Sur ce voyage, voir la lettre CIII et la note
69. Distance approximative. Marie de l’Incarnation avait écrit 40 lieues dans sa lettre du 30 septembre 1643 (lettre CI), chiffre également adopté par Le Jeune. Voir RJ 1642 (Q 36 ; C XXII, 202).
DE MARIE DE L’INCARNATION
et rendus capables du saint baptême. Cette bonne dame était ravie de voir de si grandes ferveurs en des personnes qui, de père en fils, avaient été nourries dans la brutalité. Ils étaient venus tout exprès pour se faire baptiser. Les Français qui étaient là, — car c’est où aborde ou mouille la flotte de France qui nous apporte toutes les nécessités pour le pays, — pleuraient de joie de voir des loups devenus agneaux «t des bêtes enfants de Dieu. Les pères excitent leurs -enfants et les enfants leurs pères à qui aura le plus de ferveur. Ils ont des touches de Dieu très particulières. Nous les entendons fréquemment discourir à notre grille de ce qui leur presse le cœur70. Voici un exemple. Le capitaine des Sauvages de Sillery, avant que partir pour aller en guerre contre les Iroquois, me vient voir et me tient ce langage : « Ma Mère, voilà ce que je pense : Je te viens voir pour te dire que nous allons chercher nos ennemis. S’ils nous tuent, il n’importe ; aussi bien, y a-t-il longtemps qu’ils commencent, et même de prendre et tuer nos amis, les Français, et ceux qui nous instruisent. Ce que71 nous allons en guerre n’est pas à cause qu’ils nous tuent, mais qu’ils tuent nos amis. Prie pour nous, car nous avons offensé Dieu, et il nous châtie. La jeunesse n’est pas sage. Je leur dis : Vous fâchez Dieu, et il nous châtie ; ■corrigez-vous et il s’apaisera. Un tel, N. (c’est un qui avait fait une faute contre les mœurs), a fait encore une telle faute72. J’ai prié le grand capitaine des
70. L a résumé, remanié, paraphrasé tout ce préambule. Il retranche tout ce qui a rapport à Mme de la Peltrie et à la mission de Tadoussac, et introduit ainsi l’anecdote du capitaine de Sillery : « Je ne vous saurais dire tout ce que je sais de la ferveur de ces nouvelles plantes : quoique nous en soyons sensiblement touchées, nous commençons à ne nous en plus étonner, parce que nous sommes ■déjà accoutumées à les voir; mais les Français qui arrivent ici et qui n'ont rien vu de semblable en France, pleurent de joie, voyant les loups devenus agneaux ■et des bêtes changées en enfants de Dieu. Le capitaine des Sauvages de Sillery .avant que de partir...