‹ Écrits spirituels et historiques (volume 2)Chapitre 9 sur 81 · AYEZ MÉRITÉES · texte numérisé non relu

AYEZ MÉRITÉES

A ntequam clament exaudiam et adhuc illis loquentibus ego audiam.

Je les exaucerai avant qu’ils crient ; et ils auront encore la parole dans la bouche que je les écouterai. (Is., 65, 24.)

ETTE sentence m’a fait entrer dans la considération

de la conduite que la divine Providence a tenue sur moi pour me gagner à son amour, et des miséricordes infinies dont elle m’a prévenue pour m’en combler à la suite du temps.

Car il est vrai qu 'avant que j’aie crié, il ma exaucée, et avant que j’aie parlé, il m’a écoutée. Avant que je l’aie cherché, je l’ai trouvé. Car comment aurais-je pu crier, s’il ne m’avait piqué le cœur de la pointe de la componction ? Comment aurais-je pu parler, s’il ne m’avait ouvert la bouche et s’il n’avait donné le mouvement à ma langue et à mes lèvres ? Comment l’aurais-je pu chercher, s’il n’était venu au-devant de moi, et s’il ne s’était fait trouver lui-même, comme il dit par son prophète : J’ai été trouvé de ceux qui ne me cherchaient pas ? (Is., 65, 1.)

Ma volonté en a été tout émue, non par un amour embrasé, mais par des sentiments profonds d’une humble reconnaissance, confessant que je tenais tout de sa bonté infinie.

Je me suis sentie portée à me donner tout entière à mon libérateur par un amour réciproque et par un

LES RELATIONS D’ORAISON

abandon irrévocable de moi-même. Il m’a donnée toute à moi, je me rends toute à lui, que puis-je davantage ?

Et afin que cet amour soit plus pur, j’ai fait résolution de me dépouiller du soin très imparfait que j’ai de moimême et de plusieurs choses qui ne me regardent point et qu’il ne demande pas de moi.

Surtout, j’ai vu l’importance qu’il y a de lui être fidèle dans la voie de sa grâce et de son amour. Car si j’étais assez malheureuse que d’en sortir, ne pouvant crier sans lui, qui crierait pour moi ? Ne lui pouvant parler sans lui, qui lui parlerait pour moi ? Ne le pouvant chercher sans lui, qui le chercherait et qui le trouverait pour moi ?

Ile MÉDITATION (5)

Qu’encore que Dieu soit infiniment glorieux en lui-même,

IL VEUT NÉANMOINS QUE VOUS LE GLORIFIIEZ. Et C’EST A LE GLORIFIER QUE VOUS DEVEZ METTRE VOTRE GLOIRE

Omnia ossa mea dicent: Domine, quis similis tibi?

Tous mes os diront : Seigneur, y a-t-il quelqu’un qui soit semblable à vous ? (Ps. 34,

J’ai vu toutes choses bornées et limitées au-dessous de Dieu ; et mon entendement se trouvant aveuglé dans la vue de cet être infini, je me contentais et j’avais de la complaisance de ce que rien ne peut pénétrer le fond de cet abîme de majesté.

Je voyais la beaute du soleil et la grandeur du monde, et tout cela ne paraissait à mon esprit que comme de la fange et comme rien, en comparaison de la beauté et de la grandeur de Dieu.

Je considérais l’éclat et la pompe des rois de la terre, qui est la plus belle image que notre esprit se puisse former de Dieu et toute leur gloire me paraissait moins

qu’une ombre, en comparaison de cette suprême et incompréhensible Majesté.

Je contemplais même la cour céleste, ce séjour des Bienheureux, avec toute la félicité que l’Écriture nous dit qui y est possédée ; et toute cette félicité sans Dieu ne me semblait que misère et affliction de cœur.

En tout cela, mon cœur se réjouissait de ce que rien ne peut être comparé à ce Dieu infini, et je disais et redisais : Seigneur, y a-t-il quelque chose qui soit semblable à vous?

Ma volonté, échauffée dans toutes ces vues, chantait des louanges conformes à ce qu’elle voyait. Dans la vue de la beauté, elle en donnait à la beauté ; dans la vue de la grandeur, elle en donnait à la grandeur ; dans la vue de la puissance, elle en donnait à la puissance ; et tout se terminait à dire : Seigneur, y a-t-il quelqu’un qui soit semblable à vous ?

Je désirais ardemment d’être privée des louanges qu’on me donnait et de celles qu’on me pourrait jamais donner, voyant qu’il n’y a que cet être infini qui soit digne de louange et que toute ma gloire est de le glorifier.

Et afin de ne m’en approprier aucune, j’ai résolu de les lui renvoyer toutes et de porter éternellement cette sentence gravée sur mon cœur: Seigneur, y a-t-il quelqu’un qui soit semblable à vous? (Ps. 34, 10.) Qu’à vous seul donc soit rendu tout honneur et toute gloire (I Tim., 1, 17).

IIIe MÉDITATION (6)

Que comme vous n’avez pu aller a Dieu sans Dieu,

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