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Et rien de plus

26. La petite Ursule Gamitiens de la lettre du 3 septembre 1640 : A une dame de qualité (lettre LXVI).

CORRESPONDANCE

qui les fâche. Ce qui a contribué à sa consolation, c’est la lettre qu’il vous a plu de lui écrire ; elle n’a jamais été tant honorée, et elle est toute ravie d’avoir un Massinahigan, c’est-à-dire, une lettre de sa bonne marraine. On ne peut rien voir de plus innocent que cette fille, et je tâcherai de ne rien oublier pour la mettre dans la voie de son salut. Bénissons Dieu, Mademoiselle, de ce qu’il touche aussi bien nos barbares que ceux qui naissent dans les lieux les plus cultivés de France. Vous fondriez en larmes de voir leur dévotion et leur humilité quand ils assistent aux processions et aux assemblées publiques. Madame notre fondatrice avait coutume d’y conduire nos séminaristes, et de marcher à la tête des femmes et des filles sauvages ; après quoi, nous leur préparions un festin. Aujourd’hui qu’elle est éloignée, elle est privée de cette consolation, mais nous avons toujours la nôtre qui est de les régaler, selon nos petits moyens27.

Comme j’étais sur le point de finir cette lettre, il est arrivé une barque de Montréal qui nous apprend que cette bonne dame est résolue d’y passer l’hiver parmi les dangers. Je vous avais bien dit que ses intentions sont bonnes et saintes, car elle m’écrit avec une grande cordialité, et me mande que le sujet qui la retient à Montréal, est qu’elle cherche le moyen d’y faire un second établissement de notre Ordre, au cas qu’elle rentre dans la jouissance de son bien28. Mais je n’y vois nulle apparence, et le danger où elle est de sa personne me touche plus que toutes les promesses qu’elle me fait.

Voilà le vaisseau prêt de lever l’ancre29 ; ainsi il faut

27. Le P. Le Jeune a raconté une de ces processions. RJ 1639 (Q 3 ; C XV, 226). Voir aussi la lettre LIX.

28. Malgré les accords intervenus avant 1639, la famille de Madame de la Peltrie lui faisait devant le parlement de nouvelles oppositions sur la disposition, qu’elle faisait de son patrimoine. De cette action judiciaire, Marie de l’Incarnation ne pouvait préjuger l’issue à coup sûr. Ce n’est d’ailleurs pas au succès de cette affaire, mais plutôt aux chances du nouveau projet de Madame de la Peltrie qu’elle pense. A cette date, et à Montréal encore mal établi, une fondation d’Ursulines était chimérique.

29. Le vaisseau ne partit que cinq ou six jours plus tard, car la lettre par laquelle le P. Vimont annonce au Provincial de France l’envoi de la Relation de cette année est du 4 octobre suivant.

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que je finisse et que tout de nouveau je vous rende mes très humbles remercîments de tous vos bienfaits. Et à l’égard de l’affection que mon cœur a pour vous, la parole est trop faible pour l’exprimer. Que l’amour infini de notre aimable Jésus vous le dise donc, puisque lui seul sait que je suis toute vôtre. Oui, sans réserve je suis votre très humble...

De Québec30, le 2 g de septembre 1642.

30. L : De Tours. Faute évidente et flagrante de typographie, ou distraction du premier éditeur. Mais il n’aurait pas fallu que R la renouvelât.

NOTE

(1) Mademoiselle de Luynes. — Anne-Marie d’Albert, Mademoiselle de Luynes, était fille de Charles d’Albert, duc de Luynes, connétable et pair de France, — le favori et le ministre de Louis XIII, — mort en 1621 au siège de Monheur ; et de Marie de Rohan, fille aînée de Hercules de Rohan, duc de Montbazon, qui en 1622, épousa en secondes noces Claude de Lorraine, duc de Chevreuse, et sous le nom de duchesse de Chevreuse — Chevreuse « la cavalière » — remplit les. mémoires et les chroniques du règne de Louis XIII et de la minorité de Louis XIV, de ses intrigues galantes et politiques, de ses disgrâces et de ses exils.

Anne-Marie avait un frère, son aîné de trois ans, Louis-Charles d’Albert, ducr de Luynes, pair de France. L’un et l’autre vécurent à l’écart de la vie aventureuse de leur mère, qu'un long exil éloigna d’ailleurs d’eux pendant dix ans. Peu après la mort de Louis XIII, Luynes, qui avait à peine plus de trente ans, se retira du monde pour se confiner dans la dévotion et la composition de livres de spiritualité. Par ses liaisons avec Port-Royal, il appartient à l’histoire du célèbre monastère et du parti janséniste. Quant à sa sœur, fiancée dès son berceau à Charles-Louis de Lorraine, duc de Joyeuse, cinquième enfant de Charles de Lorraine, duc de Guise et de Joyeuse, et de Henriette-Catherine de Joyeuse, elle opta elle aussi, de très bonne heure, pour la retraite. A neuf ans, nous assurent les Chroniques de l’Ordre des Ursulines (Tome I, p. 264), elle faisait le vœu de chasteté, «et depuis (sans doute après la mort du duc de Joyeuse, arrivée à Florence en 1637, — Mlle de Luynes avait alors 17 ans), — elle avait affermi ce premier vœu par un second, de ne jamais en demander dispense, et de ne la point accepter si on l’obtenait à son insu : sage précaution, car sa mère, surintendente générale de la maison et des finances de la reine, était la favorite d’Anne d’Autriche, qui par affection pour elle avait tenu Anne-Marie sur les fonts.

Mlle de Luynes, qui jouissait d’une grande fortune, faisait trois parts de ses

CORRESPONDANCE

biens, employant « l’nne en aumônes, l’autre à l’entretien de sa maison, et la troisième pour l’ornement des églises, particulièrement pour celle de St-Louis aux RR. PP. Jésuites de leur maison professe de Paris ». « Possédant les belles ■sciences », d’une vivacité d’esprit « qui lui faisait pénétrer les objets dans leur véritable lumière », elle s’éloignait du monde « pour suivre l’attrait du Saint- Esprit ». En 1639, elle s’était retirée aux Ursulines de St-Denis, vivant parmi elles de leur vie pauvre et de leur nourriture commune, « pratiquant de bien près leurs exercices,... le bréviaire, ...l’oraison mentale, l’examen et autres dévotions dont la principale était la fréquentation des sacrements ». Elle avait pu voir Marie de l’Incarnation, lorsqu’elle passa à Saint-Denis en mars 1639 pour se rendre à Dieppe. Ou bien, le P. de la Haye, son directeur, qui l’avait été aussi de la Vénérable Mère, l’avait mise en rapports avec elle. En tout cas, elle avait recherché son amitié : « Son affection pour les bonnes âmes était singulière, tenant à honneur d’être connue d’elles, et préférant leur souvenir devant Dieu à toutes les faveurs de la terre. » Ses liens avec la Touraine, par son père, le duc de Luynes, et par sa mère, fille du duc de Montbazon, pouvaient aussi l’incliner plus particulièrement du côté d’une tourangelle, qui avait par ailleurs tant de titres à son amitié. Il s’en fallut de peu que Mlle de Luynes ne rejoignît Marie de l’Incarnation dans la Nouvelle-France. Toujours d’après les Chroniques, « son zèle la portait à vouloir traverser les mers pour aller dans le Canada, assister de ses biens et de ses talents les Sauvages ; mais elle en fut dissuadée par son confesseur ».

Anne-Marie de Luynes était d’une santé délicate. Elle mourut à 26 ans, le 21 septembre 1646, et fut enterrée le lendemain aux Jésuites de la maison professe. «C’était, disent encore les Chroniques, une belle personne, d’un maintien fort grave, et qui portait sur le front le caractère de la vraie noblesse, qui est la vertu, avec un empire entier sur ses passions ». Sa mère, veuve de Claude de Lorraine, mort sans enfants mâles en 1657, eut pour ses reprises le duché de Chevreuse, qu’elle donna par la suite à son petit-fils, Charles-Honoré d’Albert, le fils aîné de Louis-Charles d’Albert, duc de Luynes, frère de MUe de Luynes. Ce ne fut qu’en 1667, que Charles-Honoré obtint confirmation du titre de duc sur Chevreuse. C’est donc par suite d’une erreur que Dom Claude Martin dans L a toujours désigné Mlle de Luynes par le nom de Mlle de Chevreuse, nom qu’elle ne put jamais porter. Il l’aura sans doute confondue avec sa demi-sœur, Charlotte-Marie, demoiselle de Chevreuse, fille du second lit de Marie de Rohan, remariée, comme nous l’avons dit plus haut, après la mort du connétable de Luynes à Claude de Lorraine, duc de Chevreuse. Charlotte-Marie, née en 1627, était morte en 1652, à 25 ans, à peu près au même âge que Mlle de Luynes, et comme elle sans alliance.

De toute la correspondance de Marie de l’Incarnation et de Mlle de Luynes, il ne nous reste que la lettre du 29 septembre 1643. Nul doute cependant que de 1640 à 1646, date du décès de la seconde, ces deux servantes de Dieu ne laissèrent partir aucune flotte sans s’écrire. A la mort de MUe de Luynes, qui arriva dans leur monastère, les Ursulines de Saint-Denis ne trouvèrent dans les papiers de la défunte que cette unique lettre de la Vénérable Mère. Mais peut-être y découvrirent-elles aussi sa première relation spirituelle, la Relation de 1633. Marie de

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l’Incarnation l’avait adressée au P. Georges de la Haye ( Écrits I, p. 326 ; II, pp. 297-299). Ce dernier, nous dit V (préface), l’avait remise quelques années avant sa mort aux Ursulines de Saint-Denis. Communication de prime abord assez étrange pour des affaires de conscience, mais qui s’expliquerait assez bien si elle a été faite directement à MUe de Luynes, déjà dépositaire des confidences de la Vénérable Mère, et liée avec elle d’une intimité que connaissait le P. de la Haye, et qu’il avait peut-être même favorisée. La mort du Jésuite est de 1652, celle de MUe de Luynes de 1646. La concordance de ces dates avec la donnée de V appuierait aussi cette hypothèse.

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