‹ Écrits philosophiques et morceaux propres a donner une idée générale de son systèmeChapitre 60 sur 69 · DF. LA SPÉCULATION F.T DF. L’EXPÉRIENCE · texte numérisé non relu

DF. LA SPÉCULATION F.T DF. L’EXPÉRIENCE

plupart des physiciens voient la misère de ces théories. Ils ont extrait de ces théories les lieux communs dont ils se servent contre nous et qui déjà , depuis long-temps, deviennent indiciblement ennuyeux à entendre. Ce qui fait que, comme ils n’ont aucune idée d’une théorie, ils ne savent pas que toutes ces prétendues théories ne sont nullement des théories , ou , que si elles le sont, les nôtres en sont précisément le contraire. Ils en sont toujours au temps de Descartes, d’Euler, etc. Jusquesà quand débitera-t-on toutes ces vieilleries, depuis long-temps dignes de l’oubli? S’ils veulent comparer nos travaux , pourquoi ne les comparent-ils pas aux anciens physiciens grecs , de beaucoup plus dignes , mais dont , malheureusement, il ne nous est resté que des fragments.

Que ce qu’ils appellent théorie porte au plus haut degré préjudice à la véritable science*, nous le savons très-bien , et peut-être mieux qu’eux sur bien des points. Toutes ces théories sont contraires à l’expérience, qui sont abstraites de l’expérience, qui ne connaissent pas les causes en soi , indépendamment des expériencs qu’elles doivent servir à expliquer. Car , là où il en est ainsi , que fait on ? On met d’abord dans les principes tout ce qui est suffisant pour expliquer les expériences déjà connues. On invente alors des causes et on les dispose précisément de la manière dont on veut les employer ensuite. Sans parler du cercle éternel dans lequel roule cette explication , puisque d’abord on déduit les causes des

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effets, et qu’ensuite on explique les effets par les causes que l’on a faites soi-môme, il est naturel, puisque les expériences s’étendent tous les jours , que ces causes présupposées deviennent aux yeux de tous insuffisantes, qu’on leur attribue toujours de nouvelles propriétés qui contredisent les anciennes ; de sorte que, finalement, cela devenant insupportable, on jette alors le fardeau et l’on se décide à errer pendant quelque temps dans le monde, sans théorie, jusqu’à ce que , soit par désespoir , soit pour se donner un nouvel amusement, on invente une autre théorie tout aussi malencontreuse que la précédente.

H ne peut y avoir ou se former de vraies théories quecellesqui se construisent à priori; car si les principes sont certains en eux-mêmes et n’ont nullement besoin , pour être établis , de l’expérience , ils jouissent d’une parfaite universalité; et puisque la nature ne peut contredire la raison , ils s’appliquent à tous les phénomènes possibles, que ceux-ci soient connus ou ne le soient pas, qu’ils soient manifestés maintenant ou dans la suite. Dans de telles théories, il n’y a pas de place à proprement parler, pour les explications. Il n’y a d’explications que là où l’on remonte du phénomène à la cause , où la cause est déterminée après l’effet, en un mot, dans le domaine de l’empirisme, mais non là où l’on déduit l’effet de la cause indépendante et absolue. Ici des constructions sont seules possibles. L’idée d’une explication des phénomènes de la nature doit donc disparaître entièrement de la vraie

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