‹ Écrits spirituels et historiquesChapitre 185 sur 239 · ANNÉE 1644 CIII. — A SON FILS · texte numérisé non relu

ANNÉE 1644 CIII. — A SON FILS

Bibliothèque Nationale. Ms. 19961 (f. fr.), fol. 98-100. — L pp. 52"53. Lettre spirituelle XXVIII et pp. 379-381. Lettre historique XXIX. — R LIV.

Jésus, Marie, Joseph* 1

Mon très cher et bien-aimé fils,

Béni soit notre bon Jésus, qui nous a rendu heureusement les vaisseaux et nos Révérends Pères et nos deux chères Sœurs1, et enfin tout ce qui nous était envoyé de secours de l’ancienne France2 ! J’ai reçu vos lettres et ce que vous m’avez envoyé. Vous m’avez grandement obligée de satisfaire à mon désir qui n’était que pour avoir la connaissance des grandes

Lettre CIII. — Cette lettre, ainsi que les trois autres tirées du même manuscrit de la B. N., que nous reproduisons ci-dessous, est précédée de cette mention : Coppie des lettres de la Révérende Mère Marie de l’Incarnation escrites à frère Claude Martin, humble et indigne religieux bénédictin. Cette dernière expression suggérerait à elle seule que la copie est de la main même de Claude Martin. La comparaison des écritures de la copie et des manuscrits autographes de Dom Claude Martin appuie cette conjecture.

1. Jésuites et Ursulines débarquèrent à Québec le 14 juin ( Annales des Ursulines de Québec). Ils venaient de La Rochelle (RJ 1644. q 62-63 : C XXVI, 138-140). Sur ces nouveaux arrivants, voir plus bas les lettres des 26 août et 3 septembre.

2. Ces secours sont ainsi détaillés par le Registre : « 600 livres des Ursulines de Paris ; 200 de Jean de Flécelles et de Nicolas, son fils ; 300 de Madame de Montmorency ; 400 de M. de Bernières ; 200 de M. Marchand de Tours ; 214 des Ursulines de Loches, de Madame de la Troche (la mère de Marie de Saint-Joseph) et autres amis ; 300 de M. de la Ville ; 600 de Mlle de Luynes. » Les dons en espèces se seraient donc élevés à 2894 livres. Quelques dons en nature accompagnaient cette somme. Les Ursulines de Tours ne figurent point parmi les

DE MARIE DE L’INCARNATION

obligations que j’ai à Dieu de vous avoir si hautement partagé dans la voie des Saints* * 3. Il en soit infiniment béni des Anges et des Saints ! Pour moi, ce sera un de mes continuels exercices aux pieds de sa Majesté de chanter et louer ses miséricordes.

Ce n’est ici qu’un mot par le premier vaisseau4. J’en avais fait autant l’an passé. Je réserve de vous écrire plus amplement par l’amirale, comme étant la voie la plus sûre 5, et aussi de me donner l’honneur d’écrire aux Révérends Pères Prieurs de votre monastère et de Tiron6.

Que rendrons-nous à notre Époux, mon très cher fils, de ce qu’il nous veut pour lui ? Il a aussi appelé ma nièce N. 7 par une voie tout extraordinaire. Nos Sœurs qui sont venues cette année m’ont dit des choses admirables de la générosité de cette enfant pour se tirer des mains du ravisseur qui l’avait enlevée8; mais elle a encore besoin d’une plus grande pour se surmonter elle-même. Vous savez comme elle a été élevée et la grande dissemblance de la vie religieuse à celle-là9. Si une fois, elle embrasse la solide vertu,

bienfaiteurs de l’année. C’est qu’elles envoyaient dans la Nouvelle-France deux de leurs religieuses, à qui elles faisaient une pension annuelle de ioo écus

(300 livres). Elles s’engageaient en outre par contrat à donner à la survivante la somme de 3000 livres (Archives départementales d’Indre-et-Loire. Ursulines).

3. Le sermon que Marie de l'Incarnation avait demandé à son fils par sa lettre du Ier septembre de l’année précédente (lettre XCVI) et le récit de son appel à la vie religieuse.

4. Un des vaisseaux qui rentraient en France avant la flotte.

5. L'amiral devait de plus être commandé cette année-là par un gentilhomme normand, établi avec sa famille au pays depuis 1636, M. de Repentigny, personnage fort vertueux et grand ami des Ursulines. - — ■ Sur Repentigny voir plus loin.

6. Claude Martin s’était rendu à Jumièges au sortir de Tiron.

7. Marie Buisson, fille de Claude Guyart, la sœur aînée de la vénérable Mère. Sur les aventures de la jeune Marie, et les voies extraordinaires de Dieu à son sujet, voir la lettre du 14 septembre 1643 et plus bas la lettre du 16 août avec son annotation.

8. L ajoute : plusieurs personnes de qualité m’écrivent la même chose.

g. Allusion à l’éducation très soignée que sa mère lui avait fait donner. L supprime cette phrase et imprime à sa place : Sa nature souffre des convulsions étranges pour embrasser la vie de la communauté : elle le veut, ou du moins, elle le désire; elle fait des vœux, et elle en fait faire de continuels pour gagner le cœur de Dieu. Joignons-nous à elle, et demandons sa persévérance, car si une fois elle...

CORRESPONDANCE

elle fera quelque chose de bon, car pour le naturel, elle a d’excellentes parties. Elle voudrait, m’écrit-on, être avec moi. C’est ce que je ne désire point pour son bien. Il faut une autre vocation que l’inclination naturelle. Il faut qu’elle se mortifie cinq ou six ans, premier que de10 faire un bon jugement de son désir, si ce n’était que les supérieurs en fissent un autre, comme plus éclairés de la lumière du ciel. J’espère vous entretenir plus au long de cette matière* 11.

Dieu a encore converti un de nos proches parents. C’est N.12. C’était un déterminé13, coureur de nuit, adonné à tout mal, et qui donnait la mort au cœur de ses parents. Comme il était unique, on lui avait tout souffert en sa jeunesse. Notez qu’il était voué à Dieu premier que d’être né, ses parents ne pouvant avoir d’enfants l’avaient obtenu par les mérites de saint François de Paule14. Étant venu à l’âge de vingt ans, après les débauches jusqu’à oublier Dieu, l’Église et ses sacrements, desquels il n’approchait point, la Bonté divine l’a si puissamment touché qu’elle lui a emporté le cœur malgré lui, et15 s’est allé rendre Minime sans savoir qu’il fût voué à saint François. Il est fervent à merveille16. Ainsi vous

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