Le Charles de Tadoussac de la lettre LXXIV
24. L : il s’y est trouvé deux de nos séminaristes qui ont donné de l’ admiration à tous ces bons catéchumènes. Ici encore L paraphrase l’original et le dénature, car les séminaristes ne se sont pas rendues à Tadoussac. « Un de nos Pères, écrit Le Jeune, — et c’est lui-même, — étant descendu ce printemps à Tadoussac, les deux plus grandes séminaristes lui écrivirent de leur propre main, témoignant d’un côté une grande consolation de ce qu’il instruisait leurs compatriotes et de l’autre un désir de son retour. Le Père lut ces deux lettres en la présence des Sauvages, leur montrant comme leurs enfants étaient capables du Massinahigan (écriture) aussi bien que les nôtres. Us prenaient ces lettres, les tournaient de tous côtés, les regardaient avec attention, comme s’ils les eussent pu lire. Ils faisaient dire et redire ce qui était couché dedans, bien joyeux de voir que ce papier parlait leur langue, car ces enfants écrivaient en sauvage » RJ 1641 (Q 3-4 ; C XX, 130). La prédication des jeunes séminaristes aura sans doute paru plus pittoresque à L. Pour nous, nous préférons leurs lettres à leur éloquence. C’est quelque chose de plus fort, et qui a en outre le mérite d’ajouter une matière au programme d’études et à la réussite pédagogique des Ursulines.
25. L’original porte leur a. L’accord a été fait par mégarde avec admiration qui venait d’être écrit.
CORRESPONDANCE
que leur misérable condition d’être nées dans la barbarie les voulait exclure26.
Tous nos nouveaux chrétiens ont eu fort à souffrir pour la tyrannie des Iroquois, qui leur ont livré la guerre comme à nos Français. Monsieur notre Gouverneur les a chassés dans un combat qui27 leur a livré pour sauver nos bons néophytes. La Relation vous le dira28. Les Révérends Pères de la Compagnie qui sont aux Hurons ont eu des fatigues incroyables dans leurs missions cet hiver, les froids et les neiges ayant été extraordinairement excessifs. Ajoutez à cela la barbarie de cette nation qui les a fait souffrir excessivement. Le R. P. Chaumonot, que vous connaissez29, a ressenti leurs coups. C’est un apôtre qui est ravi d’être trouvé digne de souffrir pour Jésus-Christ30. Il a quasi appris miraculeusement la langue huronne 31 et a fait des merveilles dans une nation où lui et le R. P. Brébeuf ont jeté les premières semences
26. Le proche avenir devait décevoir cruellement tous ces beaux espoirs. Mais que les Ursulines, — et il faut dire la même chose des Hospitalières qui avaient elles aussi ouvert une école à Sillery pour les Sauvagesses, — deux ans seulement après leur entrée dans la Nouvelle-France, aient pu obtenir de tels résultats dans la formation intellectuelle et morale de leurs séminaristes, c’est la preuve que si la francisation des Sauvages de l’Amérique du Nord avait été une entreprise humainement possible, les missionnaires et les religieuses l’auraient accomplie.