‹ Écrits spirituels et historiques (volume 3)Chapitre 18 sur 65 · Nièce de la Vénérable Marie de l’Incarnation · texte numérisé non relu

Nièce de la Vénérable Marie de l’Incarnation

Marie de l’Incarnation.

MARIE DE L’INCARNATION

des docteurs. Lorsqu’elle fut imprimée, la religieuse en envoya un exemplaire au P . Général qui en accusa Dom Martène, et résolut de le punir de sa désobéissance. Celui-ci, pour prévenir les suites d un mécontentement des supérieurs, supplia le prieur de Marmoutier, son supérieur, de lui imposer une pénitence ; mais le P. Général crut que cette mortification ne suffisait pas et le relégua à Landevenec, à 1 extiemite de la Bretagne. Cet ordre cependant fut changé et l’on se contenta de l’envoyer à Evron, lieu solitaire dans le Bas- Maine, où il ne pouvait avoir de correspondance avec personne. Cependant le P. Général défendit dans tous les monastères de la Congrégation d acheter la Vie de Dom Claude Martin. Elle ne laissa pas de se répandre et fut lue partout avec beaucoup d’édification et un grand fruit... Plusieurs supérieurs remercièrent D. Edmond Martène du service qu’il avait rendu à la Congrégation en procurant la publication d’une si sainte vie...

« L’exil de D. Martène à Evron ne fut pas long et Dieu ne tarda pas a en tirer sa gloire. Peu de mois après qu’il y fut arrivé, le P. Bougis lui manda que le P. de Sainte-Marthe, prieur de Bonne-Nouvelle de Rouen, chargé de l’édition de S. Grégoire le Grand, le demandait pour compagnon de ses travaux. Il y alla... »

Saint-Maur s était fait une loi de laisser ses religieux défunts à leur silence, lout au moins, ne devait-on pas les en tirer trop tôt. Dom Claude Martin avait allégué cette coutume dans une circonstance

analogue1. La mesure dont il était victime, n’avait donc rien de personnel.

Dom Martene dut arriver à dégager assez vite sa responsabilité de la publication incriminée. La Vie ne parut pas avant la fin d’août 1697, et ce ne put être, au plus tôt, que dans la seconde moitié du mois suivant qu’il reçut son ordre d’exil. Il ne se rendit donc pas à Evron avant octobre. Or à la fin de janvier ou au commencement

de février 1698, il était déjà à Rouen, rendu à la liberté. Son exil dura peu.

Reste l’ouvrage lui-même. Il fut, dit-on, l’objet de réserves graves et sa publication fut interdite. Oui et non. Et il y a lieu de s’entendre sur ces reserves et leur gravité.

Le premier refus du permis d’imprimer fut uniquement motivé pour une raison générale. Dom Martène se rendit aussitôt à Paris ans e dessein de faire rapporter cette décision. Il y était déjà le 6 février 1697, puisqu’à cette date, Dom MabiUon mentionne sa

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INTRODUCTION GÉNÉRALE

présence à Saint-Germain des Prés1. Il y apportait son manuscrit,

« un assez gros in-40 » ; et il avait, semble-t-il, des chances d’obtenir l’autorisation désirée. Sur quoi, Dom Mabillon observait : « Je croirais néanmoins qu’il faudrait différer ; la chose me paraît fort prématurée et précipitée 2. » A cette époque, Mabillon n’a pas encore vu l’ouvrage. Sur ces entrefaites, il est commis avec Dom Simon Bougis, à son examen. Il l’approuve pour le fond, mais il maintient son sentiment sur l’inopportunité de sa publication. Dans sa pensée, il ne s agissait donc que d’attendre un peu. La mort de Dom Claude Martin remontait à peine à sept ou huit mois. Les vieilles rancunes étaient mal assoupies ; on menaçait de les réveiller par le récit des procès où le défunt avait joué un rôle si considérable. Sur toutes ces affaires fâcheuses, dont il ne pouvait résulter que du scandale pour les faibles, Mabillon aurait voulu le silence absolu. Il écrivait à leur sujet dans sa notice latine de Dom Vincent Marsolle : « Earum turbarum historiam, seriem atque cursum commemorare non licet, nec posteri discent absque cuiusquam offensa3. » Le Supérieur général fit sien ce sentiment. La défense de faire imprimer fut maintenue. Dom Martène n’insista pas.

Mais à Tours on put croire que l’opposition de Saint-Maur tomberait si l’on faisait des modifications au manuscrit, et si l’initiative de sa publication était assumée par une personne étrangère à la Congrégation. On eut vite raison des scrupules de Dom Martène, s’il en eût sur ce point. Et la cousine germaine de Dom Claude Martin, religieuse ursuline, sous le nom de Marie de l’Incarnation; femme entreprenante, se chargea de la chose. Elle exécuta donc dans le manuscrit une coupe sombre, faisant sauter des chapitres entiers, supprimant toute allusion à des tiers, vivants ou morts, même à Nicole, évitant jusqu’à l’ombre de la polémique. Au terme de ce remaniement, le livre était rendu inoffensif, au point d’en être, à certaines pages, inintelligible. Néanmoins, le Chancelier qui avait été prévenu, n’accorda pas le privilège. On se mit en règle avec la seule permission du Lieutenant-Général de Touraine, un parent de la famille Martin. Sitôt paru, la Mère Marie de l’Incarnation fit hommage du livre aux supérieurs de Saint-Maur. Ceux-ci prirent cette marque de déférence pour une dérision, soupçonnèrent Dom Martène de connivence dans

1. Lettre de Dom Mabillon à Dom Claude Estiennot. 6 février 1697. — B. N., ms. 19659, fol. 164-165.

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