Deuxième Épître aux Corinthiens, vin, 6 ; citation libre
CORRESPONDANCE
le siècle, je vous prie et conjure, mon cher frère, de ne vous point adresser à d’autres qu’à ma mère pour être assisté en vos besoins et pour vous faire trouver une condition. J’ai parole d’elle qu’elle vous servira de mère et qu’elle aurait le même soin de vous que si vous étiez son enfant. Elle me le mande à cette flotte, pour répondre à la prière que je lui en fis l’année passée, sur ce qu’on avait mandé à votre bonne mère que personne n’avait soin de vous ; et au même temps elle se mit en devoir de vous trouver une honnête condition auprès de Mgr l’Évêque de Xinte mon oncle6. Peut-être que cet emploi ne vous eût pas tant mis dans l’éclat que celui que vous offrait Mme la duchesse d’ Aiguillon, mais néanmoins il eût été pour le moins aussi avantageux pour votre salut. Mais Dieu vous voulait lui-même pourvoir d’une manière bien plus excellente. Qu’il en soit à jamais béni des hommes et des anges !
Je vous dis ceci afin que vous voyez le soin que sa sainte Providence a de vous, et que, pour une mère qu’il vous a ôtée, il vous en a procuré plusieurs autres qui ont bien hérité l’affection qu’elle a pour vous. Mais je ne crois pas qu’aucune soit parvenue au degré de vertu qu’elle a. Je ne vous dirai qu’un mot, qui est que je vous estime bien heureux d’être fils d’une si sainte mère. Je ne doute nullement que ce ne soit le titre le plus avantageux que le Ciel vous pouvait donner en votre naissance, et qu’elle ne vous impètre mille grâces et bénédictions. Je vous en souhaite autant qu’à moi-même, puisque je suis d’un véritable cœur en Jésus, mon cher frère, votre très humble et obligée servante,
Sr Marie de St-Joseph, Religieuse] U[rsuline] I[ndigne].
LXXX. — A la Révérende Mère Catherine-Agnès de St.-Paul, Abbesse de Port-Royal
Bibliothèque municipale de Troyes, Ms. 2196, fol. 113-114 (pièce 49). — Éditée pour la première fois par R (lettre CCX.XIV), mais avec des retouches. — Rééditée conformément à l’autographe par Eug. Griselle dans : La Vénérable Mère Marie de l’Incarnation... Supplément à sa correspondance, pp. 55-56. — Texte du Ms. de Troyes, après nouvelle collation sur l’original. Orthographe et ponctuation modernes.
Jésus, Marie, Joseph.
Ma Révérende et très honorée Mère,
Salut très humble au Cœur de notre aimable Jésus ï Il semble à voir, et en effet il est certain, que sa bonté
6. Saintes. Cet évêché fut bientôt transféré à La Rochelle. Le titulaire en était Jacques Raoul de la Guibourgère, le propre frère de Mme de La Troche. Voir plus loin la notice biographique consacrée à Marie de St-Joseph, par Marie de l'Incarnation : année 1652.
Lettre LXXX. — La Mère Catherine-Agnès de Saint-Paul Amauld, était la
DE MARIE DE L’INCARNATION
nous va sans cesse procurant des amis pour secourir nos chères néophytes. Votre Révérence est de ce nombre, de laquelle nous avons reçu les libéralités* 1. Je lui en rends un million de remercîments, avec assurance qu’elle aura tous les jours part aux prières qui se font en ce petit séminaire. Vous nous avez grandement obligées de ce qu’il vous a plu nous donner : les habits et les toiles étant ce qui est très rare en ce pays 2. En effet, il est très pauvre de biens temporels, mais très riche de biens spirituels, la divine Providence les y versant en abondance. Il est vrai que nous sommes plus que suffisamment payées de nos petits travaux, voyant nos chères séminaristes dans le vrai chemin du ciel. Je n’eusse jamais cru que des filles nées dans la barbarie eussent pris des plis comme les filles de France, et très avantageusement. Quant à l’âme, vous l’apprendrez par la Relation qui vous dira des choses ravissantes des grandes dispositions qui sont dans toutes les nations circonvoisines, qui toutes veulent embrasser notre sainte foi. Je conjure Votre Révérence d’employer tout le crédit qu’elle a auprès de Dieu et celui de toutes ses saintes filles. C’est ce que j’attends et ce que j’espère, l’assurant de n’en être pas ingrate. Je la supplierai aussi que je me puisse dire, ma très Révérende Mère, votre très humble et très obligée sœur et servante en Jésus-Christ.
Sœur Marie de l’Incarnation, Urs[uline] ind[igne].
Du Séminaire de St- Joseph, aux Ursulines de Québec, le 4 septembre 1641.
sœur cadette et l’émule de la Mère Angélique, la réformatrice de Port-Royal, et fut avec elle, pendant plus de vingt-sept ans, l’âme du monastère. Le Nécrologe de Port-Royal relève au nombre des traits de la magnanimité de « ces deux admirables sœurs (et) de ces deux parfaites mères » leur charité inépuisable : « Elles auraient craint de cesser d’être religieuses en devenant magnifiques dans la religion » (Préface, p. XXXI). Les historiens de Port-Royal font écho à cet éloge, que justifient surabondamment les mémoires du temps.
1. Ces dons étaient venus par les mains des Ursulines de Paris. Aussi le Registre, qui n’entre pas dans le détail, ne fait-il aucune mention de l’aumône de Port-Royal.
2. Les Ursulines de Québec avaient particulièrement insisté en 1640 près de leurs amis pour des envois d’étoffes : c’était ce dont elles avaient le plus pressant besoin pour leurs séminaristes et les Sauvagesses.
CORRESPONDANCE
Suscription: A Ma Révérende Mère, La Révérende Mère Madame l’Abbesse de Port-Royal, au faubourg Saint-Jacques, à Paris3.