‹ Écrits philosophiques et morceaux propres a donner une idée générale de son systèmeChapitre 56 sur 69 · POLITIQUE · texte numérisé non relu

POLITIQUE

ixiiers effets. Mais on aperçoit aisément qu’un ordre établi par la nécessité ne peut avoir en soi des éléments de permanence : d’un côté, ce que la nécessité amène à produire, n’est fait que pour parer aux besoins les plus prochains, et, d’un autre côté, le mécanisme d'une constitution est appelé à exercer ses lois coercitives sur des êtres libres qui ne se laissent contraindre qu’au tant qu’ils y trouvent leur avantage. Comme il n’y a rien d’o priori dans les choses de la liberté, réunir des êtres libres sous un mécanisme commun est un de ces problèmes qui ne peuvent être résolus que par un nombre infini d’essais. La raison principale, c’est que le mécanisme qui met en mouvement la constitution, terme moyen entre l’idée de la constitution et son développement réel, diffère entièrement delà constitution elle-même, et, suivant les degrés différents de civilisation, les diversités de caractère, etc., que l’on remarque dans les nations, doit conduire à des modifications tout-à-fait différentes. Il faut donc s’attendre à voir s’élever d’abord des constitutions purement temporaires, portant en elles-mêmes le germe de leur destruction, et qui, étant fondées , non sur la raison , mais sur la nécessité des circonstances , doivent tôt ou tard se dissoudre. De même, il est naturel que , sous l’empire des circonstances , un peuple abandonne plusieurs droits qu’il ne peut, formuler pour toujours et qu’il détruit tôt ou tard. Ce renversement de la constitution est alors infaillible, et d’autant plus assuré , qu’elle demande plus de pcrfection-

d’une constitution de droit. 343

nements dans la forme, parce que, lorsque cela a lieu , le pouvoir certainement n’abandonne pas ses droits volontiers , ce qui prouverait déjà un vice interne de la constitution.

Mais si , de quelque manière que cela arrive, une constitution est enfin réellement fondée sur le droit , et non pour parer seulement aux premières nécessités qui s’offraient d’abord , l’expérience , qui ne suffira jamais à prouver une proposition générale , mais qui présente à nos conclusions des données d’une grande valeur, nous montre que l’existence d’une constitution semblable, la plus parfaite qu’il soit possible d’imaginer pour l’État particulier, dépend encore des circonstances accidentelles les plus évidentes.

Si, conformément au type de la nature, qui n’établit rien d’indépendant ou aucun système subsistant en soi, qui ne soit fondé sur trois forces indépendantes les unes des autres, la perfection de la constitution est placée dans la division des trois pouvoirs fondamentaux de l’État, comme indépendants les uns des autres, les critiques dirigées avec raison contre cette division, bien qu’on ne puisse nier qu’elle ne soit nécessaire à une constitution normale, signalent, dans cetteconstitution, une imperfection dont l’origine ne doit pas se trouver en elle , mais doit être cherchée hors d’elle. La sûreté de l’État exige absolument que le pouvoir exécutif l’emporte sur les autres et , en particulier , sur la force législative qui joue, dans la machine de l’État, le rôle de force retardante; l’harmonie de l’ensemble

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