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DE LA SPÉCULATION ET DE L’EXPÉRIENCE

science de la nature. Dans les mathématiques on n’explique pas , on démontre. La démonstration ( la construction ) est l’explication , et réciproquement ; quand on cherche à expliquer , c’est que l’on manque de démonstration. Si le physicien dynamique parle de démonstration , c’est tout au plus par une ancienne habitude; en réalité, il ne fait que construire ; il part de son principe sans s’inquiéter de savoir où il le conduit; les phénomèues, s’il procède conséquemment, viennent se ranger d’eux-mêmes à leur place, et la place qu’ils prennent dans le système est en même temps la seule explication qui en soit donnée.

Une théorie de la nature qui n’est pas formée par un procédé comparatif , mais entièrement et absolument à priori, ne peut, par conséquent, être autre chose qu’une exposition fidèle ou une histoire de la nature elle-même. Le philosophe de la nature se met à la place de la nature. Celle-ci, pendant qu’elle se développe elle-même n’a-t-elle pas présents les phénomènes qu’elle veut développer ; et tout ne naît-il pas pour elle, ne naît-elle pas pour elle- même, sans conscience ? La nature est pour elle-même à priori. Donc la théorie qui, pour construire, n’a pas présupposé plus que la nature n’a présupposé elle-même , savoir : l’essence interne et le caraclère dernier ( l’identité dans la duplicité ) , ne doit donner à son tour autre chose pour résultat que la nature telle qu’elle est pour elle-même.

Un reproche que l’on fait très-commünément à la

NATURE

théorie de la nature à priori , c’est que la théorie ne s’est jamais légitimée par la prédiction d’aucune expérience. Cela est complètement faux. D’innombrables phénomènes ont été prévus par les physiciens , avant d’être démontrés par l’expérience , et c’est ce qui arrivera toujours de plus en plus à l’avenir. — Aussi, l’étude empirique de la nature fera des progrès d’autant plus rapides , lorsqu’elle ne sera plus obligée de se traîner ça et là , à l’aveugle , dans toutes les directions, lorsque le cercle dans lequel devront se faire toutes ses découvertes sera tracé; lorsque tous les points où se rencontrent les phénomènes seront désignés, ainsi que les parties du cadre, qui , jusqu’ici , sont restées vides.

On trouve, dans le mécanisme du développement de l’esprit humain , la véritable raison pour laquelle l'expérience , partout et dans toutes les parties du savoir, a précédé la véritable science. La nature paraît s’amuser à jouer avec la raison, c’est-à-dire avec ellemême. Ordinairement elle dévoile le secret longtemps gardé, par un côté qui , à son tour, induit en erreur sur son véritable sens. Mais une fois ce secret dans la possession de l’homme , il devient l’objet de recherches plus exactes , et, lôt ou tard , il retourne facilement à sa vraie place , et s’y montre dans son véritable jour , pour signifier, dès- lors , tout autre chose que ce qu’il a signifié au début

Que l’on se rappelle les phénomènes galvaniques , qui, à l’origine, paraissaient d’une portée aussi res-

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