‹ Écrits spirituels et historiquesChapitre 189 sur 239 · L reprend ici · texte numérisé non relu

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30. L ajoute : le R. P. Brissani. — François-Joseph Bressani, né à Rome en 1612, entré à quinze ans chez les Jésuites, d’abord professeur de belles-lettres, de philosophie et de sciences, puis étudiant en théologie au Collège romain, était venu à Paris en 1636, pour y achever sa formation intellectuelle. Il avait sollicité son envoi dans les missions étrangères, et particulièrement dans les plus pénibles du Nouveau -Monde. Destiné au Canada, il y avait abordé en 1642. Dès son arrivée, ses supérieurs l’avaient affecté au service des Français de Québec, puis en 1643, l’avaient envoyé à la résidence des Trois-Rivières. C’est de là, qu’au printemps de cette année 1644, il était parti pour la Huronie.

31. Marie de l’Incarnation connaissait personnellement le P. Bressani, et tenait sans doute de sa bouche même la prédiction qu’elle rapporte et dont elle est seule à faire mention.

32. Le P. Bressani avait quitté les Trois-Rivières le 27 avril. Il était accompagné d’un jeune Français de douze à treize ans, engagé comme domestique de la Mission, et de six Hurons chrétiens qui avaient passé l’hiver au séminaire de la résidence. D’autres Sauvages, Algonquins et Hurons, plusieurs d’entre eux encore païens, faisaient aussi partie de l’expédition qui comptait trois canots. Le troisième jour du voyage, le 30 avril, à quelque distance du Fort-Richelieu,

DE MARIE DE L’INCARNATION

pris trois Iroquois en vie qu’on trouve en diverses paroles pour le regard du Père33. C’est ce qui fait craindre qu’il n’ait été traité comme les autres34, notamment à cette heure que le P. Jogues les a quittés, qu’ils tenaient pour un homme de marque, quoiqu’ils le dussent brûler quelques jours après qu’il s’est sauvé. Ce bon Père soupirait après ce bonheur pour achever son martyre. Mais les Hollandais à qui on l’avait recommandé du côté de la France, le prirent par occasion qu’il allait en traite avec ces barbares et l’ont fait embarquer à la dérobée35, non

toute la bande tomba dans une embuscade et fut prise. Bressani a raconté sa capture et sa captivité dans une lettre qu’il écrivit « du pays des Iroquois », le 15 juillet suivant, au général de la Compagnie de Jésus, lettre que le compilateur parisien de la Relation de 1644 a résumée et souvent reproduite littéralement. RJ 1644 (Q 40-45 ; C XXVI, 18-50). Bressani la publia lui-même, dans sa Relation abrégée de quelques missions des Pères de la Compagnie de Jésus dans la N ouvelle-France (Macerata, 1653 ; traduction F. Martin, Montréal 1852, p. 187). D’après le récit de quelques Hurons, faits prisonniers avec lui et qui s’étaient évadés, on savait depuis mai à Québec, que sur le premier moment le missionnaire n’avait pas été trop maltraité, mais que les Iroquois projetaient de le faire brûler sitôt rendus dans leur pays. RJ 1644 (Q 41-42 ; C XXVI, 34). Les mois suivants n’avaient apporté aucune autre nouvelle. En réalité, Bressani fut seulement soumis aux supplices ordinaires des prisonniers de guerre. Son jeune domestique ne fut pas plus épargné. A l’heure où la Vénérable Mère écrivait, le missionnaire avait enfin été cédé à une famille iroquoise qui usait envers lui d’une certaine humanité et qui allait bientôt le vendre aux Hollandais [Relation abrégée... passim).

33. Ces trois Iroquois faits prisonniers le 26 juillet près du Fort-Richelieu avaient aussitôt été conduits aux Trois-Rivières pour y être torturés. RJ 1644 (Q 45-49 ; c xxvi, 52-72).

34. L : comme ceux de sa suite, qu’ils ont fait brûler tout vifs à petits feux et à qui, par une férocité inouïe, ils ont fait manger leur propre chair. — L emprunte ce détail à des lettres postérieures ou répète ce que la Mère de l’Incarnation a déjà écrit plus haut.

35. Tout ceci nous reporte à l’été de 1643. Avec le temps, le P. Jogues avait vu sa captivité s’adoucir légèrement. Chacun conservait cependant sur lui le droit de vie et de mort. Le 31 juillet, il avait quitté Ossernenon, — l’Agnier des Français, près de l’Auriesville d’aujourd’hui, dans l’État de New-York, — accompagnant ses maîtres, qui se rendaient à la pêche sur l’Hudson. En passant au Fort-Orange, ceux-ci s’arrêtèrent pour la traite. Là, Jogues apprit l’échec subi récemment par un parti d’Iroquois dans une rencontre avec les Français. C’était pour lui la mort, il le savait : « Si je me fusse trouvé dans la bourgade (à ce moment), écrivait-il quelques jours plus tard, le feu, la rage et la cruauté m’auraient ôté la vie... (Les Iroquois) étaient comme forcenés de rage, m’attendant avec impatience. » RJ 1643 (Q 75-76 ; C XXV, 46-48. Lettre du P. Jogues au P. Charles Lalemant, écrite de Rensselaerswyck, le 30 août 1643). Arendt van Corlaër, commandant du Fort-Orange, avait alors reçu de son chef, Wilhelm Kieft, gouverneur de Manhate (New-York), l’ordre de proposer au prisonnier de s’évader et de lui en fournir les moyens.

CORRESPONDANCE

qu’ils aimassent le Père, car ils sont hérétiques, mais la Reine de France voulait cela d’eux36. Mon autre vous en parlera plus au long37.

Maintenant ces barbares tiennent les avenues de la rivière, commençant à quatre lieues au-dessus de Québec, jusqu’à soixante lieues au delà, pour y guetter Français et Sauvages38. Monsieur notre Gouverneur y est allé en compagnie de plusieurs soldats, afin d’y faire passer ces pauvres Hurons, Algonquins et notamment nos RR. PP. de la Mission qui montent aux Hurons et Nipissiriniens39, que les Iroquois attendent de pied coi40 pour les emmener en leur pays avec leurs marchandises41.

36. Les lettres de Marie de l’Incarnation sont seules à faire mention de l’intervention d’Anne d’Autriche auprès des Provinces-Unies en faveur du P. Jogues. Les Relations n’en disent rien. La chose est cependant naturelle, vu l’intérêt que la régente portait à la Mission de la Nouvelle-France. En 1744, Charlevoix rapportera le même fait, en ces termes : « On prétend même que l’ordre (de procurer la délivrance du P. Jogues) avait été envoyé à tous les commandants de la Nouvelle-Belgique (la Nouvelle-Hollande) par les États- Généraux à qui la reine régente l’avait fait demander de la manière la plus pressante » ( Histoire générale de la Nouvelle-France... 1. VI, édit, in-12, p. 385). Charlevoix, qui ne paraît pas avoir trouvé la preuve de cette intervention dans les archives des différents ministères qu’il eut la liberté de fouiller, se basait peut-être sur les lettres de Marie de l’Incarnation.

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