Ibid
3. Notice publiée par D. Vincent Thuillier, au t. II des Ouvrages posthumes. PP- 33-42.
MARIE DE L’INCARNATION
la publication de l’ouvrage, frappèrent l’auteur comme on l’a vu, et son livre par surcroît. Mais est-il besoin d’ajouter que moins encore que précédemment, ce n’était pas l’ouvrage et son contenu que l’on visait.
Critiques et historiens postérieurs, ignorant tout du remaniement du manuscrit de Dom Martène, ont cherché là où elle n’était pas, c’est-à-dire, dans l'imprimé, la raison de la mise à l’index de la Vie. D’aucuns l’ont vue dans les épisodes secondaires, où figurent des anonymes falots, mais à qui, sur un point du territoire, à Meulan en particulier, on aurait pu rendre un nom. Ces personnages ne sont point les gros messieurs que Saint-Maur redoutait. Certains, au XVIIIe siècle, esprits secs, jansénistes ou jansénisants, se sont rabattus sur les puérilités de Dom Martène. Ils se sont également trompés. Trop continûment extasié, Dom Martène, à certains moments, nous fait sourire et nous agace. Péché mineur. Les contemporains, — et d’abord, Dom Mabillon, Dom Bougis, les censeurs du manuscrit, — ne l’ont point retenu. Il fallut un peu de recul pour y être plus sensible.
Comme l’exil de Dom Martène, la mise à l’index de la Vie pour les maisons de la Congrégation, semble avoir été rapportée assez vite. Dom Tassin1 et Jacques Lelong2 mentionnent une réédition de l’ouvrage à Rouen, 1698, par Dom Martène. Cette réédition, si elle a jamais été faite, serait la preuve positive de l’approbation rétrospective des supérieurs de Saint-Maur. Malheureusement on n’en trouve pas trace. Mais cette même année 1698, Dom Martène publiait à Rouen un recueil des Maximes Spirituelles de Dom Claude Martin. Cette publication autorisée est au moins l’indice que ce dernier n’était pas tombé en disgrâce posthume. Nous savons en outre par l 'Histoire manuscrite de Saint-Maur, que la Vie se répandit dans les maisons de la Congrégation et qu’elle y « fut lue partout avec beaucoup d’édification. » Même, des supérieurs en exprimèrent leur contentement à l’auteur. Si Dom Martène qui n’avait rien d’un révolté, et pas meme 1 air d un frondeur, s est glorifié de ce résultat, c’est assurément que la circulation du livre ne s’était pas faite in fraudem legis. On est donc revenu à Saint-Maur, au bout de quelques mois, des craintes et des ressentiments du premier moment. De l’épisode il ne resta qu’un livre tronqué et une énigme qui a trop longtemps couvert d’un voile d’ombre la noble figure de Dom Claude Martin 3
1. D. Tassin. Histoire Littéraire de la Congrégation de Saint-Maur p. 545.
2. Jacques Lelong. Bibliothèque Historique de la France. Supplément, p. 546
3. Ces détails feront justice des réflexions malveillantes de Moreri, dans son Dictionnaire (VII, p. 289) et de l’annotateur anonyme de l’Histoire de Marmoutier cité plus haut.
LES ÉCRITS SPIRITUELS
DE MARIE DE L'INCARNATION
« J’ai lu la Vie de la Mère de V Incarnation avec les Additions de son fils... Tout y est admirable. »
Bossuet.