‹ Écrits spirituels et historiques (volume 2)Chapitre 75 sur 81 · LXVII] XVII · texte numérisé non relu

LXVII] XVII

Ç’a été une chose rare que j’aie eu des impressions imaginaires, et quand j’en ai eu, elles ont été incontinent changées en intellectuelles : c’est une expérience que j’ai faite depuis que la divine Bonté m’a fait l’honneur et la miséricorde de m’appeler : savoir, depuis l’âgeTde dix-neuf ans ou environ. Car au précédent, c’étaient des mouvements, des aspirations et des touches, mais qui étaient mêlées ainsi que je l’ai pu écrire. Il faut qu’une chose imaginaire ait un corps, afin qu’elle produise une espèce qui puisse tomber sous le sens ; et lorsque j’ai eu des espèces de cette sorte, elles ont été aussitôt anéanties par une abstraction d’esprit, de sorte que l’esprit étant demeuré purement pâtissant et jouissant, la chose a été rendue purement spirituelle et intellectuelle, portant une impression infiniment plus noble et plus pure et entièrement dégagée de l’imagination. Voilà la distinction des impressions imaginaires et intellectuelles.

Quant à ce que vous me proposez au sujet du suradorable Verbe Incarné, de ses entretiens familiers et de ses paroles intérieures : premièrement, il est véritable que ce mot Verbe Incarné suppose un corps en un sens,

a. Voir le n° V de l’article LXVI.

parce que le Verbe s’est fait Homme. Aussi, dans les commencements de ma conversion, tout ce que divin Sauveur a fait et souffert dans le mystère de notre rédemption m’était présent d’une manière imaginaire. Mais ensuite, comme vous l’avez pu remarquer dans mes écrits, la chose est devenue tout autre. Car il faut que vous sachiez que, supposé ce que je viens de dire, encore qu’en cette voie spirituelle vous m’ayez vu nommer en divers endroits le sacré Verbe Incarné, il ne se trouve néanmoins dans mon fond aucune espèce imaginaire. Que si, par quelques passages de ce qu’il a dit ou fait ou souffert, il s’en forme quelqu’une, tout est incontinent absorbé dans ce fond, et je n’ai plus de souvenir que de sa Personne divine et de son entretien. Il ne se passe pas un moment à autre chose qu’à me laisser conduire par son Esprit et à suivre sa pente ou à pâtir son opération ; et en cela, il n’est point besoin d’espèces, parce que l’âme est si éclairée qu’elle distingue sans hésiter si c’est le Père Éternel ou le Fils ou le Saint- Esprit qui opère en elle. Et il en est de même de ses attentions et de ses correspondances. Je ne puis pas m’exprimer autrement, et je ne me mets point en peine de faire tant d’examens, mais plutôt j’y sens de l’aversion, crainte de curiosité. Je laisse le tout au jugement de celui qui me tient la place de Dieu, autrement je me causerais plusieurs distractions qui seraient désagréables à sa divine Majesté a.

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