LXXXII. — A la Mère Ursule de Ste-Catherine
L pp. 348-349, Lettre historique XXII. — R XLII.
Ma très révérende et très honorée Mère,
La présente n’est que pour vous réitérer ce que je vous ai déjà écrit en plusieurs lettres par la voie de Dieppe1. Si vous voyez les RR. PP. Le Jeune2,
d’union, dont il avait déjà été question en France, en 1638 et 1639 (Voir les lettres XLV, XLVI et LI). Après mûr examen, on était convenu d’une transaction en neuf articles, dont les trois principaux étaient : l’émission du fameux quatrième vœu de la Congrégation de Paris par les Ursulines de Bordeaux, l’adoption de l’habit de la Congrégation de Bordeaux par les Ursulines de Paris, et le principe de l’égalité numérique des sujets des deux Congrégations dans la composition du monastère de Québec. Cet arrangement était provisoire et valable jusqu’à l’élaboration des nouvelles constitutions que l’on renvoyait à plus tard. Sitôt dressé, le projet avait été communiqué aux deux monastères de Tours et de Paris. On ne voit pas qu’on se soit alors adressé spécialement à celui de Dieppe, d’où était pourtant sortie Cécile de Ste-Croix. Les deux maisons consultées avaient envoyé leur approbation par la flotte de l'été de cette année 1641, et le 8 septembre, en la fête de la Nativité de Marie, l’acte d’union avait été signé, par les cinq Ursulines de Québec. A la date de cette lettre, 15 septembre, il y avait donc huit jours que ce grand pas avait été fait. C’est à cette union que la Vénérable Mère fait allusion ici.
xi. Lettre perdue, car la lettre suivante, — à supposer qu’à l’origine, elle ait été réellement distincte de la présente, — parle seulement de la Mission, nullement des affaires particulières du Monastère des Ursulines et de leur séminaire.
Lettre LXXXII. — De prime abord il peut sembler étrange que deux lettres devant passer par le même bateau aient été écrites, à un jour d’intervalle seulement, à la même destinataire. Mais l’insécurité des correspondances exigeait que non seulement on écrivît par différentes flottes, mais encore que l’on distribuât ses lettres sur les divers bateaux d’une même flotte, et même dans plusieurs ballots d’un même vaisseau.
1. La flotte de Dieppe, arrivant la première, repartait aussi la première. Les deux lettres LXXXII et LXXXIII furent expédiées par la flotte de La Rochelle.
2. Le P. Le Jeune était envoyé en France par le P. Vimont pour les affaires de la Mission et de la Colonie. Il emportait avec lui les mémoires destinés à la
CORRESPONDANC
Adam* * 3 et Quentin4, qui passent en France pour les nécessités de la Mission, ils vous diront que les affaires de la foi vont très bien à Sillery, Québec, Tadoussac, et Saguenay 5. Mais elles sont traversées aux Trois-Rivières, où les Iroquois font une guerre mortelle à nos bons Sauvages, comme aussi à ceux qui sont au delà jusqu’aux Hurons. S’ils osaient, ils viendraient jusqu’ici, mais il n’y ferait pas bon pour eux, c’est pourquoi ils s’en éloignent 6. Dans un combat qu’ils ont livré proche des Trois- Rivières, Monsieur notre Gouverneur et nos Français ont donné dessus, les ont défaits et chassés 7. Dans cette déroute néanmoins, ils ont pris quantité de Hurons, d’ Algonquins et d’Algonquines. Ces derniers voulant se venger, sont allés furtivement en leur pays, sont entrés dans leurs cabanes, ont tué plusieurs femmes et enfants, et ont pris la fuite. Mais les autres s’en étant aperçus, les ont poursuivis et en ont pris cinq qui sont peut-être déjà mangés, car on ne sait ce qu’ils sont devenus8. Enfin tous les Sauvages des Trois-Rivières ont quitté 9 ;
composition de la Relation de 1641. C’est seulement une fois débarqué, qu’il en
écrivit la lettre préface destinée au Provincial de France. RJ 1641 (Q 1-2 ; C XX, 118-120).
3. Le P. Nicolas Adam ne s’était jamais complètement relevé de son attaque de paralysie de 1636 (lettres XXXVII et XXXIX). Ses infirmités continuelles portèrent le Provincial à le rappeler. Il ne reviendra jamais au Canada.
4. Claude Quentin, entré dans la Compagnie de Jésus en 1617, était passé dans la Nouvelle-France en 1635, où il avait d’abord été employé à la mission des Trois-Rivières. En 1638, sur le point de repasser en France, il avait été envoyé à Miscou, et le P. Charles Lalemant avait fait le voyage de France à sa place. De Miscou, où le climat malsain avait eu vite raison de ses forces, comme de celles de tous ses prédécesseurs, il était revenu à Québec refaire sa santé (RJ 1647). En 1641, le Provincial de France le mandait à Paris « pour travailler aux affaires de la Mission » RJ 1641 (Q 1 ; C XX, 118).