LXVIII] XVIII
Vous avez bien remarqué que je dis dans le dernier chapitre que je n’ai point de termes pour m’expliquer que ceux d’impression objective, d’amour objectif,... etc., qui met le tempérament à cette subtilité qui autrement me serait insupportable. Je veux donc dire que
a. Voir dans le Vol. I, le fragment 8 de la Relation de 1633, et la note b de la page 160.
j’expérimente que c’est Dieu qui par sa très subtile et très délicate touche qu’il opère dans l’union de mon esprit avec le sien, m’aurait bientôt consommée sans un tempérament qui se fait par une impression, laquelle me rend supportable cette opération. J’appelle cette impression objective, parce c’est le suradorable Verbe Incarne qui est lui-même l’objet qui pour s’accommoder a la bassesse et a la faiblesse de son sujet, met ce tempérament, de crainte que le corps ne perde la vie. Il faut 1 avoir expérimente ou par soi ou par d’autres pour le bien entendre.
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La parole intérieure b se dit subitement dans le fond de l’âme et porte en un moment son effet. Elle ne laisse aucun lieu de douter ni même d’hésiter que c’est Dieu qui parle dans l’âme, mais elle se la rend soumise avec tout ce qui est dans la créature, et la chose arrive infailliblement comme elle a été signifiée. Cette parole intérieure est semblable au langage de l’esprit : ce n’est pas une simple inspiration qui excite l’âme, ni un son qui frappe l’oreille du corps, ni aucune chose qui se fasse par actes ou avec succession, mais c’est comme une impression claire et distincte qui se fait tout d’un coup dans l’esprit ; et quoiqu’elle dise des choses qui ne se pourraient exprimer au dehors que par une longue suite de paroles sensibles, l’âme l’entend et la distingue bien, et elle sait assurément qui est celui qui lui a parlé, de sorte qu’elle expérimente la vérité de ce que dit Notre- Seigneur : Mes brebis entendent ma voix c.
a. Les deux derniers fragments du Supplément semblent répondre à une même question de Dom Claude Martin sur les paroles intérieures et la privauté. Ils ne paraissent pas se rapporter à un article en particulier.
b. « Notre Mère avait une parfaite et presque continuelle expérience (des paroles intérieures), car c’est en cette manière que Dieu lui parlait intérieurement, qu’il lui découvrait les choses à venir, qu’il lui déclarait les desseins qu’il avait sur elle et qu’il lui marquait même de quelle manière elle les devait exécuter, de telle sorte qu’elle avait dans le fond de son intérieur comme un oracle sacré qui, étant interrogé, donnait aussitôt une réponse claire et assurée. » ( Vie, p. 689.)
c. Saint Jean, X, 27.
Marie de l’Incarnation