Voir plus bas la lettre du 26 août
38. D’après les déclarations du Huron Henri Stontrats, toutes les communications étaient coupées entre la Huronie et Québec depuis le dernier printemps. Dix bandes d’Iroquois se partageaient le cours de l’Outaouais et du Saint-Laurent jusqu’à l’embouchure du Richelieu. Dans les mois qui suivirent, comme nous le verrons bientôt, ils avaient continué de descendre le Saint-Laurent et avaient poussé leur pointe jusqu’à quatre lieues de Québec.
39. L omet tous ces détails. Les missionnaires qui allaient partir étaient les Pères de Brébeuf, Léonard Garreau et Noël Chabanel.
40. Coi, ferme, tranquille, assuré. — L : Dans tout cet espace, ils (les Iroquois) attendent de pied coi les Sauvages et les Français, qui se cantonnent, comme ils peuvent, pour se mettre à couvert de leur rage.
41. L ajoute : Trois cents Sauvages se sont retirés cet hiver près de notre monastère, n'osant retourner en leur pays, d'où ils avaient fui, de crainte de tomber entre leurs mains. JJne troupe de ceux-ci fut près de trente fours sans manger que du bois pendant leur fuite. Arrivant ici, ils étaient affamés au point que vous le pouvez juger. Ces pauvres gens meurent ou de misère ou par la main de leurs ennemis, dont ils sont voisins. Ce sont des N épissiriniens . L a sans doute tiré ce détail d’une lettre qu’il n’a pas reproduite. Pour retourner chez eux, les Nipissings, qui habitaient, comme on l’a dit, au nord de la Huronie, auraient dû traverser trois cents lieues de forêts où les Iroquois tendaient leurs embuscades. Les Nipissings n’étaient pas précisément voisins des Iroquois ; ils en étaient même plus éloignés que les Algonquins et les Hurons. Mais entre l’île de Montréal et leur pays, il n’y avait point de poste français pour arrêter leurs ennemis.
DE MARIE DE L’INCARNATION
Dans la troupe des soldats venus de France42, il y a [un] jeune homme de grande qualité, âgé de vingtdeux ans, que Dieu a touché pour le servir en ce pays au salut des Sauvages. Vous seriez ravi de l’entendre sur ce sujet, et de voir un jeune homme qui a commandé en des armées en France dans un mépris de lui-même tout extraordinaire. Il va commander les soldats qui vont hiverner aux Hurons, où il accompagnera les Révérends Pères de la Mission 43. Il voudrait courir partout pour gagner des âmes à Jésus-Christ dans des nations qu’on a découvertes et où nos Pères n’ont point encore été. Il va étudier la langue à ce sujet. Priez Dieu pour lui, mon très cher fils44.
Nonobstant les persécutions, le christianisme augmente fort. La foi en a plus de crédit, tant aux Hurons que çà-bas45. Nos chrétiens de Sillery ont été hiverner bien loin dans les terres, où ils ont rencontré beaucoup de Sauvages qui n’avaient jamais ouï parler de Dieu ni de la foi, et jamais n’avaient vu de Français. Ils
42. L fait précéder l’anecdote qui va suivre de ce préambule : Nonobstant les persécutions, le christianisme augmente fort, la foi en est plus en crédit, et l’on voit faire à nos néophytes des actions de piété si héroïques, que les Français qui arrivent de France en pleurent de consolation. Entre ceux qui sont arrivés cette année, il y a...
43. En 1644, la reine régente avait fait passer dans la Nouvelle-France une compagnie de soixante soldats, qui devaient être répartis entre les divers postes de la colonie, de Québec aux Hurons. Montmagny en préleva une escouade de vingt-deux pour aller passer l’hiver dans la Huronie. Ils devaient y escorter prochainement le P. de Brébeuf qui, après trois ans de séjour à Québec, rentrait chez les Hurons, accompagné des Pères Léonard Garreau et Noël Chabanel, arrivés au Canada en 1643. RJ 1644 (Q. 49, C XXVI, 70-72) ; Dollier de Casson, Histoire du Montréal (édit. Flenley, p. 122).
44. L’état du personnel de la Mission de la Huronie, tel que l'a dressé le P. A.-E. Jones, d’après les documents contemporains ( Old Huronia, 190, p. 342), ne mentionne que les vingt-deux soldats. Le jeune officier anonyme n’y figure pas. Les traits que nous en rapporte Marie de l’Incarnation font naturellement penser à ce sieur de la Barre, vulgaire aventurier plutôt que héros, dont la fourberie, après avoir fait nombre de dupes à Montréal et ailleurs, ne tarda pas à être découverte. Cet individu commandait le contingent envoyé par la reine. D’autres exploits, plus fâcheux encore, le firent plus tard tomber aux mains de la justice, et il acheva « sa très méchante vie... sous une barre qui était plus pesante que celle de son nom» (Dollier de Casson, op. cit., p. 122). Il semble qu’il faille voir une allusion à ce même personnage dans le jeune Français dont parle RJ 1644 (Q 27, C XXV, 226).