‹ Écrits spirituels et historiques (volume 2)Chapitre 33 sur 81 · Lettre du 26 octobre 1653, citée ci-dessus · texte numérisé non relu

Lettre du 26 octobre 1653, citée ci-dessus

b. Lettre à son fils, Québec, 12 août 1654.

c. Ibid.

L’écriture et l’orthographe ne permettent pas d’assigner à cette œuvre une date plus tardive que le dernier quart du XVIIe siècle. Elle a été exécutée par un copiste dont la langue était encore, dans l’ensemble, celle de l’auteur. Marie ayant fait défense expresse à son fils de communiquer son mémoire à qui que ce fût, celui-ci aura gardé la consigne jusqu’à la mort de sa mère, 1672. Après, il était plus libre. Or, le manuscrit n’est point de sa main. Nous devons donc en conclure qu’il est postérieur à 1672. Si l’on réfléchit qu’après l’édition de la Relation dans la Vie imprimée, 1677, la copie avait moins de raison d’être, surtout pour les gens d’alors, moins friands que nos contemporains de l’autographe et de sa reproduction textuelle, on serait amené à placer le manuscrit entre 1672 et 1677. Mais ceci n’est plus qu’une simple conjecture.

Quant à son exécution, nous devons y voir une main féminine ; d’abord parce qu’un copiste aurait mis moins de conscience à suivre le style, la langue et la disposition de l’original; ensuite parce que d’instinct il aurait transposé au masculin, comme l’a fait Dom Claude Martin dans la Vie, des réflexions générales que Marie a naturellement faites au féminin et que le manuscrit des Trois-Rivières a reproduites telles quelles. Nous avons donc affaire à une copiste, et, vu le soin, pour ne pas dire la religion, qu’elle a apporté à son travail, à une copiste qui vénérait la mémoire de Marie de l’Incarnation, à une Ursuline très probablement.

Nous écartons l’hypothèse d’une copie faite à Québec après 1677. Dom Claude Martin, qui distribua, après sa publication, tous les manuscrits de sa mère, aurait bien pu faire don du manuscrit de la Relation de 1654 aux Ursulines de Québec, à qui il revenait presque de droit. Celles-ci en auraient fait une copie, qu’elles auraient aussitôt donnée. Nous ne comprendrions pas alors qu’elles n’aient pas fait l’impossible pour récupérer cette transcription après leur incendie de 1686 qui consuma la presque totalité des papiers de leur Vénérable Mère et où le manuscrit de l’original aurait également disparu. Du reste, nous ne trouvons rien dans les archives du Vieux-Monastère pour appuyer cette conjecture. Elle semble même contredite par la copie elle-même. Une copiste en France pouvait, par exemple, écrire Boucenlage pour Boucanage. A Québec, le terme était courant et cette faute de lecture était impossible.

Nous pensons donc qu’il faut assigner comme dates extrêmes à la composition du manuscrit des Trois-Rivières, les années 1672 à 1700, ou peut-être plus précisément 1672-1677, et qu’il convient de la placer de préférence en France.

Y eut-il plusieurs copies de l’original ? Le P. de Charlevoix en avait certainement une en 1723 pour composer sa Vie de la Mère Marie de V Incarnation. Toujours est-il que le manuscrit des Trois-Rivières tomba au cours du XVIIIe siècle aux mains du sulpicien Pierre Sartelon. Celui-ci, né à Tulle en 1709, était entré à Saint-Sulpice en 1730. Il y fut ordonné prêtre en 1734, et passa cette même année au Canada. Les listes conservées à la Bibliothèque de Saint-Sulpice de Montréal nous le montrent en ses diverses résidences comme curé à Saint-Laurent, à Sainte-Anne de Bellevue, à la Longue Pointe, à la Pointe Claire, de 1735 à 1781. Il mourut en 1782, probablement étant chapelain des pauvres de l’Hôtel-Dieu de Montréal. Où, quand et comment Sartelon entra-t-il en possession de notre manuscrit ? Nous ne pouvons le dire. La reliure en parchemin du manuscrit est d’origine canadienne, au moins pour les lanières en peau d’orignal qui la fermaient autrefois. Elle porte au dos deux mentions latines, peut-être de mains différentes. La première : Vita matris incarnâônis ursulinae Quaebekensis , propria sua manu scripta ; la seconde, effacée en partie, refaite maladroitement et inintelligible du fait de la retouche : Et non obstat scripta Venerab. fuisse Martin congre gationis Sti Mauri et filii dictantis verba sca ven. matris. Sur la feuille de papier collée au revers de la couverture, on ht deux autres mentions. La première : La Vie de la Mère de V Incarnation , Ursuline de Québec, écrite de sa propre main, de la même écriture que la mention latine correspondante qu’elle traduit ; l’autre : Attinet ad Petrum Sartelon sacerdotem I733 e domo Sulpiciorum Marianopolitana, de la main de Sartelon lui-même. On ne peut établir aucun rapport chronologique entre ces diverses mentions dont la plus .ancienne n’est point contemporaine du manuscrit. Quant à celle de Sartelon, elle indiquerait logiquement qu’il fut ordonné prêtre en 1733 et non en 1734 comme le portent les listes, nullement qu’il possédât le manuscrit en T733> avant son départ pour la Nouvelle-France. Nous ne savons donc pas s’il trouva ce manuscrit en France ou au Canada. Nous

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Première page du Manuscrit des Trois-Rivières.

I er TYPE D’ÉCRITURE.

(Archives des Ursulines des Trois-Rivières.)

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Lettre de Marie de l’Incarnation a M. de Montmagny, Gouverneur de la Nouvelle-France (1645)

(Archives des Ursulines de Québec.)

Déclaration de Marie de l’Incarnation a M. de Montmagny, Gouverneur de la Nouvelle-France (1645)

(Archives des Ursulines de Québec.)

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Une des dernières pages du Manuscrit des Trois-Rivières.

2e TYPE D’ÉCRITURE.

(Archives des Ursulines des Trois-Rivières .)

ne savons pas davantage ce qu’il en fit ensuite. On peut imaginer qu’il le donna de son vivant auxUrsulines des Trois-Rivières. Une tradition orale de ce monastère rattacherait plutôt l’entrée du manuscrit dans les archives de la maison à l’abbé Jacques Joseph Ladislas de Calonne, frère du ministre de Louis XVI, qui s’exila à la Révolution, passa en Angleterre, puis de là au Canada, devint grand vicaire de l’évêque de Québec et fut chapelain des Ursulines des Trois-Rivières de 1807 à 1822. L’abbé de Calonne aurait alors reçu le manuscrit des Sulpiciens de Montréal qui l’avaient trouvé dans les papiers de Sartelon, et l’aurait ensuite légué, avec ses livres, aux Ursulines qu’il dirigeait. On sait en effet qu’à sa mort, il fit don à ces religieuses de sa bibliothèque. Celle-ci comprenait 800 pièces ; le manuscrit n’y est pas spécialement désigné.

Si l’histoire du manuscrit des Trois-Rivières est pleine d’incertitudes, sa valeur, du moins, est incontestable.

Non seulement il nous a conservé le lexique et, avec une fidélité ordinairement soutenue, la syntaxe de l’original — ce dont on peut se convaincre en le comparant aux autographes de Marie de l’Incarnation — mais il le reproduit servilement. Petit in-40, d’un format inférieur semble-t-il à celui de Marie, tout y est calculé pour suivre page à page le manuscrit qu’il reproduit. Celui-ci comptait environ deux cents pages : c’est le chiffre de la copie. A son quatrième cahier, Marie commençait le récit de sa vocation au Canada, et les trois cahiers précédents étaient chacun de seize pages. C’est également à la page 48, bien que la composition des cahiers soit différente, que s’ouvre dans la copie ce récit. Enfin, l’original présentait des lacunes: phrases inachevées, mots sautés, etc. Dom Claude Martin en signale une dans son imprimé. Venant au récit de sa traversée et de la rencontre d’une banquise qui faillit la terminer si tragiquement pour le vaisseau et ses passagers, Marie veut donner une idée de cette glace par une comparaison. Elle fut sans doute interrompue à ce moment. La comparaison est commencée, le second terme manque. Il fait défaut aussi dans la copie. Il suffisait cependant de trois mots pour donner un sens à la phrase. Pour les autres omissions, nous n’avons pas de moyen d’en vérifier l’origine. Les unes sont des négligences de copiste, mais d’autres, à en juger par

Marie de l’Incarnation

les remaniements évidents de l’imprimé, venaient du manuscrit. A côté des lacunes, il y a dans la copie des phrases qui ne sont pas représentées dans l’imprimé. Ici, c’est l’imprimé qui volontairement ou par distraction est en faute. L’authenticité de ces parties propres du manuscrit des Trois-Rivières nous est en quelque sorte garantie, et d’une façon plutôt inattendue, par le second historien de Marie de l’Incarnation, le P. de Charlevoix. Mais c’est un bon quart du manuscrit que Charlevoix nous aide à contrôler, et cela vaut qu’on y insiste.

Nous avons dit ailleurs a que cet auteur n’a rien innové dans sa biographie de la Vénérable Mère. Il travaille sur l’imprimé de Dom Claude Martin qu’il se borne à suivre en le réduisant et le rajeunissant, comme Dom Claude avait rajeuni le texte de sa mère. Il n’a pas eu de pièces nouvelles entre les mains, et pas davantage les originaux ou des copies des originaux, sauf pour la Relation de 1654.

Les premières citations de Charlevoix sont curieuses. Comparées à l’imprimé et au manuscrit des Trois-Rivieres, elles apparaissent comme une fusion des deux textes. Voici, d’ailleurs un échantillon du genre :

Manuscrit, n° 4

Dès mon enfance ayant appris que Dieu parlait par les prédicateurs

je trouvais cela admirable

Charlevoix, p. 14

Dès mon enfance ayant appris que Dieu parlait par les prédicateurs

je trouvais cela admirable

Imprimé, p. 17

Dès mon enfance ayant appris que Dieu parlait par [la bouche des] prédicateurs

cela me semblait admirable

et j’avais une grande inclination

à les aller entendre.

Je ne trouvais rien de plus grand

que la parole de Dieu.

Ce n’était point une imagination,

mais un effet réel de l’Esprit de Dieu.

et avais une grande incli- et j’avais une grande innation cli nation

de les aller entendre. à les aller entendre.

Je ne trouvais rien de plus Je ne trouvais rien de plus grand grand

que d’annoncer la parole que d’annoncer la parole de de Dieu. Dieu.

Ce n’était point l’imagi- Ce n’était point une ima-

nation, gination,

mais la force de l’Esprit mais la force de l’Esprit de Dieu. de Dieu b.

a. Voir notre Vol. I, p. 411.

b. Nous avons souligné les concordances du texte de Charlevoix avec celui du manuscrit des Trois-Rivières.

On pourrait continuer ces citations parallèles. A certains endroits, Charlevoix abandonne résolument le manuscrit. Enfin, à partir de l’article 23 du manuscrit des Trois-Rivières jusqu’à la fin, il s’en tient exclusivement à l’imprimé. S’est-il lassé de cette mosaïque ? Sa copie était-elle incomplète ? Nul ne le saurait dire. Nous ignorons de même d’où lui est venu le manuscrit qu’il utilise, et ce qu’il était. Était-ce l’original, le manuscrit des Trois- Rivières ou une copie identique ? Charlevoix l’a-t-il trouvé à Québec durant le séjour qu’il y fit de 1705 à 1709, ou plus tard, quand il y repassa en 1720, en route pour son exploration du Mississipi ? Ou au contraire ne T a-t-il eu qu’en France, à La Flèche, où il fut professeur à son retour d’Amérique ? A Québec ou à La Flèche, il pouvait le découvrir dans les papiers des anciens directeurs de Marie. Dans l’état actuel de nos renseignements, les problèmes que soulèvent l’origine et la présence du manuscrit des Trois-Rivières sont insolubles. Mais il existe, et son texte, où que Charlevoix l’ait pris, a eu dans son œuvre la préférence sur celui de l’imprimé. C'est donc que Charlevoix y voyait, sinon l’original, du moins un témoin authentique de celui-ci.

Pour toutes les raisons de critique interne et externe que nous venons de produire, le manuscrit des Trois-Rivières, même simple copie, est pour nous un document hors de pair. Que son extraordinaire fidélité soit le résultat de la dévotion, de l’ascétisme ou du défaut d’initiative de son auteur, il n’importe : son exactitude est telle qu’il n’a dans l’ensemble d’autre infériorité sur l’original que de ne pas être de la main de Marie de l’Incarnation et de ne pas être une relique de la Vénérable Mère.

La Relation de 1654, publiée in extenso dans la Vie de la Vénérable Mère Marie de l’Incarnation (1677), fait le fond de cet ouvrage. C’est à la suite de ses chapitres que se développent les commentaires de l’éditeur et les additions qu’il a tirées des autres écrits de sa mère.

Pour les besoins de la publication, la Relation y a été divisée en quatre parties : la vie dans l’état séculier ; la vie dans l’état religieux ; la vie dans les missions du Canada ; la vie en Dieu. Cette division tout extérieure et arbitraire ne répond pas au

plan de Marie. Elle a obligé l’éditeur à scinder en deux quelques chapitres, — des 68 chapitres de l’original il en fait 75 dans la Vie, — et à recommencer avec chaque partie une nouvelle numérotation. A l’intérieur des chapitres on remarque, outre le remaniement général du style, plusieurs additions, toutes, sauf deux, sans importance pour le texte, simples paraphrases et amplifications de l’éditeur. L’ordre des paragraphes est respecté, excepté en un endroit, — chapitre II de la Ire Partie ; — mais le raccord a été oublié et la transposition saute aux yeux. Dernière caractéristique : tous les chapitres sont précédés d’un sommaire.

Nous rééditerons ici la Relation de 1654 d’après le manuscrit des Trois-Rivières. Ce manuscrit n’étant qu’une copie, nous avons à justifier son texte, sa conformité à l’usage du temps qui était celui de l’original : d’où des notes de critique textuelle et littéraire qui, autrement, eussent été sans utilitéa. Mais, parce que ce n’est qu’une copie, nous avons suivi dans sa publication l’orthographe et la ponctuation actuelles.

Nous ne pouvions songer à reproduire toutes les leçons de l’imprimé. Elles sont innombrables, et c’est l’imprimé tout entier qu’il eût fallu rééditer. Nous avons donc éliminé la plupart de celles qui ne sont que des corrections de style, substitutions de mots, rajeunissements de tours et de constructions, qui n’offrent pour notre dessein aucun intérêt. Mais nous avons toujours retenu les variantes contredites par le texte de l’imprimé de Charlevoix, les variantes de mots plus importantes, les variantes de tours destinés à éclaircir le texte de l’original, et naturellement celles — peu nombreuses — où l’imprimé a plus de chance que le manuscrit de représenter la leçon primitive. Nous avons aussi noté les additions, sauf quelques-unes qui ne sont que de pures redondances.

Nous avons posé en principe de suivre le manuscrit sans le retoucher jusqu’à l’extrême limite du possible. Nous avons donc conservé sa leçon toutes les fois qu’elle offre un sens, même difficile, ou qu’elle est autorisée soit par les usages de l’ancienne langue, soit par les libertés du style familier telles que l’anacoluthe et l’ellipse. En fait, les vraies incorrections, celles qui aboutissent

a. Pour ces notes, nous nous sommes largement aidé des ouvrages de M. F. Brunot, en particulier de sa Grammaire Historique de la Langue Française.

au non-sens, sont assez rares. Les passages défectueux ont été corrigés par conjecture ou d’après le texte de la Vie. Nous avons aussi suppléé aux omissions. Dans chaque cas important, nous avons tenu à donner nos raisons d’intervenir ou de nous abstenir.

Nous avons renoncé à la division de Dom Claude Martin. Pour Marie de l’Incarnation, les événements extérieurs ont leur importance dans sa vie spirituelle, mais une importance secondaire. Ce sont les états intérieurs qui comptent surtout et qui en marquent les périodes. Le passage au Canada par exemple, qui historiquement coupe son existence en deux parts à peu près égales, rentre dans un état qui l’a précédé, loin d’en inaugurer un nouveau. Marie nous a donné le plan général de sa Relation dans son Index, cet abrégé chronologique de ses grâces dont elle parle à son fils dans sa lettre du 26 octobre 1653. et e^e a réduit toute la suite de sa vie spirituelle à 63 points et à 13 états d’oraison a. Sans doute, ce plan n’était qu’un canevas, et elle ne s’y est point liée dans le détail, mais elle s’y est tenue pour les grandes lignes. « Pour l’Index que je vous ai envoyé l’année dernière, mande-t-elle à Dom Claude Martin en 1654» Ie 1 ai suivi en substance, mais, en écrivant, l’Esprit qui m’a fait produire mes sentiments m’a souvent obligée d’en changer 1 ordre b. » O11 aurait donc tort de chercher une concordance exacte entre les points de l’Index et les articles de la Relation. 1 outefois, ceux-ci, dans l’ensemble, se groupent naturellement dans les catégories de l’Index : dans ses états d’oraison. Ne pouvant publier d’affilée les 68 articles de la Relation, la Vénérable Mère ayant, au moins, esquissé leur classement rationnel, nous avons adopté la division qu’elle nous a suggérée. Logiquement, psychologiquement, il n’y avait pas d’autre parti. Au surplus, la difficulté n existe que dans un seul cas. Pour les états d’oraison III et IV, on peut aussi bien suivre la division des articles : III, 9 I0, I2,

que III, 9, 10, n — IV, 12 ; nous avons opté pour le premier

système.

Nous ne publions pas ici une réédition isolée. La Relation de 1654 est une partie d’un tout. Nous nous sommes donc contenté

». Voir plus haut, p. 133.

b. Lettre à soo fils, Québec, 12 août 1654.

de l’annotation qui lui est afférente, soit au point de vue doctrinal, soit au point de vue historique, renvoyant seulement, à l’occasion, aux écrits déjà édités dans notre Vol. I. Ce n’est que plus tard que l’on pourra réunir tous les éléments des états intérieurs de Marie ; toute vue d’ensemble eût été prématurée au point où nous en sommes. Quant à l’histoire, c’est aux écrits historiques, aux lettres, que nous la réservons. Sur les faits qui ont préparé, accompagné ou suivi le départ de Marie pour le Canada, sur les épisodes qui ont rempli ses quinze premières années à Québec, 1639-1654, nous nous sommes rigoureusement tenu à sa Relation, à laquelle tout commentaire historique un peu ample, en déplaçant l’intérêt, aurait enlevé son caractère d’écrit spirituel.

Dom Claude Martin, dans la Vie, a fait précéder le texte de la Relation, des deux lettres que sa vénérable mère lui avait adressées pour lui en annoncer l’envoi a. Il les appelle : Epîtres dédicatoires. Il leur a en effet donné par ses retouches, à la première surtout, toute la solennité pompeuse et lourde du genre. Hélas ! Ces lettres étaient si peu des morceaux d’apparat qu’elles étaient surtout écrites pour recommander le secret absolu sur la communication. Nous en avons donné les passages les plus significatifs au cours de cette préface, et nous renvoyons leur publication complète à la Correspondance. Au voisinage des autres, elles perdront sans doute un peu de leur emphase. A leur place, nous donnons l’Index où Marie, dès 1653, résumait toute sa vie spirituelle, et qui est comme une table des matières anticipée de la Relation de 1654.

. Lettres à son fils, Québec, 9 et 12 août 1654.

INDEX

Premier état d’oraison

1. Par lequel Dieu fait perdre à l’âme l’affection des choses vaines et des créatures qui la tenaient attachée.

2. Inclination grande à la fréquentation des sacrements et les grands effets que ces sources de sainteté opéraient en elle, particulièrement l’espérance et la confiance en Dieu.

3. Elle se sent puissamment attirée par les cérémonies de l’Eglise.

4. Du puissant attrait qu’elle a pour entendre les prédications, et les effets que la parole de Dieu opérait en elle.

Second état d’oraison

5. Changement d’état par lequel Dieu illumine l’âme, lui faisant voir la difformité de sa vie passée.

6. Puissants effets par une opération et illumination extraordinaire causée par le Sang de Jesus-Christ.

7. Confession de ses péchés ensuite de l’opération précédente.

8. Dieu lui donne le don d’une oraison actuelle et continuelle, par une liaison à Jésus-Christ.

g. Diverses illuminations ensuite de cet esprit d’oraison. Plusieurs vertus lui sont aussi données, particulièrement la patience, l’humilité et surtout un grand amour pour la pauvreté d’esprit.

LES ÉCRITS SPIRITUELS DE QUÉBEC Troisième état d’oraison

10. Par lequel Dieu lui donne un esprit de pénitence intérieure et extérieure extraordinaire.

11. Des vues et des motifs qui la portent à cet esprit de pénitence.

12. Des occasions que Dieu fait naître pour la faire entrer dans la pratique de l’humilité, de l’abnégation et de la patience.

13. Elle a tant d’amour pour les humiliations qu’elle craint d’en perdre les occasions.

Quatrième état d’oraison

14. Par lequel Dieu ayant illuminé l’âme, il la dirige par des paroles intérieures tirées de l’Écriture sainte.

15. Profonde vue de son néant ensuite de ces paroles intérieures.

16. D’une manière de privauté avec Dieu où l’âme se sent poussée passivement sans qu’elle puisse agir d’une autre manière.

Cinquième état d’oraison

17. Par lequel Dieu applique l’âme à la pratique des maximes et vertus de l’Évangile enseignées par Jésus-Christ.

18. En cet état, le corps étant dans le monde, l’esprit est dans la religion où se pratiquent ces saintes et divines maximes du Verbe Incarné.

19. Le grand tracas du monde n’est pas capable de divertir l’âme de la vue de son objet spirituel, par lequel elle est portée à de plus grands actes de vertu.

20. Elle souffre un martyre dans le monde, le voyant si contraire à la vie et aux maximes de Jésus-Christ.

Sixième état d’oraison

21. Par lequel Dieu appelle l’âme à un état de pureté intérieure extraordinaire, laquelle par sa miséricorde il opère en elle.

22. Ensuite de l’opération précédente, les trois Personnes de la très sainte Trinité se manifestent à elle d’une façon extraordinaire et lui donnent diverses vues des opérations de Dieu dans les Anges et dans les âmes pures.

23. Diverses connaissances lui sont données sur la distinction des Attributs divins.

24. Des dispositions qui sont passivement données à l’âme pour la mettre dans un état de pureté capable des grandes opérations que Dieu veut faire en elle, qui la font languir d’amour et aspirer au divin mariage.

Septième état d’oraison

25. Par lequel la très sainte Trinité se découvre de nouveau à l’âme d’une manière plus haute et plus sublime que la première ; et en cette opération, la deuxième Personne divine la prend pour son épouse.

26. Les effets que ce divin mariage de l’âme avec la sacrée Personne du Verbe opère en elle.

27. En cet état d’oraison, l’esprit est totalement abstrait des choses de la terre, d’où s’ensuit une continuelle extase dans l’amour de la seconde Personne divine.

28. Le Saint-Esprit, par une motion continuelle, lui fait chanter un épithalame par rapport à celui du Cantique des cantiques.

29. Langueurs amoureuses de l’âme dans lesquelles elle ne vit plus en elle, mais en Celui qui l’a toute absorbée en ses amours.

30. D’une suspension ou opération qui fait agoniser l’âme, la tenant dans un martyre d’amour extrême.

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