L : 1661. Faute de typographie
Lettre XCIII. — 1. Les nouvelles les plus alarmantes avaient d’abord couru sur le sort de la flotte de 1642 : capture de la « flotte de sel » par les Dunkerquois ; mort de l’amiral, M. de Courpon, coulé à fond avec son bâtiment : RJ 1642 (Q 3 ; C XXII, 38). L’événement n’avait pas tardé à démentir cette rumeur. En juillet, tous les vaisseaux de la flotte de Dieppe étaient arrivés à bon port. Le mois nous est connu par les Annales de V Hôtel-Dieu de Québec.
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consolation, tant par la lettre dont il vous a plu de m’honorer, que de vive voix par le R. P. Le Jeune, qui a eu la consolation de vous voir, et que Notre- Seigneur nous a rendu, au grand contentement de tout le pays2. Il ne peut se lasser de parler de votre chère Communauté, ni de l’estime qu’il fait de votre vertu en particulier. Mais ce n’est pas ici le lieu de parler des nouvelles de France, il faut vous entretenir de celles de Canada.
Tous les sujets du séminaire vous sont acquis en la façon que Dieu le connaît. Nos cœurs, nos prières et nos vœux sont à vous, sans excepter nos petits travaux. Nos petites séminaristes ne vous aiment pas moins que nous : ce sont vos créatures que vous aimez, pourquoi n’auraient-elles pas pour vous un retour d’affection et de reconnaissance 3 ? Nous en avons eu cette année au-dessus de nos forces, mais notre bon Maître nous a fait la grâce de subsister, sans parler du secours que nous avons donné aux Sauvages sédentaires, qui ont passé l’hiver proche de nous, et qui faisaient leurs traînes4, en une hauteur suffisante de la neige. Nous avons eu encore un grand nombre de passagers qui étaient presque continuellement à notre grille pour demander tant la nourriture spirituelle que celle du corps. La providence du Père céleste a pourvu à tout, en sorte que la chaudière était toujours sur le feu; pendant que l’une se vidait, l’autre s’apprêtait.
Les vaisseaux ne furent pas plus tôt partis l’année dernière, que l’on nous amena un grand nombre de filles sauvages pour les disposer au saint baptême dans le séminaire, où ayant demeuré quelque temps, on en
2. Le Jeune rapportait en effet des assurances tangibles de l’intérêt du gouvernement du roi à la colonie. Malheureusement la mort de Richelieu, qui devait arriver à la fin de cette même année, allait considérablement limiter les résultats de sa mission.
3. Le Registre des Bienfaiteurs mentionne à l’année 1642 : « Par nos Mères de Tours, 400 livres et un bahut plein de toutes sortes de meubles (objets) et commodités. »
4. Traînes, traîneaux et aussi charroyages. L : traînées, correction fautive. L’éditeur peu familier avec les coutumes du pays aura remanié la phrase.
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baptisa cinq à la fois en notre petite chapelle 5. Comme elles étaient assez grandes, et capables de comprendre le grand bien que Dieu leur faisait par la grâce de la régénération, elles faisaient paraître à leurs visages et encore plus à leurs paroles, que le Saint-Esprit avait pris la possession de leurs cœurs, qui jusques alors avaient été la retraite des démons. Nous y avons encore vu baptiser un grand nombre d’hommes, de femmes et de filles, qui faisaient paraître des sentiments si chrétiens, que nos cœurs fondaient de tendresse et de dévotion. Une jeune femme fut tellement transportée dans cette action, qu’aussitôt qu’on lui eut versé sur la tête les eaux sacrées, elle se tourna vers les assistants en s’écriant : « Ah ! c’en est fait, je suis lavée. » Il y avait plus de dix-huit mois qu’elle pressait pour être admise au nombre des enfants de Dieu, c’est ce qui la fit crier si haut avec des tressaillements de joie non pareils.
Un jeune homme de ceux que nous vîmes baptiser ne voulut jamais partir, quoique tous ses gens le quittassent, qu’il ne fût lavé des eaux du saint baptême. Je l’interrogeai assez longtemps sur les mystères de notre sainte religion, et j’étais ravie de l’entendre, et de voir qu’il en avait plus de connaissance que des milliers de chrétiens qui font les savants. Ce fut pour cela qu’on le nomma Augustin. Durant son séjour à la chasse 6, il fut contraint de demeurer avec des païens de sa nation, qui est des plus libertines. Ils lui donnèrent de grands sujets d’exercer sa foi et sa patience ; mais quoi qu’ils lui pussent dire, ils ne l’ébranlèrent jamais,
5. Depuis l’incendie de Notre-Dame de Recouvrance, le culte public se faisait à la Haute Ville dans une salle du magasin des Cent Associés convertie en chapelle provisoire. La petite chapelle des Ursulines au bord du fleuve était utilisée comme succursale ou annexe pour certaines cérémonies, les baptêmes en particulier.
6. C'est l’anecdote racontée dans la lettre à la Mère Marie-Gillette Roland, du 30 août précédent (lettre XCI). Les circonstances de la conversion et du baptême du néophyte ont été rapportées dans RJ 1642 (Q 17-18 ; C XXII, 108- 112). Le P. Vimont ajoute : « Il a passé l’hiver avec de jeunes fripons, qui n’ont en rien ébranlé sa foi et sa constance. Il prenait souvent la croix de son chapelet, disant ces paroles: Jésus, fortifie-moi, aie pitié de moi, éloigne de moi les démons qui me veulent tromper ; toute mon espérance est en toi. »
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et il ne quitta point sa prière, qui est le point sur lequel on le combattait. Étant de retour pour la fête de Pâques, je lui demandai comment il s’était comporté. « Ah ! me dit-il, le diable m’a grandement tenté ». — « Et que faisais-tu pour le chasser ? » — « Je tenais, répondaitil, en la main, le chapelet que tu m’as donné, et faisais le signe de Jésus (c’est le signe de la croix), puis je disais: «Aie pitié de moi, Jésus, car j’espère en toi; c’est toi qui me détermines, chasse le diable afin qu’il ne me trompe point. » Ainsi ce bon néophyte demeura victorieux de ses ennemis visibles et invisibles.
Comme le grand fleuve de Saint-Laurent a été cette année tout plein de glaces 7, il a servi de pont à nos Sauvages, et ils y marchaient comme sur une belle plaine. Nous eûmes toute la satisfaction possible, la veille et le matin du saint jour de Pâques, de les voir accourir à perte d’haleine pour se confesser et communier. Comme nous sommes logées sur le bord de l’eau, ils aperçurent quelques-unes de nous et s’écrièrent : « Dites-nous si c’est aujourd’hui le jour de Pâques, auquel Jésus est ressuscité ? Avons-nous bien compris notre Massinahigan ? » C’est un papier où on leur marque les jours et les lunes. « Oui, dîmes-nous, mais il est tard et vous êtes en danger de ne point entendre la messe. » A ces mots, ils commencèrent à courir au haut de la montagne et arrivèrent à l’église, où ils eurent encore le temps de faire leurs dévotions. Ils étaient altérés comme des cerfs du désir d’entendre la messe et de recevoir le saint Sacrement, après en avoir été privés près de quatre mois. On les voyait venir par troupes en notre église pour faire leurs prières et rendre leur première visite au saint Sacrement, et nous prier de les aider à rendre grâces à Dieu de ce qu’il les avait gardés durant leur chasse, qu’il leur avait donnée très bonne8.
7. Le dernier hiver avait été particulièrement long et rigoureux. Le P. De Quen, dans les mémoires qu’il avait communiqués au P. Vimont, parlait du 30 novembre précédent comme de l’un des jours les plus durs qu’il eût endurés depuis son arrivée au Canada, en 1635. RJ 1642 (Q 5 et 22 ; C XXII, 48 et 134).
8. Même fait raconté par RJ 1642 (Q 4 ; C XXII, 46). Comme le note Vimont,
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Un excellent chrétien nommé Charles, dont les Relations parlent avantageusement, fut un des premiers qui arriva la veille de Pâques avec une grande troupe de femmes et de filles pour se disposer à la fête. Après son action de grâces, je lui damandai : « Que veux-tu faire de toutes ces femmes et filles ?» — « Ho, Ningue, me dit-il, c’est-à-dire, ma Mère, je les ai toujours gardées durant la chasse, et je n’avais garde de les laisser seules, de crainte qu’il ne leur arrivât accident ; nous avons toujours prié ensemble, et elles n’ont point eu d’autre cabane que la mienne. » Ce bon homme, qui mène une vie de saint, n’avait quasi rien rapporté de sa chasse, parce qu’il lui avait toujours fallu nourrir ses hôtesses, durant les trois mois de son absence, par un pur zèle de rendre service à Dieu, et pour la conservation de leur pureté. Il eut un zèle apostolique pour aller au Saguenay, afin d’inviter de nouveau sa nation à croire en Dieu. A cet effet il vint me trouver et me dit : « Je te prie de me prêter un crucifix assez grand, je te le rapporterai, je ferai un coffre exprès pour le conserver. » Je lui demandai : « Qu’en veux-tu faire ? » — « Je veux, dit-il, aller aider le Père De Quen à convertir ma nation 9. D’ailleurs, il y a des lieux très dangereux où il ne saurait aller : ce sont des sauts en l’eau10 où il faut toujours aller à genoux ; moi j’y irai pour convertir mes gens, je je ferai ce voyage que le Père ne saurait faire sans mourir. » Je le louai de son dessein et lui donnai mon crucifix, qu’il baisa et caressa avec une très grande dévo¬
ie jour de Pâques tombait ordinairement au temps que les Sauvages faisaient leur provision de chair d’élan ou d’orignal. L’élan en effet se chassait aux mois des grandes neiges. Les Sauvages quittaient alors leur résidence de Sillery pour s’enfoncer à sa poursuite dans les forêts.
9. La première mission de Tadoussac, celle de 1641, avait été confiée au P. Le Jeune : c’est lui en effet qu’il faut reconnaître dans l’anonyme de la Relation dont il est l’auteur. (RJ 1641 ; Chap. XII). Mais dans les six premiers mois de 1642, il était encore en France. Au printemps de cette année, le P. De Quen, qui avait été employé à Sillery durant l’hiver et à qui le montagnais était familier, fut désigné par le P. Vimont pour le remplacer. RJ 1642 (Q 39 ! C XXII, 220).
10. Le Jeune dans RJ 1637 les définit des endroits où le fleuve « rencontrant un fond ou un lit penchant et inégal, (va) d’une grande roideur et rapidité » (Q 74 ; C XII, 132). Nous disons aujourd’hui des rapides.
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tion ; puis il sortit aussitôt pour aller trouver sa compagnie, qui était venue ici pour se faire instruire et baptiser. Ce Sauvage devenu apôtre a enseigné tous ceux de sa nation, en sorte qu’ils sont capables d’être mis au nombre des enfants de Dieu. Le Père De Quen, qui l’avait attendu à Tadoussac, n’ayant pu passer outre11, fut ravi du zèle apostolique de ce bon Sauvage, et de voir un si heureux succès de sa prédication, de sorte qu’en peu de temps il en baptisa un grand nombre, réservant à une autre occasion les autres qui ne sont pas sédentaires, pour ne point hasarder le saint baptême qu’ après les avoir bien éprouvés.
Le bon Victor 12 , qui est un de nos meilleurs chrétiens, ayant peu de mémoire, oublie facilement ses prières. Il n’en est pas de même de son intérieur, car il est dans une attention continuelle à Dieu et dans un entretien familier et très intime avec sa divine Majesté ; mais il croit ne rien faire, s’il ne fait comme les autres chrétiens. Il s’en vient donc à la grille, et à la première de nous qu’il rencontre, il dit : « Hélas ! je n’ai point d’esprit ; fais-moi prier Dieu. » Il a la patience de se faire répéter dix ou douze fois une prière, et la croyant bien savoir il s’en retourne à sa cabane, où il n’est pas plus tôt arrivé qu’il l’oublie. Il revient à mains jointes, il confesse comme un enfant qu’il n’a point d’esprit, et prie qu’on recommence à l’instruire. Combien pensez-vous que cette ferveur est agréable à des âmes qui désirent la gloire de Dieu et le salut des âmes ! Le bon Charles, dont j’ai parlé ci-dessus, s’accorde des mieux avec celuici, car quand il le visite, il lui dit : « Prions Dieu, mon frère. » Ils se mettent à genoux et récitent trois ou quatre fois le chapelet sans se lever. Je n’avais dessein que de vous parler de nos séminaristes, mais comme ceux-ci sont passagers et la plupart du temps à notre grille,
11. Le P. De Quen avait été invité à se rendre dans les terres où résidaient les Sauvages du Saguenay et plusieurs autres petites nations. Mais le temps n’était pas encore venu de ces expéditions lointaines.
12. Le même Sauvage de Sillery, dont RJ 1642 parle sous le nom de Victor Ouechkioue, en rapportant de lui un trait différent (Q 1 1 ; C XXII, 80) .
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il ne m’est pas facile de m’empêcher de parler de leur ferveur, la charité me liant à nos néophytes d’une étrange manière.
Nous avons eu trois grandes séminaristes, qui ont été cet hiver à la chasse avec leurs parents pour les aider dans le ménage et à apprêter leurs pelleteries. Elles s’appellent Anne-Marie Uthirdchich, Agnès Chabvekveche, Louise Aretevir. Elles eurent bien de la peine à se résoudre à ce voyage, parce qu’elles devaient être trois mois privées de la sainte messe et de l’usage des sacrements ; mais leurs parents étant de nos principaux chrétiens, on ne les put refuser. Nous les garnîmes autant que la pauvreté du Canada nous le put permettre ; après quoi, elles nous quittèrent avec bien des larmes. Leur principal office était de régler les prières et les exercices de chrétien : ce qui passe pour un grand honneur parmi les Sauvages. L’une réglait les prières et les faisait faire avec une singulière dévotion, la seconde déterminait les cantiques spirituels sur les mystères de notre foi, et la troisième présidait à l’examen de conscience et faisait concevoir à l’assemblée l’importance de cet exercice. Mais quoiqu’elles passassent ainsi le temps dans des pratiques de dévotion, elles ne laissèrent pas d’écrire deux fois au R. P. Supérieur de la Mission et à moi en des termes si religieux et si judicieux, que tout le monde admirait leur esprit. Surtout Monsieur notre Gouverneur m’en parla avec une consolation toute particulière de voir en des filles sauvages, nourries dans les bois et dans les neiges, des sentiments de dévotion et une politesse d’esprit qui ne se trouvent pas, bien souvent, dans des filles bien élevées de la France. Le sujet de leurs lettres était que, se voyant si longtemps privées des sacrements, elles demandaient qu’on leur envoyât du secours pour les retirer de cet ennui. A leur retour, la première visite qu’elles firent fut au très saint Sacrement, et la seconde à l’image de la très sainte Vierge, à laquelle, comme aussi au petit Jésus, Anne-Marie avait cherché les premières fleurs du printemps pour faire des couronnes. Ensuite
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elles nous rendirent compte de tous leurs comportements. « Ah ! disaient-elles, que la privation de la sainte messe et des sacrements nous a été pénible ! »
Noël Tekvermatch 13 à qui les deux premières appartiennent, ayant dessein de les retirer auprès de soi, parce qu’elles étaient suffisamment instruites, elles en apprirent les nouvelles, et pour rompre ce dessein, elles prirent la résolution de lui écrire. Elles me vinrent déclarer leur sentiment, et me demandèrent permission d’envoyer leurs lettres dont la première était conçue en ces termes :
«Mon frère, je suis résolue de ne m’en pas aller; c’est une conclusion prise que je veux être vierge, et que je désire aimer et servir en cette maison où je suis Celui qui a tout fait. Je désire, dis-je, y demeurer toute ma vie, pour instruire des filles de ma nation. Si je puis une fois savoir lire et écrire, je les enseignerai plus efficacement à aimer Dieu. Apaise-toi, mon frère, apaise ma sœur, car je ne veux plus aller chez toi. Adieu donc, mon frère ; je te serai servante tant que je vivrai, et je prierai Dieu pour toi dans la maison des prières. »
Voici la seconde lettre :
« Mon frère, agréerais-tu que je demeurasse pour toujours avec les filles vierges en cette maison ? car de tout mon cœur je souhaite d’être vierge comme elles, et c’est une affaire d’importance pour moi que je sois toujours vierge. Quand je serai plus grande, j’instruirai les filles de ma nation, et leur enseignerai le droit chemin du ciel, afin qu’elles puissent un jour, après leur mort, voir Celui qui a tout fait. Voilà pourquoi j’ai résolu de ne m'en pas retourner chez toi, si tu l’agrées, et de demeurer pour toujours dans la maison des prières. Prie pour moi, je prierai pour toi tant que je vivrai et je te serai servante, moi qui suis ta fille Anne-Marie. »
Voilà le style dans lequel elles expriment leurs sentiments. Le R. P. De Quen voyant ces lettres, fut surpris
13. Le même que Noël Négabamat, le chef des Algonquins de Sillery. Tékouérimat, selon l 'orthographe de RJ, était un titre que Négabamat portait en sa qualité de chef ; dans la langue algonquine, ce mot signifiait : celui qui a de l’importance. Les deux Sauvagesses Anne-Marie et Agnès, l’une et l’autre nièces du chef Algonquin, sont les mêmes dont les lettres des années précédentes ont déjà plusieurs fois parlé. Elles avaient été confiées ensemble aux Ursulines, dès le lendemain de leur débarquement à Québec (lettre LIX).
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d’une si grande ferveur, les loua et leur donna de belles instructions. Il leur conseilla néanmoins de suivre leurs parents, ce qui n’empêcherait pas leurs bons desseins, si Dieu en voulait l’exécution.
Nous avons dans notre séminaire des personnes grandes et petites, des filles et des femmes, qu’on nous donne pour plusieurs causes déterminées dans le conseil des Sauvages. Nous en avons eu deux cet hiver, dont l’une fut ôtée à un païen qui l’avait prise pour femme, à l’insu de ses parents qui sont chrétiens, quoiqu’elle fût aussi païenne. Ces bons néophytes qui voulaient qu’elle fût instruite dans la foi, afin de la donner à un chrétien, ne pouvant souffrir cette injure, signifièrent à cet homme qu’il eût à quitter une autre femme qu’il avait, s’il voulait épouser leur parente, et de plus qu’il se fît chrétien. Il promit de le faire, mais comme il n’y a pas de foi 14 dans les infidèles, il manqua à sa parole : ce qui obligea ses parents de lui ôter cette femme et de nous la donner. Le R. P. De Quen nous dit qu’elle nous ferait bien de la peine, et qu’il croyait qu’en peu de temps elle romprait la clôture, et qu’elle ferait son possible pour retourner avec ce païen qu’elle aimait. Nous la reçûmes néanmoins avec affection. Elle fut triste deux ou trois jours, puis, tout d’un coup, elle devint douce comme un enfant ; elle désirait ardemment d’être instruite et de recevoir le saint baptême. Ses parents ne pouvaient croire un si grand et si subit changement, car elle ne voulait plus voir son mari qu’en cas qu’il se fît chrétien et que ses parents l’agréassent. Néanmoins, comme les Sauvages sont changeants, et qu’ils ne se fient pas volontiers les uns aux autres qu’ après une longue épreuve de fidélité, ils la retirèrent dans leur cabane. Quelque temps après, cette pauvre femme étant allée en quelque lieu, elle fit rencontre de son mari : elle commence à fuir ; il court après ; elle entre dans la maison d’un Français ; il y entre avec elle ; elle se cache de crainte de lui parler ; il proteste