‹ Écrits spirituels et historiques (volume 2)Chapitre 62 sur 81 · VI] III · texte numérisé non relu

VI] III

Touchant ce qui se passa en moi en l’année mil six cent vingt, j’allais actuellement pour vaquer à mes

a. Et que, et de ce que.

b. Il semblerait que la belle-mère de Marie n’était pas étrangère à ses épreuves, et qu’elle redoutait de se voir abandonnée par une bru qu’elle avait fait souffrir.

affaires par le chemin du Haut-Fossé, et j’étais si occupée en Dieu que je n’avisais pas le lieu où j’étais.

Cela se fit par une subite abstraction d’esprit, et le tout se passa dans l’intérieur, mais d’une vue et expérience si vive et si pénétrante que réellement je me voyais en tout moi-même plongée dans du sang. Je sais bien que je fus arrêtée et que je demeurai debout, mais je ne sais combien de temps, car je ne me souviens point que j’eusse aucune vue des yeux, ni que je fisse aucune action du corps, mais seulement qu’étant revenue à moi et me reconnaissant, je vis que j’étais dans le chemin qui traverse du Haut-Fossé aux Feuillants a. Je vous ai marqué ce qu’opéra cette impression b et son efficacité, laquelle m’est toujours nouvelle dans le ressouvenir de la grande grâce que je reçus alors : ce qui m’a toujours fait appeler ce jour le jour de ma conversion, et comme une grande porte qui m’a donné entrée dans les miséricordes de mon divin Libérateur, lequel pénétra le fond de mon âme et de mon esprit pour me changer en une nouvelle créature.

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Pour les croix que j’avais à souffrir chez mon frère, outre ce que je vous en ai dit en général, je vous dirai que, comme j’y ai été une partie des années dans un état de grande humiliation, le diable qui ne dort jamais m’y a livré de grandes tentations, surtout lorsque Dieu retirait son secours et sa grâce sensible ; car en ces temps, tout m était pesant à un point que je ne puis exprimer, de sorte que si Dieu ne m’eût assistée par un secret ressort de sa bonté, je n’aurais pu subsister. Mais il me faisait la grâce de tout faire et de tout souffrir comme

a- Sur la topographie de cette partie de Tours au XVIIe siècle, voir plus haut, p. 194.

b. Il n’y a pas eu vision oculaire, mais une représentation de l’imagination ou mieux peut-être une véritable vision intellectuelle. Impression est en effet le terme dont Marie se sert pour désigner cette dernière sorte de faveurs.

dans les temps de la bonace, et il me fallait passer par toutes ces épreuves qui m’ont extrêmement servi. Car je vois et j’expérimente que tous les états, épreuves, travaux, et enfin tout ce qui s’est passé chez mon frère à mon égard, était une disposition pour me former pour le Canada. Ç’a été mon noviciat, duquel néanmoins je ne suis pas sortie parfaite, mais pourtant par la miséricorde de Dieu, en état de porter les tracas et les travaux du Canada a.

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