‹ Écrits spirituels et historiquesChapitre 158 sur 239 · XCI. — A la Mère Marie-Gillette Roland · texte numérisé non relu

XCI. — A la Mère Marie-Gillette Roland

RELIGIEUSE DE LA VISITATION DE TOURS L pp. 350-351, Lettre historique XXIII. — R XLIV.

Ma très chère et très aimée Sœur,

Je ne reçois point de vos lettres qu’avec des sentiments de joie très intime. Je ne suis point en doute que votre cœur ne soit souvent ici, car serait-il possible que ma chère Sœur ne vînt point participer à nos satisfactions et à nos joies, lorsque nous voyons nos chers Sauvages lavés dans le bain de la régénération des enfants de Dieu ? Elle aime trop ce divin Maître, pour ne fondre pas avec nous en des larmes de dévotion, voyant l’amplification de son royaume. Il est beaucoup accru cette année, et il y a espérance d’un progrès encore beaucoup plus grand1. C’est merveille de voir la ferveur de ces nouveaux convertis, entre lesquels j’en vis baptiser un il n’y a pas longtemps, qui sortant du saint lavoir s’en alla à la chasse. L’on eut crainte que cette nouvelle plante qui était encore tendre, étant en la compagnie de plusieurs païens avec qui il devait hiverner, ne reprît leurs maximes et leur façon de vie. A son retour, je l’interrogeai fort sur tout ce qu’il avait fait durant le temps de son

jutorerie furent supprimées en 1630 et remplacées par la dignité abbatiale élective et triennale ; depuis 1636 jusqu’en décembre 1642, l’abbesse de Port-Royal fut effectivement la Mère Catherine-Agnès de Saint-Paul ; enfin, en août 1642, date de cette lettre, la Mère Angélique résidait à Port-Royal depuis 1636, et c’est seulement sur la fin de l’année que, le terme d’abbatiat de la Mère Agnès étant échu, elle fut élue abbesse en sa place.

Lettre X CI. — 1. Non que l’année ait été marquée par des conversions en masse. Mais les succès des travaux apostoliques des Pères Pijart et Raymbault chez les Nipissings ; ceux du P. De Quen à Tadoussac, chez les Sauvages du Saguenay ; et aussi les bonnes dispositions des Sauvages de la Baie de Chaleurs que l’on avait apprises à Québec par une lettre de leur missionnaire, le P. Richard, tout semblait autoriser l’espoir d’une moisson prochaine abondante dans tous les postes de la Mission de la Nouvelle-France. RJ 1642 (Q 93-99 ; C XXIII, 204-232 et Q 39, 44 ; C XXII, 218-246). A la seule résidence de Saint- Joseph, on avait enregistré cent baptêmes, moins que pour l’année précédente ; mais la plupart des Sauvages arrêtés étaient déjà chrétiens, et la menace des Iroquois empêchait les Sauvages des terres de venir se rendre sédentaires (Q 14 ; C XXII, 92).

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absence ; il me rendit compte de tout avec une simplicité admirable. Je lui demandai entre autres choses s’il n’avait point été tenté. « Je l’ai été beaucoup, me dit-il, mais tout aussitôt je prenais en main le chapelet que tu m’as donné, je faisais le signe de la croix et je disais : Aie pitié de moi, Jésus, j’espère en toi, en toi qui détermines de tout ; chasse le diable et aie pitié de moi ». J’étais ravie d’entendre ce bon néophyte, et je voyais bien à ses dispositions qu’il était sorti plus fervent des dangers qu’il n’y était entré. Je ne vous dis rien qui approche de ce que nous voyons ; mais, ma chère Soeur, que Jésus vous apprenne lui-même ce qu’il fait dans les cœurs de ses enfants, où il écrit la loi de simplicité et d’amour.

Je vous rends grâces de l’amour que vous avez pour le Canada ; je vous rends grâces de vos bienfaits2. Vous m’avez infiniment obligée de me dire de si bonnes nouvelles de vos révérendes Mères et de vos chères Sœurs ; je les conjure de m’obtenir du ciel une grande et fidèle correspondance à toutes les grâces que je reçois de Notre-Seigneur. La précieuse mort de ma révérende Mère de Chantal a été le fruit de sa sainte vie3. Dieu soit éternellement béni en ses Saints ! Je vous salue et suis en lui votre...

De Québec, le 30 août 1642.

2. En 1642, deux couvents de la Visitation sont inscrits au Registre des Bienfaiteurs ; l’un, sous la mention : « Par les Mères de la Visitation, 100 livres », où l’on peut reconnaître le Monastère de la rue Saint- Antoine à Paris ; l’autre, qui pourrait bien être celui de Tours, ainsi désigné : « Un couvent de la Visitation, 60 livres ».

3. Jeanne Frémiot, veuve de Christophe de Rabutin, baron de Chantal, plus connue sous le nom de Mme de Chantal, la fondatrice de la Visitation, était morte le 13 décembre de l’année précédente à Moulins. Marie de l’Incarnation ne l’avait jamais vue, mais elle en avait souvent entendu parler, même avant -d’entrer en religion, et elle était pleine d’admiration pour ses grandes vertus. En 1628, sur les instances de l’évêque de Dol, Marie de l’Incarnation avait un moment délibéré si elle n’entrerait pas dans l’institut de la Mère de Chantal , sa ■vocation la porta ailleurs ( Écrits I, 262-263, 279-280, note 3).

CORRESPONDANCE

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