’y aurait plus que les philosophes de l’esprit et les philosophes de la lettre, ou, pour mieux dire, les philosophes sans esprit, qui fussent divisés entre eux; de sorte que , quelque tranchant et absolu que puisse paraître ce jugement , en définitive , ce n’est pas sur
PHILOSOPHIE
des propositions particulières que le débat s’est élevé ; mais sur cette question : A qui des deux appartient la philosophie ou le talent philosophique? D’où il est manifeste que , dans les deux cas , la différence des opinions ne peut pas cesser; dans le premier , parce qu’aucun des deux partis ne se comprend lui-même; dans le second , parce qu’il lui manque toujours l’organe nécessaire par lequel seul il pourrait comprendre l’autre. Rien ne caractérise aussi bien le génie de Leibnitz que cette phrase : « J’ai long-temps réfléchi sur les anciens et sur les modernes , et j’ai trouvé que , presque toutes les opinions adoptées sont susceptible d’un bon sens. » — Mais on n’arrive pas à un tel résultat par le récit chronologique des différentes opinions. 11 faut avoir trouvé le centre de perspective de Leibnitz , d’où le chaos des diverses opinions qui ne manifeste , de tout autre point de vue , que trouble et confusion , montre la régularité et l’harmonie. Pour trouver ce que trouva Leibnitz , savoir : que ce qui , dans les systèmes les plus opposés , est réellement philosophique , est en même temps vrai , on doit avoir devant les yeux l’idée d’un système général qui donne à tous les systèmes particuliers , quelqu’opposés qu’ils soient , leur rapport et leur nécessité dans le système de la science humaine. Un tel système compréhensif doit seul avoir la puissance conciliatrice capable d’accorder les intérêts qui se combattent dans tous les autres ; de montrer qu’aucun d’eux , quolqu’opposé qu’il puisse