‹ Écrits spirituels et historiquesChapitre 142 sur 239 · Qui, qu’il · texte numérisé non relu

Qui, qu’il

28. RJ 1641. Chap. XI : De la guerre avec les Iroquois. Ce combat, qui ne fut qu’une escarmouche, eut lieu sur le Saint-Laurent, en amont des Trois-Rivières.

29. Claude Martin avait fait la connaissance du P. Chaumonot à Paris, en mars 1639.

30. Les mauvais traitements dont le P. Chaumonot faillit être la victime, tant dans la Nation Neutre que chez les Hurons. RJ 1641 (Q 79-81 ; C XXI, 228-236).

31. C’est-à-dire avec une rapidité qui tenait du prodige. Chaumonot avait une très grande facilité naturelle pour les langues sauvages. Le P. Jérôme Lalemant le constatait, dans RJ 1641 (Q 71 ; C XXI, 188). Le P. de Brébeuf écrivait de son côté au général de la Compagnie de Jésus « qu’il y avait fait des progrès surprenants » (Lettre du 20 août 1641). Même remarque sous la plume du P. Chaumonot lui-même, dans son autobiographie : « Je m’appliquai, écrit-il, à faire et à comparer les préceptes de (la) langue (huronne), la plus difficile de toutes celles de l’Amérique septentrionale. Il plut à Dieu de donner à mon travail tant de bénédiction, qu’il n’y a dans le Huron ni tour, ni subtilité, ni manière de s’énoncer dont je n’aie eu la connaissance, et fait pour ainsi dire la découverte. » (Aug. CARAyON. Le P. Pierre Chaumonot... Autobiographie..., Poitiers 1869, P- 46). C’est cette parfaite connaissance du huron, langue mère de plusieurs autres, et principalement des langues iroquoises, qui valut à Chaumonot de savoir ces dernières après un mois seulement d’étude (loc. cit., p. 47).

DE MARIE DE L’INCARNATION

de l’Évangile 32. Les Révérends Pères Garnier et Pijart ont pensé être tués33. Notre-Seigneur les a gardés miraculeusement. Le R. P. Poncet a échappé les mains des Iroquois, qui étaient écartés lorsque son canot passait vite conduit par des Hurons qui craignaient la mort, que ce grand serviteur de Dieu souhaitait ardemment 34. Il est demeurant aux Trois-Rivières. Il assiste les Algonquins avec le zèle que vous pouvez juger. Il est savant en la langue algonquine35. C’est aussi celle que j’étudie, qui me sert aux Algonquines et Montagnaises, comme étant des nations adjacentes. La Mère Marie de St- Joseph étudie la langue huronne. (Nous avons aussi des filles de ce pays) 36. Elle y réussit fort bien. Nous avons néanmoins plus affaire d’algonquin ; c’est pourquoi toutes s’y appliquent. L’on a découvert vers les côtes du Nord37

32. La Nation Neutre, où ces deux Pères avaient été envoyés à l’automne de 1640, pour une première tentative d’évangélisation, et où ils avaient passé une partie de l’hiver suivant. RJ 1641 (Q 71 et ss. ; C XXI, 186 et ss.). C’est à l’occasion de cette mission que le Niagara, sous la forme d’Onguiaahra, la Rivière de la Nation Neutre, apparaît pour la première fois dans la littérature historique.

33. Allusion à la mission de quatre à cinq mois que les Pères Garnier et Pierre Pijart avaient faite durant le dernier hiver dans la Nation du Pétun ou du Tabac (les Tionnontates). C’est dans ces courses apostoliques que les deux missionnaires rencontrèrent ces neiges extraordinairement hautes dont parlait quelques lignes plus haut la Vénérable Mère. RJ 1641 (Q 70 ; C XXI, 182). Pijart et Garnier, durant leurs pérégrinations coururent en efiet un danger de mort aux mains de mystérieux assaillants ( loc . cit.).

34. Le P. Poncet, qu’on attendait à Québec dans les premiers jours deseptembre de l’année précédente et dont le retard suscitait les plus légitimes inquiétudes, avait fini par arriver, non sans avoir couru de sérieux dangers dans son voyage. Ce fut sur la fin de septembre. Son séjour à Québec dut être assez court. Au début de l’hiver au plus tard, il était descendu aux Trois-Rivières pour y aider le P. Jacques Buteux, demeuré seul depuis le départ du P. Raymbault, monté chez les Nipissings. Poncet était venu à Québec pour y passer l’hiver. Son séjour dans les résidences du Saint-Laurent se prolongera jusqu’en 1645.

35. Un groupe d’Algonquins de l’Ile des Allumettes était venu se réfugier aux Trois-Rivières en 1640, dans le dessein d’y adopter la vie sédentaire. Us avaient même déjà commencé les premiers défrichements, et ils y avaient un « désert », qui, dans la pensée de Le Jeune devait être « l’une des plus fortes chaînes qui les puissent arrêter » RJ 1640 (Q 11 ; C XVIII, 108).

36. Nous en connaissons au moins une, la petite Thérèse, sans doute la petite Huronne dont parle RJ 1641 (Q 5 ; C XX, 136-138) qui deviendra célèbre dans les annales du séminaire, par ses belles qualités et par son infortune. Voir les lettres de 1642 et 1643.

37. Les Côtes du Nord. Les régions qui s’étendent vers la mer du Nord. Ces peuples sont les Nipissings précédemment mentionnés.

CORRESPONDANCE

des nations en nombre qui parlent cette langue : on les instruit, toutes veulent croire.

L’on croit qu’il y pourra avoir quelques martyrs dans les grandes courses qu’il faut faire38, où le diable, enragé de ce que Jésus-Christ lui ravit l’empire qui lui avait osé usurper il y a tant d’années, suscite toujours quelques méchants pour nuire aux ouvriers de l’Évangile. Je souhaite que vous voyez la Relation39. Je tâcherai qu’on vous en envoie une lorsqu’elle sera imprimée. Je suis en une consolation très sensible du bon souhait que vous faites pour moi : (C’est le martyre). Hélas ! mon très cher fils, mes péchés me priveront de ce bien. Je n’ai rin40 fait jusques icy qui soit capable d’avoir gagné le cœur de Dieu, car, pensez-vous, il faut avoir beaucoup travaillé pour être trouvée digne de répandre son sang pour Jésus-Christ. Je n’ose porter mes prétentions si haut. Je laisse faire à sa bonté immense, qui m’a toujours prévenue de tant de faveurs que si, sans mes mérites, elle me veut encore faire celle où je n’ose prétendre, je la supplie qu’elle le fasse. Je me donne à elle, je vous y donne aussi et la supplie, pour une bénédiction que vous me demandez, qu’elle vous comble de celles qu’elle a départies à tant de valeureux soldats qui lui ont gardé une fidélité inviolable. Si on me venait dire : « Votre fils est martyr », je pense que j’en mourrais de joie. Laissonsle faire, il a ses temps, ce Dieu plein d’amour. Soyezlui fidèle, et vous assurez qu’il vous trouvera les occasions de vous faire grand saint, si vous obéissez à ses divins mouvements, si vous vous plaisez de mourir à vous-même et de suivre l’exemple que tant de grands saints de votre Ordre vous donnent. Si Notre-Seigneur

38. L arrête ici l’extrait de l’original dont il a fait une lettre historique, et après une transition de son cru reprend la suite de la lettre spirituelle XX qu’il avait interrompue aux mots dans les occasions ordinaires (L : dans les rencontres).

39. Répétition, supprimée dans L. Elle nous permet de saisir sur le fait avec quelle hâte et au milieu de quelles interruptions, Marie de l’Incarnation devait souvent rédiger ses lettres.

40. Rin, rien. Nous avons gardé l’orthographe de l’original, indice d’une prononciation qui s’est conservée de nos jours dans les campagnes de l’ouest et du centre de la France.

vous fait la grâce d’être profès, je vous supplie de m’en donner avis, et aussi comme sa Bonté vous a appelé et quels moyens vous avez pris pour l’exécuter41.

Enfin, mon très cher fils, faites-moi part de vos biens, qui, comme vous pouvez juger, m’apporteront une consolation très grande. Je crois que le Révérend Père Supérieur vous le permettra. Je me donne l’honneur de lui écrire et de le remercier de l’honneur de son affection 42 et [de] ses soins pour vous. Et priez bien Dieu pour moi. Je vous visite plusieurs fois le jour; je parle de vous sans cesse à Jésus, Marie et Joseph. Possible que passera une de nos Mères de Tours, cette première flotte, pour nous venir trouver. Cela n’est pas encore tout assuré, l’affaire dépendant de quelques circonstances qui ne pourront être vidées qu’en France : ce sera la Mère Le Coq, dite de St- Joseph, que vous avez vue ma maîtresse de novices43. C’est une grande servante de Dieu ; elle est de présent supérieure à Loches44. Ce sera néanmoins Tours à qui nous la demanderons, car elle en est professe. M. de Bernières m’a écrit votre bonheur : il en est ravi. Le R. P. Dom Raymond et tous mes parents m’en ont aussi écrit, comme nos bonnes Mères de Tours qui vous aiment grandement45.

A Dieu, mon très cher fils ; je ne me lasserais pas de vous entretenir. Le R. P. Poncet vous salue. Il est ravi de votre bonheur. La Mère Marie de St-Joseph aussi, à qui Dieu fait beaucoup de grâces et lui donne de grands talents pour lui gagner des âmes. Priez pour elle et pour

41. Claude Martin répondit aux désirs de sa mère, mais sa lettre ne parvint pas à Québec.

42. Peut-être le supérieur de la Trinité de Vendôme, mais bien plutôt, sans doute, Dom Grégoire Tarisse, le supérieur général de Saint-Maur. Nous savons que dans ces mêmes années Marie de l’Incarnation lui écrivit au moins deux fois (MT fol. 34).

43. Aucune Ursuline de Tours ne passera en 1642 dans la Nouvelle-France. La Mère Marie Le Coq, dite de Saint-Joseph, n’y viendra même jamais. La Vénérable Mère avait pour son ancienne maîtresse des novices une haute estime. Elle le dira par la suite.

44. Loches, petit ville à 40 km. environ au sud-est de Tours, aujourd hui chef-lieu d’arrondissement de l’Indre-et-Loire. Les Ursulines de Tours y avaient fondé un couvent en 1628.

45. Toutes ces lettres et les réponses qu’elles occasionnèrent sont perdues.

CORRESPONDANCE

[moi], qui suis, mon très cher et bien- aimé fils, votre très humble et très affectionnée mère46.

Sr. Marie de l’Incarnation Religieuse] Urs[uline] ind[igne].

De Québec, au Séminaire de St- Joseph des Ursulines, le 4 septembre 1641.

Priez pour moi le jour de la fête du glorieux apôtre saint Paul. Je fus professe à ce jour47.

Suscription : A Mon très cher frère en Notre-Seigneur, le frère Claude Martin, Novice des Bénédictins réformés. A Vendôme.

46. De ces deux derniers paragraphes, L n’a retenu que deux phrases qu’il a donneés comme conclusion, l’une à la lettre spirituelle XX, l’autre à la lettre historique XXI.

47. L invente pour sa lettre historique la date du 13 septembre, et omet le post-scriptum. Marie de l’Incarnation fit profession le 25 janvier 1633.

NOTES

(1) Les origines familiales de Dom Claude Martin. — Quelle que soit la formule adoptée, V abaissement de naissance de l’autographe de la B. Mazarine ou les disgrâces de la condition des imprimés V L et M, la chose a fort intrigué les biographes modernes de Marie de l’Incarnation. Richaudeau, le premier d’entre eux, — le premier par la date, — a tenté une explication qui a paru satisfaisante, au moins provisoirement, à plusieurs : « Ses parents, écrit-il dans sa Vie de la Révérende Mère Marie de l’Incarnation, Ursuline, (Tournai, 1873, p. 28), étaient d’une condition extrêmement modeste (!). Son père, nommé Florent Guyart... était maître boulanger ; sa mère, Jeanne Michelet, quoique issue de la famille noble des Babou de la Bourdaisière... devait être regardée comme déchue de sa noblesse par son union avec un simple artisan. » E. Griselle (op. cit., p. 40) ferait sienne cette conjecture. Ce serait même à ce dernier détail, « révélé sans doute après coup et récemment à D. Martin » que, selon lui, la Vénérable Mère pourrait bien faire allusion dans cet abaissement de naissance dont elle parle et que Dom Claude Martin a traduit par l’euphémisme des disgrâces de sa condition. Mais la conjecture de Richaudeau est insoutenable, et le contexte immédiat de la formule en question ne supporte pas son explication.

Les Michelet, d’après Carré de Busserolles (Armorial général de Touraine, p. 660), étaient une « très ancienne famille, originaire de Tours ». Cependant, ils n’avaient guère d’autre illustration que leur ancienneté, car nous ne connaissons rien d’autre à leur actif. Des Michelet apparaissent pour la première fois dans les Registres de catholicité de Tours en 1557. Un Paul Michelet est alors établi sur la paroisse de Saint-Pierre-des-Corps où il fait baptiser le 2 février de cette même

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année la fille, Marie, qu’il a eue de sa femme Marthe Myllet. Nous n’avons aucun renseignement ni sur sa situation ni sur sa profession. Un fait est sûr, par le silence même du Registre, ce n’est pas un notable de la cité, et d’ailleurs il n’en habite que le faubourg. Un second Paul Michelet (Paoul, selon l’orthographe phonétique du temps) figure en 1592 sur les Registres de la paroisse de Saint-Saturnin. Il est marié à Claude Simon, qui cette même année, le 21 décembre, est marraine de Claude Guyart, le premier enfant de Florent Guyart et de Jeanne Michelet. Nous ne pouvons dire si ce Paul Michelet était le fils du précédent mais nous pouvons croire qu’une certaine parenté l’unissait à la femme de Florent Guyart. Et nous savons par les Livres de comptes de la ville de Tours, qu’il était maître boulanger, tout comme Florent Guyart. Nous aurions tort de voir là l’indice d’une condition « extrêmement modeste ». Ces maîtres boulangers rentraient dans la classe des marchands et confinaient comme tels à la petite bourgeoisie, qui sortait de leurs rangs. En tout cas, les Michelet que nous connaissons par les Registres, — il y en a d’autres encore — n’appartiennent pas à la noblesse. On ne peut donc parler, à propos du mariage de Jeanne Michelet, vers 1590 avec Florent Guyart, de mésalliance et de déchéance.

C’est une autre question de savoir comment les Michelet descendaient des Babou. Le fait de cette origine est connu par l’affirmation de Dom Claude Martin dans

V p. 4. Dom Claude en fait discrètement honneur à sa mère. Cette descendance n’était donc pas le résultat d’un accident qui aurait fait tache dans la généalogie des Michelet et dont il eût été téméraire de se vanter. Dom Claude constate seulement que ce rameau de l’arbre des Babou ne s’est pas développé. Ce qui s’expliquerait assez bien si l’on suppose que les Michelet se rattacheraient aux Babou par les femmes. Une Babou, dans la première moitié du XVIe siècle, ou mieux dans les dernières années du XVe, au temps où cette famille commençait à s’élever, aurait épousé un Michelet. Ce qui n’est pas douteux, — nous le voyons bien par

V p. 11, et nous en trouvons la confirmation dans des pièces de 1642, conservées aux Archives Nationales, que nous aurons occasion de citer plus loin, — c’est que les Michelet et leurs enfants se réclamaient à l’occasion de leur parenté Babou. De toutes manières, s’il y a eu une mésalliance, il faudrait remonter bien haut pour en retrouver la place possible, si haut même qu’à la date de 1641, on ne voit pas pourquoi Dom Claude s’en serait affligé plus que sa mère, ses oncles et ses tantes, et pourquoi elle l’aurait affecté plus que ses deux douzaines de cousins germains.

En réalité, la Vénérable Mère fait allusion à une situation qui est personnelle à son fils. Et c’est la raison qui la fait s’étonner que Claude en ait été informé. On ne s’expliquerait pas en effet, pourquoi elle lui aurait tu si jalousement une « disgrâce » déjà bien ancienne, que beaucoup partageaient avec lui et qui aurait été le secret de tout le monde. Mais Claude est le fils d’un père ruiné et failli, dont il a fallu faire une liquidation complète de la succession. C’est lui-même qui le dit équivalemment dans plusieurs endroits de V et particulièrement à la page 638. Claude qui n’avait alors que dix mois avait été enveloppe dans l’infortune de son père. C’est justement ce détail que Marie de l’Incarnation avait tenu à lui cacher et qu’elle aurait voulu lui laisser ignorer toute sa vie. Qu’une main indélicate ou perfide ait fait à ce pauvre enfant, déjà si malheureux d’etre orphe-

CORRESPONDANCE

lin, la blessure profonde que devait lui causer une pareille révélation, voilà qui la confond.

Nous avons observé plus haut que la traduction des imprimes V et L conduit à un contresens, ou, si l’on veut avec Eug. Griselle, amene l’esprit sur une tout autre idée. C’est vrai pour la phrase prise dans son entier. Griselle voit dans la formule les disgrâces de la condition un euphémisme. Nous y verrions bien plutôt une correction et une précision. A baissement de naissance en laisse supposer trop long. Disgrâces de la condition n’est sans doute pas une formule heureuse, mais appliquée au cas de Claude Martin, c’est une expression plus juste.

(2) La lettre du 4 septembre 1641. — On la trouve aujourd’hui dans un recueil factice de la Bibliothèque Mazarine, composé en grande partie de manuscrits de Nicole et de lettres écrites ou par lui ou qui lui ont été adressées. L’ensemble des articles ainsi réunis se rapporte aux affaires du jansénisme, et a pu être catalogué sous la rubrique de Recueil de pièces sur le jansénisme. Il est possible que tous les documents du recueil proviennent des papiers de Nicole. En tout cas la lettre de Marie de l’Incarnation à Dom Claude Martin en faisait sûrement partie. Nicole, en effet, a écrit de sa main au dos de la pièce et sous la suscription, cette note : « Cette lettre m’a esté donnée par le P. Martin, fils de la Mère de l’Incarnation ».

Nous avons dit ailleurs ( Écrits I, pp. 89-91) les bonnes relations qui ne cessèrent d’exister entre Dom Claude Martin et Nicole, depuis au moins 1670, jusqu’à la mort du premier d’entre eux. Nicole fut de ceux à qui Dom Claude Martin distribua les reliques des écrits de sa vénérable mère. Cette malheureuse dispersion eut lieu surtout après l’édition de la Correspondance, 1681. Mais à cette date, les deux amis étaient en différend, justement sur les mystiques. L’heure n’était pas aux cadeaux. Nous imaginerions plus volontiers que l’abandon de la lettre à Nicole avait été consenti entre la publication de la Vie (1677) et celle de la Correspondance (1681) et plus près de la première date que de la seconde. Cette précision, du reste, est sans importance. Il est plus intéressant de noter que deux passages caractéristiques de la lettre, le premier sur la dévotion au Cœur de Jésus, le second sur celle à Jésus, Marie et Joseph, sont marqués d’une barre transversale à la sanguine. Cette indication serait-elle de Nicole, et Nicole qui avait approuvé la publication de la Vie (M p. 126) aurait -il enfin montré de la mauvaise humeur devant l’expression de sentiments qui lui paraissaient opposés à l’Antiquité ? On ne peut faire que des hypothèses.

Nous avons assez montré dans les notes courantes que l’original a été durement traité dans les imprimés. V et L ont appliqué sans ménagement, et, il faut bien le dire, sans raison, le principe du rajeunissement. C’est une rédaction nouvelle qu’ils substituent à l’ancienne. Un apparatus de leurs variantes eût fait saisir la méthode sur le vif, mais il eût été ici sans utilité. Plus regrettables sont les morcellements, les transpositions, les interpolations et les omissions. L’essentiel est sauf. Toutefois c’est une mutilation.

L’original, cédé à Nicole, ne faisait pas partie du dossier des autographes remis par Dom Claude aux Ursulines de Tours. Dom Martène, qui a vu et consulté ces derniers, n’a donc pas eu celui-là entre les mains. Il savait du reste les hardiesses

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de son maître en fait d’édition. Quel jugement en portait-il ? Il ne sera du moins pas sans intérêt de remarquer que, lui, le copiste fidèle, n’a pas su non plus résister à la manie de la retouche. Dans l’extrait de la lettre du 4 septembre qu’il a donné dans M pp. 26-28, c’est pendant plus d’une page une mosaïque de V et de L qu’il a composée. Le jeu a dû le lasser, car il se rallie enfin à L qu’il ne quitte plus.

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