XCVI. — A SON FILS
L PP- 39-45. Lettre spirituelle XXIII. — V quelques fragments dans cet ordre : PP- 449-450. 455. 569. 587. 449- — M plusieurs extraits reliés ensemble, pp.32-3 3 . — R XLIX. — Texte de L.
Mon très cher fils,
La paix et l'amour de Jésus!
Vous vous plaignez que vous n’avez pas reçu les amples lettres que je vous écrivais l’an passé1. Mille lieues de mer et plus sont sujettes aux hasards, et tous les ans ce qu’on nous apporte et ce qui repasse en France court la même risque2. Je faisais réponse à tous les points de la vôtre, et puisque vous le voulez, et qu’il ne m’est pas possible de vous rien refuser, j’en ferai une petite récapitulation. Mais afin que vous ne perdiez pas tout, je vous en ai déjà écrit une partie par le premier vaisseau qui doit arriver en France un mois devant les autres, s’il arrive à bon port3.
Lettre XCVI. — Sauf pour un assez long extrait, reproduit aux pages 449-450, les citations de V sont une mosaïque de fragments divers reliés entre eux, sans nulle indication des passages omis. Dans ces conditions, il est inutile de retenir les variantes de cet imprimé, bien que parfois son texte semble plus proche de l’original.
Claude Martin avait fait ses vœux le 3 février 1642. Après sa profession, il était demeuré à Vendôme jusqu’au chapitre général de Saint-Maur, qui se tint la troisième semaine de Pâques. Ce fut dans ce chapitre que furent arrêtées les constitutions et les déclarations qui devaient régir dans la suite la Congrégation. Dom Martène note à ce propos que les défmiteurs de l’assemblée se servirent de Claude Martin pour transcrire leurs décisions à mesure qu’on les approuvait :
« ce que l’on pourrait peut-être prendre, ajoute-t-il, pour un présage de ce que devait être un jour ce jeune profès, c’est-à-dire le secrétaire et l’âme des chapitres généraux de notre Congrégation » (M p. 30). Peu après la clôture du chapitre général, Claude Martin fut envoyé à l’abbaye de Tiron, à quatre lieues à l’est de Nogent-le-Rotrou (département de l’Eure-et-Loir), pour y faire les deux années complémentaires de probation que Saint-Maur imposait à ses jeunes religieux : le séminaire de jeune profès, comme l’on disait dans la Congrégation, où le religieux passait deux ans « sous la conduite d’un directeur, dans la pratique des exercices du noviciat » (M p. 31).
1. Claude Martin avait écrit à sa mère, en 1642, pour lui annoncer sa profession, et répondre aux questions qu’elle lui avait adressées dans sa lettre du 4 septembre 1641 (lettre LXXVIII). La réponse de la Vénérable Mère, — des amples lettres, comme elle dit, — ne parvint pas à destination.
2. Risque était du féminin au XVIe siècle. Le XVIIe le faisait des deux genres.
3. Le vaisseau est peut-être arrivé ; mais la lettre se perdit en route.
CORRESPONDANCE
Vous pouvez croire qu’apprenant que vous êtes tout à Dieu par les saints vœux de la religion4, mon cœur a reçu la plus grande consolation que d’aucune nouvelle que j’aie apprise en ma vie. La miséricorde infinie de Dieu m’a fait cette grâce en vous la faisant. Je vous avais donné à lui avant que vous fussiez né5. Etant au monde6, mon cœur soupirait sans cesse après lui, afin qu’il plût à sa bonté de vous accepter. A peine aviezvous atteint l’âge de treize ans, qu’il me promit qu’il aurait soin de vous, ce qui donna à mon cœur un repos que je ne vous puis dire7. Lorsque vous fûtes un peu plus grand et qu’on me disait que votre vie était un peu trop libre, j’entrai à votre sujet dans des croix qui me faisaient recourir sans cesse à Dieu, que je savais pourtant bien ne vous devoir pas manquer ; mais vous pouviez par vos manquements renverser ses desseins, ou plutôt moi en être la cause. Ce fut alors que je lui donnai pour garant de votre âme la sainte Vierge et saint Joseph, par lesquels je vous offrais chaque jour à sa divine Majesté. Pensez-vous, mon très cher fils, que je ne visse pas bien que, lorsque je vous parlais de Dieu, des biens de la religion, et du bonheur de ceux qui le servent, votre cœur était fermé à mes paroles ? Je le voyais, et c’était là le plus grand sujet de mes croix ; car il me semblait qu’à chaque pas vous alliez tomber dans le précipice. Mais j’avais toujours dans le cœur un instinct qui me disait que Dieu avait une grâce à vous faire pour vous appeler au temps et en la manière qu’il m’avait