Brayer, diminutif de braie, caleçon
46. Minime, de la couleur des habits des religieux minimes, c’est-à-dire brun marron. « Toutes les nations et peuples indiens que nous avons vus en notre voyage, sont presque tous de couleur brune, olivâtre ou basanée, non qu'ils naissent tels, mais cela vient de la nudité, de l’ardeur du soleil qui leur donne à plomb sur le dos, et de diverses graisses, huiles et peintures, desquelles ils se frottent et peignent souvent tout le corps » (Gabriel Sagard Théodat, Histoire du Canada. Paris, 1636, p. 367). D’où l’appellation de Peaux-Rouges, Red-Skin, que les Français et les Anglais donnèrent aux indigènes de l’Amérique du Nord.
47. Matachier, tatouer. « Ils se peignent... le corps et la face de diverses couleurs, de vert, de jaune, de noir, rouge et violet, qui sont les couleurs les plus communes. Vous leur voyez quelquefois la face toute bigarrée de rouge et de vert, quelquefois ils n’en peignent qu’un côté, depuis le sommet de la tête jusqu’au cou. Il y en a de si industrieux qu’ils se figurent toute la face et le corps, devant et derrière, de passements tirés au naturel et de compartiments avec diverses figures d’animaux assez bien faites pour des personnes qui n’ont pas appris l’art de la peinture » (Gabriel Sagard Théodat : « De la forme, couleur et stature des Sauvages et de leurs paiures, ornements et matachias », Op. cit., p. 373). On disait aussi matacher.
48. On notera cet emploi, toujours si actuel au Canada, de la formule de même. Nous en avons un autre exemple un peu plus haut, dans cette même lettre.
DE MARIE DE L’INCARNATION
leur vont jusqu’à la ceinture. Ils ont une robe de castor avec son poil en guise de manteau. Ceux qui se couvrent la tête, ils traitent des bonnets de nuit rouges au magasin ; ils ont aussi quelquefois des capots49 ou des tapabors50. Ils ont des robes. Quand les Pères oublient51, nous, nous leur en donnons. Voilà pour ceux qui sont bien habillés; mais il y en a qui sont presque nus en tout temps, par pauvreté. Quant aux femmes, elles sont fort modestement accommodées ; elles ont toujours des ceintures, — car les hommes n’en ont quasi jamais, et leurs robes vont au gré du vent ; — leurs robes vont jusqu’à mi-jambes, et en haut jusqu’au haut du col, presque toujours les bras et tête couverte d’un bonnet de nuit d’homme rouge ou d’un tapabor ou capot, leurs cheveux abattus sur le visage et liés par derrière. Elles sont fort modestes et pudiques. Nous faisons de petites simarres52 à nos séminaristes et les coiffons à la française. On ne pourrait quasi distinguer un homme d’avec une femme, sinon par cet accommodement de robe, car leur visage est semblable53. Leurs souliers sont de peaux d’orignac, qui est comme du buffle. Ils froncent cela par le bout. Une pièce carrée qu’ils mettent au talon. Ils passent dedans une petite courroie comme à une bourse. Voilà leur soulier fait54. Les Français n’en portent point d’autre l’hiver, d’autant qu’on ne peut sortir qu’avec des raquettes sous les pieds : pour marcher sur la neige, on ne s’y peut servir de souliers français. Nous
49. Capot, manteau à capuchon. Vieilli et remplacé par capote.
50. Tapabor, sorte de bonnet ou de casquette dont on peut rabattre les bords pour se garantir les oreilles du froid.
51. C’est-à-dire, quand les Pères oublient de leur en fournir.
52. Simarre, sorte de tunique longue. Pour ce même vêtement tombant jusqu’aux pieds, on se servait encore du mot soutane ( Écrits II, p. 372), qui maintenant est réservé au vêtement ecclésiastique.
53. « Les hommes n’ont non plus de barbe que les femmes ; ils se l’arrachent
afin de plaire davantage aux femmes. Je n’en ai vu que trois ou quatre qui ne se la sont point arrachée, depuis peu de temps, à l’imitation des Français ; mais pourtant, ils n’en sont point fournis. » Charles Lalemant, RJ 1626 (Q 4, C III, 73). .
54. Ce sont les mocassins. — Ces mêmes détails avaient été déjà donnés par le P. Le Jeune dans RJ 1634, au chaP- X : De leurs habits et de leurs ornements.
CORRESPONDANCE
autres, nous n’avons que faire de cela55. Voilà ce que vous désirez savoir pour ce point.
Si notre communauté est grande ? 56 — Elle l’est assez pour le présent. Nous sommes huit sœurs de chœur et une converse. Il y en a quatre de chœur de notre maison de Tours et quatre de la Congrégation de Paris ; la converse est de Dieppe57. Je vous parlerai ailleurs de cela. Les Mères de l’Hôpital ne sont que cinq de chœur et une converse58.
Si nos Sauvages sont si parfaits, comme je vous le dis ? 59 — En matière de mœurs, il n’y a pas la politesse française : je veux dire en ce qui regarde un compliment et façon d’agir des Français. On ne s’est pas étudié à cela 60, mais à leur bien enseigner les commandements de Dieu et de l’Église, tous les points de notre foi, toutes les prières, à bien faire l’examen et toutes autres actions de religion61. Un Sauvage se confesse aussi bien qu’un religieux et religieuse, naïfs au possible.
55. Les Ursulines n’avaient pas à faire d’expéditions en raquettes sur la
neige.